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	<title>Lieux Communs</title>
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	<description>D&#233;mocratie directe &#8212; Red&#233;finition collective des besoins &#8212; &#201;galit&#233; des revenus</description>
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		<title>Lieux Communs</title>
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		<title>La le&#231;on de Damas</title>
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		<dc:subject>Martinez-Gros G.</dc:subject>
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		<dc:subject>Guerre</dc:subject>
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		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Reprise de la tribune &#171; La chute d'Assad n'est pas le fruit d'une &#171; r&#233;volution populaire &#187; ! &#187; de Gabriel Martinez-Gros publi&#233; sur Herodote.net le 13/12/2024. &#8216;Il s'agit d'une r&#233;volution populaire' affirme, dans l'enthousiasme de la lib&#233;ration de Damas, l'acteur syrien Far&#232;s H&#233;lou. Il se trompe. Il est clair que le r&#233;gime baasiste &#233;tait criminel, et que sa chute a submerg&#233; de joie la majorit&#233; &#8211; du moins la majorit&#233; sunnite - des Syriens. Mais il n'est pas n&#233;cessaire d'&#234;tre grand historien (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-reactions-a-l-actualite-" rel="directory"&gt;R&#233;actions &#224; l'actualit&#233;&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Reprise de la tribune &#171; La chute d'Assad n'est pas le fruit d'une &#171; r&#233;volution populaire &#187; ! &#187; de Gabriel Martinez-Gros publi&#233; sur &lt;a href=&#034;https://www.herodote.net/La_chute_d_Assad_n_est_pas_le_fruit_d_une_revolution_populaire_-article-3007.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Herodote.net le 13/12/2024&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#8216;&lt;i&gt;Il s'agit d'une r&#233;volution populaire&lt;/i&gt;' affirme, dans l'enthousiasme de la lib&#233;ration de Damas, l'acteur syrien Far&#232;s H&#233;lou. Il se trompe. Il est clair que le r&#233;gime baasiste &#233;tait criminel, et que sa chute a submerg&#233; de joie la majorit&#233; &#8211; du moins la majorit&#233; sunnite - des Syriens. Mais il n'est pas n&#233;cessaire d'&#234;tre grand historien pour noter les diff&#233;rences structurelles entre le 14 juillet 1789 &#224; Paris et le 8 d&#233;cembre 2024 &#224; Damas. Le r&#233;gime syrien n'a pas &#233;t&#233; abattu par un mouvement de foule, par la secousse violente d'une r&#233;volte des faubourgs de la capitale, mais par une force arm&#233;e tr&#232;s limit&#233;e &#8211; on parle d'une dizaine de milliers d'hommes &#8211; partie des marges lointaines du nord du pays, la province d'Idlib, et qui a conquis en une quinzaine de jours le c&#339;ur d&#233;mographique et &#233;conomique du pays presque sans r&#233;sistance. Et cette absence de r&#233;sistance est d'autant plus &#233;tonnante que la couleur ethnique et l'id&#233;ologie des vainqueurs sont aux antipodes de celles du r&#233;gime en place, Sunnites contre Alaouites d'origine shiite, jihadistes contre apostats. Ces clivages n'existent &#233;videmment pas dans la France de 1789, et ils auraient &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; laiss&#233; pr&#233;sager des affrontements sauvages. Il n'en fut rien, Le contraste du radicalisme des id&#233;ologies et de la mod&#233;ration des combats &#8211; &#224; peine un millier de morts selon l'OSDH &#8211; explique la perplexit&#233; des opinions occidentales, et cet air &#8216;d'illusion lyrique' des d&#233;buts r&#233;volutionnaires qui plane aujourd'hui sur la Syrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la chute d'Alep, puis Hama, Homs et Damas, trouve son parall&#232;le exact dans celle de Mossoul aux mains de l'Etat Islamique en juin 2014. Une force limit&#233;e, venue des marges &#8211; en l'occurrence les tribus arabes de la J&#233;zir&#233; &#8211; s'empare en cinq jours de combats de la capitale du nord de l'Irak et de toute sa province au d&#233;triment de forces dix &#224; vingt fois sup&#233;rieures en nombre. Ce sont ces deux caract&#232;res communs qui d&#233;concertent les analystes : d'une part l'assaut d'une marge incontr&#244;l&#233;e contre un Etat dont les forces sont en apparence tr&#232;s sup&#233;rieures, et d'autre part la soudainet&#233; de l'effondrement de la r&#233;sistance. Or, la th&#233;orie du plus grand historien arabe du Moyen-Age, Ibn Khald&#251;n, consid&#232;re comme une norme ce qui fait notre stup&#233;faction : le pouvoir politique na&#238;t dans les marges et s'impose dans les espaces centraux de l'Etat avec d'autant plus de facilit&#233; qu'il n'y rencontre par d&#233;finition aucune r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par d&#233;finition puisque, nous explique Ibn Khald&#251;n, le propre de l'Etat est de pacifier ses sujets, de leur retirer les armes, de briser les solidarit&#233;s propres aux groupes humains naturels, familles, clans ou tribus, et d'assigner cette &#233;nergie virile dont il interdit la manifestation aux activit&#233;s productives, travail, projet, &#233;pargne, recherche&#8230;La pacification, forc&#233;e ou consentie, de la soci&#233;t&#233;, ajoute-t-il, est d'autant plus n&#233;cessaire que l'Etat doit lever l'imp&#244;t, unique source de mobilisation et de concentration du capital dans une soci&#233;t&#233; agraire naturellement stagnante, et que l'existence de solidarit&#233;s claniques s'opposerait &#224; ce recouvrement ordonn&#233; des surplus non imm&#233;diatement consomm&#233;s de la production. Une soci&#233;t&#233; organis&#233;e est par d&#233;finition d&#233;sarm&#233;e et vuln&#233;rable. L'Etat doit donc se pourvoir d'une violence capable de prot&#233;ger son troupeau productif des menaces du monde tribal qui l'environne, et ne peut la trouver que dans ce m&#234;me monde tribal qui le menace. Il n'y a pas d'Etat, nous dit Ibn Khald&#251;n, qui ne se compose de deux forces intrins&#232;quement antagonistes, et pourtant n&#233;cessairement associ&#233;es : une immense majorit&#233; pacifi&#233;e, d&#233;sarm&#233;e, productive, prosp&#232;re et priv&#233;e de pouvoir politique ; et une infime minorit&#233;, venue des marges, &#233;trang&#232;re par sa composition ethnique ou son id&#233;ologie religieuse &#224; la majorit&#233;, et dont le courage et la violence sont les valeurs cardinales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la plus fr&#233;quente des hypoth&#232;ses, l'Etat passe contrat avec des ethnies tribales qu'il privil&#233;gie et qui lui procurent les hommes d'armes n&#233;cessaires. D&#232;s le IIe s. avant notre &#232;re, l'empire chinois engage des Turcs, comme plus tard l'empire romain des Illyriens, des Germains ou des Arabes, et l'empire islamique des Turcs et des Berb&#232;res. Le mandat fran&#231;ais et la r&#233;publique syrienne n'agissent pas autrement, d&#232;s les ann&#233;es 1930, en sollicitant le rude bastion de la montagne alaouite pour garnir les rangs de l'arm&#233;e nationale naissante. Logiquement, nous dit Ibn Khald&#251;n, quelques d&#233;cennies plus tard, l'ethnie martiale prend le pouvoir. Non moins logiquement, au terme de cinquante &#224; soixante ans, assimil&#233;e aux valeurs pacifiantes de la soci&#233;t&#233; civile qu'elle domine, &#8216;s&#233;dentaris&#233;e' pour le dire comme Ibn Khald&#251;n, elle le perd, au profit d'un nouveau p&#244;le guerrier. Dans ce cas, celui que nous observons aujourd'hui &#224; Damas, ce n'est pas l'Etat qui ach&#232;te la violence dont il a besoin, mais la violence qui s'empare de l'Etat. C'est aussi le sch&#233;ma des invasions arabes fondatrices de l'Islam. Le m&#233;canisme de l'Etat n'en est pas affect&#233;, nous dit Ibn Khald&#251;n. Le collecteur et b&#233;n&#233;ficiaire de l'imp&#244;t change, l'immense majorit&#233;, qui le paie par son travail, demeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce ce que nous verrons en Syrie ? Deux prudentes r&#233;flexions pour finir. D'abord pour la Syrie : la d&#233;mocratie y est exclue, l'id&#233;ologie islamiste des nouveaux ma&#238;tres s'y oppose : la souverainet&#233;, &#224; leurs yeux, n'appartient pas au peuple, mais &#224; Dieu. Les r&#233;sistances viendront des marges, alaouites, kurdes, druzes, et du sein du mouvement victorieux, o&#249; coexistent des groupes diff&#233;rents. Ensuite pour nous : il serait bien imprudent de tenir pour exotiques les &#233;v&#233;nements de Syrie. La s&#233;dentarisation et la pacification des soci&#233;t&#233;s, le rabougrissement des forces arm&#233;es, l'impuissance croissante des Etats, sont partout &#224; l'&#339;uvre, de la Chine &#224; l'Europe, de l'Am&#233;rique &#224; la Russie. C'est la d&#233;composition des Etats, l'abandon des parts les plus rebelles et les moins rentables de leurs territoires qui d&#233;termine l'&#233;mergence des marges dissidentes, puis, le cas &#233;ch&#233;ant, victorieuses. Nous avons int&#233;r&#234;t &#224; m&#233;diter la le&#231;on de Damas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La &#171; France islamophobe &#187;, une mythologie d'avenir</title>
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		<dc:subject>Article</dc:subject>
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		<dc:subject>Lib&#233;ralisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chronique de Kamel Daoud parue dans Le Point du 3 mai 2024. Encourag&#233;s par la propagande islamiste, woke ou d&#233;coloniale, les musulmans de France pr&#233;tendent fuir le pays. En maquillant leur d&#233;samour par de fausses raisons. Les musulmans de France quittent-ils &#171; en masse &#187; une France &#171; islamophobe &#187; et sans espoir ? Il existe toute une mythologie volontairement &#233;labor&#233;e autour de cette r&#233;alit&#233;-fiction. On avance des chiffres inv&#233;rifiables, on interpr&#232;te selon ses envies. La France qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-53-liberalisme-+" rel="tag"&gt;Lib&#233;ralisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chronique de Kamel Daoud parue dans Le Point du 3 mai 2024.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Encourag&#233;s par la propagande islamiste, woke ou d&#233;coloniale, les musulmans de France pr&#233;tendent fuir le pays. En maquillant leur d&#233;samour par de fausses raisons.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les musulmans de France quittent-ils &#171; en masse &#187; une France &#171; islamophobe &#187; et sans espoir ? Il existe toute une mythologie volontairement &#233;labor&#233;e autour de cette r&#233;alit&#233;-fiction. On avance des chiffres inv&#233;rifiables, on interpr&#232;te selon ses envies. La France qui chasse ses musulmans est d'ailleurs un sujet qui, curieusement, fait la joie de plusieurs familles m&#233;diatiques et universitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, les islamistes, qui consid&#232;rent ce pays comme le &#171; contre-califat &#187;, avec sa la&#239;cit&#233; et sa volont&#233; d'&#233;laborer un islam fran&#231;ais enfin lib&#233;r&#233; de la tutelle islamiste et du communautarisme. En- suite, l'Anglo-Saxonie woke, qui adore trouver en France l'occasion de se d&#233;culpabiliser de sa propre histoire vis-&#224;-vis de l'immigration, du racisme, de la colonisation et des g&#233;nocides. En dernier lieu, les d&#233;coloniaux de gauche &#8211; des fervents de la crucifixion &#8211; ou, au bout de la cha&#238;ne du ressassement, des Maghr&#233;bins install&#233;sen France qui pratiquent la culpabilisation comme on fait du surf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc la France accus&#233;e du m&#234;me crime par trois alli&#233;s de conjoncture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les musulmans quitteraient une France islamophobe et raciste ? C'est l'&#171; habillage &#187; culpabilisant qui semble erron&#233; : ceux qui partent le font pour aller en Am&#233;rique ou dans les principaut&#233;s dor&#233;es du Golfe &#8211; pour raison de carri&#232;re, d'argent, d'envie ou de libert&#233;. On pr&#233;f&#232;re cependant l'imputer &#224; l'islamophobie ambiante, car cela sied &#224; ce que l'on veut croire (et faire croire) de ce pays, la France. On habille le d&#233;part d'un faux chagrin et l'on convertit l'ambition professionnelle en sc&#232;nes de d&#233;samour. D'ailleurs, le retour &#8211; la hijra &#8211; vers les pays du Golfe ou l'Arabie saoudite, aujourd'hui encourag&#233; par l'internationale islamiste, n'est devenua ttrayant que parce que ces pays musulmans sont richissimes et donc fr&#233;quentables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, on crie &#224; l'envie de &#171; rentrer &#187; chez ses &#171; anc&#234;tres &#187;, mais on va &#224; Dubai. Benzema a montr&#233; la voie : la hijra vers la nation des p&#232;res, c'est en direction des banques, pas des anc&#234;tres. On n'est pas idiot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'entre-soi communautaire, la pratique est d'ailleurs connue : on vient en France pour &#233;duquer ses enfants et leur garantir la France des &#171; aides &#187;. Mais, d&#232;s que les dipl&#244;mes et la nationalit&#233; sont obtenus, on pr&#233;f&#232;re les voir vivre en Am&#233;rique et hurler &#224; l'islamophobie fran&#231;aise. Pourquoi ne pas aller directement en Anglo-Saxonie pour y habiter et y instruire ses enfants ? Cela co&#251;te trop cher. La France, c'est la gratuit&#233; assortie au coefficient de culpabilit&#233;. On d&#233;serte la France lorsque les aides ont &#233;t&#233; &#233;puis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mythologie du d&#233;samour appara&#238;t aujourd'hui en vogue. Elle prend pr&#233;texte d'une r&#233;alit&#233;, mais elle se construit avec un but : le French bashing, un m&#233;lange d'islamisme conqu&#233;rant, de d&#233;colonialisme de rente et de wokisme en banni&#232;re. La proie commune est belle : il s'agit d'accuser, de culpabiliser et de fa&#231;onner du victimaire d'&#233;lite. Ce mythe revient alors, chaque ann&#233;e, avec des portraits poignants de mal-aim&#233;s, de femmes voil&#233;es photographi&#233;es dans des a&#233;roports chagrins, de statistiques lunaires et de flagellation savante. Les entrepreneurs de l'islamisme local en r&#233;cup&#232;rent ensuite l'&#233;motion et crient &#224; la pers&#233;cution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, l'immigration clandestine d&#233;ment ce mythe. La r&#233;alit&#233; des chiffres d'arrivants est l&#224;. Le choix de &#171; pomper &#187; les aides pour s'installer plus tard l&#224; o&#249; c'est plus rentable s'av&#232;re aussi une r&#232;gle tacite. Le masochisme fran&#231;ais se r&#233;v&#232;le parfois collectif. Voil&#224; les premi&#232;res impressions sur ce mythe artificiel. Il y a m&#234;me quelque chose d'aga&#231;ant dans cette antienne : c'est le mensonge organis&#233; et la bouderie calcul&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>L'agression russe en Ukraine, ou le retour de la guerre imp&#233;riale</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1113-L-agression-russe-retour-de-la-guerre-imperiale</link>
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		<dc:subject>Minassian G.</dc:subject>
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		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
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		<dc:subject>Empire</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Totalitarisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Article de Ga&#239;dz Minassian paru dans les pages &#171; Analyse &#187; du journal &#171; Le Monde &#187; du 21/03/2022. L'&#201;tat fait la guerre et la guerre fait l'&#201;tat. L'agression russe contre l'Ukraine d&#233;montre une fois de plus toute la pertinence de l'&#233;quation du sociologue am&#233;ricain Charles Tilly. La guerre bouleverse l'environnement, refa&#231;onne les mentalit&#233;s et transforme les nations. C'est le cas des bellig&#233;rants russes et ukrainiens qui, depuis l'invasion de l'Ukraine, ont chang&#233; de paradigme, les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article de Ga&#239;dz Minassian paru dans les pages &#171; Analyse &#187; du journal &#171; Le Monde &#187; du 21/03/2022.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#201;tat fait la guerre et la guerre fait l'&#201;tat. L'agression russe contre l'Ukraine d&#233;montre une fois de plus toute la pertinence de l'&#233;quation du sociologue am&#233;ricain Charles Tilly. La guerre bouleverse l'environnement, refa&#231;onne les mentalit&#233;s et transforme les nations. C'est le cas des bellig&#233;rants russes et ukrainiens qui, depuis l'invasion de l'Ukraine, ont chang&#233; de paradigme, les premiers passant de la f&#233;d&#233;ration &#224; l'empire, et les seconds, de la nation &#224; l'&#201;tat. En parall&#232;le, la catastrophe qui se joue actuellement au c&#339;ur de l'Europe confirme la r&#233;&#233;mergence d'un type de guerre que l'on croyait r&#233;volu : la guerre n&#233;o-imp&#233;riale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce retour de la guerre imp&#233;rialiste, qui pointait d&#233;j&#224; sous les labels de &#171; guerre hybride &#187;, &#171; guerre invisible &#187; ou &#171; guerre d'influence &#187;, traduit l'ambition de puissances &#233;mergentes comme la Russie, la Chine et la Turquie de favoriser une nouvelle architecture des relations internationales. H&#233;ritiers de vieux empires qui, &#224; leur apog&#233;e, ont couvert une bonne partie du globe, Russes, Chinois et Turcs r&#233;actualisent la guerre pour le contr&#244;le de territoires. Ils profitent du reflux des puissances occidentales dans le monde pour exprimer leurs ambitions n&#233;o-imp&#233;riales, comme si ce mod&#232;le de domination pouvait se substituer &#224; l'&#201;tat-nation en crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'image des voisins de Moscou, l'Ukraine joue depuis la chute de l'Union sovi&#233;tique son avenir en tant qu'&#201;tat dans l'affrontement de deux processus de souverainet&#233;. D'une part, une &#171; souverainet&#233; &#187; ukrainienne, dans le prolongement de la Russie, o&#249; la logique du r&#233;gime soumis &#224; Moscou l'emporte sur l'id&#233;e d'&#201;tat. L'Ukraine serait alors au pire une colonie russe, au mieux un &#201;tat satellite. D'autre part, une v&#233;ritable souverainet&#233; ukrainienne autonome de la Russie, qui vise &#224; distinguer le destin du pays de celui de la Russie. La logique de l'&#201;tat ind&#233;pendant l'emportant sur le r&#233;gime. C'est ce qui s&#233;pare l'Ukraine de l'ancien pr&#233;sident russophile Viktor Ianoukovitch de l'Ukraine de l'actuel pr&#233;sident, Volodymyr Zelensky. L'issue de la guerre en Ukraine dira lequel des deux mod&#232;les l'emportera : la souverainet&#233; limit&#233;e ou la souverainet&#233; r&#233;elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Moscou, la notion d'&#201;tat est l&#224; aussi ambigu&#235; ; car la Russie n'a pas d'exp&#233;rience du statut d'&#201;tat-nation au sens europ&#233;en du terme. Elle ne conna&#238;t que celui d'empire qui, par d&#233;finition, n'a pas de fronti&#232;res mais seulement des fronts. Qui dit &#201;tat-nation dit d&#233;mocratisation du pouvoir. Or, la Russie n'a jamais &#233;t&#233; une d&#233;mocratie. Cette perspective n'a exist&#233; qu'apr&#232;s des &#233;checs militaires : la d&#233;faite russe lors de la guerre de Crim&#233;e en 1856 a ouvert la voie aux r&#233;formes du tsar Alexandre II (1818-1881) ; la d&#233;faite russe lors de la guerre contre le Japon, en 1905, a d&#233;bouch&#233; sur la cr&#233;ation de la Douma (la Chambre basse du Parlement russe) et la lib&#233;ralisation du r&#233;gime tsariste de Nicolas II (1868-1918) ; enfin, la d&#233;faite sovi&#233;tique lors de la guerre froide en 1991 a accouch&#233; de la Russie de Boris Eltsine, tent&#233;e par la d&#233;mocratisation sur fond de chaos g&#233;n&#233;ral. En dehors de ces trois moments de la d&#233;route, la d&#233;mocratie n'a jamais pris racine dans cette Russie qui, quel que soit le r&#233;gime, tsariste, sovi&#233;tique ou f&#233;d&#233;ral, reste fid&#232;le &#224; son m&#233;moriel imp&#233;rial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; D&#233;soccidentaliser &#187; les souverainet&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la G&#233;orgie au Kazakhstan, de l'Arm&#233;nie &#224; la Bi&#233;lorussie et de l'Ukraine &#224; la Moldavie, la Russie ronge ces &#171; souverainet&#233;s &#187; voisines, d&#233;figure les soci&#233;t&#233;s au point de transformer ces Etats proches en v&#233;ritables &#171; gueules cass&#233;es &#187; de l'espace post-sovi&#233;tique quand ils n'ob&#233;issent pas au diktat du pr&#233;sident Vladimir Poutine. Ce credo n&#233;o-imp&#233;rial repose sur des organisations r&#233;gionales, comme la Communaut&#233; des &#201;tats ind&#233;pendants (CEI), l'Union &#233;conomique eurasienne (UEE) ou encore l'Organisation du trait&#233; de s&#233;curit&#233; collective (OTSC), trois coquilles vides qui r&#233;pondent exclusivement aux int&#233;r&#234;ts de Moscou lorsqu'ils sont menac&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour cause : la Russie n'a pas d'alli&#233;s, seulement des vassaux. Son ambition n&#233;o-imp&#233;riale s'appuie sur des partenariats avec d'autres puissances &#233;mergentes, comme la Chine et la Turquie. Elle est destin&#233;e &#224; &#171; d&#233;soccidentaliser &#187; les souverainet&#233;s qui s'expriment dans les ex-r&#233;publiques p&#233;riph&#233;riques de l'URSS situ&#233;es en Europe centrale et orientale. Celles-ci, &#224; l'exception d'&#233;ph&#233;m&#232;res ind&#233;pendances dans l'entre-deux-guerres qui leur ont juste laiss&#233; le temps de se doter d'un hymne, d'un drapeau et d'armoiries nationales, n'ont connu que le confinement tsariste ou sovi&#233;tique comme mode de d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'effondrement de l'Union sovi&#233;tique en 1991 a &#233;t&#233; la plus grande catastrophe g&#233;opolitique du XXe si&#232;cle&lt;/i&gt; &#187;, aime r&#233;p&#233;ter Vladimir Poutine, qui &#8211; &#224; la t&#234;te de la Russie depuis 2000 &#8211; a impos&#233; aux Russes quinze ann&#233;es de guerres (Tch&#233;tch&#233;nie, G&#233;orgie, Crim&#233;e, Syrie, Ukraine) sur vingt-deux ans de r&#232;gne ! En 1922, le jeune pouvoir bolchevik donnait naissance &#224; l'Union sovi&#233;tique, ce que Vladimir Poutine appelle &#171; &lt;i&gt;la Russie historique&lt;/i&gt; &#187; . Un si&#232;cle plus tard, le m&#234;me Poutine s'en remet &#224; la guerre n&#233;o-imp&#233;riale pour asseoir sa tyrannie, humilier ses voisins et restaurer le statut de puissance de l'URSS, cherchant de fait &#224; d&#233;savouer l'historien Jean-Baptiste Duroselle, auteur du livre r&#233;f&#233;rence &lt;i&gt;Tout empire p&#233;rira&lt;/i&gt; (Publications de La Sorbonne, 1981). Il incombe aux Russes, aux autres peuples post-sovi&#233;tiques mais aussi &#224; l'Occident d'&#233;viter que le pr&#233;sident &#224; vie Poutine puisse dire un jour : &#171; &lt;i&gt;Tout empire rena&#238;tra&lt;/i&gt;. &#187; Faute de quoi le pr&#233;sident russe pourrait inspirer d'autres leaders d'anciens empires, en Chine et en Turquie par exemple, potentiellement tent&#233;s par la voie n&#233;o-imp&#233;riale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les chim&#232;res</title>
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		<dc:subject>Koestler A.</dc:subject>
		<dc:subject>Psychiatrie</dc:subject>
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&lt;p&gt;&#201;pilogue au roman d'Arthur Koestler, &#171; Les Call-Girls &#187;, 1971, traduction de Georges Fradier. Mis en ligne par &#171; Les Amis de Bartleby &#187; &#171; &#8211; D&#233;tendez-vous, dit le docteur Grob. &#8211; Comment voulez-vous qu'on se d&#233;tende quand on est poursuivi par des chim&#232;res ? g&#233;mit Anderson en se retournant sur le divan. &#8211; Allez, d&#233;tendez-vous, r&#233;p&#233;ta le docteur Grob. Fermez les yeux. Dites-moi le premier mot qui vous vient &#224; l'esprit. &#8211; Chim&#232;re, fit Anderson. &#8211; Vous n'&#234;tes pas bien d&#233;tendu, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-271-Koestler-A-+" rel="tag"&gt;Koestler A.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-71-psychiatrie-+" rel="tag"&gt;Psychiatrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;pilogue au roman d'Arthur Koestler, &#171; Les Call-Girls &#187;, 1971, traduction de Georges Fradier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://lesamisdebartleby.wordpress.com/2022/04/19/arthur-koestler-les-chimeres/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mis en ligne par &#171; Les Amis de Bartleby &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &#8211; D&#233;tendez-vous, dit le docteur Grob.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Comment voulez-vous qu'on se d&#233;tende quand on est poursuivi par des chim&#232;res ? g&#233;mit Anderson en se retournant sur le divan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Allez, d&#233;tendez-vous, r&#233;p&#233;ta le docteur Grob. Fermez les yeux. Dites-moi le premier mot qui vous vient &#224; l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Chim&#232;re, fit Anderson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous n'&#234;tes pas bien d&#233;tendu, remarqua le docteur Grob en b&#226;illant avec patience, presque silencieusement. Essayez encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Les chim&#232;res, dit Anderson. Elles me poursuivent. Vous aussi elles vous poursuivent. Seulement vous ne vous en apercevez pas, parce que vous &#234;tes atteint vous-m&#234;me d'une infection chim&#233;rique faible, au troisi&#232;me degr&#233;, je dirais, ou peut-&#234;tre au quatri&#232;me. L'infection provoque une sorte de c&#233;cit&#233; partielle, une tache noire, alors vous ne pouvez pas les voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#201;coutez, fit le docteur Grob. Qui est le patient ici ? Qui est l'analyste ? C'est vous ou c'est moi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est que je n'en sais rien, r&#233;pondit anxieusement Anderson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Alors pourquoi venez-vous ici &#224; cent dollars la s&#233;ance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pour parler des chim&#232;res, dit Anderson. Il r&#233;fl&#233;chit un moment puis fit un signe de t&#234;te : Oui, c'est pour &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bon, tr&#232;s bien&#8230; &#187; Le docteur Grob referma son carnet, posa son stylo et se renversa dans son fauteuil. &#171; C'est quoi, une chim&#232;re ? Animal, v&#233;g&#233;tal, min&#233;ral ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est difficile &#224; dire. Tout le monde sait que chez les Grecs les chim&#232;res avaient des t&#234;tes de lion, des pattes de ch&#232;vre et des queues de serpent. Mais elles sont aussi dans les cerveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Quels cerveaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Par exemple, dans le v&#244;tre. Je crois que c'est seulement une infection b&#233;nigne, mais si vous ne faites pas attention elle va se r&#233;pandre et un beau jour vous risquez de vous retrouver chim&#232;re des pieds &#224; la t&#234;te. Tiens, vous avez besoin d'aller chez le coiffeur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le docteur Grob s'inspecta furtivement dans un miroir plac&#233; dans le tiroir de son bureau, et essaya un instant de s'imaginer avec une t&#234;te de lion. L'id&#233;e n'&#233;tait pas d&#233;sagr&#233;able. On dira ce qu'on veut, le lion est un noble animal. Quant &#224; la ch&#232;vre et &#224; la queue de serpent, c'&#233;taient des images d&#233;lirantes, &#233;videmment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous ne pouvez pas penser &#224; autre chose qu'aux chim&#232;res ? Vous savez que c'est une obsession ? dit-il paternellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bien s&#251;r que c'est une obsession. Quand on a des chim&#232;res qui en veulent &#224; votre peau, comment ne serait-on pas obs&#233;d&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vraiment, &#231;a ne nous m&#232;ne &#224; rien, soupira le docteur Grob, qui se demandait s'il allait garder ce patient. Malheureusement presque tous les patients, &#224; pr&#233;sent, &#233;taient obs&#233;d&#233;s par des chim&#232;res, et il fallait bien gagner sa vie. Le salon &#233;tait garni de beaux lions empaill&#233;s. Tr&#232;s co&#251;teux, les lions empaill&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non, &#231;a ne m&#232;ne &#224; rien, dit Anderson. &#192; moins que j'arrive &#224; vous convaincre que dans un monde que les chim&#232;res sont en train d'envahir, il est sain, il est normal d'&#234;tre obs&#233;d&#233; par les chim&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; On ne peut jamais dire qu'une obsession est normale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Est-ce que vous niez l'existence des chim&#232;res ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ben oui. Oui et non, dit patiemment le docteur Grob. Je ne discute pas les faits. Nous avons devant nous une mutation g&#233;n&#233;tique &#224; une &#233;chelle statistiquement importante, qui a caus&#233; certains ph&#233;nom&#232;nes dont vous parlez en des termes non scientifiques et avec une extr&#234;me exag&#233;ration. Il est m&#234;me admis que certains mutants sont apparemment porteurs d'un virus peu commun qui produit des transformations analogues dans la personne infect&#233;e. Mais c'est tout. Le reste, c'est de l'imagination. Et c'est bien l&#224; qu'intervient la psychoth&#233;rapie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais vous-m&#234;me, vous avez attrap&#233; l'infection, r&#233;p&#233;ta Anderson d'une voix t&#234;tue en donnant des coups de poing sur le divan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bon, alors tr&#232;s bien, je suis infect&#233;, dit calmement le docteur Grob. Et &#224; votre avis qui n'est pas infect&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tout le monde est infect&#233;. Mais &#224; des degr&#233;s variables. Il y a dix-sept degr&#233;s. Quand on monte aux derniers degr&#233;s la tache noire grandit, l'infect&#233; ne voit plus les changements, ni en lui ni autour de lui. Pour une chim&#232;re une autre chim&#232;re est une personne normale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Parfait. Vous m'avez d&#233;j&#224; expliqu&#233; tout &#231;a. Mais dites-moi : vous ne connaissez pas quelqu'un qui ne soit pas infect&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Si, moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est bizarre, non, que vous soyez le seul ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est tragique. Je serais bien plus heureux si j'avais une tache noire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais alors si vous &#234;tes le seul homme sain d'esprit, pourquoi voulez-vous une cure ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anderson le regarda sournoisement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je vous ai dit que je serais bien plus heureux si j'avais une tache noire moi aussi. La vie serait tellement plus agr&#233;able&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous voulez dire que vous ne venez pas chez moi pour vous soigner, mais pour devenir ali&#233;n&#233; mental ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pas exactement ali&#233;n&#233;. Rien qu'une petite tache noire. La vie est intol&#233;rable quand on voit trop bien ce qui se passe autour de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tout &#224; fait extraordinaire, fit le docteur Grob.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#201;coutez, dit Anderson de plus en plus agit&#233;. Supposons que dans notre coin de l'univers, par suite d'une farce de la relativit&#233;, le temps s'acc&#233;l&#232;re. Toutes les montres, toutes les pendules se mettraient &#224; battre de plus en plus vite, et nos pulsations aussi, de plus en plus vite, au m&#234;me rythme : par cons&#233;quent personne ne s'apercevrait de ce qui arrive, ni les horlogers ni les m&#233;decins. Vous voyez ce que je veux dire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non, je ne vois pas, dit le docteur Grob d'un ton rev&#234;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais comment voulez-vous m'aider si vous ne comprenez pas ? cria Anderson. L'infection est en train de gagner&#8230; Qu'avez-vous l'intention de faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai l'intention de vous gu&#233;rir, parce que c'est mon m&#233;tier. Int&#233;gration de la personnalit&#233;. Adaptation &#224; la soci&#233;t&#233;. Acceptez vos semblables, ils vous accepteront. Coop&#233;rez. Apprenez &#224; r&#233;agir de mani&#232;re positive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qu'est-ce que c'est, une mani&#232;re positive ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le contraire d'une mani&#232;re n&#233;gative &#187;, r&#233;pondit le docteur Grob en quittant gauchement son fauteuil. Sa grosse t&#234;te &#233;chevel&#233;e paraissait trop lourde. &#171; Je regrette, c'est l'heure, la s&#233;ance est termin&#233;e, mais avant que vous partiez je voudrais vous pr&#233;senter mon assistant. Il me remplace quand je vais en vacances. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un coup de sonnette, il fit entrer un blond jeune homme qui souriait &#224; pleines dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Docteur Miller, annon&#231;a Grob. Un des meilleurs th&#233;rapeutes de la jeune g&#233;n&#233;ration. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le docteur Miller s'avan&#231;ait pour serrer la main du patient lorsque Anderson bondit, courut se blottir derri&#232;re le divan et resta l&#224; sans bouger en levant sur le nouveau venu un regard terroris&#233;. Les deux docteurs &#233;chang&#232;rent un clin d'&#339;il et Miller sortit sans bruit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Eh bien, eh bien, fit le docteur Grob. Je suis d&#233;sol&#233; de vous avoir fait peur. C'est le docteur Miller ? Vous avez remarqu&#233; quelque chose d'anormal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais &#233;videmment, dit Anderson en refusant d'abandonner son abri. Vous n'avez pas vu qu'il est presque compl&#232;tement chim&#232;re ? Vous devez avoir une infection au dixi&#232;me degr&#233; finalement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le docteur Grob &#233;mit un bon rire rassurant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'avoue que je n'ai pas vu sa queue de serpent. Est-ce qu'elle sort par un trou dans son slip ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais non. Ils se l'enroulent autour du ventre comme des mirlitons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ah ! alors la prochaine fois nous demanderons au docteur Miller de se d&#233;shabiller devant nous. Vous seriez convaincu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Il ne voudra jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Nous verrons. Mais pour aujourd'hui la s&#233;ance est termin&#233;e, alors je vous dis au revoir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Maintenant. Demandez-lui maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La s&#233;ance est termin&#233;e &#187;, dit pour la troisi&#232;me fois le docteur Grob avec un grondement inqui&#233;tant. Au m&#234;me instant, comme pour faire &#233;cho &#224; ce bruit, mont&#232;rent de la rue des cris inarticul&#233;s de plus en plus proches, de plus en plus &#233;normes. Sa curiosit&#233; triomphant de sa peur, Anderson s'extirpa de son nid, &#233;pousseta son pantalon et prit place &#224; la fen&#234;tre &#224; c&#244;t&#233; du docteur. Sur toute la largeur de l'avenue d&#233;filait une horde de chim&#232;res rugissant un chant de guerre, brisant les vitrines et les lampadaires &#224; grands coups de leurs queues d'&#233;cailles, p&#233;tant de tous leurs culs de boucs un nuage empoisonn&#233; qui s'&#233;talait, et tournoyait et s'&#233;levait de plus en plus haut&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ah oui, c'est &#231;a, dit le docteur Grob en hochant la t&#234;te, l'air bonasse. Une manifestation de la Brigade d'amour. Ils sont gentils, ces gosses, pleins de vitalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Mais vous ne voyez donc pas&#8230; &#187;, cria Anderson, le regard en coin, d&#233;tournant vite les yeux du spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous paraissez effray&#233;, observa le docteur Grob avec sollicitude. Qu'est-ce qui vous prend ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toute r&#233;ponse Anderson se pr&#233;cipita vers la porte. Ce fut le souriant docteur Miller qui, ayant tir&#233; entre-temps la fermeture &#233;clair de sa poche revolver, l'ouvrit pour lui d'un joli geste de la queue. Pour mieux dire au revoir, le docteur Grob s'&#233;tait dress&#233; sur ses pattes de derri&#232;re : ainsi put-il encourager le patient d'un bon coup de langue sur la joue. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je crois qu'il va d&#233;j&#224; beaucoup mieux &#187;, confia-t-il ensuite &#224; son assistant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ascenseur, Anderson ne savait plus s'il &#233;tait homme, femme, &#234;tre humain ou chim&#232;re. Il faisait d&#233;j&#224; nuit quand il se retrouva dans l'avenue &#233;cras&#233;e de brouillard o&#249; il ne pouvait distinguer que des formes vagues, ni r&#233;elles ni fausses comme les visages aper&#231;us dans un arbre, que chacun interpr&#232;te &#224; sa guise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il frissonna &#224; l'id&#233;e de retourner chez le docteur Grob le vendredi suivant, &#224; 6 heures de l'apr&#232;s-midi. Il se demandait si le jeu valait cent dollars de chandelle. Mais &#224; part &#231;a, que faire ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; O&#249; va la France ? &#187; : Boualem Sansal s'interroge sur les racines du d&#233;clin</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?1059-Ou-va-la-France-Boualem-Sansal</link>
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		<dc:date>2021-05-28T09:11:45Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Sansal B.</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Prospective</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Empire</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Tribune de Boualem Sansal publi&#233;e par Le Figaro le 25/05/2021 L'&#233;vocation des logiques imp&#233;riales d'Ibn Khaldoun pour &#233;clairer l'&#233;volution actuelle est suffisemment rare pour &#234;tre signal&#233;e, m&#234;me si les id&#233;es pr&#233;sent&#233;es ici m&#233;riteraient quelques commentaires importants de notre part. On lira sur le sujet &#171; Le voyage vers l'empire a d&#233;j&#224; commenc&#233; &#187; et bien s&#251;r notre brochure L'horizon imp&#233;rial de mars 2018. |Chap&#244; : On sait que l'&#339;uvre de l'&#233;crivain alg&#233;rien, r&#233;put&#233; pour son ind&#233;pendance (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-reactions-a-l-actualite-" rel="directory"&gt;R&#233;actions &#224; l'actualit&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-262-Sansal-B-+" rel="tag"&gt;Sansal B.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-49-prospective-+" rel="tag"&gt;Prospective&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-221-empire-+" rel="tag"&gt;Empire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Tribune de &lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/vox/societe/ou-va-la-france-boualem-sansal-s-interroge-sur-les-racines-du-declin-20210525&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Boualem Sansal publi&#233;e par Le Figaro le 25/05/2021&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;vocation des logiques imp&#233;riales d'Ibn Khaldoun pour &#233;clairer l'&#233;volution actuelle est suffisemment rare pour &#234;tre signal&#233;e, m&#234;me si les id&#233;es pr&#233;sent&#233;es ici m&#233;riteraient quelques commentaires importants de notre part.&lt;br class='manualbr' /&gt;On lira sur le sujet &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?925-Le-voyage-vers-l-empire-a-deja' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le voyage vers l'empire a d&#233;j&#224; commenc&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et bien s&#251;r notre brochure &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?915-quatrieme-de-couverture-no23' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'horizon imp&#233;rial&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de mars 2018.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Chap&#244; : On sait que l'&#339;uvre de l'&#233;crivain alg&#233;rien, r&#233;put&#233; pour son ind&#233;pendance d'esprit, qui
vit en Alg&#233;rie envers et contre tout, rencontre un tr&#232;s vif succ&#232;s dans plusieurs pays europ&#233;ens, en
particulier en France et en Allemagne. Selon lui, notre pays souffre de ne plus se reconna&#238;tre. Pour
faire face &#224; nos maux, Boualem Sansal nous invite &#224; red&#233;couvrir la pens&#233;e d'Ibn Khaldoun,
historien arabe qui a m&#233;dit&#233; sur la naissance et sur la mort des empires.&lt;br class='manualbr' /&gt;Auteur de plusieurs dizaines d'ouvrages, Boualem Sansal a notamment publi&#233; &lt;i&gt;Le Serment des
barbares&lt;/i&gt; (Gallimard, 1999), &lt;i&gt;Le Village de l'Allemand ou Le Journal des fr&#232;res Schiller&lt;/i&gt;
(Gallimard, 2008), couronn&#233; par quatre prix, 2&lt;i&gt;084. La Fin du monde&lt;/i&gt; (Gallimard, 2015), grand
prix du roman de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise, et &lt;i&gt;Le Train d'Erligen ou La M&#233;tamorphose de Dieu&lt;/i&gt;
(Gallimard, 2019). Dernier roman paru : &lt;i&gt;Abraham ou La Cinqui&#232;me alliance&lt;/i&gt; (Gallimard, coll.
&#171; Blanche &#187;, 2020, 288 p., 21 &#8364;).&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse est en grande partie dans la question. Si on se demande ce qu'on va devenir c'est qu'on
se sait malade, condamn&#233;, perdu, et de plus, implicitement dit, incapable de nous en sortir par nous-
m&#234;me. Il y a aussi, sous-jacent, comme un appel au secours. On esp&#232;re, on attend, on g&#233;mit pour
inspirer la piti&#233;, sachant bien cependant que nos amis et nos ennemis de par le monde ont leur
propre vision des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a toujours beaucoup de r&#233;ponses dans les questions. Il faut juste les trouver. Ce que, en
l'occurrence, la question ne dit pas, c'est le nomde la maladie. C'est essentiel, il para&#238;t qu'on
souffre moins quand on sait de quoi on va mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Fran&#231;ais sont connus pour ne jamais manquer de mots pour parler. Ils ont donn&#233; mille noms au
mal qui ronge leur pays, et continuent de croire qu'en les r&#233;p&#233;tant &#224; l'infini comme des mantras oudes sourates ils avanceraient dans la v&#233;rit&#233;. Multiplier les noms ne fait, &#224; mon avis, rien d'autre
qu'ajouter au malheur du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire de tous ces mots qui font la une des journaux, les titres des livres et les th&#232;mes de toutes
les campagnes : d&#233;clin, d&#233;cadence, faillite, &#233;viction, d&#233;classement, colonisation, identitaire, repli,
mosqu&#233;e, remplacement, islam, imam, prison, civilisation, voile, djihad, agression, islamophobie,
banlieues, territoires, incomp&#233;tence, amateurisme, franchouillardise, f&#233;minisation, rebeu, LGBT,
Gafam, racisme, woke, anti-Blancs, antis&#233;mitisme, antis&#233;mite, antisioniste, Allah, juifs, haine,
chr&#233;tiens, musulmans, terrorisme, attentat, blasph&#232;me, minorit&#233;s, victimes, &#233;glise, sourates, tags,
incivilit&#233;, &#233;gorger, rep&#232;res, autorit&#233;, souverainet&#233;, coran, hadiths, halal, haram, harem, mat&#233;rialisme,
spiritualit&#233;, endettement, Europe, Mahomet, Mohamed, messager, inch'Allah, mondialisation,
pr&#233;sident, pacotille, ministres, rabais, bureaucratie, corruption, &#233;migration, statistiques,
d&#233;mographie, d&#233;linquance, experts, t&#233;l&#233;s, presse, subventions, lib&#233;ration, Cassandre, lanceurs
d'alerte, rap, indig&#232;ne, patriote, bobo, islamo-gauchiste, communication, langue de bois, gilets
jaunes, dissidence, guerre civile, cheval de Troie, repentance, victimisation, Alg&#233;rie, Afrique,
Allemagne, Bruxelles, Maastricht, Brexit, frexit, Qatar, La Mecque, Chine, Poutine, Erdogan,
d&#233;put&#233;s, pantouflard, Daech, g&#233;nocide, etc.,la liste est longue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La profusion ne dit rien de fondamental, elle saoule. La v&#233;rit&#233; est que la France souffre d'elle-
m&#234;me, elle ne se conna&#238;t plus, ne se reconna&#238;t plus, ce qui est bien la pire des maladies. J'ai parfois
l'impression qu'elle se prend pour un pays musulman qui se voit menac&#233; dans son existence par des
hordes d'infid&#232;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'&#233;tonne que personne n'ait prononc&#233; ce mot : muqaddima. Il dit tout pourtant, le mal dont
souffre la France, le rem&#232;de et la fa&#231;on de l'administrer. Muqaddima est le titre d'un texte dans
lequel son auteur - rien moins que l'immense Ibn Khaldoun - explique comment naissent et meurent
les empires. Il devrait &#234;tre le livre de chevet de tout Fran&#231;ais qui craint pour l'avenir de ses enfants
et de son pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce g&#233;nie, chez qui le lecteur attentif trouvera un peu de Montaigne, un peu de Montesquieu, de
Tocqueville et de Machiavel, qui a v&#233;cu au XIV e si&#232;cle et qui fut conseiller ou ministre de moult
rois et roitelets de l'Empire musulman, jusqu'&#224; l'immense et terrible Tamerlan, nous apprend dans
sa monumentale &#339;uvre, Le Livre des exemples, que les empires se construisent en d&#233;sarmant leur
population, en brisant les solidarit&#233;s traditionnelles qui assurent sa coh&#233;sion sociale (il inventa un
mot pour les d&#233;signer : asabiyya), en la livrant aux agissements de services publics poussifs et
arrogants afin de la rendre d&#233;pendante du centre omnipotent, et la terroriser m&#234;me pour pr&#233;lever
toujours plus d'imp&#244;ts. Ce faisant, ils se condamnent car fatalement ils versent dans la dictature et
l&#232;vent les temp&#234;tes de col&#232;re qui viendront les balayer. Il nous apprend que pour mater les r&#233;volt&#233;s
ils se verront oblig&#233;s d'enr&#244;ler les tribus guerri&#232;res des confins ou des mercenaires &#233;trangers, puis
de solliciter les &#201;tats voisins pour mater les tribus et les mercenaires qui, profitant de leur faiblesse,
leur disputent le pouvoir (syndrome des janissaires dans l'Empire ottoman et des mamelouks en
&#201;gypte). S'ils ne peuvent d'aucune mani&#232;re s'en d&#233;barrasser, ils leur ouvrent une voie pour acqu&#233;rir
une place dans le cercle du pouvoir, avec l'espoir de les voir se civiliser et s'int&#233;grer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cela qu'a fait la France. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, elle a appel&#233; la main-
d'&#339;uvre maghr&#233;bine et africaine pour reconstruire son &#233;conomie puis, ne pouvant la renvoyer apr&#232;s
service rendu, lui a ouvert la voie de l'installation/assimilation/int&#233;gration pour faire ses membres
des citoyens scrupuleux. Devant l'&#233;chec de la d&#233;marche, elle a sous-trait&#233; ses pouvoirs de police et
de gouvernement aux islamistes afin de r&#233;tablir l'ordre dans les territoires perdus de la r&#233;publique
gangren&#233;s par la d&#233;linquance, le s&#233;paratisme et le satanisme [L'auteur fait r&#233;f&#233;rence aux pratiques
qui ont cours en mati&#232;re m&#233;dicale dans les milieux salafistes, NDLR]. Cercle vicieux. Apr&#232;s avoir
enr&#244;l&#233; les islamistes pour sauver les banlieues de la grande d&#233;linquance, et attribu&#233; reconnaissance
et titres de noblesse &#224; leurs repr&#233;sentants encravat&#233;s, la France et l'Europe en appel&#232;rent aux &#201;tats
d'o&#249; sont originaires les envahissants islamistes (Alg&#233;rie, Maroc, Tunisie, Libye, Turquie,Tch&#233;tch&#233;nie&#8230;) pour garder leurs fronti&#232;res ext&#233;rieures et faire que leur religion cesse de se
r&#233;pandre partout dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France en est l&#224;, sonn&#233;e, groggy, pieds et poings li&#233;s, enr&#244;l&#233;e &#224; son insu dans le djihad
plan&#233;taire. Les reconstructeurs de l'histoire de France applaudissent, la puissance d'entra&#238;nement de
l'expansion islamique acc&#233;l&#232;re formidablement l'av&#232;nement de la mondialisation bienheureuse et
l'open society promise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'Ibn Khaldoun nous apprend, au fond, c'est que c'est toujours le plus intelligent, le plus fort,
le plus rapide, le plus cruel, qui l'emporte. Les Fran&#231;ais seraient, selon les reconstructeurs, trop
b&#234;tes, trop irr&#233;m&#233;diablement ramollis pour comprendre qu'il faut d'abord perdre pour ensuite
gagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment sortir du pi&#232;ge ? Le g&#233;nial Ibn Khaldoun le dit : il faut au plus vite se doter d'une
&#233;conomie productive qui sache cr&#233;er de la richesse, des savoirs, des comp&#233;tences, des m&#233;tiers
d'avenir, et qui sache diffuser dans la soci&#233;t&#233; l'esprit de conqu&#234;te. Les chevaliers d'un pays sont ses
entrepreneurs, pas ses soldats, pas ses princes et leurs dandys. Dans un pays prosp&#232;re ind&#233;pendant et
inventif, l'&#201;tat dispose de toutes les ressources n&#233;cessaires, financi&#232;res, humaines et techniques
pour administrer le pays, sans attenter aux libert&#233;s, sans avoir &#224; terroriser la population pour
pr&#233;lever toujours plus d'imp&#244;ts en recourant aux services de cogneurs locaux et &#233;trangers. Les
protections se paient cher. La mondialisation n'est pas l'auberge espagnole, il faut payer pour y
entrer et profiter de ses m&#233;canismes protecteurs. Le prix en est le d&#233;mant&#232;lement des forces
nationales et la soumission des &#233;lites aux ma&#238;tres du monde. Au bout, l'&#201;tat national dispara&#238;t et le
pays devient &#233;tranger pour sa population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;construction est fort avanc&#233;e. La France a d&#233;j&#224; beaucoup perdu, son g&#233;nie, sa culture, sa
langue, ses valeurs, ses comp&#233;tences, ses m&#233;tiers d'avenir, ses territoires, son arm&#233;e et son audience
internationale. Mais il lui reste un peu de vie, elle peut rebondir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sens que la publication de ce modeste articulet va d&#233;clencher une v&#233;ritable passion pour Ibn
Khaldoun. Ses connaisseurs seront lourdement sollicit&#233;s. Le retour du ma&#238;tre fera tr&#232;s vite que
beaucoup de penseurs, d'experts et autres beaux parleurs vont se rhabiller et dispara&#238;tre. Personne
ne les rappellera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier mot, super essentiel. J'aurais d&#251; commencer par l&#224;. Ibn Khaldoun recommande de tout
soumettre au jugement de l'histoire. C'est par elle que nous sommes, c'est par elle que nous
devenons et c'est en elle que nous serons. Hors d'elle, il n'y a que du vide et des choses &#233;parses
sans signification. L'histoire est un champ de forces orient&#233; une fois pour toutes, on ne peut ni
modifier, ni retrancher. Les pays d'islam n'aiment gu&#232;re Ibn Khaldoun, pour eux la religion est la
mesure de toute chose, il n'y a rien &#224; discuter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est des pays qui ont fait du khaldounisme, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, il faut y
regarder, il n'y a pas de honte &#224; apprendre des autres : de la Russie de Poutine, du Japon des
samoura&#239;s, de la Cor&#233;e des chaebols, d'Isra&#235;l des kibboutzim et des start-up, de la Chine des
murailles et des routes de la soie, et de cet &#233;tonnant Royaume-Uni qui a toujours su retomber sur ses
pieds et ravir la vedette.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Deuxi&#232;me appel de Commercy : l'assembl&#233;e des assembl&#233;es !</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?Deuxieme-appel-de-Commercy-l</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?Deuxieme-appel-de-Commercy-l</guid>
		<dc:date>2018-12-29T12:55:33Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Organisation politique</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Assembl&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvements sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;claration</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes (2018-2019)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Source : https://www.youtube.com/watch++cs_INTERRO++v=GB1... https://www.facebook.com/Les-Gilets... PS : voir notre compte-rendu de &#171; l'assembl&#233;e des assembl&#233;es &#187; des 26 et 27 janvier : Putsch gauchiste &#224; Commercy Deuxi&#232;me appel de Commercy : l'assembl&#233;e des assembl&#233;es ! Notre deuxi&#232;me appel s'adresse &#224; tous les gilets jaunes, &#224; toutes celles et ceux qui ne portent pas encore le gilet mais qui ont quand m&#234;me la rage au ventre. Cela fait d&#233;sormais plus de six semaines que nous occupons les ronds (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
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/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-29-organisation-politique-+" rel="tag"&gt;Organisation politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-90-autogestion-+" rel="tag"&gt;Autogestion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-120-assemblee-+" rel="tag"&gt;Assembl&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-121-mouvements-sociaux-+" rel="tag"&gt;Mouvements sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-133-declaration-+" rel="tag"&gt;D&#233;claration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-Gilets-jaunes-2018-+" rel="tag"&gt;Gilets jaunes (2018-2019)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton953.jpg?1621968999' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=GB1-Sg4jt7Y&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=GB1...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/Les-Gilets-Jaunes-de-Commercy-440617629803047/?ref=br_rs&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.facebook.com/Les-Gilets...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;PS : voir notre compte-rendu de &#171; l'assembl&#233;e des assembl&#233;es &#187; des 26 et 27 janvier : &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?964-Putsch-gauchiste-a-Commercy' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Putsch gauchiste &#224; Commercy&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deuxi&#232;me appel de Commercy : l'assembl&#233;e des assembl&#233;es !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Notre deuxi&#232;me appel s'adresse &#224; tous les gilets jaunes, &#224; toutes celles et ceux qui ne portent pas encore le gilet mais qui ont quand m&#234;me la rage au ventre. Cela fait d&#233;sormais plus de six semaines que nous occupons les ronds points, les cabanes, les places publiques, les routes et que nous sommes pr&#233;sents dans tous les esprits et toutes les conversations. Nous tenons bon. Cela faisait bien longtemps qu'une lutte n'avait pas &#233;t&#233; aussi suivie, aussi soutenue, ni aussi encourageante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encourageante, car nos gouvernants ont trembl&#233; et tremblent encore sur leur pi&#233;destal. Encourageante, car ils commencent &#224; conc&#233;der quelques miettes. Encourageante, car nous ne nous laissons d&#233;sormais plus avoir par quelques os &#224; ronger. Encourageante, car nous apprenons toutes et tous ensemble &#224; nous respecter, &#224; nous comprendre, &#224; nous appr&#233;cier par et dans notre diversit&#233; : des liens sont tiss&#233;s, des modes de fonctionnement sont essay&#233;s et &#231;a, ils ne peuvent plus nous l'enlever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encourageante aussi, car nous autres nous avons compris qu'il ne faut plus nous diviser face &#224; l'adversit&#233;. Nous avons compris que nos v&#233;ritables ennemis ce sont les quelques d&#233;tenteurs d'une richesse immense qu'ils ne partagent pas : les 500 personnes les plus riches de France ont multipli&#233; par trois leurs fortunes depuis la crise financi&#232;re de 2008 pour atteindre 600 milliards d'euros. Les cadeaux fiscaux et sociaux faits aux plus grandes soci&#233;t&#233;s s'&#233;l&#232;vent &#233;galement &#224; plusieurs centaines de milliards d'euros par an. C'est intol&#233;rable. Encourageantes, enfin, car nous avons compris que nous &#233;tions capables de nous repr&#233;senter nous-m&#234;mes, sans tampon entre les puissants et le peuple, sans partis qui canalisent les id&#233;es &#224; leur seul profit, sans corps interm&#233;diaires davantage destin&#233;s &#224; amortir les chocs, &#224; huiler le syst&#232;me plut&#244;t qu'&#224; nous d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes aujourd'hui les victimes de la r&#233;pression : plusieurs morts et des dizaines de bless&#233;s graves. Maudits soit ceux qui ont permis cela. Mais sachant que notre d&#233;termination est intacte, bien au contraire. Nous sommes fiers de ce chemin accompli et de toutes ces prises de conscience qui sont autant de victoires sur le syst&#232;me &#233;crasant et nous sentons tr&#232;s bien que cette fiert&#233; est partag&#233;e par &#233;norm&#233;ment de gens. Comment pourrait-il en &#234;tre autrement alors que ce syst&#232;me et ce gouvernement qui le repr&#233;sente n'ont de cesse de d&#233;truire les acquis sociaux, les liens entre les gens et notre ch&#232;re plan&#232;te ? Il nous faut donc continuer, c'est vital. Il nous faut amplifier ces premiers r&#233;sultats sans h&#226;te, sans nous &#233;puiser mais sans nous d&#233;courager non plus. Prenons le temps, r&#233;fl&#233;chissons autant que nous agissons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous appelons donc toutes celles et ceux qui partagent cette rage et ce besoin de changement, soit &#224; continuer &#224; porter fi&#232;rement le gilet jaune, soit &#224; l'enfiler sans crainte. Il faut d&#233;sormais nous rassembler partout, former des assembl&#233;es citoyennes populaires &#224; taille humaine o&#249; la parole et l'&#233;coute sont reines. Des assembl&#233;es dans lesquelles, comme &#224; Commercy, chaque d&#233;cision est prise collectivement, o&#249; des d&#233;l&#233;gu&#233;s sont d&#233;sign&#233;s pour appliquer et mettre en musique les d&#233;cisions, pas l'inverse, pas comme dans le syst&#232;me actuel. Ces assembl&#233;es porteront nos revendications populaires &#233;galitaires sociales et &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains s'autoproclament repr&#233;sentants nationaux ou pr&#233;parent des listes pour les futures &#233;lections. Nous pensons que ce n'est pas le bon proc&#233;d&#233;. Tout le monde le sent bien : la parole, notre parole, va se perdre dans ce d&#233;dale ou &#234;tre d&#233;tourn&#233;e comme dans le syst&#232;me actuel. Nous r&#233;affirmons ici, une fois de plus, l'absolue n&#233;cessit&#233; de ne nous laisser confisquer notre parole par personne. Une fois ces assembl&#233;es d&#233;mocratiques cr&#233;&#233;es dans un maximum d'endroits, elles ouvriront des cahiers de revendications&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement a demand&#233; aux maires de mettre en place des cahiers de dol&#233;ances dans les mairies. Nous craignons qu'en faisant ainsi nos revendications soient r&#233;cup&#233;r&#233;s et arrang&#233;es &#224; leur sauce et qu'&#224; la fin elles ne refl&#232;tent plus notre diversit&#233;. Nous devons imp&#233;rativement garder la main sur ces moyens d'expression du peuple. Pour cela nous appelons donc &#224; ce qu'ils soient ouverts et tenus par les assembl&#233;es populaires. Qu'ils soient &#233;tablis par le peuple et pour le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi de Commercy nous appelons maintenant &#224; une grande r&#233;union nationale des comit&#233;s populaires locaux. Fort du succ&#232;s de notre premier appel, nous vous proposons de l'organiser d&#233;mocratique manquements en janvier, ici, &#224; Commercy, avec des d&#233;l&#233;gu&#233;s de toute la France pour rassembler les cahiers de revendications et les mettre en commun. Nous vous proposons &#233;galement d'y d&#233;battre tous ensemble des suites de notre mouvement. Nous vous proposons enfin de d&#233;cider d'un mode d'organisation collectif des gilets jaunes, authentiquement d&#233;mocratique, issu du peuple et respectant les &#233;tapes de la d&#233;l&#233;gation. Ensemble cr&#233;ons l'assembl&#233;e des assembl&#233;es, la commune des communes, c'est le sens de l'histoire, c'est notre proposition. Vive le pouvoir au peuple, par le peuple et pour le peuple.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La r&#233;volte des ronds-points</title>
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		<dc:date>2018-12-17T11:48:26Z</dc:date>
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		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes (2018-2019)</dc:subject>

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&lt;p&gt;Article paru dans Le Monde dat&#233; du 16-17 d&#233;cembre 2018, craqu&#233; et mis en ligne ici : https://seenthis.net/messages/744345 La grande reportrice Florence Aubenas et le photographe Edouard Elias racontent cette France qui se retrouve depuis un mois sur les carrefours giratoires. Deux b&#226;ches sont tendues en plein vent sur une charpente en bois r&#233;cup&#233;r&#233;. Un coin fait cuisine, Butagaz, table bricol&#233;e. Deux canap&#233;s occupent le fond, un g&#233;n&#233;rateur, quatre drapeaux fran&#231;ais et le sapin de No&#235;l, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-reactions-a-l-actualite-" rel="directory"&gt;R&#233;actions &#224; l'actualit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-Gilets-jaunes-2018-+" rel="tag"&gt;Gilets jaunes (2018-2019)&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton947.jpg?1621968996' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='93' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article paru dans Le Monde dat&#233; du 16-17 d&#233;cembre 2018, craqu&#233; et mis en ligne ici : &lt;a href=&#034;https://seenthis.net/messages/744345&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://seenthis.net/messages/744345&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande reportrice Florence Aubenas et le photographe Edouard Elias racontent cette France qui se retrouve depuis un mois sur les carrefours giratoires.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Deux b&#226;ches sont tendues en plein vent sur une charpente en bois r&#233;cup&#233;r&#233;. Un coin fait cuisine, Butagaz, table bricol&#233;e. Deux canap&#233;s occupent le fond, un g&#233;n&#233;rateur, quatre drapeaux fran&#231;ais et le sapin de No&#235;l, apport&#233; par un club de motards. C'est &#171; la cahute &#187;, appellation officielle : combien y en a-t-il aujourd'hui en France, pos&#233;es sur le bord des ronds-points ? Celle-l&#224; est &#224; c&#244;t&#233; du Leclerc, &#224; l'entr&#233;e de Marmande (Lot-et-Garonne). &#171; On dirait un campement roumain &#187;, jubile Ad&#233;lie. Des flammes s'&#233;lancent de trois gros bidons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ad&#233;lie a 28 ans, employ&#233;e aux pompes fun&#232;bres, sa vocation. A ceci pr&#232;s que la sp&#233;cialit&#233; est verrouill&#233;e dans le coin et travailler plus loin revient trop cher en essence, en garde d'enfant, en temps. Bref, ch&#244;meuse. En fait, &#224; cet instant pr&#233;cis, Ad&#233;lie s'en fout. Depuis quand sa vie ne lui avait pas sembl&#233; si excitante ? Laisser le t&#233;l&#233;phone allum&#233; en rentrant &#224; la maison. Ne plus regarder les dessins anim&#233;s avec la petite, mais les infos. Parler &#224; des gens auxquels elle n'aurait jamais os&#233; adresser la parole, St&#233;phane par exemple, avec sa barbichette tortill&#233;e en deux tresses et sa d&#233;gaine de gouape. Un routier, en fait, adorable. &#171; Sinon, on fait quoi de nos journ&#233;es ? &#187;, dit Ad&#233;lie. Etre au c&#339;ur du r&#233;acteur, cette fois au moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On est le 6 d&#233;cembre, il est midi. Trois semaines que le mouvement a d&#233;marr&#233;, avec l'impression, ici, que tout ne fait que commencer. Un noyau de 150 &#171; gilets jaunes &#187; occupent par roulement le rond-point Leclerc. &#171; Macron, nous te retirons ta L&#233;gion d'honneur &#187;, proclame la pancarte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A la ronde, deux autres ronds-points sont aussi occup&#233;s, chacun avec son identit&#233; et sa cahute : celui du Leclerc est le plus gros, la vitrine locale du mouvement, le rond-point VIP, baptis&#233; &#171; le QG &#187;. L&#224; se brassent les nouvelles, vraies ou fausses. Bruxelles ne veut plus d'agriculteurs en France, vous &#234;tes au courant ? Les banques vont faire faillite, l'argent sera bloqu&#233;, retirez tout ce que vous avez. Quelqu'un a vu l'adjudant de la gendarmerie, celui qui est beau gosse ? Le seul sujet dont personne ne parle, c'est le moratoire pour la taxe sur les carburants, que vient juste d'annoncer le gouvernement. La hausse de son montant avait d&#233;clench&#233; le mouvement, mais &#231;a n'int&#233;resse plus personne. Trop tard. Tant pis. D&#233;j&#224; ailleurs. Certains ne sont m&#234;me pas au courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Trois dames, employ&#233;es dans une grande surface &#8211; dont l'une tricote aussi des bonnets pour 2 euros &#8211;, rangent des fromages dans une glaci&#232;re. La plus jeune a saut&#233; le d&#233;jeuner. Trop cher. Il faut s'habituer &#224; entendre l'expression, elle revient sans cesse sur le rond-point. &#171; Moi, c'est pareil, sauf le dimanche de la F&#234;te de la m&#232;re &#187;, pr&#233;cise la tricoteuse. &#171; Mais ici, c'est gratuit, on pourrait manger &#187;, glisse la troisi&#232;me. La plus jeune r&#226;le : &#171; Ah non, j'ai peur d'y prendre go&#251;t. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les syndicats de routiers FO-transports et la CGT ont annonc&#233; une gr&#232;ve illimit&#233;e. Les paysans devraient les rejoindre, les lyc&#233;ens aussi. La France pourrait &#234;tre paralys&#233;e. Devant la cahute, les gendarmes boivent le caf&#233;. &#171; Vous d&#233;fendez tout le monde ou quoi ? &#187;, risque un grad&#233;. &#171; On ne d&#233;fend pas tout le monde, on d&#233;fend M. et Mme Tout-le-Monde. Vous voyez la nuance ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Vendredi 7 d&#233;cembre, rond-point de la Satar, 9 heures&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Coralie arrive la premi&#232;re. A son mari, apiculteur, certains sont all&#233;s dire : &#171; On a vu ta femme sur le rond-point avec des voyous et des cassoc'. &#187; &#171; Moi aussi, je suis un cas social &#187;, constate Coralie, 25 ans. Elle a mis un temps &#224; dig&#233;rer le mot, mais &#171; objectivement &#187;, dit-elle, c'est bien celui qui pourrait la d&#233;finir. Elle vient de d&#233;poser &#224; l'&#233;cole ses deux fils d'un premier mariage. Garde le souvenir amer d'un &#233;levage de chevaux catastrophique. Aimerait devenir assistante maternelle. Il fait tr&#232;s froid, il faudrait rallumer le feu &#233;teint dans le bidon. &#171; Qu'est-ce que je fais l&#224; ? &#187;, se demande Coralie. Et puis, un grand gars arrive, qui voudrait peindre un slogan sur une pancarte. &#171; Je peux &#233;crire &#8220;Pendaison Macron&#8221; ? &#187;, il demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Vas-y, fais-toi plaisir &#187;, dit Coralie. Personnellement, elle ne voit aucune urgence &#224; pendre Macron. Et alors ? On affiche ce qu'on veut. Le gilet jaune lui-m&#234;me sert &#224; &#231;a, transformer chacun en homme-sandwich de son propre message, trac&#233; au feutre dans le dos : &#171; Stop au racket des citoyens par les politiques &#187; ; &#171; Rital &#187; ; &#171; Macron, tu te fous de ton peuple &#187; ; &#171; Non au radar, aux 80 km/h, au contr&#244;le technique, aux taxes, c'est trop &#187; ; &#171; 18 ans et sexy &#187; ; &#171; Le ras-le-bol, c'est maintenant &#187; ; &#171; Marre d'avoir froid &#187; ; &#171; Fatigu&#233; de survivre &#187; ; &#171; Staff du rond-point &#187; ; &#171; Frexit &#187; ; &#171; Le peuple en a ass&#233;, Macron au buchet. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Depuis des mois, son mari disait &#224; Coralie : &#171; Sors de la maison, va voir des copines, fais les magasins. &#187; &#199;a a &#233;t&#233; les &#171; gilets_jaunes &#187;, au rond-point de la Satar, la plus petite des trois cahutes autour de Marmande, plant&#233;e entre un bout de campagne, une bretelle d'autoroute et une grosse plate-forme de chargement, o&#249; des camions se relaient jour et nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'activit&#233; des &#171; gilets &#187; consiste ici &#224; monter des barrages filtrants. Voil&#224; les autres, ils arrivent, Christelle, qui a des enfants du m&#234;me &#226;ge que ceux de Coralie, Laurent, un mar&#233;chal-ferrant, Andr&#233;, un retrait&#233; attif&#233; comme un prince, 300 chemises et trois Mercedes, Sylvie, l'&#233;leveuse de poulets. Et tout revient d'un coup, la chaleur de la cahute, la compagnie des humains, les &#171; Bonjour &#187; qui claquent fort. Est-ce que les &#171; gilets jaunes &#187; vont r&#233;ussir &#224; changer la vie ? Une infirmi&#232;re songeuse : &#171; En tout cas, ils ont chang&#233; ma vie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le soir, en rentrant, Coralie n'a plus envie de parler que de &#231;a. Son mari trouve qu'elle l'aime moins. Il le lui a dit. Un soir, ils ont invit&#233; &#224; d&#238;ner les fid&#232;les du rond-point. Ils n'avaient jamais re&#231;u personne &#224; la maison, sauf la famille bien s&#251;r. &#171; Tu l'as, ton nouveau d&#233;part. Tu es forte &#187;, a gliss&#233; le mari. Coralie distribue des tracts aux conducteurs. &#171; Vous n'obtiendrez rien, mademoiselle, vous feriez mieux de rentrer chez vous &#187;, sugg&#232;re un homme dans une berline. &#171; Je n'attends rien de sp&#233;cial. Ici, on fait les choses pour soi : j'ai d&#233;j&#224; gagn&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Rond-point Leclerc, 11 heures&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une clameur au bout de la rue, 150 &#233;l&#232;ves d&#233;barquent du lyc&#233;e Val-de-Garonne, &#224; Marmande, vers le rond-point Leclerc. Ils ont longtemps h&#233;sit&#233; &#224; faire gr&#232;ve, les classes comptent une majorit&#233; de boursiers, anxieux pour leurs subsides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Depuis les ann&#233;es 1990, Marmande et ses riches terres agricoles se sont ab&#238;m&#233;es dans le croissant de la pauvret&#233;. &#171; Si je vois mon fils dans le cort&#232;ge, &#231;a va barder : il est cens&#233; pr&#233;parer le bac S &#187;, dit Antoine, un ancien de la pub et fervent &#171; gilet jaune &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D'un pas tra&#238;nant d'ados, les lyc&#233;ens embraient vers le Centre Leclerc, en face de la cahute. &#171; On va faire des pillages, comme &#224; Paris ? &#187;, se renseigne l'un, pas &#233;tonn&#233;. Ici, Leclerc, c'est bien plus qu'un hypermarch&#233;, un empire battant sa propre monnaie et tenu par une famille surnomm&#233;e &#171; les nababs de Marmande &#187;. Tr&#232;s haut par-dessus les pompes, le prix du gasoil clignote en rouge : 1,39 euro aujourd'hui. On le consulte comme ailleurs le Dow Jones. En g&#233;n&#233;ral, les autres grandes surfaces s'alignent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au d&#233;but, &#231;a se passait au mieux entre Leclerc et les &#171; gilets jaunes &#187;, l'hyper leur avait m&#234;me livr&#233; une palette de bouteilles d'eau. Puis le patron a estim&#233; que la contestation avait assez dur&#233; et a envoy&#233; des employ&#233;s d&#233;truire la cahute pendant la nuit. &#171; On est rest&#233;s deux jours sans abri : plus personne ne venait. Sans cabane, le mouvement dispara&#238;t &#187;, dit un &#171; gilet jaune &#187;. Une autre a &#233;t&#233; construite de l'autre c&#244;t&#233; du rond-point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Voyant arriver les lyc&#233;ens, vigiles et gendarmes s'approchent. La jeune troupe a d&#233;j&#224; fait demi-tour, tra&#238;nant un unique chariot pour butin. Christophe, dit &#171; K&#233;k&#233; &#187;, les accueille entre deux pins parasols, au milieu du rond-point. Employ&#233; &#224; la SNCF, motard, prof de handball, syndiqu&#233; Sud Rail, un gros charisme et une petite barbe, K&#233;k&#233; est une des figures des &#171; gilets jaunes &#187; : &#171; On vous applaudit, les jeunes, mais que ce soit clair : si vous faites les cons, nous, les adultes, on se retirera et on vous laissera seuls avec les gendarmes. Vous vous ferez gazer, ce sera pli&#233; en une heure. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les lyc&#233;ens sont contre la r&#233;forme du bac, contre Parcoursup, contre la pause d&#233;jeuner qui dure quarante-cinq minutes seulement. &#171; Il faut faire un tract &#187;, propose l'un. &#171; Un quoi ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un &#171; gilet jaune &#187; passe parmi eux avec des g&#226;teaux sur un plateau. Install&#233;e depuis peu dans la r&#233;gion, C&#233;cile se pr&#233;sente : &#171; Je suis une vilaine m&#233;lenchoniste. Je suis zadiste, j'ai fait Notre-Dame-des-Landes. &#187; Des c&#232;pes poussent dans sa cuisine, elle a son propre potager. Demain, le 8 d&#233;cembre, un samedi annonc&#233; &#171; noir &#187;, elle compte manifester &#224; Paris. &#171; Ce sera violent, mais le monde a besoin d'images de violence pour se r&#233;veiller. Il faut un r&#233;f&#233;rendum pour renverser Macron. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Trois lyc&#233;ennes parlementent : &#171; C'est tr&#232;s dangereux, madame, Marine Le Pen va passer. Vous &#234;tes dans le Lot-et-Garonne, il y a une majorit&#233; de personnes blanches qui vivent l&#224; depuis des g&#233;n&#233;rations. &#187; C&#233;cile, abasourdie : &#171; Tu ne veux pas destituer Macron ? &#187; Les lyc&#233;ennes : &#171; Vous ne venez pas de province, vous ne comprenez pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Samedi 8 d&#233;cembre. Rond-point Leclerc, 14 heures&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Finalement, personne n'ira manifester &#224; Paris. A Bordeaux non plus, et m&#234;me Agen para&#238;t soudain bien loin. La veille, Doroth&#233;e aussi &#233;tait tent&#233;e &#171; de monter au front &#187; : &#171; Je sais que ce ne sera pas la f&#233;ria, mais j'ai besoin de voir par moi-m&#234;me. &#187; Finalement non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Doroth&#233;e, 42 ans, monteuse-c&#226;bleuse, 1 100 euros net, est l'une des deux porte-parole des &#171; gilets &#187; de Marmande. &#171; &#199;a faisait des ann&#233;es que je bouillais devant ma t&#233;l&#233;, &#224; me dire : &#8220;Personne ne pense comme moi, ou quoi ?&#8221; Quand j'ai entendu parler des &#8220;gilets jaunes&#8221;, j'ai dit &#224; mon mari : &#8220;C'est pour moi.&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A l'autre bout du rond-point, Yohann, l'autre porte-parole, est en train de se faire traiter de &#171; tra&#238;tre &#187; : il a n&#233;goci&#233; avec le maire (Constructifs/Agir) de Marmande, Daniel Benquet, et certains agriculteurs pour &#233;viter le blocage de la ville. &#171; On doit &#234;tre des &#8220;gilets jaunes&#8221; exemplaires, aucune d&#233;gradation &#187;, sermonne Yohann, ton de bon pasteur. D'autres se mettent &#224; l'accuser de viser une carri&#232;re politique, la pire insulte sur le rond-point. Lui, plus fort : &#171; Je veux juste faire chier, je le jure. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; K&#233;k&#233; propose une action : tout le monde rentre dans le Leclerc &#171; en civil &#187; &#8211; c'est-&#224;-dire sans gilet jaune &#8211;, remplit un chariot, puis se dirige vers les caisses. Coup de trompette, on enfile les gilets et on abandonne les courses en criant : &#171; On est le 8 du mois, et, d&#233;sol&#233;s, on n'a d&#233;j&#224; plus d'argent ! &#187; Quelques petites voix se font entendre. Ici, tout le monde a plus ou moins un lien avec Leclerc, des proches qui y travaillent ou bien comme client, tout simplement. &#171; Je ne suis pas assez culott&#233;e pour y aller &#187;, murmure quelqu'un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une vingtaine de volontaires finissent par se disperser dans les rayons, sous les affiches c&#233;l&#233;brant la &#171; foire au porc &#187;. Aucune consigne n'a &#233;t&#233; donn&#233;e sur la fa&#231;on de remplir les chariots. Mais sans se concerter, tous &#8211; ou presque &#8211; y entassent la m&#234;me chose : leurs fantasmes. L'une accumule des cadeaux de No&#235;l d&#233;mesur&#233;s pour les enfants (&#171; J'en ai trois &#224; charge et 25 euros de budget pour chacun &#187;). B&#233;ret et allure de rentier bonhomme, Christian rafle des dessous f&#233;minins par brass&#233;es, bas et culottes exclusivement. Un couple s'offre les courses dont il r&#234;ve, que de la marque, m&#234;me pour les bo&#238;tes de thon, et sans regarder les prix. C'est la premi&#232;re fois : &#171; D'habitude, on a la calculatrice &#224; la main, &#231;a prend des heures. &#187; Martine est perdue, elle ne va plus au Leclerc depuis longtemps. &#171; Trop cher. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Aujourd'hui, les vir&#233;es dans les hypermarch&#233;s ont chang&#233; de go&#251;t. Fini la grande f&#234;te innocente des ann&#233;es 1980, avec son sentiment d'opulence et de libert&#233;. &#171; On y va, bien oblig&#233;, mais humili&#233;. Un jour, &#231;a p&#233;tera aussi. La rage n'est plus tr&#232;s loin &#187;, dit quelqu'un. Coup de trompette. Les gilets sortent, en m&#234;me temps qu'une Marseillaise. Certains photographient le chariot qu'ils ne prendront pas. &#171; C'est d&#233;j&#224; &#231;a. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Dimanche 9 d&#233;cembre. Rond-point de Samazan, 15 heures&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On se croirait &#224; un barbecue en famille, &#231;a discute par groupes, un gobelet &#224; la main. &#171; Au d&#233;but, on ne savait pas o&#249; on mettait les pieds &#187;, raconte une retrait&#233;e. Des gens arrivaient de partout, seuls en g&#233;n&#233;ral, sans se conna&#238;tre, pas tr&#232;s s&#251;rs de rester. Personne n'osait vraiment se parler, certains n'ont rien dit pendant longtemps, dos courb&#233; dans un coin. On les a vus peu &#224; peu se redresser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et puis, que s'est-il pass&#233; ? Comment tout le monde s'est soudain retrouv&#233; &#224; d&#233;baller devant de parfaits inconnus &#8211; &#171; Des gens &#224; qui on aurait march&#233; dessus chez Leclerc &#224; peine deux semaines plus t&#244;t, sans les saluer &#187; &#8211; les choses les plus profondes de sa vie ? Des choses si intimes qu'on les cachait soigneusement jusque-l&#224;, &#171; sauf parfois entre amis, mais c'&#233;tait g&#234;nant &#187;. La cahute est devenue le lieu o&#249; &#171; les masques tombent &#187;. Plus de honte. &#171; &#199;a fait dix ans que je vis sans sortir, &#224; parler &#224; ma chienne. Aujourd'hui, les digues l&#226;chent &#187;, dit une infirmi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chacun a son histoire, toujours tr&#232;s compliqu&#233;e, mais toutes se ressemblent au fond, un enchev&#234;trement de probl&#232;mes administratifs, de sant&#233;, de conditions de travail. Pris &#224; part, chacun des &#233;l&#233;ments para&#238;t logique, voire acceptable, mais plac&#233;s bout &#224; bout, ils finissent par former une infernale machine &#224; broyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est question, par exemple, de ces trois fr&#232;res, plac&#233;s dans trois centres a&#233;r&#233;s diff&#233;rents &#224; cause des &#233;coles, mais il est impossible de payer les trois notes et de les convoyer tous le mercredi : alors il a fallu choisir lequel resterait &#224; la maison. Ou bien ce laboratoire de biotechnologie v&#233;g&#233;tale, un des quatre en France, qui n'arrive pas &#224; recruter : Marmande, c'est trop loin, disent les &#233;coles, on pr&#233;f&#232;re envoyer nos stagiaires au Kenya.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vous voyez ces maisons en bord de route, que les voitures fr&#244;lent en passant ? Eux, c'est l&#224; qu'ils habitent. La mairie et l'&#233;cole sont &#224; 2 km, la poste &#224; 7 km, le m&#233;decin et les imp&#244;ts &#224; 8 km, Intermarch&#233; &#224; 9 km, l'h&#244;pital &#224; 25 km. Le travail de monsieur &#224; 26 km. Ils ont une seule voiture. La suite du feuilleton dure une bonne heure. Mais dans la cahute, tout le monde la r&#233;clame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ici, il n'y en a pas un plus haut que l'autre, personne pour te juger. &#187; Un jeune homme en fauteuil roulant continue : &#171; D&#233;pendre de la soci&#233;t&#233;, c'est ce qui pouvait m'arriver de pire. On a une esp&#232;ce de fiert&#233;, l&#226;chons le mot. &#187; Cet autre, un petit costaud, joue le P&#232;re No&#235;l dans les &#233;coles et les supermarch&#233;s, pay&#233; en nature. &#171; Je vis au black, en fait. &#187; La voiture de celui-l&#224; roule sans contr&#244;le technique. &#171; On est tous pass&#233;s hors la loi, sans m&#234;me le vouloir. On n'a m&#234;me plus peur des gendarmes. Qu'est-ce qu'on va devenir ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le rond-point de Samazan se trouve entre le p&#233;age de l'autoroute &#8211; dont les &#171; gilets jaunes &#187; ouvrent r&#233;guli&#232;rement les barri&#232;res sans faire payer &#8211; et le village du m&#234;me nom, 883 habitants. Si les maires des alentours soutiennent en g&#233;n&#233;ral le mouvement, l'&#233;dile de Samazan est un des seuls &#224; porter le gilet jaune. Cette ann&#233;e, deux agriculteurs de la commune se sont fait saisir les terres. Quatre tracteurs de la Coordination rurale viennent parfois tourner sur les carrefours, solidaires, mais avec leurs propres probl&#232;mes. Finalement, les routiers ne feront pas gr&#232;ve, revendications accept&#233;es. Les lyc&#233;ens non plus : pas de transport collectif, et les parents ren&#226;clent &#224; les conduire au rond-point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Lundi 10 d&#233;cembre. Rond-point Leclerc, 20 heures&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On est quel jour ? Le 10 ? Celui o&#249; Emmanuel Macron doit prendre la parole ? Non, celui o&#249; les retraites sont vers&#233;es, voil&#224; la grande attente qui occupe les conversations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#199;a y est, le pr&#233;sident s'est mis &#224; parler, on le regarde dans la cahute sur une tablette. &#171; Il annoncera son d&#233;part &#187;, pronostique K&#233;k&#233;. Macron est l'unique homme politique dont le nom est prononc&#233; sur les ronds-points de Marmande, jamais aucun autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La politique est prohib&#233;e : un militant communiste a bien essay&#233; de tracter, puis un petit couple &#8211; lui en costume, elle en blouson de cuir &#8211;, se disant France insoumise. Tous ont &#233;t&#233; chass&#233;s. Le seul discours commun &#233;voque les &#171; privil&#233;gi&#233;s de la R&#233;publique &#187;, d&#233;put&#233;s, &#233;narques, ministres, sans distinction, &#224; qui &#171; on ne demande jamais de sacrifices &#187;. En fait, c'est &#224; eux qu'on en veut, bien davantage qu'aux multinationales ou aux patrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Fabien attend un coup d'Etat militaire, &#171; restaurer la discipline et le respect &#187;. Un autre est s&#251;r qu'Emmanuel Macron va lever une arm&#233;e de migrants, &#171; qui sont tous des guerriers &#187;, pour mater les pays r&#233;calcitrants dans l'Union europ&#233;enne. Cette arm&#233;e pourrait finir par le renverser. Chacun s'&#233;coute sans broncher, personne ne contredit personne. &#171; On va vers la troisi&#232;me guerre mondiale &#187;, conclut quelqu'un. Puis &#231;a rigole quand m&#234;me. &#171; Vous vous imaginez dire &#231;a &#224; table, en famille ? Tout de suite, &#231;a d&#233;raperait. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'allocution est finie. Macron est toujours pr&#233;sident. &#171; Il nous a servi du flan, ou quoi ? &#187;, demande Nico, interloqu&#233;. Silence g&#233;n&#233;ral. Dehors, un gendarme monte la garde. &#171; Des gens qui n'auraient jamais d&#251; se rencontrer se mettent ensemble. &#199;a fait peur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Mardi 11 d&#233;cembre. Rond-point Leclerc, 8 heures&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Des &#171; gilets &#187; du rond-point de Samazan sont venus en visite. On &#233;change quelques mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; A votre rond-point, vous avez des gens de couleur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8211; Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8211; On dirait que le mouvement ne les arrange pas. Ici, il n'y a que des gens comme moi, des purs Fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8211; Attention, je ne suis pas raciste. Je vais prendre leur d&#233;fense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8211; Moi non plus, je ne suis pas raciste, sauf pour une tranche d'&#226;ge, les 12-25 ans. Pas plus. En tout cas, c'est la premi&#232;re fois que je parle avec quelqu'un qui soutient les migrants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le premier samedi o&#249; elle est venue, cette pr&#233;sidente d'association a failli s'en aller. &#171; J'&#233;tais &#224; la torture. Ils se l&#226;chaient sur les Arabes qui profitent. &#187; Puis elle s'est dit : &#171; On est l&#224;, il faut essayer. &#187; Curieusement, son mari, fonctionnaire, ne s'est pas mis en col&#232;re comme avec leurs amis qui votent Marine Le Pen. Il discute. Oui, ici, c'est possible, chacun fait en sorte que tout se passe bien. La conversation a repris. &#171; Certains Arabes peuvent &#234;tre m&#233;chants, &#231;a d&#233;pend de leur degr&#233; de religion. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comme par miracle, Zara et Fatma apparaissent &#224; cet instant pr&#233;cis, en foulards imprim&#233;s l&#233;opard, pour offrir un grand plat de couscous. &#171; Trop timides pour se faire voir &#187;, disent-elles, en repartant sur la pointe des pieds. Tout le monde mange du couscous. Un gendarme passe. La direction de Leclerc vient de couper ses dotations aux associations et &#224; certaines communes : trop d'argent perdu &#224; cause des &#171; gilets jaunes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Mercredi 12 d&#233;cembre. Rond-point Leclerc, 17 heures&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mathieu, un routier, gare son camion sur le terre-plein. Il annonce avoir re&#231;u un message du maire de Marmande, Daniel Benquet : &#171; Je souhaiterais avoir les dol&#233;ances des &#8220;gilets jaunes&#8221; pour en faire part au premier ministre. &#187; Mathieu a imm&#233;diatement r&#233;pondu : le r&#233;f&#233;rendum d'initiative citoyenne, visant notamment certains personnages politiques quand le peuple ne se sent plus repr&#233;sent&#233;. Emmanuel Macron, par exemple. Le maire &#8211; qui n'avait pas l'air emball&#233;, selon Mathieu &#8211; a demand&#233; s'il y en avait d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Je me suis permis de dire que c'&#233;tait la seule &#187;, dit Mathieu. Sous la cahute, Yohann vient d'arriver. &#171; Moi, je vais monter &#224; Paris. Il faut les attaquer intra-muros : aller marcher sur les bobos. &#187; &#171; Les quoi ? &#187;, demande quelqu'un. &#171; Les gens de la m&#233;tropole qui nous qualifient de sauvages, qui nous m&#233;prisent parce qu'on ne pense pas et qu'on ne vit pas comme eux. &#187; Yohann bombe le torse, en mimant des &#171; Bonjour &#187;, l&#232;vres pinc&#233;es. Il est lanc&#233; : &#171; Oui, je me suis durci. J'ai une haine, &#231;a me bouffe, &#231;a me r&#233;veille la nuit. Je me retiens depuis si longtemps. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il irait m&#234;me tout de suite, s'il pouvait. Mais il y a celle qui vient de lui t&#233;l&#233;phoner et qu'il appelle &#171; Madame &#187;, puis cette maison pour laquelle il s'est endett&#233; et qui est sa &#171; revanche &#224; prendre &#187;. Dehors, &#231;a pleut dru. Il remet son manteau. Le p&#232;re de Yohann est employ&#233; &#224; la blanchisserie de l'h&#244;pital. Sa m&#232;re est femme de m&#233;nage. Lui travaille dans les pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es pour automobiles. Classe moyenne, dit-il. Les mains se serrent. &#199;a va aller ? Il s'excuse. &#171; Je ne sais pas ce qui m'a pris. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un &#171; gilet jaune &#187; demande qu'on le raccompagne &#224; sa voiture : celle des gendarmes est &#224; c&#244;t&#233;, on ne sait jamais. Lui, c'est un petit retrait&#233; qui se met soudain &#224; raconter sa guerre d'Alg&#233;rie. Puis s'arr&#234;te. &#171; Est-ce qu'on va nous laisser respirer ? &#187; Alors, un gendarme : &#171; La lutte continue. &#187; A la demande d'un h&#244;tel cette fois, la cahute a d&#251; &#234;tre &#224; nouveau d&#233;plac&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Gilets jaunes : Appel &#224; la tenue d'assembl&#233;es</title>
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&lt;p&gt;Transcription de la vid&#233;o ici : https://www.facebook.com/jeanmarc.w... Le mouvement des gilets jaunes exprime, depuis le 17 novembre dernier, le ras le bol d'un peuple qui n'en peut plus d'&#234;tre tax&#233;, humili&#233;, exploit&#233;, m&#233;pris&#233; par un pouvoir toujours plus distant de sa r&#233;alit&#233;, toujours plus arrogant envers les faibles, toujours plus acquis aux puissants. Depuis le 17 novembre, les actions de blocages &#233;conomiques routiers des centres de la grande consommation se multiplient partout en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-reactions-a-l-actualite-" rel="directory"&gt;R&#233;actions &#224; l'actualit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-120-assemblee-+" rel="tag"&gt;Assembl&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-121-mouvements-sociaux-+" rel="tag"&gt;Mouvements sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-133-declaration-+" rel="tag"&gt;D&#233;claration&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton940.jpg?1621969043' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Transcription de la vid&#233;o ici : &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/jeanmarc.watellet/videos/10205352948579477/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.facebook.com/jeanmarc.w...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le mouvement des gilets jaunes exprime, depuis le 17 novembre dernier, le ras le bol d'un peuple qui n'en peut plus d'&#234;tre tax&#233;, humili&#233;, exploit&#233;, m&#233;pris&#233; par un pouvoir toujours plus distant de sa r&#233;alit&#233;, toujours plus arrogant envers les faibles, toujours plus acquis aux puissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 17 novembre, les actions de blocages &#233;conomiques routiers des centres de la grande consommation se multiplient partout en France. L'objectif est d'ass&#233;cher les puissances de l'argent pour faire plier un pouvoir politique qui leur est acquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces actions ont aussi pour cons&#233;quences malheureuses de g&#234;ner de simples citoyens dans leurs t&#226;ches quotidiennes, des citoyens qui subissent eux aussi un syst&#232;me qui &#233;limine toujours plus les rapports humains et bienveillants pour leur substituer les rapports comptables d'argent. Notre objectif n'est pas d'instaurer une g&#234;ne durable et prolong&#233;e pour les femmes et les hommes qui vivent sur notre territoire. Notre objectif est de redonner le plus rapidement possible le pouvoir de d&#233;cision au peuple, par le peuple, pour le peuple, un pouvoir qui lui revient pleinement de droit. Si nous attendons trop notre mouvement s'essoufflera et se divisera fatalement. Pourtant, l'&#233;veil du peuple se r&#233;pand. Partout, en Belgique, en Bulgarie, en Allemagne, ailleurs dans le monde les peuples se r&#233;veillent, ils d&#233;cident eux aussi de ne plus subir. Le probl&#232;me est chez eux comme chez nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un rassemblement parisien a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; le samedi 24 novembre, en direction de l'&#201;lys&#233;e, pour aller trouver, comme il le demandait lui-m&#234;me, l'actuel pr&#233;sident Emmanuel Macron. Que ceux qui peuvent se d&#233;placer jusqu'&#224; Paris y aillent, c'est une tr&#232;s bonne chose, mais le pouvoir ex&#233;cutif a aussi ses relais locaux. Les repr&#233;sentants du pouvoir ex&#233;cutif dans les r&#233;gions et villes de province sont les pr&#233;fectures et les sous-pr&#233;fectures. Ce sont eux qui sont tenus d'appliquer les d&#233;cisions politiques prises en haut lieu par des &#233;lites toujours plus d&#233;connect&#233;es de nos r&#233;alit&#233;s. Ces lieux devraient &#234;tre des lieux de l'exercice d'un pouvoir populaire o&#249; la fraternit&#233; et la bienveillance se c&#244;toieraient, o&#249; les probl&#232;mes sociaux, humains et environnementaux puissent trouver des r&#233;ponses naturelles et simples, soucieuses de pr&#233;server le bien &#234;tre de chacun et celui de notre patrimoine commun, et celui-ci inclus notre environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des gilets jaunes du bassin nazairien, le mouvement des gilets jaunes de la zone portuaire de Saint-Nazaire a donc d&#233;cid&#233; d'organiser une assembl&#233;e dans la cour de la sous-pr&#233;fecture de Saint-Nazaire, le samedi 24 novembre, &#224; 14 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous appelons tous les participants &#224; observer et &#224; faire observer le respect des rues environnantes et des b&#226;timents de la sous-pr&#233;fecture elle-m&#234;me. Notre objectif n'est pas de d&#233;truire mais, bien au contraire, de construire un monde plus humain pour nous et les g&#233;n&#233;rations futures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous appelons toutes les villes de France &#224; organiser le m&#234;me jour, &#224; la m&#234;me heure, samedi 24 novembre, &#224; 14 heures, une assembl&#233;e dans les lieux d'exercice du pouvoir ex&#233;cutif et &#224; y observer le m&#234;me caract&#232;re pacifique et respectueux des biens communs. Nous demandons aux autorit&#233;s publiques de laisser le peuple entrer dans ses locaux qui sont les siens, qu'il a financ&#233; et m&#234;me construit de ses mains.
Nous n'attendrons plus que la solution vienne d'en haut, les directions politiques et financi&#232;res et industrielles qui gouvernent aujourd'hui notre pays seront toujours incapables de r&#233;soudre &#224; notre place des probl&#233;matiques sociales et environnementales que bien souvent elles n'entendent et ne voient m&#234;me pas.
la solution est nous-m&#234;mes, en nous les travailleurs, les ch&#244;meurs, les retrait&#233;s, de toutes origines et de toutes les couleurs. Agissons tant qu'il est temps, nous nous le devons &#224; nous-m&#234;mes, nous le devons &#224; nos anciens, nous le devons &#224; nos enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ici le 24 novembre, nous appelons les gilets jaunes &#224; poursuivre les actions de blocage &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Saint-Nazaire le, 21 novembre 2018.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une lettre de Jean-Claude Mich&#233;a &#224; propos du mouvement des Gilets jaunes </title>
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		<dc:date>2018-11-27T17:57:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cup&#233;ration</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Michea J.-C.</dc:subject>
		<dc:subject>Lib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologisme</dc:subject>
		<dc:subject>Insurrectionnalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes (2018-2019)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Courrier de J.-C. Mich&#233;a, publi&#233; par le site ami : Les amis de Bartleby Traduit ici [it] et l&#224; [ru] Les consid&#233;rations qui suivent, pour fondamentales qu'elles soient, ne sauraient occulter notre &#233;vident et large accord avec les propos que J. C. Mich&#233;a formule ici et, surtout, l'urgence de la situation pr&#233;sente. Quelques mots sur l'&#171; occidentalisme &#187; que l'auteur reproche &#224; la derni&#232;re phrase de notre tract, en nous r&#233;torquant qu' &#171; il existe aussi, bien entendu, une v&#233;ritable (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-reactions-a-l-actualite-" rel="directory"&gt;R&#233;actions &#224; l'actualit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-32-recuperation-+" rel="tag"&gt;R&#233;cup&#233;ration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-52-michea-+" rel="tag"&gt;Michea J.-C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-53-liberalisme-+" rel="tag"&gt;Lib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-135-radicalisme-creux-+" rel="tag"&gt;Insurrectionnalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-Gilets-jaunes-2018-+" rel="tag"&gt;Gilets jaunes (2018-2019)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Courrier de J.-C. Mich&#233;a, publi&#233; par le site ami : &lt;a href=&#034;https://lesamisdebartleby.wordpress.com/2018/11/22/jean-claude-michea-une-lettre-a-propos-du-mouvement-des-gilets-jaunes%e2%80%89/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Les amis de Bartleby&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit ici &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?935-Una-lettera-di-Jean-Claude-Michea' class=&#034;spip_in&#034;&gt;[it]&lt;/a&gt; et l&#224; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?Pismo-na-ZHan-Klod-Mishea-po-povod' class=&#034;spip_in&#034; hreflang=&#034;ru&#034;&gt;[ru]&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les consid&#233;rations qui suivent, pour fondamentales qu'elles soient, ne sauraient occulter notre &#233;vident et large accord avec les propos que &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-52-michea-+' class=&#034;spip_in&#034;&gt;J. C. Mich&#233;a&lt;/a&gt; formule ici et, surtout, &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?913-revues-de-presse-archives-2018#rdpgj' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l'urgence de la situation pr&#233;sente&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mots sur l'&#171; occidentalisme &#187; que l'auteur reproche &#224; la derni&#232;re phrase de &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?Gilets-jaunes-la-democratie-en-germe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;notre tract&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, en nous r&#233;torquant qu' &#171; &lt;i&gt;il existe aussi, bien entendu, une v&#233;ritable culture de l'&#233;mancipation populaire en Asie, en Afrique ou en Am&#233;rique latine ! &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;tonnant qu'un pourfendeur si talentueux du politiquement correct et du relativisme ambiant comme l'est J. C. Mich&#233;a c&#232;de &#224; son tour &#224; cette facilit&#233; id&#233;ologique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Car, enfin, pourquoi les tenants de cette position ne cessent-ils de se r&#233;clamer presque exclusivement que de penseurs, de th&#233;oriciens, d'auteurs, de militants, d'&#339;uvres, de courants, de comportements, d'&#233;v&#233;nements, de r&#233;volutions, etc. d'origine exclusivement occidentale, sinon par un m&#234;me &#171; occidentalisme &#187; honteux malgr&#233; leur internationalisme affich&#233; ? Et pourquoi les rares r&#233;f&#233;rences qui &#233;chappent &#224; cette r&#232;gle d'airain sont-elles, dans leur &#233;crasante majorit&#233;, inspir&#233;es historiquement de ce m&#234;me Occident ? Et pourquoi, enfin, les quelques authentiques tentatives de briser la cl&#244;ture traditionnelle ou religieuse qui ont exist&#233; dans les mill&#233;naires d'histoires arabo-musulmane, asiatique, africaine, slave ou am&#233;rindienne, pour aussi admirables qu'elles aient &#233;t&#233;, sont-elles rest&#233;es si &#233;ph&#233;m&#232;res, si confin&#233;es et sans r&#233;elle post&#233;rit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r on peut, il faut, invoquer la &#171; &lt;i&gt;common decency&lt;/i&gt; &#187;, des cultures subtiles ou des traditions plus ou moins admirables, bref des h&#233;ritages inestimables &#224; conserver. Mais alors la question se d&#233;place sur ce que l'on appelle l'&#233;mancipation ou, pour reprendre le terme de Cornelius Castoriadis, l'&lt;i&gt;autonomie individuelle et collective&lt;/i&gt;. Celle-ci n'est pas arrachement (&lt;i&gt;anomie&lt;/i&gt;) mais pas plus enfermement (&lt;i&gt;h&#233;t&#233;ronomie&lt;/i&gt;) dans le d&#233;j&#224;-l&#224;, mais plut&#244;t capacit&#233; d'instituer, donc possibilit&#233; effective pour le plus grand nombre de changer, ou pas, l'existant &#8212; c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;choix&lt;/i&gt;, au sens le plus profond. Telle est, pour nous, la vis&#233;e ultime de la d&#233;mocratie directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question m&#233;riterait de bien plus amples d&#233;veloppements. On en trouvera quelques-uns sur ce site, notamment dans &#171; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?110-politique-democratie-valeurs' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Politique, d&#233;mocratie, valeurs occidentales&lt;/a&gt; &#187; ; &#171; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?557-la-confusion-occidentale-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La confusion occidentale&lt;/a&gt; &#187; ; &#171; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?589-Nous-immigres-arabes-face-a-nos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Nous, immigr&#233;s arabes, face &#224; nos choix politiques&lt;/a&gt; &#187; ; &#171; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?657-grece-l-impasse-anthropologique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Gr&#232;ce : L'impasse anthropologique&lt;/a&gt; &#187; ; &#171; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?335-notes-de-lecture-sur-orient' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Notes de lecture sur &#171; Orient-Occident. La Fracture imaginaire &#187;, de Georges Corm&lt;/a&gt; &#187; ; etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir sur notre travail le plus r&#233;cent, &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?925-Le-voyage-vers-l-empire-a-deja' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'horizon imp&#233;rial &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, il est enti&#232;rement fond&#233; sur les th&#232;ses d'&lt;i&gt;Ibn Khladoun&lt;/i&gt;, penseur musulman m&#233;di&#233;val, que nous pensons indispensables pour comprendre, justement, la fin du projet d'autonomie occidental. &lt;i&gt;Hic Rhodus, hic salta !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LC&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le 21 novembre 2018&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chers Amis,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste ces quelques mots tr&#232;s brefs et donc tr&#232;s lapidaires &#8211; car ici, on est un peu d&#233;bord&#233;s par la pr&#233;paration de l'hiver (bois &#224; couper, plantes et arbres &#224; pailler etc.). Je suis &#233;videmment d'accord avec l'ensemble de vos remarques, ainsi qu'avec &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?Gilets-jaunes-la-democratie-en-germe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;la plupart des th&#232;ses de Lieux communs&lt;/a&gt; (seule la derni&#232;re phrase me para&#238;t un peu faible en raison de son &#171; occidentalisme &#187; : il existe aussi, bien entendu, une v&#233;ritable culture de l'&#233;mancipation populaire en Asie, en Afrique ou en Am&#233;rique latine !). &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des &#171; gilets jaunes &#187; (bel exemple, au passage, de cette inventivit&#233; populaire que j'annon&#231;ais dans &lt;i&gt;Les Myst&#232;res de la gauche&lt;/i&gt;) est, d'une certaine mani&#232;re, l'exact contraire de &#171; Nuit Debout &#187;. Ce dernier mouvement, en simplifiant, &#233;tait en effet d'abord une tentative &#8211; d'ailleurs encourag&#233;e par une grande partie de la presse bourgeoise &#8211; des &#171; 10&#8239;% &#187; (autrement dit, ceux qui sont pr&#233;pos&#233;s &#8211; ou se pr&#233;parent &#224; l'&#234;tre &#8211; &#224; l'encadrement technique, politique et &#171; culturel &#187; du capitalisme moderne), pour d&#233;samorcer la critique radicale du Syst&#232;me, en dirigeant toute l'attention politique sur le seul pouvoir (certes d&#233;cisif) de Wall Street et des fameux &#171; 1&#8239;% &#187;. Une r&#233;volte, par cons&#233;quent, de ces urbains hypermobiles et surdipl&#244;m&#233;s (m&#234;me si une fraction minoritaire de ces nouvelles classes moyennes commence &#224; conna&#238;tre, ici ou l&#224;, une certaine &#171; pr&#233;carisation &#187;) et qui constituent, depuis l'&#232;re Mitterrand, le principal vivier dans lequel se recrutent les cadres de la gauche et de l'extr&#234;me gauche lib&#233;rales (et, notamment, de ses secteurs les plus ouvertement contre-r&#233;volutionnaires et antipopulaires : &lt;i&gt;Regards, Politis,&lt;/i&gt; NP&#8220;A&#8221;, Universit&#233; Paris VIII&#8239;etc.). Ici, au contraire, ce sont bien ceux d'en bas (tels que les analysait Christophe Guilluy &#8211; d'ailleurs curieusement absent, jusqu'ici, de tous les talk-shows t&#233;l&#233;vis&#233;s, au profit, entre autres comiques, du r&#233;formiste sous-keyn&#233;sien Besancenot), qui se r&#233;voltent, avec d&#233;j&#224; suffisamment de conscience r&#233;volutionnaire pour refuser d'avoir encore &#224; choisir entre exploiteurs de gauche et exploiteurs de droite (c'est d'ailleurs ainsi que Podemos avait commenc&#233; en 2011, avant que les Cl&#233;mentine Autain et les Beno&#238;t Hamon du cru ne r&#233;ussissent &#224; enterrer ce mouvement prometteur en le coupant progressivement de ses bases populaires). &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;more-1561&#034;&gt;&lt;/a&gt;
Quant &#224; l'argument des &#171; &#233;cologistes &#187; de cour &#8211; ceux qui pr&#233;parent cette &#171; transition &#233;nerg&#233;tique &#187; qui consiste avant tout, comme Guillaume Pitron l'a bien montr&#233; dans &lt;i&gt;La Guerre des m&#233;taux rares, &lt;/i&gt;&#224; &lt;i&gt;d&#233;localiser la pollution des pays occidentaux dans les pays du Sud, &lt;/i&gt;selon lequel ce mouvement spontan&#233; ne serait port&#233; que par &#171; une id&#233;ologie de la bagnole &#187; et par &#171; des gars qui fument des clopes et roulent en diesel &#187;, il est aussi absurde qu'immonde : il est clair, en effet, que la plupart des Gilets jaunes n'&#233;prouvent aucun plaisir &#224; devoir prendre leur voiture pour aller travailler chaque jour &#224; 50 km de chez eux, &#224; aller faire leurs courses au seul centre commercial existant dans leur r&#233;gion et g&#233;n&#233;ralement situ&#233; en pleine nature &#224; 20 km, ou encore &#224; se rendre chez le seul m&#233;decin qui n'a pas encore pris sa retraite et dont le cabinet se trouve &#224; 10 km de leur lieu d'habitation. (J'emprunte tous ces exemples &#224; mon exp&#233;rience landaise ! J'ai m&#234;me un voisin, qui vit avec 600 &#8364; par mois et qui doit calculer le jour du mois o&#249; il peut encore aller faire ses courses &#224; Mont-de-Marsan, sans tomber en panne, en fonction de la quantit&#233; de diesel &#8211; cette essence des pauvres &#8211; qu'il a encore les moyens de s'acheter !) Gageons qu'ils sont au contraire les premiers &#224; avoir compris que le vrai probl&#232;me, c'&#233;tait justement que la mise en &#339;uvre syst&#233;matique, depuis maintenant 40 ans, du programme lib&#233;ral par les successifs gouvernements de gauche et de droite, a progressivement transform&#233; leur village ou leur quartier en d&#233;sert m&#233;dical, d&#233;pourvu du moindre commerce de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, et o&#249; la premi&#232;re entreprise encore capable de leur offrir un vague emploi mal r&#233;mun&#233;r&#233; se trouve d&#233;sormais &#224; des dizaines de kilom&#232;tres (s'il existe des &#171; plans banlieues &#187; &#8211; et c'est tant mieux &#8211; il n'y a &#233;videmment jamais eu rien de tel pour ces villages et ces communes &#8211; o&#249; vit pourtant la majorit&#233; de la population fran&#231;aise &#8211; officiellement promis &#224; l'extinction par le &#171; sens de l'histoire &#187; et la &#171; construction europ&#233;enne &#187; !). &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est donc &#233;videmment pas la voiture en tant que telle &#8211; comme &#171; signe &#187; de leur pr&#233;tendue int&#233;gration dans le monde de la consommation (ce ne sont pas des Lyonnais ou des Parisiens !) &#8211; que les Gilets jaunes d&#233;fendent aujourd'hui. C'est simplement que leur voiture diesel achet&#233;e d'occasion (et que la Commission europ&#233;enne essaye d&#233;j&#224; de leur enlever en inventant sans cesse de nouvelles normes de &#171; contr&#244;le technique &#187;) repr&#233;sente leur ultime possibilit&#233; de survivre, c'est-&#224;-dire d'avoir encore un toit, un emploi et de quoi se nourrir, eux et leur famille, dans le syst&#232;me capitaliste tel qu'il est devenu, et tel qu'il profite de plus en plus aux gagnants de la mondialisation. Et dire que c'est d'abord cette &lt;i&gt;gauche k&#233;ros&#232;ne&lt;/i&gt; &#8211; celle qui navigue d'a&#233;roport en a&#233;roport pour porter dans les universit&#233;s du monde entier (et dans tous les &#171; Festival de Cannes &#187;) la bonne parole &#171; &#233;cologique &#187; et &#171; associative &#187; qui ose leur faire la le&#231;on sur ce point ! D&#233;cid&#233;ment, ceux qui ne connaissent rien d'autre que leurs pauvres palais m&#233;tropolitains n'auront jamais le centi&#232;me de la d&#233;cence qu'on peut encore rencontrer dans les chaumi&#232;res (et l&#224; encore, c'est mon exp&#233;rience landaise qui parle !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule question que je me pose est donc de savoir jusqu'o&#249; un tel mouvement r&#233;volutionnaire (mouvement qui n'est pas sans rapport, dans sa naissance, son programme rassembleur et son mode de d&#233;veloppement, avec la grande r&#233;volte du Midi de 1907) peut aller dans les tristes conditions politiques qui sont les n&#244;tres. Car n'oublions pas qu'il a devant lui un gouvernement thatch&#233;rien de gauche (le principal conseiller de Macron est d'ailleurs Mathieu Laine &#8211; un homme d'affaires de la City de Londres et qui est, en France, le pr&#233;facier des &#339;uvres de la sorci&#232;re Maggie), c'est-&#224;-dire un gouvernement cynique et impavide, qui est clairement pr&#234;t &#8211; c'est sa grande diff&#233;rence avec tous ses pr&#233;d&#233;cesseurs &#8211; &#224; aller jusqu'aux pires extr&#233;mit&#233;s pinochetistes (comme Maggie avec les mineurs gallois ou les gr&#233;vistes de la faim irlandais) pour imposer sa &#171; soci&#233;t&#233; de croissance &#187; et ce pouvoir antid&#233;mocratique des juges, aujourd'hui triomphant, qui en est le corollaire oblig&#233;. Et, bien s&#251;r, sans avoir quoi que ce soit &#224; craindre, sur ce plan, du servile personnel m&#233;diatique fran&#231;ais. Faut-il rappeler, en effet, qu'on compte d&#233;j&#224; &lt;i&gt;3&lt;/i&gt; &lt;i&gt;morts,&lt;/i&gt; des centaines de bless&#233;s, dont certains dans un &#233;tat tr&#232;s critique. Or, si ma m&#233;moire est bonne, c'est bien &#224; Mai 68 qu'il faut remonter pour retrouver un bilan humain comparable lors de manifestations populaires, du moins sur le sol m&#233;tropolitain. Et pour autant, l'&#233;cho m&#233;diatique donn&#233; &#224; ce fait effarant est-il, du moins pour l'instant, &#224; la hauteur d'un tel drame ? Et qu'auraient d'ailleurs dit les chiens de garde de France Info si ce bilan (provisoire) avait &#233;t&#233; l'&#339;uvre, par exemple, d'un Vladimir Poutine ou d'un Donald Trump ? &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, &lt;i&gt;last but not the least,&lt;/i&gt; on ne doit surtout pas oublier que si le mouvement des Gilets jaunes gagnait encore de l'ampleur (ou s'il conservait, comme c'est toujours le cas, le soutien de la grande majorit&#233; de la population), l'&#201;tat benallo-macronien n'h&#233;sitera pas un seul instant &#224; envoyer partout son &lt;i&gt;Black Bloc&lt;/i&gt; et ses &#171; &lt;i&gt;antifas&lt;/i&gt; &#187; (telle la fameuse &#171; brigade rouge &#187; de la grande &#233;poque) pour le discr&#233;diter par tous les moyens, o&#249; l'orienter vers des impasses politiques suicidaires (on a d&#233;j&#224; vu, par exemple, comment l'&#201;tat macronien avait proc&#233;d&#233; pour couper en tr&#232;s peu de temps l'exp&#233;rience zadiste de Notre-Dame-des-Landes de ses soutiens populaires originels). Mais m&#234;me si ce courageux mouvement se voyait provisoirement bris&#233; par le PMA &#8211; le Parti des m&#233;dias et de l'argent (&lt;i&gt;PMA pour tous&lt;/i&gt;, telle est, en somme, la devise de nos M. Thiers d'aujourd'hui !) ; cela voudra dire, au pire, qu'il n'est qu'une r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale et le d&#233;but d'un long combat &#224; venir. Car la col&#232;re de ceux d'en bas (soutenus, je dois &#224; nouveau le marteler, par 75&#8239;% de la population &#8211; et donc logiquement stigmatis&#233;, &#224; ce titre, par 95&#8239;% des chiens de garde m&#233;diatiques) ne retombera plus, tout simplement parce que ceux d'en bas n'en peuvent plus et ne veulent plus. Le peuple est donc d&#233;finitivement en marche ! Et &#224; moins d'en &#233;lire un autre (selon le v&#339;u d'&#201;ric Fassin, cet agent d'influence particuli&#232;rement actif de la trop c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;French American Fondation&lt;/i&gt;), il n'est pas pr&#232;s de rentrer dans le rang. Que les Versaillais de gauche et de droite (pour reprendre la formule des proscrits de la Commune r&#233;fugi&#233;s &#224; Londres) se le tiennent pour dit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s amicalement,&lt;br class='manualbr' /&gt;JC &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; La &#8220;post-v&#233;rit&#233;&#8220; est l'enfant de la contre-culture am&#233;ricaine &#187;</title>
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		<dc:date>2017-01-28T18:32:54Z</dc:date>
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		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
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		<dc:subject>Parti m&#233;diatique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Article de Guillaume Perrault, grand reporter au Figaro et &#224; FigaroVox, ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; Sciences Po, enseignant l'histoire politique fran&#231;aise et les institutions politiques, paru dans Le Figaro du 25 janvier 2016 L'examen de conscience des m&#233;dias apr&#232;s la victoire de Donald Trump aura dur&#233; ce que durent les roses. Oubli&#233;e, la r&#233;solution de pr&#233;f&#233;rer d&#233;sormais l'enqu&#234;te de terrain au pr&#234;chi-pr&#234;cha &#233;ditorial. Le choc du 9 novembre une f ois pass&#233;, la passion du sermon a vite repris (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-reactions-a-l-actualite-" rel="directory"&gt;R&#233;actions &#224; l'actualit&#233;&lt;/a&gt;

/ 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-Parti-mediatique-+" rel="tag"&gt;Parti m&#233;diatique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article de Guillaume Perrault, grand reporter au Figaro et &#224; FigaroVox, ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; Sciences Po, enseignant l'histoire politique fran&#231;aise et les institutions politiques, paru dans &lt;a href=&#034;http://ac.matra.free.fr/FB/20170126perrault.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le Figaro du 25 janvier 2016&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'examen de conscience des m&#233;dias apr&#232;s la victoire de Donald Trump aura dur&#233; ce que durent les roses.&lt;br class='manualbr' /&gt;Oubli&#233;e, la r&#233;solution de pr&#233;f&#233;rer d&#233;sormais l'enqu&#234;te de terrain au pr&#234;chi-pr&#234;cha &#233;ditorial. Le choc du 9 novembre une f ois pass&#233;, la passion du sermon a vite repris le dessus. Des deux c&#244;t&#233;s de l'Atlantique, on a trouv&#233; l'explication id&#233;ale &#224; l'&#233;lection de Trump : les 63 millions d'Am&#233;ricains qui ont vot&#233; pour lui sont des mineurs au jugement d&#233;faillant. Ils ont confondu faits av&#233;r&#233;s et opinions personnelles. Internet et les r&#233;seaux sociaux flattent leur cr&#233;dulit&#233;. Information rigoureuse et bobard sont renvoy&#233;s dos &#224; dos sur la Toile. Chacun son choix, comme on commande un plat au restaurant. Les faux ing&#233;nus appellent ce ph&#233;nom&#232;ne la &#171; post-v&#233;rit&#233; &#187; et s'en lamentent comme s'il tombait du ciel.&lt;br class='manualbr' /&gt;On croit r&#234;ver lorsqu'on voit la gauche am&#233;ricaine s'inqui&#233;ter soudain des effets du relativisme. On se pince lorsqu'on observe ses repr&#233;sentants parler tout &#224; coup comme les conservateurs et expliquer d'un ton inquiet que tout ne se vaut pas, que la v&#233;rit&#233; existe et qu'il faut faire confiance aux professions d'autorit&#233; (universitaires, journalistes) charg&#233;es de l'&#233;tablir ou de la diffuser. Que n'y ont-ils song&#233; plus t&#244;t ? Car, pendant plus de quarante ans, les &#171; lib&#233;raux &#187; am&#233;ricains, h&#233;g&#233;moniques dans l'universit&#233; et les m&#233;dias, ont soutenu l'inverse avec pers&#233;v&#233;rance et succ&#232;s. Les Radical Sixties, comme on les appelle aux &#201;tats-Unis, ont entra&#238;n&#233; une disqualification de l'id&#233;e de v&#233;rit&#233;, pr&#233;sent&#233;e comme une fiction au service de la pr&#233;servation de l'ordre social. Une vulgate r&#233;conciliant Marx et Freud a envahi les sciences sociales et a pr&#233;tendu &#171; d&#233;construire &#187; le savoir que l'universit&#233; de papa avait pour mission de transmettre et de contr&#244;ler au moyen d'examens. &#192; ses yeux, la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re n'est d'ailleurs que conventions arbitraires dissimulant des m&#233;canismes de domination.&lt;br class='manualbr' /&gt;Retranch&#233;s &#224; l'universit&#233; de Chicago, &#238;lot rest&#233; fid&#232;le aux humanit&#233;s classiques, Leo Strauss, puis ses rares disciples comme Allan Bloom, ont vaillamment lutt&#233; contre ce tsunami. &#171; &lt;i&gt;Si tout se vaut, le cannibalisme n'est qu'une affaire de go&#251;t&lt;/i&gt; &#187;, observait avec humour Leo Strauss. Et s'il n'y a pas de fait ind&#233;pendant d'une gangue interpr&#233;tative, de quel droit pr&#233;tendre encore distinguer une information recoup&#233;e et une pure opinion ? On d&#233;couvre aujourd'hui, bien tard, les cons&#233;quences des th&#233;ories qui furent si l&#233;g&#232;rement applaudies pendant des d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; vingt ans, l'essayiste am&#233;ricain Christopher Lasch, dans &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?461-le-pseudo-radicalisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La R&#233;volte des &#233;lites ou la trahison de la d&#233;mocratie&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, s'alarmait de la fin de l'art de la controverse polie. Seul le go&#251;t du d&#233;bat civilis&#233; nourrit le d&#233;sir de s'informer, soulignait-il. Rendez le d&#233;bat impossible, et vous tuerez le d&#233;sir de savoir, argumentait Lasch. Or, c'est ce qu'il observait aux &#201;tats- Unis. &#171; &lt;i&gt;Une fois que l'on a d&#233;clar&#233; que savoir et id&#233;ologie &#233;taient &#233;quivalents, il n'est plus n&#233;cessaire de d&#233;battre avec vos adversaires sur un terrain intellectuel ou d'entrer dans leur mani&#232;re de voir. Il suffit de les diaboliser comme &#233;tant eurocentriques, racistes, sexistes, homophobes &#8211; autrement dit, politiquement suspects&lt;/i&gt; &#187;. Puisqu'on ne peut plus invoquer des faits qui d&#233;rangent sans se faire insulter, &#224; quoi bon continuer &#224; s'informer, s'ouvrir &#224; la contradiction et douter ? C'est l&#224; un effort bien inutile. Mieux vaut s'arr&#234;ter une fois pour toutes &#224; son opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lasch, mort en 1996, pr&#233;voyait la suite avec une admirable prescience. &#171; &lt;i&gt;Au point o&#249; nous en sommes arriv&#233;s dans notre histoire, il est bien possible que la meilleure qualification pour exercer une charge &#233;lev&#233;e soit de refuser de coop&#233;rer avec le plan d'autopromotion des m&#233;dias. (...) Refuser de jouer le jeu selon les r&#232;gles fix&#233;es par les m&#233;dias ferait prendre conscience aux gens de l'immense influence ill&#233;gitime que les m&#233;dias en sont venus &#224; exercer sur la politique am&#233;ricaine. Ce serait aussi l'indice crucial de la pr&#233;sence chez le candidat d'un caract&#232;re identifiable par les &#233;lecteurs et auquel ils pourraient se rallier.&lt;/i&gt; &#187; Donald Trump a re&#231;u le message cinq sur cinq et a endoss&#233; le costume du tribun de la pl&#232;be, brutal et grossier. Dans ce qui fut un livre culte, &lt;i&gt;Vers une contre-culture&lt;/i&gt; (1970), un gourou de l'&#233;poque, Theodore Roszak, avait dessin&#233; le programme d'une g&#233;n&#233;ration : inverser les codes culturels et le syst&#232;me de valeurs en vigueur dans la soci&#233;t&#233;, n'&#234;tre brid&#233; par aucune convention sociale, se d&#233;barrasser de tout surmoi. Trump applique le programme de Theodore Roszak &#224; la lettre. Entre-temps, les contestataires am&#233;ricains d'hier ont vieilli et se sont install&#233;s aux commandes des m&#233;dias, de l'universit&#233; et de la politique &#224; la place de ceux qu'ils attaquaient jadis. Et ils d&#233;couvrent, tout surpris, que les coups sont plus agr&#233;ables &#224; donner qu'&#224; recevoir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'h&#233;g&#233;monie du camp du bien battue en br&#232;che</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?840-L-hegemonie-du-camp-du-bien-battue</link>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Avant-gardisme</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Totalitarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Le Goff J.-P.</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration</dc:subject>
		<dc:subject>Parti m&#233;diatique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Entretien avec Jean-Pierre Le Goff r&#233;alis&#233; par Robert Kopp parue dans la Revue des Deux Mondes de f&#233;vrier-mars 2016 Philosophe et sociologue, Jean-Pierre Le Goff scrute, depuis trente ans, l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, afin de cerner les bouleversements qu'elle a subis depuis la Lib&#233;ration et, surtout, depuis Mai 68. Dans Mai 68, l'h&#233;ritage impossible (La D&#233;couverte, 1998), il essaie de comprendre les effets souterrains de ce qui fut sans doute l'&#233;v&#233;nement social le plus (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-108-sociologie-+" rel="tag"&gt;Sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-Parti-mediatique-+" rel="tag"&gt;Parti m&#233;diatique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec Jean-Pierre Le Goff
r&#233;alis&#233; par
Robert Kopp parue dans la &lt;a href=&#034;http://www.politique-autrement.org/IMG/pdf/Le_Goff_21aout2016.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Revue des Deux Mondes de f&#233;vrier-mars 2016&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philosophe et sociologue, Jean-Pierre Le Goff scrute, depuis trente ans, l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, afin de cerner les bouleversements qu'elle a subis depuis la Lib&#233;ration et, surtout, depuis Mai 68. Dans Mai 68, l'h&#233;ritage impossible
(La D&#233;couverte, 1998), il essaie de comprendre les effets souterrains de ce qui fut sans doute l'&#233;v&#233;nement social le plus important depuis 1945 et jusque dans la France d'aujourd'hui. La Barbarie douce (La D&#233;couverte, 2003) traite de ses effets dans le monde des entreprises et dans l'&#233;cole. Particuli&#232;rement sensible au sentiment de d&#233;sorientation dont souffrent beaucoup de Fran&#231;ais, il &#233;tudie l'origine de ce d&#233;sarroi dans une s&#233;rie d'articles parus dans la revue le D&#233;bat
, r&#233;unis sous le titre &#171; La France morcel&#233;e &#187; (Gallimard, 2008). La Fin du village (Gallimard, 2012) analyse les mutations d'une petite cit&#233; proven&#231;ale au cours des trente derni&#232;res ann&#233;es. &#201;largissant son propos &#224; la France tout enti&#232;re, Jean-Pierre Le Goff t&#226;che de cerner ce qu'il consid&#232;re comme une v&#233;ritable &#171; d&#233;structuration anthropologique et sociale &#187; (
Malaise dans la d&#233;mocratie
, Stock, 2016). Il y diagnostique la fin d'un cycle historique, marqu&#233;e par la chute, lente mais pr&#233;visible, du camp du bien. Voici quelques-unes de ses conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revue des Deux Mondes &#8211; Comment circonscrire, comment d&#233;finir ce qu'il est convenu d'appeler &#171; le camp du bien &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre Le Goff :&lt;/strong&gt;
J'utilise plus volontiers &#8211; et je le fais depuis un certain temps &#8211; le terme de &#171; gauchisme culturel &#187;. Comme je l'ai montr&#233; il y a deux ans d&#233;j&#224; dans un article du &lt;i&gt;D&#233;bat&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Le Goff, &#171; Du gauchisme culturel et de ses avatars &#187;, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
, il ne s'agit pas d'un mouvement organis&#233; ou d'un courant bien structur&#233;, mais d'un ensemble d'id&#233;es, de repr&#233;sentations, de valeurs plus ou moins conscientes, qui d&#233;terminent un type de comportement et de posture dans la vie publique, politique et dans les m&#233;dias.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tout d'abord, il faut distinguer le gauchisme culturel de l'extr&#234;me gauche traditionnelle. Celle-ci, il y a une cinquantaine d'ann&#233;es tout au moins, se d&#233;finissait clairement comme un mouvement r&#233;volutionnaire qui entendait renverser la soci&#233;t&#233; capitaliste par le d&#233;veloppement de luttes impliquant une violence de masse et aboutissant &#224; une soci&#233;t&#233; o&#249; les travailleurs auraient pris le pouvoir. Le gauchisme culturel, en revanche, n'entend pas changer la soci&#233;t&#233; par la violence et la classe ouvri&#232;re n'est pas son probl&#232;me. Bien au contraire, il consid&#232;re que les ouvriers et les couches populaires sont globalement des &#171; beaufs &#187; et des &#171; ringards &#187;. Le gauchisme culturel se veut pacifiste, ne s'attaque pas frontalement &#224; la d&#233;mocratie, il n'a pas l'intention de la d&#233;passer. C'est une v&#233;ritable r&#233;volution culturelle, mais lente et qui veut se faire en douceur. Le gauchisme culturel ne s'en prend pas directement aux structures sociales, il vise le changement des mentalit&#233;s, des fa&#231;ons de penser, de ressentir, d'agir. Aujourd'hui, le registre du ressenti, de l'&#233;motion et des bons sentiments domine. Le gauchisme culturel entend transformer la soci&#233;t&#233; par une sorte de &lt;i&gt;soft power&lt;/i&gt;
, exerc&#233; &#224; travers l'&#233;ducation, la culture, la communication...&lt;br class='manualbr' /&gt;Le second point important du gauchisme culturel est l'id&#233;e de rupture. Pour le gauchisme culturel, il ne s'agit pas de rupture au sens politique ou &#233;conomique du terme, de rupture avec le capitalisme. Il s'agit de rompre culturellement avec le &#171; vieux monde &#187; qui n'en finit pas de mourir et continue pourtant d'exister, en extirpant les id&#233;es et les comportements jug&#233;s r&#233;trogrades, tout particuli&#232;rement dans le domaine des m&#339;urs et de la culture. Le gauchisme culturel n'a pas un mod&#232;le cl&#233;s en main d'une soci&#233;t&#233; future, il joue la carte de l'individu, il s'agit de transformer les mentalit&#233;s individuelles ici et maintenant par la pression, la communication, l'&#233;ducation orient&#233;es comme il se doit. Le slogan &#171; le changement, c'est maintenant &#187; &#8211; c'est toujours maintenant &#8211; caract&#233;rise bien son attitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revue des Deux Mondes &#8211; Vous semblez insister sur l'absence de corpus
dogmatique clairement d&#233;fini, voire sur le flou des propositions du gauchisme culturel...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre Le Goff :&lt;/strong&gt;
Le gauchisme culturel n'a pas d'id&#233;ologie clairement et solidement structur&#233;e comme il en existait dans le pass&#233;, mais des th&#232;mes qui &#233;mergent d'un discours filandreux et constituent une sorte d'armature mentale : d&#233;pr&#233;ciation du pass&#233; et de notre h&#233;ritage ; appel incessant au &#171; changement &#187; individuel et collectif ; r&#233;it&#233;ration des valeurs g&#233;n&#233;rales et g&#233;n&#233;reuses amenant &#224; terme la r&#233;conciliation et la fraternit&#233; universelles. &#192; partir de l&#224;, le monde est divis&#233; sch&#233;matiquement en deux : d'un c&#244;t&#233; les &#171; bons &#187; ou les &#171; gentils &#187;, de l'autre les &#171; m&#233;chants &#187;. On peut remplir ces sch&#232;mes de multiples r&#233;f&#233;rences, auteurs et citations. Nous sommes dans ce qu'on pourrait appeler un bricolage, qui consiste &#224; r&#233;cup&#233;rer des d&#233;bris des anciennes id&#233;ologies. On trouve ainsi des restes des vieux sch&#233;mas de la lutte contre la r&#233;action, de l'antifascisme, de l'intellectuel &#171; objectivement complice &#187; de l'extr&#234;me droite et du fascisme montant..., mais recompos&#233;s &#224; l'aune de l'individualisme autocentr&#233;, du &lt;i&gt;look&lt;/i&gt;
et des m&#233;dias, aboutissant &#224; des postures de redresseur de torts et de justicier valoris&#233;es socialement. Nous avons affaire &#224; une culture de r&#233;cup&#233;ration, comme nous connaissons un art de r&#233;cup&#233;ration, on se sert dans les poubelles de l'histoire. Mais avec les morceaux, on construit avant tout un nouveau moralisme ou, si l'on pr&#233;f&#232;re, une &#171; moraline &#187; compos&#233;e de bons sentiments. C'est un monde fictif, coup&#233; du r&#233;el, qui s'institue vertueux, excluant les questions d&#233;rangeantes et ceux qui n'entrent pas dans ce monde ou en d&#233;voilent son inanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revue des Deux Mondes &#8211; Et c'est ce nouveau moralisme qui d&#233;finit le camp du bien ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre Le Goff :&lt;/strong&gt;
Oui et c'est la raison pour laquelle on ne peut l'assimiler aux totalitarismes, m&#234;me si l'on peut penser qu'il en a gard&#233; des restes. Le camp du bien est un monde fictif et ang&#233;lique qui s'est construit au sein m&#234;me des d&#233;mocraties. Il n'est pas dans la logique d'une marche historique collective vers une fin de l'histoire. Tout se joue au niveau des individus ; on ne c&#233;l&#232;bre pas les lendemains qui chanteront, on change les mentalit&#233;s, on exp&#233;rimente le monde pur et ang&#233;lique ici et maintenant. Ensuite, nous n'avons pas affaire &#224; un parti qui fusionnerait avec l'&#201;tat et &#233;tendrait ses tentacules &#224; toute la soci&#233;t&#233;. Le gauchisme culturel n'a pas de parti ou d'organisation, il rejette au contraire ces notions, c'est un mouvement beaucoup plus diffus m&#234;me s'il est pr&#233;sent dans l'&#201;tat et dans les m&#233;dias. Tout au plus pourrait-on parler de &#171; petits id&#233;ologues &#187;, d'universitaires gauchistes qui vivent dans leur monde, mais surtout de journalistes militants et d'associations qui s'affichent volontiers comme les d&#233;fenseurs des victimes du monde entier et pratiquent la d&#233;lation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revue des Deux Mondes &#8211; On a l'impression que la droite est incapable de voir la diff&#233;rence qui s&#233;pare gauchisme culturel et totalitarisme...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre Le Goff : &lt;/strong&gt;
Aussi longtemps que l'on n'arrive pas &#224; penser le gauchisme culturel comme un ph&#233;nom&#232;ne post-totalitaire, on s'interdit de le comprendre. Le gauchisme culturel s'est d&#233;velopp&#233; dans les ruines du communisme et des grandes id&#233;ologies. Il essaie d'op&#233;rer du dedans, de l'int&#233;rieur de la d&#233;mocratie qui, elle, n'est jamais attaqu&#233;e frontalement. Il ne pr&#233;tend pas l'abolir mais au contraire pousse au bout les tendances probl&#233;matiques de la d&#233;mocratie et de la gauche dans sa difficile r&#233;conciliation avec la d&#233;mocratie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; La difficile r&#233;conciliation du socialisme fran&#231;ais et du lib&#233;ralisme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revue des Deux Mondes &#8211; Image invers&#233;e du totalitarisme, dites-
vous. Pouvez-vous pr&#233;ciser votre pens&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre Le Goff : &lt;/strong&gt;
Le totalitarisme &#8211; il faut insister &#8211; a une id&#233;ologie qui prend la forme d'une &#171; fiction monstrueusement coh&#233;rente &#187;, pour reprendre une expression de Hannah Arendt ; il est li&#233; &#224; une philosophie globale de l'histoire en marche vers son accomplisse_ ment ; il fonctionne avec le culte du chef, du parti unique, de l'&#201;tat... c'est une &#171; id&#233;ocratie &#187; qui s'impose &#224; la soci&#233;t&#233; par la propagande mais aussi par la coercition et la terreur... &#192; l'inverse, le gauchisme culturel est relativiste, anti-autoritaire et h&#233;doniste, moraliste et sentimental et c'est selon ce mod&#232;le qu'il entend changer les mentalit&#233;s. Mais ce gauchisme a beau &#234;tre l'image invers&#233;e du totalitarisme, &#234;tre apparemment &#171; cool &#187; et tol&#233;rant, il n'en exerce pas moins une police de la pens&#233;e et de la langue d'un nouveau genre. Il proc&#232;de par &lt;i&gt;reductio ad Hitlerum &lt;/i&gt; pour disqualifier ses adversaires, les d&#233;nonce et les lynche m&#233;diatiquement avec plainte en justice et tribunal &#224; la cl&#233;. Il ne coupe pas les t&#234;tes, il diabolise, fait pression et ostracise. C'est en ce sens qu'il met en question la libert&#233; de penser, d&#233;moralise ses adversaires, les livre &#224; la vindicte en les traitant all&#232;grement de racistes, d'islamophobes, d'homophobes, de supp&#244;ts ou de complices de l'extr&#234;me droite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revue des Deux Mondes &#8211; Mais qui exerce cette police de la bien-pensance et du langage politiquement correct ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre Le Goff :&lt;/strong&gt;
Du point de vue th&#233;orique, si l'on peut dire, le gauchisme culturel est un m&#233;lange de bribes arrach&#233;es de Pierre Bourdieu, de Michel Foucault, de Gilles Deleuze..., voire de Jean-
Paul Sartre, mais aussi de Karl Marx et de Sigmund Freud revisit&#233;s &#224; l'occasion, du courant libertaire en mati&#232;re d'&#233;ducation, du f&#233;minisme radical, des th&#233;oriciennes du genre, de Frantz Fanon et des &#233;tudes post-coloniales... On se r&#233;clame de la contre-culture des ann&#233;es soixante et soixante-dix et on pioche dans les morceaux choisis de diff&#233;rents auteurs critiques. Le but recherch&#233; n'est pas la construction d'une doctrine coh&#233;rente et encore moins d'une id&#233;ologie comme le communisme et le fascisme, mais simplement de trouver tout ce qui est bon &#224; prendre pour r&#233;gler nos comptes avec notre propre histoire et le vieux monde, appara&#238;tre comme les d&#233;fenseurs du progr&#232;s contre la r&#233;action et s'&#233;riger en nouveaux gardiens du temple d'une d&#233;mocratie hygi&#233;niste et vertueuse.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les repr&#233;sentants de ce gauchisme culturel ne ressemblent pas aux anciens militants, dont la pratique impliquait peu ou prou de sortir de soi et des sacrifices. Ils gardent la posture du r&#233;volt&#233; et du rebelle, mais cela n'implique pas pour autant &#8211; pour la grande majorit&#233; d'entre eux &#8211; de vivre en rupture, &#224; part de la soci&#233;t&#233;, et d'en payer le prix du point de vue mat&#233;riel. Leur boh&#232;me est confortable, joue comme un signe de distinction et de reconnaissance dans un entre-soi de gens persuad&#233;s qu'ils incarnent le bien et qu'ils sont naturellement les porte-voix et les d&#233;fenseurs de tous les domin&#233;s et les discrimin&#233;s de la Terre, avec une pr&#233;f&#233;rence pour les populations des pays anciennement colonis&#233;s et les cultures exotiques... Ce qu'Alain Finkielkraut d&#233;nomme justement le &#171; parti de l'autre &#187;. Depuis des ann&#233;es, le gauchisme culturel a envahi l'espace public et m&#233;diatique. Parmi les diffuseurs du gauchisme culturel, on trouve des journalistes, des communicants, des &#233;diteurs militants, mais aussi des personnalit&#233;s du show-biz, des organisateurs d'&#233;v&#233;nements culturels et festifs avec message l&#233;nifiant &#224; la cl&#233;, des animateurs socioculturels, des organisateurs d'&#171; espaces de d&#233;bat &#187; avec une place assign&#233;e pour les bons et une place pour les m&#233;chants, des &#171; cr&#233;atifs &#187; cultivant leur narcissisme et la provocation pour &#171; &#233;veiller les consciences &#187; d'un peuple ali&#233;n&#233;... &lt;br class='manualbr' /&gt;Depuis les ann&#233;es quatre-vingt, ce gauchisme culturel a &#233;t&#233; entretenu et subventionn&#233; pas l'&#201;tat. La gauche au pouvoir a &#233;t&#233; &#224; l'avant-garde, mais une partie de la droite l'a int&#233;gr&#233; dans une optique moderniste et &#233;lectoraliste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un des premiers &#224; donner l'alerte fut Philippe Muray dans l'Empire du bien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revue des Deux Mondes &#8211; Et quel r&#244;le joue l'&#233;ducation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre Le Goff :&lt;/strong&gt;
Il est capital. C'est pr&#233;cis&#233;ment par l'importance accord&#233;e aux jeunes g&#233;n&#233;rations que le gauchisme culturel entend transformer la soci&#233;t&#233; en s'attaquant aux st&#233;r&#233;otypes sexu&#233;s, en d&#233;structurant l'enseignement de la langue, en arrachant &#224; la trame chronologique des morceaux d'histoire plus ou moins arbitrairement valoris&#233;s au d&#233;triment d'autres et surtout au d&#233;triment du contexte. Il faut se pencher sur la litt&#233;rature enfantine, sur les manuels utilis&#233;s &#224; l'&#233;cole primaire, mais aussi sur les bandes dessin&#233;es et sur les nouveaux &#171; jeux &#233;ducatifs &#187; pour se rendre compte &#224; quel point les paradigmes concernant la famille, la sexualit&#233;, le rapport &#224; la nature, &#224; l'histoire... ont &#233;t&#233; boulevers&#233;s en l'espace d'un demi-si&#232;cle. Cette &#233;ducation nouvelle tient du r&#232;glement de comptes avec ce qui nous d&#233;finit comme nation et comme civilisation. Et la perversit&#233; est &#224; son comble quand on s'appuie sur des aspects probl&#233;matiques de notre histoire, comme le colonialisme, la traite, Vichy..., dans le but de recommencer l'&#233;ternel proc&#232;s de la collaboration ou de la civilisation occidentale. On accuse &#224; tour de bras, mais aucun peuple, aucune civilisation ne dispose d'un blanc-seing. Nous ne sommes pas dans le registre du recul r&#233;flexif et critique sur notre histoire et notre h&#233;ritage, mais dans celui de la d&#233;nonciation et du r&#232;glement de comptes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revue des Deux Mondes &#8211; Mais quelle est la fonction sociale de tout cela ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre Le Goff : &lt;/strong&gt;
Le gauchisme culturel s'est d&#233;velopp&#233; dans un moment particulier de l'histoire o&#249; les soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques se sont mises &#224; douter profond&#233;ment de leur h&#233;ritage. Il s'est greff&#233; sur cette situation et l'a exacerb&#233;e, la poussant dans une logique de m&#233;moire p&#233;nitentielle et de perte de l'estime de soi. Il prosp&#232;re sur la base d'une d&#233;culturation, d'une d&#233;connexion de la France et d'une partie des pays d&#233;mocratiques europ&#233;ens de l'histoire. Avec la chute du mur de Berlin, s'est d&#233;velopp&#233;e l'illusion d'une fin de l'histoire et d'une r&#233;conciliation du monde sous la double modalit&#233; des lois du march&#233; et des droits de l'homme, consid&#233;r&#233;s comme la chose du monde la mieux partag&#233;e. Les d&#233;mocraties ont cru un moment qu'elles n'avaient plus d'ennemi. Sur ces bases, le gauchisme culturel a &#233;rig&#233; un nouveau monde fictif d&#233;barrass&#233; des scories du pass&#233;, des ambivalences, des contradictions, du tragique inh&#233;rent &#224; l'histoire et &#224; la condition humaine. La fonction du gauchisme culturel est de pr&#233;server &#224; tout prix la d&#233;mocratie des &#233;preuves du r&#233;el, de continuer de vivre en dehors de l'histoire en entretenant la fiction d'une soci&#233;t&#233; ang&#233;lique compos&#233;e d'individus d&#233;saffili&#233;s, lib&#233;r&#233;s des pr&#233;jug&#233;s de l'ancien monde et concevant le nouveau comme un brassage indistinct de toutes les cultures, un m&#233;li-m&#233;lo de valeurs g&#233;n&#233;reuses et de bons sentiments. Autant dire que le gauchisme culturel est un puissant dissolvant de la dynamique des d&#233;mocraties europ&#233;ennes, qu'il nous d&#233;sarme face &#224; des ennemis qui veulent nous d&#233;truire. Quand l'&#233;preuve du r&#233;el r&#233;appara&#238;t sous la forme paroxystique de la guerre et du terrorisme islamiste, il s'arrange pour remettre assez vite le couvercle sur cette dure r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revue des Deux Mondes &#8211; Mais l'h&#233;g&#233;monie de ce courant n'est-elle pas battue en br&#232;che depuis quelques ann&#233;es d&#233;j&#224; ? Des voix diff&#233;rentes, dissidentes, se font de plus en plus souvent entendre. On critique depuis longtemps le p&#233;dagogisme, on r&#233;clame &#224; nouveau plus d'autorit&#233; &#224; l'&#233;cole, on proteste contre les lois m&#233;morielles et les diktats du politiquement correct en histoire en d&#233;fendant la libert&#233; des chercheurs, on d&#233;nonce la politique du d&#233;ni dans des domaines de plus en plus nombreux : immigration, int&#233;gration, la&#239;cit&#233;, emploi, environnement, fiscalit&#233;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre Le Goff : &lt;/strong&gt;
Certes, le gauchisme culturel peut sembler &#224; bout de souffle par rapport aux ann&#233;es quatre-vingt et quatre-vingt-
dix. Son h&#233;g&#233;monie commence &#224; &#234;tre battue en br&#232;che au sein m&#234;me de la soci&#233;t&#233;. Mais il occupe toujours de nombreuses places dans les m&#233;dias, dans les organismes culturels, et au sein de l'&#201;tat dans des minist&#232;res comme ceux de l'&#201;ducation nationale, de la Culture et de la Communication. Ce n'est pas seulement un probl&#232;me d'id&#233;es, mais ces id&#233;es s'appuient sur un pouvoir mat&#233;riel, des organismes, des associations et avec eux toute une client&#232;le &#233;lectorale que, par manque de courage politique, on ne tient pas trop &#224; critiquer de front. Depuis les ann&#233;es quatre-vingt, le gauchisme culturel fait partie du &#171; nouvel air du temps &#187;, c'est devenu comme une marque identitaire et un fonds de commerce. Dans ces conditions, beaucoup s'accrochent &#224; leur situation. Face &#224; l'effritement et &#224; la mise en cause de leur h&#233;g&#233;monie, il faut s'attendre &#224; de nouvelles campagnes contre les intellectuels, anciens ou nouveaux r&#233;actionnaires, avec amalgames, d&#233;nonciation sur les r&#233;seaux sociaux, pol&#233;miques m&#233;diatiques... Mais tout cela n'en appara&#238;t pas moins de plus en plus coup&#233; du r&#233;el et des pr&#233;occupations de la grande masse des citoyens, cela int&#233;resse de moins en moins de monde en dehors d'un petit milieu bobo et gauchisant qui se cramponne &#224; une identit&#233; en morceaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jean-Pierre Le Goff, &#171; Du gauchisme culturel et de ses avatars &#187;,
&lt;i&gt;le D&#233;bat&lt;/i&gt;
, n&#176; 176, septembre-octobre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; La difficile r&#233;conciliation du socialisme fran&#231;ais et du lib&#233;ralisme &#187;, in
Jean-Pierre Le Goff, &lt;i&gt;la Gauche &#224; l'&#233;preuve&lt;/i&gt; 1968-2011
, Perrin, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Un des premiers &#224; donner l'alerte fut Philippe Muray dans &lt;i&gt;l'Empire du bien&lt;/i&gt;
, Les Belles Lettres, 1991. Voir aussi ses conversations avec &#201;lisabeth L&#233;vy, &lt;i&gt;Festivus festivus&lt;/i&gt;
, Fayard, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Adoption du r&#233;f&#233;rendum d'initiative populaire, sans initiative populaire</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?714-adoption-du-referendum-d</link>
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		<dc:date>2013-11-28T12:29:08Z</dc:date>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;cup&#233;ration</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le premier texte est extrait du site Contrepoints, le second, &#171; Le r&#233;f&#233;rendum d'initiative partag&#233;e, trop compliqu&#233; pour &#234;tre vraiment efficace &#187;, est un article du Monde du 19.11.13. Adoption du r&#233;f&#233;rendum d'initiative populaire, sans initiative populaire En r&#233;alit&#233;, les parlementaires n'ont jamais voulu du r&#233;f&#233;rendum d'initiative populaire, et le projet leur donne enti&#232;re satisfaction. Par Roseline Letteron. Le 21 novembre 2013, la Commission mixte paritaire a adopt&#233; les textes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-reactions-a-l-actualite-" rel="directory"&gt;R&#233;actions &#224; l'actualit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le premier texte est extrait du site &lt;a href=&#034;https://www.contrepoints.org/2013/11/25/147564-adoption-du-referendum-dinitiative-populaire-sans-initiative-populaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Contrepoints&lt;/a&gt;, le second, &#171; Le r&#233;f&#233;rendum d'initiative partag&#233;e, trop compliqu&#233; pour &#234;tre vraiment efficace &#187;, est un article &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/11/19/le-referendum-d-initiative-partagee-trop-complique-pour-etre-vraiment-efficace_3516342_823448.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;du Monde du 19.11.13&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Adoption du r&#233;f&#233;rendum d'initiative populaire, sans initiative populaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En r&#233;alit&#233;, les parlementaires n'ont jamais voulu du r&#233;f&#233;rendum d'initiative populaire, et le projet leur donne enti&#232;re satisfaction.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Roseline Letteron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21 novembre 2013, la Commission mixte paritaire a adopt&#233; les textes relatifs au r&#233;f&#233;rendum d'initiative partag&#233;e, une loi organique et une loi ordinaire. Aussit&#244;t adopt&#233;, la loi organique a d'ailleurs &#233;t&#233; transmise au Conseil constitutionnel, puisque ce dernier est obligatoirement saisi de toutes les lois organiques. Il est bien peu probable que le texte soit d&#233;clar&#233; non conforme &#224; la Constitution, et il va sans doute bient&#244;t entrer en vigueur. C'est lui qui pose les principes g&#233;n&#233;raux du r&#233;f&#233;rendum, la loi ordinaire &#233;tant consacr&#233;e &#224; la proc&#233;dure r&#233;f&#233;rendaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cinq ans apr&#232;s&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit observer la lenteur de la gestation de ces textes qui trouvent leur origine dans la r&#233;vision constitutionnelle de 2008 qui modifiait la r&#233;daction de l'article 11, en ajoutant : &#171; Un r&#233;f&#233;rendum portant sur un objet mentionn&#233; au premier alin&#233;a peut &#234;tre organis&#233; &#224; l'initiative d'un cinqui&#232;me des membres du Parlement, soutenue par un dixi&#232;me des &#233;lecteurs inscrits sur les listes &#233;lectorales. Cette initiative prend la forme d'une proposition de loi et ne peut avoir pour objet l'abrogation d'une disposition l&#233;gislative promulgu&#233;e depuis moins d'un an&#171; . Rappelons cependant que cette proc&#233;dure ne s'applique que dans le champ de l'article 11, ce qui signifie que la consultation populaire doit porter sur l'organisation des pouvoirs publics ou les r&#233;formes relatives &#224; la politique &#233;conomique sociale ou environnementale, ou encore avoir pour objet d'autoriser la ratification d'un trait&#233; qui aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq ann&#233;es se sont donc d&#233;roul&#233;es entre la r&#233;vision constitutionnelle et le vote des lois permettant sa mise en &#339;uvre. Le Pr&#233;sident Sarkozy qui se proposait, par cette r&#233;forme, de &#171; redonner la parole au peuple fran&#231;ais&#171; , n'a rien fait que pour cette prise de parole devienne une r&#233;alit&#233;. Si deux projets de loi ont bien &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;s en d&#233;cembre 2010, ils n'ont &#233;t&#233; adopt&#233;s par l'Assembl&#233;e nationale en premi&#232;re lecture qu'en janvier 2012. Il a donc fallu attendre l'alternance pour que la proc&#233;dure l&#233;gislative soit men&#233;e &#224; son terme, sans enthousiasme particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, les parlementaires n'ont jamais voulu du r&#233;f&#233;rendum d'initiative populaire, et le projet leur donne enti&#232;re satisfaction sur ce point. Ce texte rappelle ainsi la fameuse lettre de Joseph Caillaux, &#233;crivant en substance : &#171; J'ai enfonc&#233; l'imp&#244;t sur le revenu en ayant l'air de le d&#233;fendre&#171; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme appara&#238;t donc purement cosm&#233;tique, marqu&#233;e &#224; la fois par l'&#233;troitesse de son champ d'application, et la possibilit&#233; offerte au parlement de contr&#244;ler enti&#232;rement la proc&#233;dure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un champ d'application restreint&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le domaine des libert&#233;s publiques n'est pas r&#233;ellement concern&#233; par la nouvelle proc&#233;dure, sauf dans l'hypoth&#232;se o&#249; la r&#233;forme se traduirait par une modification de nos institutions. Certes, les opposants au mariage pour tous ont all&#232;grement affirm&#233; que la libert&#233; du mariage rel&#232;vait de la &#171; politique sociale &#187;, oubliant au passage que Nicolas Sarkozy avait oubli&#233; de faire voter les lois d'application. Mais cette analyse ne reposait sur aucun argument juridique.
De m&#234;me, ceux qui souhaiteraient aujourd'hui utiliser ce r&#233;f&#233;rendum pour imposer le droit des vote des &#233;trangers aux &#233;lections locales seront sans doute d&#233;&#231;us. Car le droit de suffrage ne concerne pas les &#171; pouvoirs publics &#187;, et pas davantage la politique &#233;conomique, sociale ou environnementale. Pour emp&#234;cher toutes interpr&#233;tation un peu trop lib&#233;rale du champ du r&#233;f&#233;rendum, l'objet de toute initiative dans ce domaine doit &#234;tre soumis au Conseil constitutionnel pour &#234;tre pr&#233;alablement contr&#244;l&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une initiative parlementaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement au slogan lanc&#233; par l'ancien Pr&#233;sident, le nouvel article 11 ne redonne pas la parole au peuple fran&#231;ais. Il ne s'agit pas d'un r&#233;f&#233;rendum d'initiative populaire, mais plus modestement d'une initiative parlementaire. Le texte doit &#234;tre pr&#233;sent&#233; par 1/5&#232; des membres du Parlement, soit 185 d&#233;put&#233;s et s&#233;nateurs qui d&#233;posent une proposition de loi, dans les conditions du droit commun. Le peuple n'intervient qu'ensuite, pour appuyer l'initiative parlementaire. La d&#233;mocratie directe est donc enti&#232;rement absente de l'&#233;laboration du texte, qui demeure la comp&#233;tence exclusive du parlement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intervention du peuple se r&#233;duit &#224; une forme un peu modernis&#233;e du droit de p&#233;tition, mise en &#339;uvre de telle mani&#232;re qu'il ne puisse jamais &#234;tre mis en &#339;uvre. En effet, pour qu'un r&#233;f&#233;rendum puisse effectivement avoir lieu, le texte doit recevoir le soutien du dixi&#232;me de l'&#233;lectorat, soit environ 4 500 000 &#233;lecteurs. Un tel chiffre suppose une mobilisation qui, &#224; dire vrai, a bien peu de chances d'&#234;tre atteinte. Souvenons nous que lors du d&#233;bat sur le mariage pour tous, ses partisans &#233;taient tr&#232;s fiers de remettre au Conseil &#233;conomique social et gouvernemental une p&#233;tition regroupant 690 000 signatures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si, par l'effet d'une mobilisation peu probable, un projet de texte parvenait &#224; r&#233;unir les 4 500 000 signatures indispensables, il ne ferait pas pour autant obligatoirement l'objet d'un r&#233;f&#233;rendum. Le texte pr&#233;voit que le parlement peut alors reprendre le contr&#244;le de la proc&#233;dure.
Apr&#232;s avoir contr&#244;l&#233; le nombre de signatures, le Conseil constitutionnel d&#233;clare, dans une d&#233;cision publi&#233;e au Journal officiel, que la proposition a le soutien d'un dixi&#232;me des &#233;lecteurs inscrits sur les listes &#233;lectorales. &#192; l'issue d'un d&#233;lai de six mois apr&#232;s cette publication, le Pr&#233;sident de la R&#233;publique la soumet au r&#233;f&#233;rendum&#8230;. sauf si le parlement en d&#233;cide autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut sembler compliqu&#233;, mais c'est tr&#232;s simple. Il suffit &#224; la majorit&#233; de l'Assembl&#233;e et du S&#233;nat d' &#171; examiner &#187; le texte une fois pour l'enterrer d&#233;finitivement (art. 9 de la loi organique). Il n'est m&#234;me pas indispensable de susciter un vote, il suffit de l'inscrire &#224; l'ordre du jour, et d'organiser un d&#233;bat, un seul. Dans ce cas, la proposition est alors purement et simplement enterr&#233;e, oubli&#233;e, comme sont enterr&#233;s les espoirs des malheureux citoyens qui auraient eu la na&#239;vet&#233; de croire que cette r&#233;forme avait pour but de &#171; redonner la parole au peuple &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, l'actuelle majorit&#233; s'est trouv&#233;e plus ou moins contrainte de mener &#224; son terme une r&#233;forme figurant d&#233;j&#224; dans la Constitution, depuis la r&#233;vision de 2008. Et puisque le principe de ce r&#233;f&#233;rendum figure dans la Constitution, le Conseil constitutionnel ne pourra &#233;videmment pas le d&#233;clarer inconstitutionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;f&#233;rendum d'un genre nouveau, caract&#233;ris&#233; surtout par son caract&#232;re inapplicable, est pourtant une sorte de monstre juridique qui va certainement emp&#234;cher longtemps l'adoption d'une vraie initiative populaire. Plus grave peut-&#234;tre, il illustre parfaitement une tendance r&#233;cente &#224; int&#233;grer dans la Constitution des dispositions inutiles, uniquement destin&#233;es &#224; assurer une mission conjoncturelle de communication politique. Cette forme de pollution de la Constitution conduit &#224; saper lentement sa cr&#233;dibilit&#233; et la confiance que les citoyens ont &#224; son &#233;gard. Ne sont-ils pas les premi&#232;res victimes d'une proc&#233;dure dont ils sont finalement exclus ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#233;f&#233;rendum d'initiative partag&#233;e, trop compliqu&#233; pour &#234;tre vraiment efficace&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mardi 19 novembre, les d&#233;put&#233;s devaient voter un texte d&#233;pos&#233; il y a trois ans&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par H&#233;l&#232;ne Bekmezian&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une histoire commen&#173;c&#233;e en 2008 sous Nicolas Sarkozy qui devait se clore mardi 19 novembre. Apr&#232;s avoir &#8212; sauf surprise &#8212; adopt&#233; ce mardi le projet de loi de finances pour 2014, les d&#233;put&#233;s devaient ent&#233;riner le projet de loi organique portant application de l'article 11 de la Constitution, soit le &#171; &lt;i&gt;r&#233;f&#233;rendum d'initiative populaire&lt;/i&gt; &#187;, qui erre dans les limbes parlementaires depuis trois ans. Mais en pratique, le dispositif sera si lourd et si long &#224; mettre en &#339;uvre qu'il risque de ne jamais voir le jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un parcours tortueux.&lt;/strong&gt; Le projet de loi organique, cens&#233; mettre en application un point de la r&#233;for&#173;me constitutionnelle de 2008, est sign&#233; le 22 d&#233;cembre 2010 par le ministre de l'int&#233;rieur d'alors, Bri&#173;ce Hortefeux. Laiss&#233; aux oubliet&#173;tes, il est remis &#224; l'ordre du jour et adopt&#233; en janvier 2012 par l'As&#173;sembl&#233;e. La gauche arriv&#233;e au pou&#173;voir, le texte est de nouveau enter&#173;r&#233; jusqu'&#224; ce que l'UMP s'en ressai&#173;sisse comme instrument de bataille lors des d&#233;bats sur le &#171; mariage pour tous &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Qu'importe que le texte n'en&#173;tre pas dans le champ d'applica&#173;tion de la Constitution (carne rele&#173;vant pas d'une r&#233;forme de la politi&#173;que sociale), le S&#233;nat, &#224; l'initiative de l'UMP, vote la loi &#224; l'unanimit&#233; le 28 f&#233;vrier, presque un an apr&#232;s l'Assembl&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il faudra attendre ensuite le 3 octobre et l'annonce du chef de l'&#201;tat lors des 55 ans de lave R&#233;pu&#173;blique, sur le &#171; &lt;i&gt;r&#233;f&#233;rendum d'ini&#173;tiative populaire&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;J'ai demand&#233; au gouvernement de soumettre un projet au Parlement avant la fin de l'ann&#233;e. &lt;/i&gt; &#187; En fait de nouveau&#173;t&#233;, c'est simplement l'acc&#233;l&#233;ra&#173;tion du calendrier qu'annonce Fran&#231;ois Hollande. Le 30 octobre, une commission mixte paritaire (sept d&#233;put&#233;s et sept s&#233;nateurs) trouve donc un accord entre les textes vot&#233;s par les deux Cham&#173;bres &#8212; l&#233;g&#232;rement diff&#233;rents &#8212; , que les d&#233;put&#233;s devaient approu&#173;ver mardi apr&#232;s-midi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un r&#233;f&#233;rendum d'initiative &#171; par&#173;tag&#233;e &#187;&lt;/strong&gt;. De &#171; populaire &#187;, ce r&#233;f&#233;&#173;rendum n'en aura que le nom. Pour &#234;tre effectif, celui-ci devra prendre la forme d'une proposi&#173;tion de loi pr&#233;sent&#233;e par au moins un cinqui&#232;me des parlementaires (185 &#233;lus) et soutenue par 4,5 millions de Fran&#231;ais (10 % du corps &#233;lectoral). Le Conseil constitution&#173;nel devra par ailleurs donner son accord apr&#232;s avoir v&#233;rifi&#233; que le sujet entre bien dans le champ d'application de la Constitution (organisation des pouvoirs publics ou r&#233;formes relatives &#224; la politique &#233;conomique, sociale ou environnementale) ainsi que la validit&#233; des soutiens.&lt;br class='manualbr' /&gt;De plus, il faudra que ni le S&#233;nat ni l'Assembl&#233;e ne se saisissent du texte pendant les six mois sui&#173;vants, sans quoi le pr&#233;sident ne pourra pas d&#233;clencher le r&#233;f&#233;ren&#173;dum. Si jamais toutes les condi&#173;tions sont r&#233;unies, il faudra alors compter pr&#232;s de deux ans entre le lancement de l'initiative et la v&#233;ri&#173;table tenue d'un r&#233;f&#233;rendum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un texte dont le PS ne voulait pas&lt;/strong&gt;. Enfin, ironie de l'histoire, Fran&#231;ois Hollande et sa majorit&#233; se retrouvent aujourd'hui &#224; faire voter un texte dont ils ne vou&#173;laient pas. Non seulement la gau&#173;che s'&#233;tait majoritairement oppo&#173;s&#233;e &#224; la r&#233;forme constitutionnelle de 2008 mais, en outre, ni Jean-Marc Ayrault ni Fran&#231;ois Hollan&#173;de, alors d&#233;put&#233;, n'avaient vot&#233; le texte sur l'article 11 fin janvier 2012.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le compte rendu d&#233;taill&#233; du scrutin indique d'ailleurs, en bas de page, une pr&#233;cision apport&#233;e par Fran&#231;ois Hollande, absent au moment du vote mais qui a sou&#173;hait&#233; &#171; &lt;i&gt;faire savoir&lt;/i&gt; &#187; qu'il avait voulu &#171; &lt;i&gt;s'abstenir volontaire&#173;ment&lt;/i&gt; &#187;. Et qu'il ne s'agissait en rien d'un oubli ou d'une erreur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Ecoutons la col&#232;re de la France d'&#224; c&#244;t&#233;</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?709-ecoutons-la-colere-de-la-france-d</link>
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		<dc:date>2013-11-23T11:50:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvements sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Extr&#234;mes-droites</dc:subject>
		<dc:subject>Guilluy C.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Article de Serge Gu&#233;rin (Sociologue, professeur &#224; l'ESG MS) et Christophe Guilluy (G&#233;ographe, directeur du bureau d'&#233;tudes MAPS) paru dans Le Monde du 22.11.13 Etonnement des m&#233;dias et des politiques devant la Bretagne int&#233;rieure qui plonge dans les jacqueries. C'est que les repr&#233;sentations territoriales et sociologiques des &#233;lites sont obsol&#232;tes. L'Ouest, et notamment la Bretagne, est encore identifi&#233; comme une &#171; France tranquille &#187;, celle des classes moyennes bien ins&#233;r&#233;es dans l'emploi (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-167-guilluy-c-+" rel="tag"&gt;Guilluy C.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article de Serge Gu&#233;rin (Sociologue, professeur &#224; l'ESG MS) et Christophe Guilluy (G&#233;ographe, directeur du bureau d'&#233;tudes MAPS) paru dans &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/11/22/colere-de-la-france-d-a-cote_3518427_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Monde du 22.11.13&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Etonnement des m&#233;dias et des politiques devant la Bretagne int&#233;rieure qui plonge dans les jacqueries. C'est que les repr&#233;sentations territoriales et sociologiques des &#233;lites sont obsol&#232;tes. L'Ouest, et notamment la Bretagne, est encore identifi&#233; comme une &#171; France tranquille &#187;, celle des classes moyennes bien ins&#233;r&#233;es dans l'emploi et l'&#233;conomie mondialis&#233;e. Si longtemps la hausse de l'emploi public a cach&#233; le d&#233;clin de l'industrie, si longtemps les subventions ont masqu&#233; les faiblesses d'un mod&#232;le agro-industriel mal positionn&#233; et catastrophique pour l'environnement, si longtemps les r&#233;gions du Grand Ouest ont &#233;t&#233; tenues &#224; l'&#233;cart des flux migratoires, leur r&#233;cente recomposition &#233;conomique, sociale et d&#233;mographique a chang&#233; la donne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du centre de la Bretagne &#224; Villeneuve-sur-Lot (Aquitaine), du d&#233;partement de l'Oise &#224; Brignoles (Var), des zones industrielles du Nord et de l'Est frapp&#233;es par le ch&#244;mage de masse aux r&#233;gions rurales et industrielles de l'Ouest et du Sud-Ouest atteintes par la crise du mod&#232;le intensif et l'essoufflement des capacit&#233;s redistributives, le d&#233;crochage frappe des territoires diff&#233;rents mais qui ont en commun d'&#234;tre &#224; l'&#233;cart des m&#233;tropoles. Cette France p&#233;riph&#233;rique, qui rassemble 60 % de la population, est celle o&#249; se d&#233;roule le destin de la grande majorit&#233; des cat&#233;gories populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ainsi relever qu'&#224; l'Ouest la crise ne frappe pas Nantes ou Rennes, mais d'abord les espaces ruraux et industriels et les petites villes. La carte des plans sociaux est cal&#233;e sur celle de la France p&#233;riph&#233;rique, pas celle de la France m&#233;tropolitaine, qui produit l'essentiel du PIB fran&#231;ais. Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, les cat&#233;gories populaires ne vivent pas l&#224; o&#249; se cr&#233;e la richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui implose sous nos yeux, ce n'est pas seulement un mod&#232;le &#233;conomique, ce sont aussi nos repr&#233;sentations des classes sociales. Or il faut saisir que des cat&#233;gories hier oppos&#233;es, ouvriers, employ&#233;s, petits paysans, petits ind&#233;pendants, artisans et commer&#231;ants, ou encore retrait&#233;s populaires, salari&#233;s fragilis&#233;s du priv&#233; comme du public, partagent un sort commun face aux cons&#233;quences d&#233;sastreuses de l'adaptation &#224; marche forc&#233;e au mod&#232;le &#233;conomique mondialis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UNE SOCI&#201;T&#201; D&#201;CENTR&#201;E S'INVENTE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e de l'abstention et du vote Front national dans cette France pas si tranquille ne doit pas cacher le d&#233;veloppement de nouvelles formes de mobilisations solidaires de proximit&#233;, hors des cadres traditionnels et institu&#233;s. L'&#233;mergence d'une contre-soci&#233;t&#233; qui ne croit plus aux mod&#232;les anciens, loin de marquer une droitisation des Fran&#231;ais, montre la volont&#233; d'une part croissante des acteurs de reprendre leur destin en main. Face &#224; des fractures sociales et identitaires, une soci&#233;t&#233; d&#233;centr&#233;e s'invente, souvent avec le soutien de communes, de collectivit&#233;s territoriales ou de bailleurs sociaux, &#224; travers l'&#233;conomie sociale, des associations, mais aussi des aidants b&#233;n&#233;voles qui font face &#224; la fragilit&#233; d'un proche ou des habitants qui se regroupent, coop&#232;rent, mutualisent&#8230; Une partie de la soci&#233;t&#233; civile innove dans des formes de solidarit&#233; centr&#233;es sur la proximit&#233;, r&#233;investit de mani&#232;re contrainte son territoire et privil&#233;gie l'&#233;conomie circulaire, adapte son mode de consommation &#224; un pouvoir d'achat en chute libre, invente des nouvelles mani&#232;res de soutenir le d&#233;veloppement local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la construction m&#233;tropolitaine a d&#233;montr&#233; son efficacit&#233; &#224; produire des richesses et &#224; permettre l'int&#233;gration &#233;conomique des populations qui vivent dans ces territoires en phase avec l'&#233;conomie-monde, en revanche, un mod&#232;le &#233;conomique et social alternatif et compl&#233;mentaire reste &#224; inventer. C'est &#224; partir des r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques et sociales locales que les solutions sont et seront trouv&#233;es. Politiques locales de r&#233;industrialisation, manifeste des nouvelles ruralit&#233;s, r&#233;flexions sur de nouveaux p&#244;les d'enseignement sup&#233;rieur dans des petites villes, mutualisation des services publics, prise en charge des nouveaux besoins pour les retrait&#233;s populaires, les initiatives ne manquent pas. Mais ne perdons pas de vue que cette contre-soci&#233;t&#233; qui vient ne se d&#233;veloppera pas dans un consensus mou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence de ces nouvelles fractures territoriales dessine une nouvelle g&#233;opolitique locale, de nouveaux rapports de force. Comme l'a parfaitement d&#233;montr&#233; la g&#233;opoliticienne B&#233;atrice Giblin, les territoires ont parfois des int&#233;r&#234;ts divergents, structurent et recomposent en permanence les rapports de force politiques. Nous en sommes l&#224;. Il est donc urgent de traduire institutionnellement les r&#233;alit&#233;s des territoires et les besoins des populations, en sortant du d&#233;bat st&#233;rile sur le meilleur &#233;chelon territorial &#224; privil&#233;gier, pour inventer de nouvelles formes de politique publique adapt&#233;e aux r&#233;alit&#233;s et permettant l'exp&#233;rimentation et l'innovation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recomposition sociale et politique de la France p&#233;riph&#233;rique dessine non seulement les lignes de nouvelles fractures culturelles, mais aussi une redynamisation &#224; venir du d&#233;bat et m&#234;me du conflit en politique. Il convient d&#233;sormais d'ouvrir les yeux sur le sort des cat&#233;gories populaires dans la mondialisation. Plut&#244;t que les le&#231;ons de morale et les discours incantatoires, prenons au s&#233;rieux un malaise social et identitaire qui affecte d&#233;sormais une part majoritaire de la population.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Au fond, la gauche pense que les &#233;lecteurs du FN sont stupides &#187;</title>
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		<dc:date>2012-12-19T20:42:31Z</dc:date>
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		<dc:subject>Politique</dc:subject>
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&lt;p&gt;http://www.slate.fr/story/54109/fn-... Contre le mythe d'une grande &#171; moyennisation &#187;, le g&#233;ographe Christophe Guilluy d&#233;crit depuis dix ans la pr&#233;carisation d'une France p&#233;riph&#233;rique majoritaire, confront&#233;e &#224; la brutalit&#233; de la mondialisation et tr&#232;s pr&#233;occup&#233;e par les questions d'immigration. Il nous livre son analyse sur le vote FN, les classes populaires et la gauche. G&#233;ographe, consultant pour des collectivit&#233;s, Christophe Guilluy s'est concentr&#233; depuis quinze ans sur la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-167-guilluy-c-+" rel="tag"&gt;Guilluy C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.slate.fr/story/54109/fn-stupide-gauche-guilluy&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.slate.fr/story/54109/fn-...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Contre le mythe d'une grande &#171; moyennisation &#187;, le g&#233;ographe Christophe Guilluy d&#233;crit depuis dix ans la pr&#233;carisation d'une France p&#233;riph&#233;rique majoritaire, confront&#233;e &#224; la brutalit&#233; de la mondialisation et tr&#232;s pr&#233;occup&#233;e par les questions d'immigration. Il nous livre son analyse sur le vote FN, les classes populaires et la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;ographe, consultant pour des collectivit&#233;s, Christophe Guilluy s'est concentr&#233; depuis quinze ans sur la description d'une France p&#233;riph&#233;rique, espace de fragilit&#233; sociale situ&#233; au-del&#224; des grandes m&#233;tropoles fran&#231;aises et de leurs banlieues imm&#233;diates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de son ouvrage Fractures fran&#231;aises, d&#233;crivant longuement la mont&#233;e inexorable d'un s&#233;paratisme entre classes populaires blanches et classes populaires d'immigration r&#233;cente, Christophe Guilluy faisait un constat inqui&#233;tant : avec un vote de banlieue allant majoritairement &#224; S&#233;gol&#232;ne Royal et un vote pavillonnaire acquis au candidat Nicolas Sarkozy, les classes populaires votaient, en fonction de leur lieu de vie et de leur origine, diff&#233;remment pour la premi&#232;re fois. &#171; Tout se passe comme si le lent processus de s&#233;paration territoriale d&#233;bouchait aujourd'hui sur l'expression politique d'un s&#233;paratisme culturel &#187;, &#233;crivait-il.
publicit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e du FN et l'omnipr&#233;sence des th&#233;matiques li&#233;es &#224; l'immigration dans la campagne nous donnent l'occasion de revenir sur sa grille de lecture du malaise des classes populaires.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis le 22 avril au soir, on reparle beaucoup d'une &#171; France invisible &#187; rurale, industrielle et p&#233;riurbaine que Marine Le Pen aurait s&#233;duit pour parvenir &#224; 17,9%, une population que vous avez d&#233;crite dans vos travaux...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, les m&#233;dias m'appellent car ils cherchent tous du pavillonnaire, surtout en r&#233;gion parisienne. Mais bon, la r&#233;gion parisienne est atypique et les d&#233;partements pavillonnaires y sont plut&#244;t riches, sauf la Seine-et-Marne&#8230; Il faut aller jusqu'aux d&#233;partements limitrophes de la r&#233;gion, comme dans l'Oise, l'Yonne ou l'Eure-et-Loir pour voir des &#171; prolos &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est cette &#171; nouvelle g&#233;ographie sociale &#187; que vous d&#233;crivez ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;crivant avec Christophe Noy&#233; L'Atlas des nouvelles fractures sociales en France en 2004, on a remarqu&#233; &#224; travers des indicateurs de fragilit&#233; sociale (taux de ch&#244;mage, proportion d'employ&#233;s et d'ouvriers, taux de propri&#233;taires pr&#233;caires...) qu'il se passait quelque chose au-del&#224; des grandes m&#233;tropoles qui avaient r&#233;ussi leur int&#233;gration dans l'&#233;conomie mondialis&#233;e (selon nos calculs 40% de la population vit dans les 25 plus grandes m&#233;tropoles les plus actives). Plut&#244;t que de constater comme l'Insee que 95% de la population fran&#231;aise vit sous influence urbaine, ce qui ne veut rien dire, je pr&#233;f&#232;re opposer une France m&#233;tropolitaine &#224; une France p&#233;riph&#233;rique, c'est-&#224;-dire tout le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas r&#233;sumer ce sch&#233;ma &#224; des cercles concentriques partant des villes puis passant par les banlieues jusqu'aux zones p&#233;riurbaines, pavillonnaires et pr&#233;caires. Cette segmentation marche autour des m&#233;tropoles les plus actives et les plus mondialis&#233;es : Paris, Grenoble, Lyon, Lille, Nantes, mais de nombreuses villes ne sont pas dans cette logique de&#171; m&#233;tropolisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste de cette France p&#233;riph&#233;rique inclut des zones rurales, des petites villes et des villes moyennes. Perpignan fait partie de la France p&#233;riph&#233;rique, comme Charleville-M&#233;zi&#232;res. On remarque donc que les &#171; quartiers populaires &#187; ne sont en fait qu'une petite partie du populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel a &#233;t&#233; l'accueil de vos travaux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous a dit qu'on se trompait, parce qu'on parlait de territoires o&#249; il n'y aurait que des classes moyennes et des paysans&#8230; On ne collait pas avec le discours qui &#233;tait focalis&#233; sur la banlieue et l'image du pavillon correspondait &#224; celle de la classe moyenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce qui a explos&#233;, c'est que les cat&#233;gories qu'on croyait &#234;tre des classes moyennes ne le sont plus. Il s'agit plut&#244;t d'une population qui a pris en pleine gueule la mondialisation, mais concr&#232;tement. C'est-&#224;-dire avec une d&#233;flation salariale, la pr&#233;carisation sociale, la paup&#233;risation et la fin de l'ascension sociale pour les enfants, d'o&#249; le vote des jeunes prol&#233;taires pour Marine Le Pen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marine Le Pen exprime un discours de protection sociale (contrairement &#224; son p&#232;re) tout en promettant la pr&#233;f&#233;rence pour les autochtones. Pourquoi cela fonctionne-t-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pars d'en bas, c'est-&#224;-dire des classes populaires. Or en partant d'en bas, on croise forc&#233;ment la question identitaire. Soit on part en courant parce que quelqu'un vous a dit qu'il n'aimait pas les immigr&#233;s, soit on essaie de comprendre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la gauche pense que si les gens votent FN, c'est parce qu'ils sont vraiment cons. Quand les experts disent par exemple que ce sont des gens non dipl&#244;m&#233;s, disons les choses clairement : &#231;a veut dire qu'au fond s'ils &#233;taient all&#233;s &#224; l'&#233;cole, avaient r&#233;fl&#233;chi et qu'ils avaient eu un dipl&#244;me, ils voteraient socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une condescendance que j'ai souvent trouv&#233;e en discutant avec le PS. Pourtant au XXI&#232;me si&#232;cle, qui est le si&#232;cle de l'acc&#233;l&#233;ration de la mondialisation et de l'&#233;mergence des soci&#233;t&#233;s multiculturelles, on ne peut plus aborder la question sociale sans &#233;voquer la question identitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La gauche est pourtant forte en 2012, y compris chez les classes populaires&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement. On vient d'une &#233;poque o&#249; la majorit&#233; de l'&#233;lectorat populaire votait &#224; gauche. Les gens vont voter pour Hollande par rejet de Sarkozy. Mais il y a quand m&#234;me une fracture sociale importante, par exemple chez les jeunes entre les dipl&#244;m&#233;s des grandes villes et les jeunes prol&#233;taires. Et l'ouvrier de base a compris qu'Hollande n'allait pas changer sa vie, &#231;a ne sera pas vraiment un vote d'adh&#233;sion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardons le socle &#233;lectoral de Marine Le Pen : des actifs de 20 ans &#224; 55 ans, des jeunes, et socialement tr&#232;s majoritairement des ouvriers et des employ&#233;s. C'est-&#224;-dire la sociologie de la gauche. Si c'est pas une forme de lutte des classes, alors qu'est-ce que c'est ? Elle a en plus capt&#233; pas mal de voix de femmes, donc on peut avoir une femme caissi&#232;re et un homme ouvrier qui sont dans le m&#234;me trip, avec un vote tr&#232;s rationnel par rapport &#224; leurs conditions de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au &#171; J'entends ce cri de col&#232;re &#187; lanc&#233; par la gauche, c'est la m&#234;me chose depuis 20 ans, ils ont l'air de d&#233;couvrir que les ouvriers votent FN. C'est un peu surjou&#233;. Apr&#232;s les &#233;lections, &#231;a sera termin&#233; et tout rentrera dans l'ordre. On reparlera des classes moyennes, des banlieues&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et M&#233;lenchon ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est encore au XXe si&#232;cle voire au XIXe. C'est plut&#244;t La B&#234;te Humaine et Jean Gabin, il aurait d&#251; mettre une gapette pour aller jusqu'au bout. Il ne manquait plus que l'accord&#233;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait certes sympa. Je ne dirais pas &#231;a s'il avait obtenu 15% &#224; 20%. Mais &#224; 10, on peut s'interroger. Qu'est-ce qui fait que malgr&#233; une offre sociale g&#233;niale, un discours fantastique de tribun, les classes populaires ne l'ont pas choisi ? Alors qu'il &#233;tait sur le papier ce qu'il y avait de mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit toujours que les classes populaires sont parties du PS parce qu'il n'&#233;tait pas assez &#224; gauche. L&#224; pour le coup on avait la possibilit&#233; de voter bien &#224; gauche. Donc il faut prendre en compte ce constat, mais la gauche refuse malgr&#233; tout de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous des analyses expertes du vote FN qui d&#233;filent depuis dimanche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On finit toujours pas la m&#234;me conclusion : ces gens sont trop stupides. On d&#233;crit ces gens comme s'ils n'&#233;taient jamais all&#233;s &#224; la ville du coin. On peut habiter dans un village d'Alsace et &#234;tre all&#233; &#224; Strasbourg, ou avoir un cousin qui y vit, c'est de l'ordre du possible ! La mobilit&#233; et la capacit&#233; d'analyse &#231;a peut exister m&#234;me en milieu populaire ! Pour les gens, le rural ce sont des paysans et des retrait&#233;s, alors que ce sont d'abord des actifs ouvriers et employ&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est encore dans la condescendance, comme quand on dit &#171; Ben c'est parce qu'ils regardent trop TF1 &#187;. Apr&#232;s il ne faut pas &#233;carter le racisme, on ne peut pas le nier. Mais il faut quand m&#234;me r&#233;fl&#233;chir &#224; ce que sont les flux migratoires et ce que &#231;a sugg&#232;re comme instabilit&#233; culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Idem sur la question des pr&#233;occupations lors de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle. M&#234;me quand on est ouvrier, on peut penser &#224; deux trucs &#224; la fois. Comme vouloir bouffer, se loger, nourrir ses enfants mais comme on a un cerveau, on peut aussi avoir un avis sur l'immigration. Or les flux migratoires ont un impact sur la vie des gens, surtout s'ils sont dans une vision o&#249; ils peuvent devenir minoritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a beaucoup parl&#233; de la gauche&#8230; Mais c'est la droite qui semble prendre votre analyse le plus au s&#233;rieux. Ca vous fait quoi d'&#234;tre un homme de gauche lu par la droite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis dit que &#231;a allait m'attirer plein d'ennuis... Mais c'est d'abord au PS que j'ai amen&#233; cette th&#232;se-l&#224;, et j'ai &#233;t&#233; un peu lu par eux. Mais le probl&#232;me c'est que j'ai &#233;t&#233; vite confront&#233; aux gardiens du temple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;cup&#233;r&#233; ou pas, je m'en fiche un peu. J'ai essay&#233; de faire une analyse assez sinc&#232;re, je savais tr&#232;s bien le risque que je prenais en &#233;crivant dans mon livre un chapitre intitul&#233; &#171; Comment je suis devenu blanc ? &#187; C'est quelque chose de fort chez les classes populaires, c'est difficile si on est honn&#234;te de passer &#224; c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'expression est un peu convenue mais vous avez bris&#233; une sorte de tabou ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a reste tr&#232;s compliqu&#233; parce qu'en France on a &#233;t&#233; &#233;lev&#233; avec cette id&#233;e que les origines n'existaient pas et que &#231;a n'&#233;tait pas important. Mais on a tous nos ambigu&#239;t&#233;s l&#224;-dessus. Pour moi un bobo qui vote Delano&#235; et contourne la carte scolaire et un prolo qui vote FN, c'est la m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le rapport des m&#233;dias &#224; cette question de l'immigration est compliqu&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu&#8230; On marche sur des &#339;ufs et &#224; gauche on est en territoire interdit. Tant que je faisais des cartes, &#231;a allait. Avec l'essai sur les Fractures fran&#231;aises, &#231;a a &#233;t&#233; le black-out. Les journalistes m'ont souvent dit : &#171; C'est super, mais on peut pas vraiment en parler. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Jean-Laurent Cassely&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'homme, cet animal suicidaire peint par Jared Diamond</title>
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		<dc:date>2012-09-28T13:59:00Z</dc:date>
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		<dc:subject>Science</dc:subject>
		<dc:subject>Prospective</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Agronomie</dc:subject>
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		<dc:subject>Primitivisme</dc:subject>
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		<dc:subject>An&#233;antissement / G&#233;nocide</dc:subject>
		<dc:subject>Compte-rendu</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le Monde du 27 septembre 2012 Par Fr&#233;d&#233;ric Joignot Il habite &#224; Bel Air, quartier tr&#232;s chic aux jardins luxuriants de Los Angeles, dans une grande maison de bois pleine de gravures animali&#232;res. Avec son imposant collier de barbe, ses 74 ans, il fait penser &#224; un vieux pr&#234;cheur amish. L'homme en impose. Il faut dire que ce professeur de g&#233;ographie de l'UCLA, la v&#233;n&#233;rable universit&#233; de la &#171; cit&#233; des anges &#187;, biologiste &#233;volutionniste r&#233;put&#233;, fait &#224; nouveau parler de lui apr&#232;s l'&#233;chec du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-129-compte-rendu-+" rel="tag"&gt;Compte-rendu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/09/27/l-homme-animal-suicidaire_1766966_3246.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Monde du 27 septembre 2012&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Fr&#233;d&#233;ric Joignot&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il habite &#224; Bel Air, quartier tr&#232;s chic aux jardins luxuriants de Los Angeles, dans une grande maison de bois pleine de gravures animali&#232;res. Avec son imposant collier de barbe, ses 74 ans, il fait penser &#224; un vieux pr&#234;cheur amish. L'homme en impose. Il faut dire que ce professeur de g&#233;ographie de l'UCLA, la v&#233;n&#233;rable universit&#233; de la &#171; cit&#233; des anges &#187;, biologiste &#233;volutionniste r&#233;put&#233;, fait &#224; nouveau parler de lui apr&#232;s l'&#233;chec du Sommet de la Terre, cet &#233;t&#233;, &#224; Rio, o&#249; aucune mesure n'a &#233;t&#233; prise pour rendre notre plan&#232;te plus durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, beaucoup se demandent si Jared Diamond n'a pas raison. Si l'humanit&#233; ne court pas au d&#233;sastre &#233;cologique, danger contre lequel il nous a mis en garde dans son essai Effondrement (2005). Dans ce best-seller mondial, &#226;prement discut&#233; par l'&#233;lite scientifique, il montre comment, &#224; plusieurs reprises, les destructions de notre environnement ont contribu&#233; &#224; l'&#233;croulement de soci&#233;t&#233;s. L'auteur va m&#234;me jusqu'&#224; parler d'&#171; &#233;cocide &#187; : le g&#233;nocide &#233;cologique. Si certains critiquent son catastrophisme, Diamond donne des conf&#233;rences dans le monde entier, appelant l'humanit&#233; &#224; se ressaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DURABILIT&#201; ET AUTODESTRUCTION&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sommet de Rio a montr&#233; qu'avec la crise &#233;conomique les exigences &#233;cologiques passent au second plan. On vient pourtant d'apprendre &#8211; un exemple parmi d'autres &#8211; que la banquise arctique risque de fondre avant 2020, que les glaciers du Groenland sont menac&#233;s, ce qui va acc&#233;l&#233;rer encore le r&#233;chauffement et bouleverser la circulation des eaux oc&#233;aniques. Sommes-nous entr&#233;s dans un des sc&#233;narios tragiques d&#233;crits par Jared Diamond dans Effondrement ? Il nous r&#233;pond : &#171; L'humanit&#233; est engag&#233;e dans une course entre deux attelages. L'attelage de la durabilit&#233; et celui de l'autodestruction. Aujourd'hui, les chevaux courent &#224; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me vitesse, et personne ne sait qui va l'emporter. Mais nous saurons bien avant 2061, quand mes enfants auront atteint mon &#226;ge, qui est le gagnant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Jared Diamond est tellement &#233;cout&#233;, discut&#233; et contest&#233;, c'est parce qu'il a boulevers&#233; le r&#233;cit classique de l'histoire, &#224; travers trois ouvrages colossaux dans lesquels il d&#233;crit en d&#233;tail les rapports conflictuels qu'entretient l'humanit&#233; avec la nature depuis 13 000 ans. Avant Effondrement, il y a eu Le troisi&#232;me chimpanz&#233; (1992), qui d&#233;crit les premiers m&#233;faits d'homo sapiens sur la nature et nous imagine un avenir difficile, et De l'in&#233;galit&#233; parmi les soci&#233;t&#233;s (1998), qui montre comment la g&#233;ographie favorise ou p&#233;nalise le d&#233;veloppement de civilisations - cette somme lui a valu le prix Pulitzer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Diamond, il devient impossible de s&#233;parer l'aventure humaine de la g&#233;ographie, de comprendre le d&#233;veloppement et le d&#233;clin des soci&#233;t&#233;s sans tenir compte des ressources naturelles des pays, de leur exploitation et de leur d&#233;gradation. Ecoutons-le : &#171; On ne peut s'imaginer pourquoi ce ne sont pas les Indiens d'Am&#233;rique du Nord qui ont conquis l'Europe avec des caravelles portant mousquets et canons ou pourquoi les Aborig&#232;nes australiens n'ont pas domin&#233; l'Asie sans comparer les richesses agricoles de ces r&#233;gions, les animaux qui y vivent, la lenteur avec laquelle s'est implant&#233;e l'agriculture, puis la pens&#233;e technicienne et la gestion des ressources. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'EXEMPLE DU CROISSANT FERTILE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jared Diamond se penche aussi sur le berceau de notre civilisation, ce fameux Croissant fertile (Iran, Irak, Syrie, Liban, Jordanie, etc.) o&#249; est apparue pour la premi&#232;re fois une soci&#233;t&#233; agricole, s&#233;dentaire, artisanale, outill&#233;e, bient&#244;t urbaine. Pour lui, ce miracle a &#233;t&#233; possible pour trois raisons : &#171; Le bl&#233;, l'orge, les pois chiches, les lentilles, le lin y poussaient &#224; l'&#233;tat sauvage, qui ont pu &#234;tre cultiv&#233;s, emmagasin&#233;s, et fil&#233;s pour le lin. Cinq esp&#232;ces d'animaux essentiels &#224; l'alimentation, au transport et aux travaux agricoles vivaient l&#224; &#8211; les chiens, les moutons, les porcs, les bovins, le cheval. Enfin, de grands fleuves et la M&#233;diterran&#233;e ont permis que leurs savoirs soient diffus&#233;s et perfectionn&#233;s. &#187; Diamond compare ensuite le croissant fertile avec l'Australie de la m&#234;me &#233;poque : on n'y trouve aucun mammif&#232;re domesticable et juste une noix cultivable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le biologiste entend r&#233;futer toute explication des in&#233;galit&#233;s humaines fond&#233;e sur une disparit&#233; g&#233;n&#233;tique ou raciale au sein des populations. Pour lui, rejoignant les &#233;tudes de l'historien Fernand Braudel, seule la biog&#233;ographie et l'&#233;cologie scientifique permettent de comprendre les &#233;normes diff&#233;rences dans la croissance des soci&#233;t&#233;s. Leur d&#233;clin aussi... Le Croissant fertile s'est d&#233;grad&#233; quand l'homme a commenc&#233; &#224; le d&#233;boiser pour construire des flottes de guerre, amenant une d&#233;sertification irr&#233;m&#233;diable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;tayer ses analyses, Jared Diamond tient compte des mesures collect&#233;es par la pal&#233;o&#233;cologie (&#233;tudes des biotopes pass&#233;s), la palynologie (collecte des pollens anciens), la dendrochronologie (datation par le bois), la stratigraphie, la pal&#233;oclimatologie, la g&#233;ochimie et la pal&#233;og&#233;n&#233;tique afin d'&#233;tudier les rapports des populations &#224; leurs terres, de comprendre si les cultures furent trop intensives ou durables. Il convoque aussi l'anthropologie m&#233;dico-l&#233;gale pour d&#233;crire quel &#233;tait l'&#233;tat de sant&#233; des gens riches et des pauvres, l'&#226;ge moyen, le travail des femmes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a que lui pour vous expliquer que l'agriculture, d&#232;s son apparition, n'a pas eu que des cons&#233;quences favorables : &#171; Des &#233;tudes pal&#233;o-alimentaires montrent que les chasseurs-cueilleurs d'avant l'agriculture &#233;taient en meilleure sant&#233; et mieux nourris que les cultivateurs. Leur r&#233;gime &#233;tait plus vari&#233; en prot&#233;ines et en vitamines, ils disposaient de plus de temps libre et ils dormaient beaucoup. &#187; Du reste, les populations se m&#233;fiaient de l'agriculture. Elle n'a &#233;t&#233; que lentement adopt&#233;e en Europe (un kilom&#232;tre par an) comme aux Etats-Unis (les Am&#233;rindiens de Californie s'y refus&#232;rent jusqu'au XIXe si&#232;cle). Elle est synonyme, d&#232;s le d&#233;but, de mauvaise nutrition, d'&#233;pid&#233;mies et de maladies parasitaires, du fait de la promiscuit&#233; et des eaux rejet&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que l'agriculture a fait na&#238;tre une stratification sociale entre la masse des paysans en mauvaise sant&#233;, o&#249; les femmes s'&#233;puisent &#224; enfanter et besogner (les l&#233;sions sur les squelettes et les momies l'attestent), et une &#233;lite peu productive qui gouverne (fonctionnaires, commer&#231;ants, princes, pr&#234;tres, chefs de guerre). Diamond commente : &#171; Cette division perdure entre une &#233;lite mondiale en bonne sant&#233;, mangeant de la viande, profitant des ressources p&#233;troli&#232;res et des terres des pays du Sud, et des paysans pauvres dont ils ont bien souvent d&#233;truit l'agriculture vivri&#232;re. &#187; Cette situation, note-t-il, se perp&#233;tue dans les pays du Sud, cr&#233;ant une ins&#233;curit&#233; alimentaire. R&#233;sultat : &#171; Plus d'un milliard d'habitants vivent sous le seuil d'extr&#234;me pauvret&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DES DIZAINES DE G&#201;NOCIDES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'Am&#233;ricain J. R. McNeill, de l'universit&#233; de Georgetown, comme pour d'autres historiens, Diamond a bouscul&#233; les fronti&#232;res de la discipline historique en l'associant au champ des sciences naturelles. L'int&#233;ress&#233; confirme : &#171; Je rapproche des soci&#233;t&#233;s pass&#233;es et pr&#233;sentes en observant leur croissance comme leur fragilit&#233; et je m'int&#233;resse &#224; toutes les variables mesurables qui y contribuent. Je suis un historien comparatif sur le long terme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son constat fait peur : depuis l'&#226;ge de pierre, l'humanit&#233; n'a cess&#233; de d&#233;truire d'autres esp&#232;ces, d&#233;vastant peu &#224; peu toute la biodiversit&#233;. Jared Diamond admire l'homme pour son g&#233;nie inventif, mais il le voit aussi en massacreur : &#171; Quand les hommes franchissent le d&#233;troit de B&#233;ring, 12 000 ans avant J. -C., et gagnent l'Am&#233;rique du Nord, ils se livrent &#224; un carnage inou&#239;. En quelques si&#232;cles, ils exterminent les tigres &#224; dents de sabre, les lions, les &#233;lans-stags, les ours g&#233;ants, les b&#339;ufs musqu&#233;s, les mammouths, les mastodontes, les paresseux g&#233;ants, les glyptodontes (des tatous d'une tonne), les castors colossaux, les chameaux, les grands chevaux, d'immenses troupeaux de bisons. &#187; Des animaux qui ont surv&#233;cu &#224; trois glaciations p&#233;rissent : 73 % des grands mammif&#232;res d'Am&#233;rique du Nord, 85 % de ceux d'Am&#233;rique du Sud. &#171; Ce fut la disparition animale la plus massive depuis celle des dinosaures, continue Jared Diamond. Ces b&#234;tes n'avaient aucune exp&#233;rience de la f&#233;rocit&#233; d'homo sapiens. Ce fut leur malheur. Depuis, nous avons encore fait dispara&#238;tre d'innombrables esp&#232;ces. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tuer en s&#233;rie, de fa&#231;on concert&#233;e, les loups et les grands singes le font. Mais l'homme massacre dans des proportions in&#233;gal&#233;es. A toutes les &#233;poques, souvent pour des questions de territoire, mais aussi ethniques (racisme) et psychologiques (d&#233;signation d'un bouc &#233;missaire, inf&#233;riorisation de l'autre), l'homme a cherch&#233; &#224; an&#233;antir ses rivaux et les minorit&#233;s. Des dizaines de g&#233;nocides, combinant traques, massacres, &#233;pid&#233;mies, &#224; plus ou moins grande &#233;chelle, ont eu lieu de tout temps, partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le g&#233;nocide des juifs et des Tziganes reste dans les m&#233;moires, n'oublions pas, pr&#233;cise-t-il, qu'il nous a peu appris : &#171; On d&#233;compte depuis 1950 vingt &#233;pisodes de g&#233;nocides, dont deux ont concern&#233; plus d'un million de victimes (Bangladesh et Cambodge dans les ann&#233;es 1970), et quatre plus de 200 000 (Soudan et Indon&#233;sie dans les ann&#233;es 1960, Burundi et Ouganda dans les ann&#233;es 1970). Le g&#233;nocide fait partie de notre h&#233;ritage pr&#233;-humain et humain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE D&#201;CLIN DES MAYAS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jared Diamond s'est aussi int&#233;ress&#233; aux civilisations qui se sont &#233;croul&#233;es, se demandant si la n&#244;tre est menac&#233;e. Aussi, les pages d'Effondrement qui r&#233;sonnent le plus avec les inqui&#233;tudes d'aujourd'hui sont celles qui traitent des civilisations disparues, o&#249; la destruction de l'environnement a beaucoup compt&#233; : celle de l'&#238;le de P&#226;ques, des &#238;les d'Henderson et de Pitcairn, celle des Am&#233;rindiens Anazari du sud-ouest des Etats-Unis, des Vikings du Grand Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et surtout l'empire des Mayas. Diamond montre comment ces derniers ont coup&#233; les arbres jusqu'au sommet des collines afin de fabriquer du pl&#226;tre, tout en pratiquant la culture intensive du ma&#239;s. Il nous raconte la suite : &#171; Cette d&#233;forestation a lib&#233;r&#233; les terres acides qui ont ensuite contamin&#233; les vall&#233;es fertiles, tout en affectant le r&#233;gime des pluies. Finalement, entre 790 et 910, la civilisation maya du Guatemala, qui connaissait l'&#233;criture, l'irrigation, l'astronomie, construisait des villes pav&#233;es et des temples monumentaux, avec sa capitale, Tikal, de 60 000 habitants, dispara&#238;t. Ce sont 5 millions d'habitants affam&#233;s qui quittent les plaines du Sud, abandonnant cit&#233;s, villages et maisons. Ils fuient vers le Yucatan, ou s'entre-tuent sur place. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diamond a d&#233;gag&#233; de ses &#233;tudes des &#171; collapsus &#187; (du latin lapsus, &#171; la chute &#187;) &#171; cinq facteurs d&#233;cisifs &#187;, qu'il dit retrouver dans chaque effondrement, et parle d'un &#171; processus d'autodestruction la plupart du temps inconscient &#187;. Quels sont ces facteurs ? Un : les hommes infligent des dommages irr&#233;parables &#224; leur environnement, &#233;puisant des ressources essentielles &#224; leur survie. Deux : un changement climatique perturbe l'&#233;quilibre &#233;cologique, qu'il soit d'origine naturelle ou issu des suites des activit&#233;s humaines (s&#233;cheresse, d&#233;sertification). Trois : la pression militaire et &#233;conomique de voisins hostiles s'accentue du fait de l'affaiblissement du pays. Quatre : l'alliance diplomatique et commerciale avec des alli&#233;s pourvoyant des biens n&#233;cessaires et un soutien militaire se d&#233;sagr&#232;ge. Cinq : les gouvernements et les &#233;lites n'ont pas les moyens intellectuels d'expertiser l'effondrement en cours, ou bien l'aggravent par des comportements de caste, continuant &#224; prot&#233;ger leurs privil&#232;ges &#224; court terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jared Diamond a appliqu&#233; cette grille &#224; notre &#233;poque. &#171; On retrouve les cinq facteurs dans les d&#233;sastres du Rwanda, de l'Afghanistan, en Somalie, en Afrique subsaharienne, dans les &#238;les Salomon et en Ha&#239;ti. &#187; Il rep&#232;re encore le &#171; facteur un &#187; (dommages majeurs caus&#233;s &#224; l'environnement) associ&#233; au &#171; facteur deux &#187; (r&#233;chauffement climatique d'origine humaine) en Chine, en Russie et en Australie. Il d&#233;plore aussi la d&#233;gradation &#233;cologique du Montana, hier l'Etat le plus bois&#233; des Etats-Unis, dont les neiges &#233;ternelles fondent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il dresse une longue liste des dommages &#233;cologiques qui menacent &#224; court terme la biosph&#232;re : la crise de l'eau potable, qui concerne un milliard de personnes, tandis que les nappes phr&#233;atiques baissent ; la destruction des marais, des mangroves, des r&#233;cifs de corail, des p&#233;pini&#232;res naturelles ; la disparition massive des grosses esp&#232;ces de poissons marins, la d&#233;vastation des fonds des oc&#233;ans ; la d&#233;sertification des sols et le recul des derni&#232;res grandes for&#234;ts dans les zones tropicales ; le massacre du fait des d&#233;foliants de quantit&#233; d'esp&#232;ces utiles comme les insectes pollinisateurs, les bact&#233;ries des sols, les vers de terre, les oiseaux : &#171; C'est comme si on retirait au hasard des petits rivets dans l'assemblage d'un avion &#187;, commente-t-il. Enfin, l'incertitude sur l'amplitude du r&#233;chauffement terrestre l'inqui&#232;te beaucoup : &#171; Nous ne savons rien d'&#233;ventuels nouveaux changements climatiques cons&#233;cutifs &#224; la modification de la circulation oc&#233;anique comme &#224; la fonte de la couverture glaciaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rejoint ici les peurs des glaciologues et des climatologues &#224; la suite de la disparition rapide de la banquise arctique, constat&#233;e fin ao&#251;t par la NASA. Elle a &#233;t&#233; r&#233;duite de moiti&#233; en trente ans. Tous se demandent quelles vont &#234;tre les r&#233;percussions sur le climat. Beaucoup annoncent d&#233;j&#224; un accroissement de chaleur et d'humidit&#233;, des variations plus fortes des temp&#233;ratures, voire des extr&#234;mes inconnus. Sans pouvoir pr&#233;ciser leur impact. Des chercheurs parlent d'une rapide &#171; modification du syst&#232;me des temp&#234;tes dans l'h&#233;misph&#232;re Nord &#187;. D'autres redoutent un &#171; effet domino &#187; incontr&#244;lable : le r&#244;le de miroir solaire des glaces s'att&#233;nuant, le rayonnement va s'aggraver, les glaces vont fondre partout, le Gro&#235;nland sera touch&#233; &#224; court terme, ce qui va acc&#233;l&#233;rer la mont&#233;e des eaux tout en lib&#233;rant d'&#233;normes quantit&#233;s de m&#233;thane, gaz &#224; effet de serre puissant. Selon Peter Wadhams, un des sp&#233;cialistes de l'oc&#233;an polaire, &#171; il ne sera plus possible de faire quoi que ce soit d'ici dix ans &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux Etats-Unis, William Rees, professeur d'&#233;cologie &#224; l'universit&#233; Columbia, a pr&#233;sent&#233; Effondrement comme &#171; un antidote n&#233;cessaire &#187; aux &#233;cosceptiques. Les climatologues et les chercheurs pour qui nous sommes entr&#233;s dans l'&#171; anthropoc&#232;ne &#187; - l'&#232;re o&#249; les activit&#233;s humaines constituent une puissante et dangereuse force g&#233;ologique et climatique - voient en lui un alli&#233;. Quant aux &#233;cologistes politiques, ils l'associent au philosophe allemand Hans Jonas, qui, dans Le Principe responsabilit&#233; (1979), a mis en garde l'humanit&#233; contre &#171; l'irr&#233;versibilit&#233; &#187; et &#171; l'interd&#233;pendance &#187; des atteintes faites &#224; l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les opposants &#224; Diamond ne manquent pas. Des historiens lui reprochent son catastrophisme, d'autres d'accorder trop d'importance aux impacts &#233;cologiques, d'autres encore de n&#233;gliger les causes sociales, politiques, bureaucratiques et religieuses des d&#233;clins des soci&#233;t&#233;s. Beaucoup pr&#233;f&#232;rent s'en tenir aux analyses faites par l'Anglais Arnold Toynbee dans A Study of History (1934-1961), pour qui &#171; les civilisations meurent de suicide, pas d'assassinat &#187;, du fait de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence d'&#233;lites profitant de &#171; privil&#232;ges h&#233;r&#233;ditaires qu'elles ont cess&#233; de m&#233;riter &#187;, devenant incapables de s'adapter aux menaces nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;INNOVER FACE AUX DANGERS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au d&#233;sastre annonc&#233;, certains opposent les travaux de l'arch&#233;ologue Joseph Tainter dans The Collapse of Complex Societies (1990), o&#249; il affirme que les soci&#233;t&#233;s &#233;labor&#233;es ont su g&#233;rer &#171; l'adversit&#233; environnementale &#187; gr&#226;ce &#224; leur &#171; administration centralis&#233;e &#187;. Ce dernier ne peut croire &#224; &#171; l'idiotie des &#233;lites face au d&#233;sastre &#187;. Un groupe d'anthropologues am&#233;ricains a publi&#233; en 2009 Questioning Collapse, o&#249; ils recensent nombre d'erreurs et d'exag&#233;rations faites par Diamond dans sa pr&#233;sentation du d&#233;clin des Mayas, mais, surtout, o&#249; ils d&#233;fendent la capacit&#233; de r&#233;silience des soci&#233;t&#233;s menac&#233;es. C'est l&#224; un argument r&#233;current des opposants aux th&#232;ses d'Effondrement : l'ouvrage oublie le principe d'esp&#233;rance, sous-estime le g&#233;nie humain et sa propension &#224; r&#233;agir, &#224; avoir un sursaut, &#224; innover face aux dangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces critiques sur son pessimisme, Jared Diamond les &#233;carte : &#171; On oublie le sous-titre de mon livre : &#187;Comment les soci&#233;t&#233;s d&#233;cident de leur disparition ou de leur survie&#171; . Nous avons encore le choix... Dans Effondrement, je d&#233;cris plusieurs soci&#233;t&#233;s qui ont su d&#233;jouer les drames environnementaux, comme les Japonais sauvant leurs for&#234;ts &#224; l'&#233;poque d'Edo et les N&#233;erlandais avec leurs polders. D'o&#249; ma m&#233;taphore : &#187;Nous devons penser la plan&#232;te comme un polder&#171; . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux arguments de Tainter sur le sursaut des &#233;lites, Jared Diamond aimerait y croire. Mais il reproche &#224; cet historien de ne pas voir &#171; l'aveuglement des chefferies &#187;,qui m&#232;nent une vie prot&#233;g&#233;e, comme la classe riche d'Ha&#239;ti perch&#233;e sur la colline de Pi&#233;tonville, au-dessus de Port-au-Prince d&#233;vast&#233;. Et quand on lui reproche de donner trop d'importance &#224; la g&#233;ographie et &#224; l'&#233;cologie, Diamond a cette formule : &#171; Allez vous promener nu au p&#244;le Nord ou sous un soleil br&#251;lant, ou encore faites-y pousser du bl&#233;, et ensuite revenez me parler du faible r&#244;le du climat sur l'Histoire et l'esprit humain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Joignot&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le douloureux &#171; facteur 32 &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains critiques reprochent &#224; Jared Diamond d'exag&#233;rer les risques de surpopulation, les dramatisant &#224; l'exc&#232;s, d'incarner ce m&#233;pris occidental pour les habitants des pays du Sud qui entendent consommer comme nous, et de ne pas s'int&#233;resser aux solutions concr&#232;tes que ces pays du Sud pourraient inventer. &#171; La population n'est pas le probl&#232;me, mais ce qu'elle consomme et d&#233;grade, oui, r&#233;pond Jared Diamond. Si les hommes vivaient dans une chambre froide, nous n'aurions aucun probl&#232;me de ressource. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fait cette comparaison : &#171; Le Kenya a une population qui cro&#238;t de plus de 4 % par an. C'est un probl&#232;me pour les 30 millions d'habitants de ce pays qui souffrent de malnutrition, mais pas un fardeau pour le reste du monde, car les Kenyans consomment peu. Le probl&#232;me, ce sont les 300 millions d'Am&#233;ricains qui, chacun, consomment autant que 32 Kenyans. Ils font payer l'addition &#224; tout le monde : &#233;missions, r&#233;chauffement, d&#233;forestation, &#233;levage de masse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jared Diamond parle d'un &#171; facteur 32 &#187; qui fait mal &#224; la plan&#232;te. &#171; La consommation moyenne par habitant de ressources comme le p&#233;trole et les m&#233;taux, ou la production moyenne de d&#233;chets, comme le plastique ou les gaz &#224; effet de serre, sont en moyenne 32 fois sup&#233;rieures dans les pays d&#233;velopp&#233;s. &#187; Il en tire des conclusions alarmistes. &#171; Les taux de consommation en Chine sont onze fois inf&#233;rieurs aux taux am&#233;ricains. Mais si demain toute la Chine rattrapait le niveau de vie des Am&#233;ricains, la consommation mondiale de p&#233;trole augmenterait de 106 % et celle des m&#233;taux de 94 %. Si l'Inde suivait, elles tripleraient. Tout comme les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre et les pollutions de toutes sortes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si du fait de l'essor de la Chine, de l'Inde et d'autres pays, la consommation mondiale augmentait onze fois, cela &#233;quivaudrait, conclut Jared Diamond, &#224; l'&#233;quivalent d'une population mondiale de 72 milliards d'habitants. &#171; Les optimistes pensent que nous pourrions vivre &#224; 9,5 milliards sur Terre, mais le pourrions-nous &#224; 72 milliards ? Non, les ressources terrestres n'y suffiraient pas... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A lire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De l'in&#233;galit&#233; parmi les soci&#233;t&#233;s. Essai sur l'homme et l'environnement dans l'histoire, de Jared Diamond (Gallimard, 2000, r&#233;&#233;d. 2007).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le troisi&#232;me chimpanz&#233;. Essai sur l'&#233;volution et l'avenir de l'animal humain, de Jared Diamond (Gallimard, 2000).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Voyage dans l'anthropoc&#232;ne, cette nouvelle &#232;re dont nous sommes les h&#233;ros, de Claude Lorius (Actes-sud, 2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le principe responsabilit&#233;. Une &#233;thique pour la civilisation technologique, de Hans Jonas (ed. du cerf, 1990).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; La manifestation devant l'ambassade des Etats-Unis n'&#233;tait pas le fait de salafistes &#187;</title>
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&lt;p&gt;Le Monde, 17.09.2012 La pol&#233;mique enfle sur la manifestation qui s'est tenue samedi 15 septembre devant l'ambassade des Etats-Unis, en r&#233;action au film islamophobe, Innocence of Muslims. Dimanche, le parquet de Paris a ordonn&#233; une enqu&#234;te sur la manifestation, ayant notamment pour objet d'identifier les organisateurs. Parmi les 200 &#224; 250 manifestants, dont 152 ont &#233;t&#233; interpell&#233;s, beaucoup avaient expliqu&#233; &#234;tre venus apr&#232;s avoir re&#231;u des SMS ou des messages sur les r&#233;seaux sociaux. La (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-162-extremes-droites-+" rel="tag"&gt;Extr&#234;mes-droites&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2012/09/17/la-manifestation-devant-l-ambassade-des-etats-unis-n-etait-pas-le-fait-de-salafistes_1761215_3222.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Monde, 17.09.2012&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La pol&#233;mique enfle sur la manifestation qui s'est tenue samedi 15 septembre devant l'ambassade des Etats-Unis, en r&#233;action au film islamophobe, Innocence of Muslims. Dimanche, le parquet de Paris a ordonn&#233; une enqu&#234;te sur la manifestation, ayant notamment pour objet d'identifier les organisateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les 200 &#224; 250 manifestants, dont 152 ont &#233;t&#233; interpell&#233;s, beaucoup avaient expliqu&#233; &#234;tre venus apr&#232;s avoir re&#231;u des SMS ou des messages sur les r&#233;seaux sociaux. La piste de la mouvance salafiste a &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;e. Samir Amghar, membre de l'Institut d'&#233;tudes de l'islam et des soci&#233;t&#233;s du monde musulman &#224; Paris (IISMM-EHESS), sp&#233;cialis&#233; sur l'islamisme en Europe et auteur de Le salafisme d'aujourd'hui. Mouvements sectaires en Occident (Michalon, septembre 2011), apporte son &#233;clairage sur ce rassemblement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui est derri&#232;re cette manifestation ? Y a-t-il eu des appels &#224; manifester sur la blogosph&#232;re salafiste en France ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne souscris pas &#224; la th&#232;se selon laquelle c'est une manifestation de radicaux musulmans ou une manifestation qui a &#233;t&#233; instrumentalis&#233;e par des leaders salafistes fran&#231;ais. Je n'ai pas trouv&#233; d'appel &#224; manifester sur les sites communautaires salafistes. A partir du moment o&#249; les gens portent une barbe et une djellaba, on parle de salafistes mais la grande majorit&#233; des manifestants de samedi &#233;taient des musulmans lambda qui se sont r&#233;unis par le biais des r&#233;seaux sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agissait de jeunes entre 18 et 35 ans, issus de la seconde g&#233;n&#233;ration d'immigr&#233;s musulmans r&#233;islamis&#233;s et habitant les quartiers populaires. Ces jeunes, qui ont int&#233;rioris&#233; les ressorts d&#233;mocratiques et les modes d'expression &#224; travers un prisme l&#233;galiste, ont manifest&#233; parce qu'ils consid&#233;raient que leur identit&#233; musulmane &#233;tait critiqu&#233;e. On note un certain manque d'exp&#233;rience des organisateurs qui n'avaient pas d'autorisation pr&#233;alable pour manifester, n'avaient ni pancarte ni slogan construit. Ce sont des musulmans qui tentent, dans une tradition r&#233;publicaine, de manifester mais n'en ma&#238;trisent pas les codes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mouvance salafiste &#233;tait donc absente de cette mobilisation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait quelques salafistes mais qui ne composaient pas la majorit&#233; des manifestants. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, et on l'a notamment observ&#233; autour de l'affaire du voile ou celle des caricatures de Mahomet, les salafistes s'opposent &#224; tout rassemblement sur la place publique car ils sont pour une dissociation des sph&#232;res politique et religieuse. Les salafistes fran&#231;ais sont les plus d&#233;politis&#233;s, les plus &#233;loign&#233;s de la chose publique au sein de la communaut&#233; musulmane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi cette mobilisation a-t-elle &#233;t&#233; d&#233;plor&#233;e par le Conseil fran&#231;ais du culte musulman (CFCM) ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le CFCM n'est pas l'organe de repr&#233;sentation des musulmans en France, mais regroupe des instances de repr&#233;sentation de l'islam. Il a toujours fait montre d'un hyper-consensualisme &#224; l'&#233;gard des autorit&#233;s publiques et du minist&#232;re de l'int&#233;rieur, d'o&#249; cette condamnation. Apr&#232;s la d&#233;mission, en juillet, de cette instance de la Grande Mosqu&#233;e de Paris (GMP) et de son pr&#233;sident Dalil Boubakeur, qui avait &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233; de celle de l'Union des Organisations islamiques de France (UOIF), proche des Fr&#232;res musulmans, le CFCM ne r&#233;unit plus que le Tabligh, le Rassemblement des musulmans de France (RMF) et des organisations issues de l'islam turc. Son pr&#233;sident actuel du CFCM est Mohammed Moussaoui (RMF).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pouvez-vous pr&#233;senter la mouvance salafiste en France ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les renseignements g&#233;n&#233;raux parlent d'une mouvance qui r&#233;unirait quelque 12 000 personnes en France aujourd'hui. Ils ont en commun une m&#234;me doctrine religieuse fond&#233;e sur une id&#233;e litt&#233;raliste de l'islam, visant &#224; comprendre la tradition proph&#233;tique. Les plus repr&#233;sent&#233;s sont les salafistes qui&#233;tistes, proches des th&#233;ologiens d'Arabie Saoudite, qui pr&#244;nent l'apolitisme et s'opposent &#224; la violence politique. Le salafisme djihadiste est quant &#224; lui ultra-minoritaire en France. Les renseignements g&#233;n&#233;raux ont fait un travail tr&#232;s efficace de d&#233;mant&#232;lement et de d&#233;structuration du mouvement djihadiste. Tous ses chefs et militants sont en prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mouvance qui&#233;tiste s'est d&#233;velopp&#233;e dans les ann&#233;es quatre-vingt dix avec l'arriv&#233;e en France des militants du Front islamique du salut (FIS) alg&#233;rien et le retour de Fran&#231;ais de la seconde g&#233;n&#233;ration d'immigration ayant suivi un cursus dans les universit&#233;s d'Arabie Saoudite. Ils sont implant&#233;s en r&#233;gion parisienne ainsi que dans les villes &#224; forte concentration de population musulmane sur un axe Lille-Paris-Lyon-Marseille. On observe aussi de plus en plus une tendance &#224; l'implantation dans les petites et moyennes villes, ainsi que dans des villages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se d&#233;veloppent surtout par pros&#233;lytisme passif, par le biais de sites Internet o&#249; interviennent des pr&#233;dicateurs ou par une pr&#233;dication &#233;litiste qui s'exerce par le biais de r&#233;seaux interpersonnels. La mouvance salafiste trouve un &#233;cho dans les quartiers populaires avec la r&#233;islamisation, notamment parce qu'elle est d'implantation r&#233;cente par rapport &#224; d'autres mouvances comme celle des Fr&#232;res musulmans par exemple, qui existe depuis 40-50 ans en France, mais aussi parce que la mouvance salafiste est plut&#244;t le fait de jeunes de 18-35 ans, qui se reconnaissent donc entre eux. Mais, c'est un mouvement d&#233;sorganis&#233; et qui ne dispose pas de structures au niveau national. Ils n'ont pas de leader et fonctionnent en r&#233;seau autour des mosqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A l'instar des salafistes en Egypte ou en Tunisie dont certains se sont politis&#233;s apr&#232;s le printemps arabe, en cr&#233;ant des partis politiques notamment, pourrait-il y avoir une politisation des salafistes fran&#231;ais ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On constate en effet depuis quelques ann&#233;es une &#233;volution assez nette mais marginale de certains salafistes qui&#233;tistes qui pr&#244;nent d&#233;sormais une certaine politisation par le biais d'associations, de lobbys, pour faire pression sur les maires notamment. Cela se comprend par rapport &#224; l'Egypte ou la Tunisie o&#249; il y a une politisation et une reconfiguration du champ politique. Certains th&#233;ologiens d'Arabie saoudite restent apolitiques mais pr&#244;nent la politisation en Europe, face aux opportunit&#233;s d&#233;mocratiques et l&#233;galistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupuscule Forsane Al-Izza, qui a &#233;t&#233; d&#233;mantel&#233;, relevait de cette logique quand il appelait &#224; manifester dans les mosqu&#233;es, devant les mairies, br&#251;lait des codes civils. Certains salafistes reprennent ainsi des techniques proches des anarchistes qui consiste &#224; faire de &#171; la propagande par le fait &#187; : faire du buzz pour faire prendre conscience de son existence aux musulmans et aux autorit&#233;s publiques. Dans d'autres cas, comme celui des caricatures de Mahomet publi&#233;es dans Charlie Hebdo, certains salafistes avaient d&#233;cid&#233; de saisir les tribunaux pour faire interdire la publication des caricatures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par H&#233;l&#232;ne Sallon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; La croissance mondiale va s'arr&#234;ter &#187;</title>
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		<dc:subject>Prospective</dc:subject>
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		<dc:subject>Kempf H.</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le Monde, 28.05.2012 Par St&#233;phane Foucart et Herv&#233; Kempf En mars 1972, r&#233;pondant &#224; une commande d'un think tank bas&#233; &#224; Zurich (Suisse) - le Club de Rome -, des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) publiaient The Limits to Growth, un rapport mod&#233;lisant les cons&#233;quences possibles du maintien de la croissance &#233;conomique sur le long terme. De passage &#224; Paris , mercredi 23 mai, &#224; l'occasion de la publication en fran&#231;ais de la derni&#232;re &#233;dition de ce texte qui fait date (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-reactions-a-l-actualite-" rel="directory"&gt;R&#233;actions &#224; l'actualit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-172-kempf-h-+" rel="tag"&gt;Kempf H.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/05/25/la-croissance-mondiale-va-s-arreter_1707352_3244.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Monde, 28.05.2012&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par St&#233;phane Foucart et Herv&#233; Kempf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1972, r&#233;pondant &#224; une commande d'un think tank bas&#233; &#224; Zurich (Suisse) - le Club de Rome -, des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) publiaient The Limits to Growth, un rapport mod&#233;lisant les cons&#233;quences possibles du maintien de la croissance &#233;conomique sur le long terme. De passage &#224; Paris , mercredi 23 mai, &#224; l'occasion de la publication en fran&#231;ais de la derni&#232;re &#233;dition de ce texte qui fait date (Les Limites &#224; la croissance, Rue de l'Echiquier, coll. &#171; Inital(e)s DD &#187;, 408 p., 25 euros), son premier auteur, le physicien am&#233;ricain Dennis Meadows, 69 ans, a r&#233;pondu aux questions du Monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel bilan tirez-vous, quarante ans apr&#232;s la publication du rapport de 1972 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, le titre n'&#233;tait pas bon. La vraie question n'est pas en r&#233;alit&#233; les limites &#224; la croissance, mais la dynamique de la croissance. Car tout scientifique comprend qu'il y a des limites physiques &#224; la croissance de la population, de la consommation &#233;nerg&#233;tique, du PIB, etc. Les questions int&#233;ressantes sont plut&#244;t de savoir ce qui cause cette croissance et quelles seront les cons&#233;quences de sa rencontre avec les limites physiques du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, l'id&#233;e commune est, aujourd'hui encore, qu'il n'y a pas de limites. Et lorsque vous d&#233;montrez qu'il y en a, on vous r&#233;pond g&#233;n&#233;ralement que ce n'est pas grave parce que l'on s'approchera de cette limite de mani&#232;re ordonn&#233;e et tranquille pour s'arr&#234;ter en douceur gr&#226;ce aux lois du march&#233;. Ce que nous d&#233;montrions en 1972, et qui reste valable quarante ans plus tard, est que cela n'est pas possible : le franchissement des limites physiques du syst&#232;me conduit &#224; un effondrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la crise financi&#232;re, on voit le m&#234;me m&#233;canisme de franchissement d'une limite, celle de l'endettement : on voit que les choses ne se passent pas tranquillement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'entendez-vous par effondrement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse technique est qu'un effondrement est un processus qui implique ce que l'on appelle une &#171; boucle de r&#233;troaction positive &#187;, c'est-&#224;-dire un ph&#233;nom&#232;ne qui renforce ce qui le provoque. Par exemple, regardez ce qui se passe en Gr&#232;ce : la population perd sa confiance dans la monnaie. Donc elle retire ses fonds de ses banques. Donc les banques sont fragilis&#233;es. Donc les gens retirent encore plus leur argent des banques, etc. Ce genre de processus m&#232;ne &#224; l'effondrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi faire une r&#233;ponse non technique : l'effondrement caract&#233;rise une soci&#233;t&#233; qui devient de moins en moins capable de satisfaire les besoins &#233;l&#233;mentaires : nourriture, sant&#233;, &#233;ducation, s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voit-on des signes tangibles de cet effondrement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains pays sont d&#233;j&#224; dans cette situation, comme la Somalie par exemple. De m&#234;me, le &#171; printemps arabe &#187;, qui a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; un peu partout comme une solution &#224; des probl&#232;mes, n'est en r&#233;alit&#233; que le sympt&#244;me de probl&#232;mes qui n'ont jamais &#233;t&#233; r&#233;solus. Ces pays manquent d'eau, ils doivent importer leur nourriture, leur &#233;nergie, tout cela avec une population qui augmente. D'autres pays, comme les Etats-Unis, sont moins proches de l'effondrement, mais sont sur cette voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La croissance mondiale va donc in&#233;luctablement s'arr&#234;ter ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La croissance va s'arr&#234;ter en partie en raison de la dynamique interne du syst&#232;me et en partie en raison de facteurs externes, comme l'&#233;nergie. L'&#233;nergie a une tr&#232;s grande influence. La production p&#233;troli&#232;re a pass&#233; son pic et va commencer &#224; d&#233;cro&#238;tre. Or il n'y a pas de substitut rapide au p&#233;trole pour les transports, pour l'aviation... Les probl&#232;mes &#233;conomiques des pays occidentaux sont en partie dus au prix &#233;lev&#233; de l'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les vingt prochaines ann&#233;es, entre aujourd'hui et 2030, vous verrez plus de changements qu'il n'y en a eu depuis un si&#232;cle, dans les domaines de la politique, de l'environnement, de l'&#233;conomie, la technique. Les troubles de la zone euro ne repr&#233;sentent qu'une petite part de ce que nous allons voir. Et ces changements ne se feront pas de mani&#232;re pacifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, la Chine maintient une croissance &#233;lev&#233;e...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ignore ce que sera le futur de la Chine. Mais je sais que les gens se trompent, qui disent qu'avec une croissance de 8 % &#224; 10 % par an, la Chine sera le pays dominant dans vingt ans. Il est impossible de faire durer ce genre de croissance. Dans les ann&#233;es 1980, le Japon tenait ce type de rythme et tout le monde disait que, dans vingt ans, il dominerait le monde. Bien s&#251;r, cela n'est pas arriv&#233;. Cela s'est arr&#234;t&#233;. Et cela s'arr&#234;tera pour la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une raison pour laquelle la croissance est tr&#232;s forte en Chine est la politique de l'enfant unique. Elle a chang&#233; la structure de la population de mani&#232;re &#224; changer le ratio entre la main-d'&#339;uvre et ceux qui en d&#233;pendent, c'est-&#224;-dire les jeunes et les vieux. Pour une p&#233;riode qui va durer jusque vers 2030, il y aura un surcro&#238;t de main-d'&#339;uvre. Et puis cela s'arr&#234;tera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, la Chine a consid&#233;rablement d&#233;t&#233;rior&#233; son environnement, en particulier ses ressources en eau, et les impacts n&#233;gatifs du changement climatique sur ce pays seront &#233;normes. Certains mod&#232;les climatiques sugg&#232;rent ainsi qu'&#224; l'horizon 2030 il pourrait &#234;tre &#224; peu pr&#232;s impossible de cultiver quoi que ce soit dans les r&#233;gions qui fournissent actuellement 65 % des r&#233;coltes chinoises...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que croyez-vous que les Chinois feraient alors ? Qu'ils resteraient chez eux &#224; souffrir de la famine ? Ou qu'ils iraient vers le nord, vers la Russie ? Nous ne savons pas comment r&#233;agira la Chine &#224; ce genre de situation...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel conseil donneriez-vous &#224; Fran&#231;ois Hollande, Angela Merkel ou Mario Monti ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun, car ils se fichent de mon opinion. Mais supposons que je sois un magicien : la premi&#232;re chose que je ferais serait d'allonger l'horizon de temps des hommes politiques. Pour qu'ils ne se demandent pas quoi faire d'ici &#224; la prochaine &#233;lection, mais qu'ils se demandent : &#171; Si je fais cela, quelle en sera la cons&#233;quence dans trente ou quarante ans ? &#187; Si vous allongez l'horizon temporel, il est plus probable que les gens commencent &#224; se comporter de la bonne mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous d'une &#171; politique de croissance &#187; dans la zone euro ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si votre seule politique est fond&#233;e sur la croissance, vous ne voulez pas entendre parler de la fin de la croissance. Parce que cela signifie que vous devez inventer quelque chose de nouveau. Les Japonais ont un proverbe int&#233;ressant : &#171; Si votre seul outil est un marteau, tout ressemble &#224; un clou. &#187; Pour les &#233;conomistes, le seul outil est la croissance, tout ressemble donc &#224; un besoin de croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, les politiciens sont &#233;lus pour peu de temps. Leur but est de para&#238;tre bons et efficaces pendant leur mandat ; ils ne se pr&#233;occupent pas de ce qui arrivera ensuite. C'est tr&#232;s exactement pourquoi on a tant de dettes : on emprunte sur l'avenir, pour avoir des b&#233;n&#233;fices imm&#233;diats, et quand il s'agit de rembourser la dette, celui qui l'a contract&#233;e n'est plus aux affaires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Merah, &#171; un monstre issu de la maladie de l'islam &#187;</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?605-merah-un-monstre-issu-de-la</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?605-merah-un-monstre-issu-de-la</guid>
		<dc:date>2012-05-09T20:38:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Banlieue</dc:subject>
		<dc:subject>Totalitarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Extr&#234;mes-droites</dc:subject>
		<dc:subject>Islam</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Article paru dans &#171; Le Monde &#187; du 23.03.2012 (Mis &#224; jour le 23.03.2012) Par Abdennour Bidar, professeur de philosophie &#224; Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes). Depuis que le tueur de Toulouse et Montauban a &#233;t&#233; identifi&#233; comme &#171; salafiste djihadiste &#187;, c'est-&#224;-dire comme fondamentaliste islamiste, le discours des dignitaires de l'islam de France a &#233;t&#233; de pr&#233;venir tout &#171; amalgame &#187; entre cette radicalit&#233; d'un individu et la &#171; communaut&#233; &#187; pacifique des musulmans de France. Cet appel au (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article paru dans &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/03/23/un-monstre-issu-de-la-maladie-de-l-islam_1674747_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Le Monde &#187; du 23.03.2012 (Mis &#224; jour le 23.03.2012)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Abdennour Bidar, professeur de philosophie &#224; Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis que le tueur de Toulouse et Montauban a &#233;t&#233; identifi&#233; comme &#171; salafiste djihadiste &#187;, c'est-&#224;-dire comme fondamentaliste islamiste, le discours des dignitaires de l'islam de France a &#233;t&#233; de pr&#233;venir tout &#171; amalgame &#187; entre cette radicalit&#233; d'un individu et la &#171; communaut&#233; &#187; pacifique des musulmans de France. Cet appel au jugement diff&#233;renci&#233; est n&#233;cessaire lors d'un &#233;v&#233;nement comme celui-ci, parce qu'il suscite une vague d'&#233;motion et d'indignation si puissante qu'elle risque d'abolir, dans un certain nombre d'esprits fragiles, toute capacit&#233; rationnelle &#224; distinguer entre islam et islamisme, islam et violence, etc. Les dignitaires qui se sont exprim&#233;s ont donc assum&#233; l&#224; une responsabilit&#233; indispensable pour la paix sociale, et nous pouvons esp&#233;rer que leur parole contribue &#224; &#233;viter une aggravation de la d&#233;fiance et des stigmatisations dont les musulmans de France restent souvent victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout le m&#233;rite de cette r&#233;action imm&#233;diate, responsable et n&#233;cessaire, ne suffit pas &#224; &#233;luder une question plus grave. La religion islam dans son ensemble peut-elle &#234;tre d&#233;douan&#233;e de ce type d'action radicale ? Autrement dit, quelle que soit la distance consid&#233;rable et infranchissable qui s&#233;pare ce tueur fou de la masse des musulmans, pacifiques et tol&#233;rants, n'y a-t-il pas tout de m&#234;me dans ce geste l'expression extr&#234;me d'une maladie de l'islam lui-m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis des ann&#233;es, j'analyse dans mes travaux ce que j'ai d&#233;sign&#233; &#224; plusieurs reprises comme une d&#233;g&#233;n&#233;rescence multiforme de cette religion : ritualisme, formalisme, dogmatisme, sexisme, antis&#233;mitisme, intol&#233;rance, inculture ou &#171; sous-culture &#187; religieuse sont des maux qui la gangr&#232;nent. Cette m&#233;diocrit&#233; profonde dans laquelle sombre l'islam s'observe certes &#224; des degr&#233;s tr&#232;s divers selon les individus, de telle sorte qu'il se trouve toujours des musulmans moralement, socialement, spirituellement &#233;clair&#233;s par leur foi, et de sorte aussi qu'on ne peut pas dire que &#171; l'islam est par essence intol&#233;rant &#187; ni que &#171; les musulmans sont antis&#233;mites &#187;. Ce sont l&#224; des essentialisations et des g&#233;n&#233;ralit&#233;s fausses, dont certains usent pour propager l'islamophobie. N&#233;anmoins, tous ces maux que je viens d'&#233;num&#233;rer alt&#232;rent la sant&#233; de la culture islamique, en France et ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agirait par cons&#233;quent, pour l'islam, d'avoir dans des circonstances pareilles un courage tout &#224; fait particulier : celui de reconna&#238;tre que ce type de geste, tout en &#233;tant &#233;tranger &#224; sa spiritualit&#233; et &#224; sa culture, est pourtant le sympt&#244;me le plus grave, le plus exceptionnel, de la profonde crise que celles-ci traversent. Mais qui aura ce courage ? Qui en prendra le risque ? Comme je l'ai soulign&#233; aussi &#224; de tr&#232;s nombreuses reprises, la culture islamique est depuis plusieurs si&#232;cles enferm&#233;e dans ses certitudes, enferm&#233;e dans la conviction mortif&#232;re de sa &#171; v&#233;rit&#233; &#187;. Elle est incapable d'autocritique. Elle consid&#232;re de fa&#231;on parano&#239;aque que toute remise en cause de ses dogmes est un sacril&#232;ge. Coran, Proph&#232;te, ramadan, halal, etc. : m&#234;me chez des individus &#233;duqu&#233;s, cultiv&#233;s, par ailleurs pr&#234;ts au dialogue sur tout le reste, la moindre tentative de remise en cause sur ces totems de l'islam se heurte &#224; une fin de non-recevoir. La plupart des consciences musulmanes se refusent et refusent encore &#224; quiconque le droit de discuter ce qu'une tradition fig&#233;e dans un sacr&#233; intouchable a institu&#233; depuis des mill&#233;naires : des rites, des principes, des moeurs qui pourtant ne correspondent plus du tout aux besoins spirituels du temps pr&#233;sent... et dont les musulmans ne se rendent pas compte eux-m&#234;mes, le plus souvent, &#224; quel point leur revendication a chang&#233; de nature parce qu'elle se fait au nom de valeurs tout &#224; fait profanes (droit &#224; la diff&#233;rence, tol&#233;rance, libert&#233; de conscience).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment s'&#233;tonner que dans ce climat g&#233;n&#233;ral de civilisation, fig&#233; et schizophr&#232;ne, quelques esprits malades transforment et radicalisent cette fermeture collective en fanatisme meurtrier ? On dit d'un tel fanatisme de quelques-uns que &#171; c'est l'arbre qui cache la for&#234;t d'un islam pacifique &#187;. Mais quel est l'&#233;tat r&#233;el de la for&#234;t dans laquelle un tel arbre peut prendre racine ? Une culture saine et une v&#233;ritable &#233;ducation spirituelle auraient-elles pu accoucher d'un tel monstre ? Certains musulmans ont l'intuition que ce type de question a &#233;t&#233; trop longtemps ajourn&#233;. La conscience commence &#224; se faire jour chez eux qu'il deviendra toujours plus difficile de vouloir d&#233;responsabiliser l'islam de ses fanatiques, et de faire comme s'il suffisait d'en appeler &#224; distinguer islam et islamisme radical. Mais il doit devenir &#233;vident pour beaucoup plus de musulmans encore que d&#233;sormais les racines de l'arbre du mal sont trop enfonc&#233;es et trop nombreuses dans cette culture religieuse pour que celle-ci persiste &#224; croire qu'elle peut se contenter de d&#233;noncer ses brebis galeuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'islam doit accepter le principe de sa compl&#232;te refondation, ou sans doute m&#234;me de son int&#233;gration &#224; un humanisme plus vaste qui le conduise &#224; d&#233;passer enfin ses propres fronti&#232;res et son propre horizon. Mais acceptera-t-il de mourir ainsi pour que renaisse de son h&#233;ritage une nouvelle forme de vie spirituelle ? Et o&#249; chercher l'inspiration de ce d&#233;passement ? En tant que sp&#233;cialiste des pens&#233;es les plus profondes de l'islam, ces pens&#233;es philosophiques et mystiques d'Averro&#232;s (1126-1198) et d'Ibn Arabi (1165-1241), je vois &#224; quel point leur sagesse a &#233;t&#233; perdue - la plupart des musulmans ne connaissent m&#234;me pas leurs noms. Il ne s'agit pourtant pas de les ressusciter, ni de les r&#233;p&#233;ter. Il est bien trop tard pour cela. Il s'agit de trouver leur &#233;quivalent pour notre temps. A cet &#233;gard, il ne suffit donc m&#234;me pas d'&#234;tre pr&#234;t &#224; admettre enfin qu'il y a une &#171; maladie g&#233;n&#233;rale de l'islam &#187;, et qu'il faudrait revenir &#224; ces sagesses du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;fi est beaucoup plus important. Il faut que l'islam arrive &#224; cette lucidit&#233; tout &#224; fait nouvelle de comprendre qu'il doit se r&#233;inventer une culture spirituelle sur les d&#233;combres du mat&#233;riau mort de ses traditions. Mais, autre difficult&#233; redoutable, il ne pourra pas le faire seul et pour lui seul : rien ne servirait aujourd'hui de vouloir instituer un &#171; humanisme islamique &#187; &#224; c&#244;t&#233; d'un &#171; humanisme occidental &#187; ou d'un &#171; humanisme bouddhiste &#187;. Si demain le XXIe si&#232;cle est spirituel, ce ne sera pas de fa&#231;on s&#233;par&#233;e entre les diff&#233;rentes religions et visions du monde, mais sur la base d'une foi commune en l'homme. A trouver ensemble.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Des Tunisiens de l'&#233;tranger contre la violence des fanatiques religieux	</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?608-des-tunisiens-de-l-etranger-contre</link>
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		<dc:date>2012-05-02T14:08:59Z</dc:date>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvements sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Totalitarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Soul&#232;vements arabes (2011)</dc:subject>
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		<dc:subject>Islam</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte publi&#233; le 29 avril 2012 Source : http://www.kapitalis.com/afkar/68-t... D&#233;claration salubre que le texte &#171; Nous, immigr&#233;s arabes, face &#224; nos choix politiques &#187; appelait de ses voeux. D&#233;claration faite par des Tunisiens, associatifs, intellectuels, membres des partis d&#233;mocratiques-progressistes-patriotiques, et personnalit&#233;s ind&#233;pendantes vivants &#224; l'&#233;tranger en lien avec les agressions commises par des fanatiques religieux. Les agressions sauvages perp&#233;tr&#233;es par les fanatiques (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-reactions-a-l-actualite-" rel="directory"&gt;R&#233;actions &#224; l'actualit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte publi&#233; le 29 avril 2012&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.kapitalis.com/afkar/68-tribune/9634-des-tunisiens-de-letranger-contre-la-violence-des-fanatiques-religieux.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.kapitalis.com/afkar/68-t...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;D&#233;claration salubre que &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?589-Nous-immigres-arabes-face-a-nos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le texte &#171; Nous, immigr&#233;s arabes, face &#224; nos choix politiques &#187; appelait de ses voeux.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;claration faite par des Tunisiens, associatifs, intellectuels, membres des partis d&#233;mocratiques-progressistes-patriotiques, et personnalit&#233;s ind&#233;pendantes vivants &#224; l'&#233;tranger en lien avec les agressions commises par des fanatiques religieux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les agressions sauvages perp&#233;tr&#233;es par les fanatiques religieux se multiplient en Tunisie depuis plusieurs mois, dans une impunit&#233; r&#233;voltante. Toutes les forces vives, ou presque, de notre pays en ont &#233;t&#233; victimes : les journalistes, les universitaires, les &#233;tudiants, les bless&#233;s de la r&#233;volution, les ch&#244;meurs dipl&#244;m&#233;s, l'Union g&#233;n&#233;rale tunisienne du travail (Ugtt), les artistes, les d&#233;fenseurs des droits humains, les &#233;crivains&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la terreur la plus inf&#226;me qui tente &#8211; vainement &#8211; d'imposer sa loi aux femmes et hommes libres de la Tunisie qui osent manifester pacifiquement leur d&#233;sapprobation de la r&#233;gression fascisante, de l'intol&#233;rance et de l'incomp&#233;tence notoire de ceux qui pr&#233;sident aujourd'hui, h&#233;las, aux destin&#233;es de notre infortun&#233; pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, Tunisiens, associatifs, intellectuels, membres des partis politiques d&#233;mocratiques-progressistes-patriotiques, et personnalit&#233;s ind&#233;pendantes vivants &#224; l'&#233;tranger, sommes r&#233;vuls&#233;s par l'immobilisme complice des autorit&#233;s (gouvernement dirig&#233; par Ennahdha, et minist&#232;re de l'Int&#233;rieur en t&#234;te) qui encouragent par leur passivit&#233; coupable les milices fanatiques &#224; commettre impun&#233;ment leurs forfaits inqualifiables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous rappelons &#224; ces m&#234;mes autorit&#233;s, en particulier au parti Ennahdha qui m&#232;ne, entre autres, une violente et honteuse cabale contre les m&#233;dias publics, que l'&#201;tat de droit et la force de la loi s'appliquent indistinctement &#224; tous les citoyens, y compris les criminels parmi les salafistes qui s&#232;ment la terreur et la d&#233;solation dans notre ch&#232;re patrie, et b&#233;n&#233;ficient outrageusement des largesses laxistes du minist&#232;re de l'int&#233;rieur et de la justice aux ordres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette d&#233;t&#233;rioration de la paix sociale, qui ne cesse de s'aggraver chaque jour davantage, nous exigeons des pouvoirs publics de garantir la s&#233;curit&#233; et l'int&#233;grit&#233; physique et morale de tous les citoyens Tunisiens, notamment ceux et celles qui font usage de leur libert&#233; de s'opposer pacifiquement au &#171; d&#233;sordre &#187; &#233;tabli, et exigeons des m&#234;mes, au cas o&#249; ils en seraient incapables, d'en tirer La cons&#233;quence !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous interpellons &#233;galement l'Assembl&#233;e nationale constituante (Anc) pour qu'elle assume ses responsabilit&#233;s au regard de cette gravissime d&#233;viation fascisante, qui est en train de saper les fondements m&#234;mes du &#171; vivre ensemble &#187;, et d'&#339;uvrer efficacement en vue de prot&#233;ger la coexistence pacifique des Tunisiens dans leur diversit&#233;, de sauvegarder la civilit&#233; de l'Etat et sa neutralit&#233;, et d'assurer la transition d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Tunisiens ont &#233;lu, pour un an, une Anc en vue de la r&#233;alisation des objectifs de la r&#233;volution (libert&#233;, travail, justice, dignit&#233;, d&#233;mocratie, et r&#233;daction d'une nouvelle Constitution devant &#234;tre approuv&#233;e par r&#233;f&#233;rendum), et non point pour qu'une minorit&#233; fanatique s'arroge le droit d'imposer par les menaces, l'intimidation et la terreur, ce qui est permis et ce qui est interdit au peuple Tunisien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Vive la Tunisie libre, moderne et d&#233;mocratique ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; &#192; bas l'intol&#233;rance et le fanatisme ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Pour un &#201;tat de droit v&#233;ritable, respectueux des libert&#233;s individuelles et publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les premiers signataires :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Al Mass&#226;r/Voie d&#233;mocratique et sociale-France (Ettajdid Paris Idf/Ptt France/Ind&#233;pendants du Pdm France Nord) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; F&#233;d&#233;ration des Tunisiens pour une citoyennet&#233; des deux rives (Ftcr) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Comit&#233; pour le respect des libert&#233;s et des droits de l'homme en Tunisie (Crldht) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Union des Tunisiens pour l'action citoyenne (Utac) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Association des Tunisiens du Nord de la France (Atnf) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Mouvement citoyen des Tunisiens en France (Mctf) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Union des travailleurs immigr&#233;s Tunisiens (Utit) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; V&#233;rit&#233; et justice pour Farhat Hached (Vjfh) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Association des Tunisiens en France (Atf) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Association des Tunisiens en France Nord (Atf Nord) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Dynamique citoyenne des Tunisiens &#224; l'&#233;tranger (Dcte) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Collectif Culture Cr&#233;ation Citoyennet&#233; (Collectif 3C) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Aidda ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Parti communiste ouvrier tunisien (Pcot France) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Ali Ben Ameur, enseignant universitaire ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Cherif Ferjani, &#233;crivain, professeur d'universit&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Abdelmagid Guelmani, socio-&#233;conomiste ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Hafedh Affes, enseignant et militant associatif ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Seddik Ferchichi, membre dirigeant du Mouvement des patriotes d&#233;mocrates (MoPaD France) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Saloua Kammarti, militante associative.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Quand le Front national prosp&#232;re sur l'aveuglement d'une gauche bien-pensante</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?607-quand-le-front-national-prospere</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?607-quand-le-front-national-prospere</guid>
		<dc:date>2012-04-27T15:43:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>Extr&#234;mes-droites</dc:subject>
		<dc:subject>Le Goff J.-P.</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Source : &#171; Le Monde &#187; du 26.04.12 Par Jean-Pierre Le Goff, auteur de &#171; La Gauche &#224; l'&#233;preuve. 1968-2011 &#187;, &#233;ditions Perrin, coll. &#171; Tempus &#187;, 2011. Depuis plus de trente ans, les r&#233;sultats de l'extr&#234;me droite suscitent incompr&#233;hension et stupeur au sein d'une partie de la gauche, avec des relents de la lutte antifasciste d'antan dont des journalistes militants se veulent les nouveaux h&#233;ros. Il ne suffit pas de dire et de r&#233;p&#233;ter que Nicolas Sarkozy a repris les th&#232;mes du Front national (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-162-extremes-droites-+" rel="tag"&gt;Extr&#234;mes-droites&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/04/26/quand-le-front-national-prospere-sur-l-aveuglement-d-une-gauche-bien-pensante_1691757_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Le Monde &#187; du 26.04.12&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Jean-Pierre Le Goff, auteur de &#171; La Gauche &#224; l'&#233;preuve. 1968-2011 &#187;, &#233;ditions Perrin, coll. &#171; Tempus &#187;, 2011.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis plus de trente ans, les r&#233;sultats de l'extr&#234;me droite suscitent incompr&#233;hension et stupeur au sein d'une partie de la gauche, avec des relents de la lutte antifasciste d'antan dont des journalistes militants se veulent les nouveaux h&#233;ros. Il ne suffit pas de dire et de r&#233;p&#233;ter que Nicolas Sarkozy a repris les th&#232;mes du Front national et veut r&#233;cup&#233;rer ses voix, en mettant hors champ les th&#232;mes et les &#233;lecteurs en question, pour comprendre les conditions qui ont rendu possible la mont&#233;e du FN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 1980, les cat&#233;gories ouvri&#232;res et populaires ont &#233;t&#233; les laiss&#233;es-pour-compte d'une adaptation &#224; une &#233;conomie mondialis&#233;e r&#233;gie par les lois du libre-&#233;change. Les populations des anciennes r&#233;gions industrielles ont vu leurs emplois dispara&#238;tre au fil des ans, sans que les nouvelles activit&#233;s puissent compenser les emplois perdus, les aides sociales et les formations propos&#233;es repr&#233;sentant un pis-aller &#224; l'absence de travail. Des cat&#233;gories enti&#232;res de la population se sont retrouv&#233;es dans une situation de pr&#233;carit&#233; et de d&#233;sh&#233;rence. Mais la d&#233;gradation des conditions &#233;conomiques et sociales n'explique pas tout : pourquoi le succ&#232;s du Front national et non celui de l'extr&#234;me gauche, qui n'a cess&#233; de critiquer le capitalisme et la &#171; dictature des march&#233;s &#187;, bien avant que Marine Le Pen se mette &#224; d&#233;noncer l'&#171; hypercapitalisme &#187;, l'&#171; hyperlib&#233;ralisme &#187;, l'&#171; hyperclasse mondialis&#233;e &#187;... ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fracture que le Front national exploite n'est pas seulement &#233;conomique et sociale, elle est tout autant politique et culturelle. La mondialisation &#233;conomique s'est accompagn&#233;e de bouleversements culturels qui ont d&#233;sorient&#233; une bonne partie de la soci&#233;t&#233;. A gauche, le &#171; mouvement social &#187; a succ&#233;d&#233; au &#171; mouvement ouvrier &#187; sous la forme d'un composite o&#249; les salari&#233;s des services publics, les &#171; exclus &#187;, les &#171; mal-log&#233;s &#187;, les &#171; sans-papiers &#187;... c&#244;toient les &#233;tudiants, les &#233;cologistes, les femmes, les &#171; gays, lesbiennes et trans &#187;, puis les &#171; indig&#232;nes de la R&#233;publique &#187;, les &#171; Noirs de France &#187; et autres groupes r&#233;clamant de nouveaux droits. La valorisation m&#233;diatique dont ont pu b&#233;n&#233;ficier ces groupes a accentu&#233; le sentiment d'abandon et de d&#233;sarroi des couches populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein de la soci&#233;t&#233;, la pr&#233;carit&#233; socio-&#233;conomique combin&#233;e &#224; l'effondrement de la cellule familiale, gentiment rebaptis&#233;e &#171; monoparentale &#187; ou &#171; recompos&#233;e &#187;, a produit des effets puissants de d&#233;structuration et de d&#233;saffiliation. La gauche a du mal &#224; affronter cette r&#233;alit&#233; parce qu'elle s'est voulue &#224; l'avant-garde dans le domaine des moeurs et de la culture. Elle a m&#234;l&#233; en un seul bloc question sociale et modernisme culturel, d&#233;sorientant ainsi une bonne partie des citoyens qui n'adh&#232;rent pas &#224; ce dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; leurs critiques du libre-&#233;change mondialis&#233;, la gauche et l'extr&#234;me gauche n'ont pas r&#233;ussi &#224; reconqu&#233;rir une partie de l'&#233;lectorat populaire parce que leur conversion au modernisme est largement apparue comme un rejet ou l'abandon de la nation, de son h&#233;ritage culturel et politique qui demeurent des &#233;l&#233;ments essentiels de l'existence collective d'un peuple et de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fuite en avant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le foss&#233; qui s'est creus&#233; entre une partie des &#233;lites et le peuple n'est pas une simple affaire d'in&#233;galit&#233;s et de scandales financiers, elle renvoie en m&#234;me temps &#224; une fa&#231;on de faire de la politique plac&#233;e sous le signe d'un &#171; changement &#187; perp&#233;tuel, d'une fuite en avant. La fa&#231;on dont s'est construite l'Union europ&#233;enne est l'un des exemples les plus frappants, quand des politiques se montrent incapables de tenir un discours clair et coh&#233;rent sur l'articulation de la nation et de l'Union europ&#233;enne. C'est toute une opposition sommaire qui s'est mise en place, enfermant le d&#233;bat public dans un faux choix entre un repli nationaliste et x&#233;nophobe et une ouverture culturelle qui tend &#224; se repr&#233;senter le monde comme une vaste soci&#233;t&#233; que la morale, les droits de l'homme et l'&#233;cologie suffiraient &#224; r&#233;guler. La question de l'immigration n'&#233;chappe pas &#224; cette repr&#233;sentation ang&#233;lique qui d&#233;nie la sp&#233;cificit&#233; de notre culture et du mod&#232;le fran&#231;ais r&#233;publicain d'int&#233;gration. Que signifient, du reste, les id&#233;es de &#171; candidats de la diversit&#233; &#187; et de &#171; minorit&#233;s visibles &#187; dans le cadre du mod&#232;le r&#233;publicain de citoyennet&#233; dont on ne cesse en m&#234;me temps de se r&#233;clamer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre d'&#233;lus et de militants de gauche n'ont pas partag&#233; ces d&#233;rives, mais la peur d'&#234;tre qualifi&#233;s de &#171; r&#233;actionnaires &#187; par un milieu parisien, restreint mais influent, en a fait taire beaucoup. Fran&#231;ois Hollande op&#233;rera-t-il dans ce domaine une difficile &#171; synth&#232;se &#187; ou saura-t-il rompre clairement avec les impasses d'un petit milieu pour, comme il le dit, parler aux &#233;lecteurs du Front national et rassembler le pays ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Indign&#233;s &#187; de Roumanie : les raisons de la col&#232;re</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?577-indignes-de-roumanie-les-raisons</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?577-indignes-de-roumanie-les-raisons</guid>
		<dc:date>2012-01-23T15:47:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvements sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>
		<dc:subject>&#171; Indign&#233;s &#187; (2011)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le premier texten eb fran&#231;ais, est issu du &#171; Courrier des Balkans &#187;, et le second, en anglais, est la traduction d'un texte allemand, paru sur un site anarcho-syndicaliste roumain &#171; Indign&#233;s &#187; de Roumanie : les raisons de la col&#232;re De notre correspondante &#224; Bucarest, Julia Beurq - Mise en ligne : lundi 23 janvier 2012 Il a neig&#233; &#224; petits flocons tout le weekend, mais cela n'a pas tenu. Les &#171; indign&#233;s &#187; roumains, eux, tiennent bon. Certes moins nombreux et moins vaillants qu'il y a dix (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-reactions-a-l-actualite-" rel="directory"&gt;R&#233;actions &#224; l'actualit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-121-mouvements-sociaux-+" rel="tag"&gt;Mouvements sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-151-indignes-+" rel="tag"&gt;&#171; Indign&#233;s &#187; (2011)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le premier texten eb fran&#231;ais, est issu du &lt;a href=&#034;http://balkans.courriers.info/article19069.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Courrier des Balkans &#187;&lt;/a&gt;, et le second, en anglais, est la traduction d'un texte allemand, paru sur &lt;a href=&#034;http://asinforomania.wordpress.com/2012/01/18/romania-thousands-in-angry-protests-against-social-service-cuts/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un site anarcho-syndicaliste roumain&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Indign&#233;s &#187; de Roumanie : les raisons de la col&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De notre correspondante &#224; Bucarest, Julia Beurq - Mise en ligne : lundi 23 janvier 2012&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a neig&#233; &#224; petits flocons tout le weekend, mais cela n'a pas tenu. Les &#171; indign&#233;s &#187; roumains, eux, tiennent bon. Certes moins nombreux et moins vaillants qu'il y a dix jours, il ont occup&#233; la place de l'Universit&#233; de Bucarest pour la dixi&#232;me journ&#233;e cons&#233;cutive. Malgr&#233; le froid, le gel et la neige, les Roumains continuent de crier leur col&#232;re. Quelques &#233;claircissements sur les causes de la r&#233;volte, alors que les syndicats entrent dans l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La neige s'est transform&#233;e en boue. La col&#232;re des premiers jours en d&#233;senchantement. Les voix se sont &#233;raill&#233;es, mais le th&#233; bouillant pr&#233;par&#233; par certains manifestants remonte le moral &#224; tous. M&#234;me si l'animation et l'excitation du d&#233;but sont retomb&#233;es, selon George, l'un des initiateurs du mouvement Occupy Bucharest&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Occupy Bucharest est un mouvement civique inspir&#233; de celui cr&#233;&#233; aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; tous ces d&#233;bats qui ont enfin lieu dans la soci&#233;t&#233; roumaine sont un oasis de sant&#233; pour les Roumains. Ils se sont tus pendant 22 ans, voil&#224; d'o&#249; vient la multitude de voix qu'on entend. Notre sens civique &#233;tait difficile &#224; faire rena&#238;tre, mais une fois qu'il a pris racine, il est bien l&#224; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les journalistes sont moins pr&#233;sents. Les t&#233;l&#233;visions ont coup&#233; le fil de nouvelles qui transmettait le m&#233;contentement g&#233;n&#233;ral au gouvernement et au pr&#233;sident. &#192; croire que ce dernier n'entend rien : aucune d&#233;claration officielle n'a filtr&#233;, Trajan Basescu n'a pas dit un mot sur les protestations qui ont lieu dans tout le pays. Certains le comparent d&#233;j&#224; &#224; Ion Illiescu, le premier pr&#233;sident apr&#232;s la chute du communisme, qui avait lanc&#233; en 1990 &#224; propos des manifestants : &#171; laisser les mariner dans leur jus ! &#187;. Pourtant, &#224; entendre nombre de protestataires, &#171; ce n'est pas le froid qui nous fait peur ! Nous avons eu la patience de rester dix jours sur la place, et nous continuerons jusqu'&#224; ce les choses changent &#187;. Une enseignante rajoute, &#171; nous sommes un peuple tol&#233;rant, mais nous sommes arriv&#233;s &#224; la limite de notre patience &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une r&#233;volte tardive&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis deux ans, les Roumains avaient bien des raisons de descendre dans la rue. C'est ce qu'ils ont fait &#224; plusieurs reprises, en protestant &#224; l'appel des syndicats contre les mesures d'aust&#233;rit&#233;, mais sans succ&#232;s malgr&#233; leur nombre. Entre la baisse de 25% des salaires des fonctionnaires, celle de 15% des retraites, l'augmentation de la TVA, &#224; 24%, les diminutions des aides sociales, les pr&#233;textes sont nombreux. Narcis Iordache, collaborateur du site anti-corruption Romania Curata confirme : &#171; j'ai la sensation que cela aurait d&#251; commencer il y a bien longtemps. L'&#233;t&#233; a vu les pr&#233;misses de cette r&#233;volte, lorsqu'il a y a eu de petits rassemblements &#224; Bucarest, et de plus importants dans toute l'Europe. Mais l&#224;, il y a eu un d&#233;clencheur qui a tout fait exploser &#187;. Ce &#171; d&#233;clencheur &#187; a &#233;t&#233; la d&#233;mission du docteur Arafat, initiateur du service d'urgence en Roumanie &#224; la suite de l'entr&#233;e dans le d&#233;bat public de la r&#233;forme de la sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant cet &#233;v&#233;nement, le gouvernement avait &#233;galement engag&#233; sa responsabilit&#233; sur une s&#233;rie de loi &#8211; sans les faire voter au Parlement &#8211; qui ont amplifi&#233; l'insatisfaction g&#233;n&#233;rale. Il s'agit du nouveau Code du travail adopt&#233; en f&#233;vrier dernier et de la loi concernant le regroupement des &#233;lections locales et parlementaires qui attend d'ailleurs d'&#234;tre valid&#233;e par la Cour constitutionnelle, saisie par l'opposition. Selon Narcis Iordache, &#171; la mani&#232;re dont ces lois ont &#233;t&#233; pass&#233;es illustre clairement qu'il y a un gouffre entre le pouvoir et le peuple. Les citoyens ressentent qu'il n'existe pas de dialogue entre eux et le gouvernement si ce dernier prend des d&#233;cisions sans les consulter. Ils veulent qu'on les respectent ainsi que leur point de vue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une presse discr&#233;dit&#233;e et la soif de d&#233;mocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres banderoles sont apparues au fil des jours : &#171; images truqu&#233;es dans une presse manipul&#233;e &#187;, &#171; presse ind&#233;pendante = 0 &#187;. Ces slogans tr&#232;s critiques &#224; l'&#233;gard du &#171; quatri&#232;me pouvoir &#187; illustrent bien le manque total de cr&#233;dibilit&#233; de la presse et notamment de la t&#233;l&#233;vision. Dans un pays o&#249; les conglom&#233;rats de presse appartiennent &#224; des magnats proche des partis politiques, ces critiques ne sont pas surprenantes et se ressentent lors des manifestations : certains journalistes ont &#233;t&#233; insult&#233;s, une camionnette de la t&#233;l&#233;vision publique a re&#231;u des pierres. Selon Mircea Toma, fondateur d'Active Watch, l'agence de surveillance de la presse cr&#233;&#233;e en 1994, &#171; la presse abandonne son professionnalisme. Elle a bascul&#233; en faveur de certains acteurs politiques et donc cela se retourne contre les journalistes. &#187; Toujours selon lui, &#171; la presse reste tout de m&#234;me un vecteur d'influence &#187; et c'est par elle que le peuple transmet au pouvoir ses dol&#233;ances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des dol&#233;ances qui parlent d'elle-m&#234;me : &#171; A bas les voleurs ! &#187;, &#171; Tous les partis sont corrompus &#187;, &#171; D&#233;mocratie r&#233;elle maintenant &#187;. Les statistiques montrent que la participation des Roumains aux &#233;lections diminuent tous les ans et que la confiance dans les partis politiques se restreint. Selon une &#233;tude publi&#233;e en mai 2009 par l'Institut pour les politiques publiques, la participation aux &#233;lections l&#233;gislatives en 1990 &#233;tait de 86,2%. En 2008, elle est tomb&#233;e &#224; 39,2%. Ce qui n'&#233;tonne pas George, du mouvement Occupy Bucharest, &#171; il faut trouver une autre forme de syst&#232;me et redonner du pouvoir au citoyen, afin que son implication dans la soci&#233;t&#233; soit plus active &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite du mouvement ? Alex, le coll&#232;gue de George prend la parole, &#171; le prochain pas, c'est l'arriv&#233;e des syndicats et celui d'apr&#232;s, la gr&#232;ve qui am&#232;nera une pression publique et &#233;conomique &#187;. La gr&#232;ve, pour le moment, n'est pas pr&#233;vue au programme, mais les syndicats sont enfin entr&#233;s dans la danse : trois manifestations sont pr&#233;vues cette semaine.
R&#233;agir &#224; cet article&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Romania : Thousands in angry protests against social service cuts&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Posted by asinforomania on January 18, 2012&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the last days, protests were held in various cities of Romania against the health bill that has been submitted by the government. Extensive privatization of the entire health sector will be enforced with this new law. By Sunday, January 15th, 2012, the social protests climaxed. In Bucharest it came up to street clashes that lasted for several hours [see video]. Police and gendarmerie inflicted severe injuries to demonstrators.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Privatization of the entire health care system &#8211; Health only for the rich&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;By the end of December 2011, the new health bill was submitted by State's president Traian B&#259;sescu of the right liberal-democratic party (PDL). The president expounded that he seeks the whole privatization of this elementary field of society in order to revive the &#8216;competition between the hospitals'. Simultaneously, the services of the health insurance were cut severely. Additional payments or general contributions of medical attendance are obligatory. The ambulance service (SMURD) is about to be privatized as well. That means in concrete : no money &#8211; no salvation. This purpose made sub-secretary Raed Arafat, director of the emergency service, to declare in public that this bill shatters the health system and that he would not agree upon this project. The reaction of president Traian B&#259;sescu was authoritarian as is usual. He denounced Arafat as &#8216;the greatest enemy of the private health system' and declared last Thursday (January 12th, 2012) : &#8216;If he doesn't agree with the law, he goes.' To give more weight to his threat, B&#259;sescu added towards a journalist : &#8216;It was a bigger issue when Stefan Lazaroiu (former labour minister) resigned from his position.' Raed Arafat resigned finally and left his post on last week's Friday. [For two and a half years, R.Arafat was under-secretary of State for Public Health, but he was compelled to resign on January 10th, after expressing his criticism during the current health care and welfare reform debate.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Additionally, it came out that the IMF uttered complimentary and surprised comments towards the Romanian government because of the almost docile implementation of the most massive cuts in social services in the history of the country. The money for pensioners, civil servants, unemployed was cut extremely, the workers are deprived from trade union rights and the working hours were expanded. The prices for groceries, electricity and water rose massively, while there are regular tax increases. The impoverishment of broad parts of society fostered by government and IMF proceeds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In support with the (officially) resigned Arafat, spontaneous solidarity rallies and protests against the health bill were held across the country. In the centre of Bucharest, the police attacked a peaceful gathering of some hundred protesters on Saturday evening. It's unusual, however, that these protesters resisted the assaults and briefly clashed with the cops. By Sunday, the protests climaxed. B&#259;sescu had already responded since Friday to the unrest among the population and the first protests, saying : &#8216;The people do not deserve their leader.'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Street clashes in Bucharest &#8211; Brutal police violence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yesterday, January 15th, several thousands of people (by the end there were about 4,000) gathered at the Pia&#355;a Universit&#259;&#355;ii [University Square] in the centre of Bucharest to protest against the privatization and police violence. In chants and on self-made banners, they claimed the resignation of B&#259;sescu and the head of the government Emil Boc (PDL as well). On a banner one could read : &#8216;Freedom &#8211; Not profit.' The protests were mainly carried by pensioners &#8212; who have been part of the most active opponents of the social services cuts in the last years &#8212; and youths. Police and gendarmerie took (as usual) authoritarian measures against the protesters. Consequently, street battles broke out. The fact that people resist state violence and counterattack is a very new development, thus surprises. It is the first time since decades that it came to such attacks on state authority. Obviously, the police violence and the condemnation in corporate media, naming demonstrators &#8216;terrorists' and &#8216;hooligans', could not prevent more and more people from joining the protests. The number of people increased from 2,500 in the early evening to 4,000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In several cities protests against the government, against the health bill and in solidarity with the demonstrators in Bucharest took place simultaneously, as in Botosani, Deva, Alba Iulia, Craiova, Brasov, Pitesti (a gathering was held there at the central office of PDL), Cluj-Napoca, Piatra Neamt, Iasi, Timisoara (with several thousands of participants), Arad, Sibiu (a gathering was held there at the central office of PDL), Targu Mures (a spontaneous demonstration), Constanta. (This enumeration is not intended to be exhaustive.) Nationwide, tens of thousands took to the streets. In Brasov 200 demonstrators were hindered to go by train to Bucharest, where they wished to support the demonstrators. We have similar reports from Craiova, where football fans (ultras) of Universitatea Craiova were about to go to Bucharest to support the protests. In Rosio de Vede they were kicked out of the train by gendarmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moreover, the participation of ultras from the Steaua and Dinamo Bucharestian football clubs in the protests is new. The bourgeois and pro-government mass media now attempt to blame them for the street battles. &#8216;The opposition and the ultras have driven the protests into violence,' according to the right newspaper EVZ, which published numerous names of Dinamo's ultras in today's edition [January 16th]. A smear campaign against &#8216;hooligans' is running on all TV channels, just as if football fans are not themselves affected by the impact of the state policy and had no right to political expression. A spokesman for the ultras of Dinamo Bucharest claimed exactly this right for the football fans too. &#8216;We show our solidarity with Raed Arafat and we are finally affected ourselves by the new health bill and have the right of political expression.' Several hundred ultras participated in the protest. In a joint demonstration, approximately 300 students, most of them from the History Department, reached the Pia&#355;a Universit&#259;&#355;ii in the evening and joined the protests. Just in December, they had a strike against the increases in tuition fees and kept a wing of the university occupied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On Sunday, the street battles expanded to six kilometres in the city centre. In addition to the Pia&#355;a Universit&#259;&#355;ii, clashes occurred also in the Pia&#355;a Unirii ; barricades were erected there, several of which were set on fire. Shops and newspaper kiosks were stormed, along with three banks. Police units were attacked with stones and Molotov cocktails. Police and gendarmerie have beaten protesters indiscriminately, as well as bystanders. A man, who was on his way home, was harassed by cops, tried to escape, was caught by the police and pressed against a wire fence where he lost a leg. One paramedic explained to the corporate Antena3 : &#8216;We do not know with what they hit him, we only found out that he held his severed leg in his hand.' [Correction, January 17th, 2012 : We reported that a man's leg was severed when he was pressed by police officers against a fence or something similar. Last night, the real reason was publicized. As stated in the commercial Antena3, a tear gas grenade was fired from the ranks of the police against the man from one metre distance and cut through his leg. The bone at this point is completely fragmented.] Other uninvolved pedestrians were dragged by cops to police stations, where they were totally unduly beaten up. Journalists and observers that covered the events with cameras were attacked and got beaten by the police, who used batons, tear gas and water cannons. The bourgeois media virtually never reported on this police violence. In order to be difficult for more supporters to come to the protests, the &#8216;Universit&#259;&#355;ii' metro station was not served ; the trains continued on without stopping. Masked police snatch squads hunted down demonstrators deliberately. As the corporate Antena3 reported, officials of the Romanian Intelligence Service infiltrated in civilian demonstrator blocks. The street clashes lasted until one clock in the morning.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; First reactions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As aforementioned, the mass media now shift the blame on the football fans. Representatives of the bourgeois political parties still try to use the opportunity of the moment and demand new elections. In a joint press conference, the conservative party (PC) and the national liberal party (PNL), both calling themselves advocates of privatization, urged people to support the protests, but distanced themselves from the violence. The social democrats of PSD expressed themselves similarly. The parliamentarian Urban Iulian of the ruling right-wing PDL stated publicly on his website about the protesters : &#8216;Those who take to the streets are worms. They deserve to die prematurely in hospital, because they are against the new health bill.' The cops requested that armored cavalry squadrons and dogs be used in future protests.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; An outlook&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What forms of protest to assume further on, is still not yet assessed. Large parts of the protesters argue with nationalist positions, some call for the return of the king, and the fascists are present too. The left is weak in most cities, or rather not present at all. The majority of the few communists are themselves ardent nationalists without any understanding of the situation. Anarchists are a small minority. Many of those affected by the new measures do not see the context of welfare cuts in Romania as part of the international capitalist &#8216;crisis' and leave the social problems solely up to the &#8216;leaders'. At that, capitalism and the State have led to this misery, and the situation will only get worse if the knowledge will not spread en mass, that the capitalist system itself is the error and must be abolished. In similar violent protests as on Sunday, the government will be better prepared. The struggle against the privatizations should also extend to the economic sector and be built on further pressure with strikes. However, this is not at all in sight. While the front of the middle class is well organized and possesses influence through legislation, media and executive power, the extra-parliamentary opposition is yet neither well organized, nor prepared for such conflicts. The coming days and weeks will show whether the protest of Sunday was a flash in the pan. More rallies have been announced for today. Reports will follow.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anarcho-Syndicalist Info Service Romania (ASIR), January 16th, 2012&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Translation by Contra Info&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://en.contrainfo.espiv.net/2012/01/18/romania-thousands-in-angry-protests-against-social-service-cuts/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://en.contrainfo.espiv.net/2012...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Occupy Bucharest est un mouvement civique inspir&#233; de celui cr&#233;&#233; aux Etats-Unis &#224; Wall street le 17 septembre 2011. Occupy Wall Street d&#233;nonce le capitalisme financier et s'inspire du printemps arabe dans la mani&#232;re d'utiliser les r&#233;seaux sociaux et des indign&#233;s d'Espagne, dans leurs revendications.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Appel de l'assembl&#233;e populaire de la place de la constitution d'Ath&#232;nes (Syntagma) pour le trois septembre</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?518-appel-de-l-assemblee-populaire-de</link>
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		<dc:date>2011-08-23T10:22:09Z</dc:date>
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		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
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		<dc:subject>Pr&#233;carit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
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		<dc:subject>D&#233;claration</dc:subject>
		<dc:subject>&#171; Indign&#233;s &#187; (2011)</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvement des places (Gr&#232;ce, 2011)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Appel &#224; poursuivre le mouvement grec du printemps dernier, &#224; propos duquel on lira ici notre reportage et l&#224; notre tract sur le mouvement europ&#233;en des &#171; indign&#233;s &#187; R&#201;SOLUTION DU 24 JUILLET 2011 APPEL DE L'ASSEMBL&#201;E POPULAIRE DE LA PLACE DE LA CONSTITUTION (SYNTAGMA) POUR LE 3 SEPTEMBRE Nous arrivons au terme de deux mois d'une vaste mobilisation politique et de luttes visant &#224; abolir le m&#233;morandum [1], la dette, la mainmise du FMI, &#224; renverser un r&#233;gime politique qui nous prive de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-reactions-a-l-actualite-" rel="directory"&gt;R&#233;actions &#224; l'actualit&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-57-revolution-+" rel="tag"&gt;Revolution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-85-precarite-+" rel="tag"&gt;Pr&#233;carit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-120-assemblee-+" rel="tag"&gt;Assembl&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-121-mouvements-sociaux-+" rel="tag"&gt;Mouvements sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-133-declaration-+" rel="tag"&gt;D&#233;claration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-151-indignes-+" rel="tag"&gt;&#171; Indign&#233;s &#187; (2011)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-201-mouvement-des-places-grece-2011-+" rel="tag"&gt;Mouvement des places (Gr&#232;ce, 2011)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton518.jpg?1621969046' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='143' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Appel &#224; poursuivre le mouvement grec du printemps dernier, &#224; propos duquel on lira &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?501-reportage-a-athenes-place-syntagma' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ici notre reportage&lt;/a&gt; et &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?500-les-mouvements-des-indignes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l&#224; notre tract sur le mouvement europ&#233;en des &#171; indign&#233;s &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#201;SOLUTION DU 24 JUILLET 2011
&lt;p&gt;APPEL DE L'ASSEMBL&#201;E POPULAIRE DE LA PLACE DE LA CONSTITUTION (SYNTAGMA) POUR LE 3 SEPTEMBRE&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivons au terme de deux mois d'une vaste mobilisation politique et de luttes visant &#224; abolir le m&#233;morandum [1], la dette, la mainmise du FMI, &#224; renverser un r&#233;gime politique qui nous prive de libert&#233; en nous excluant de la participation aux d&#233;cisions prises, ainsi qu'&#224; nous lib&#233;rer d'un syst&#232;me &#233;conomique d'exploitation qui nous d&#233;poss&#232;de de notre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A travers les grandes batailles que nous avons d&#233;j&#224; men&#233;es au sein de ce mouvement sociopolitique des places publiques pour la d&#233;mocratie directe et contre le m&#233;morandum, la tro&#239;ka, le gouvernement et tous ceux qui nous exploitent, nous avons pris conscience que notre lutte sera longue. Cela implique qu'elle doive &#234;tre &#233;galement marqu&#233;e par la pers&#233;v&#233;rance, la d&#233;termination, la cr&#233;ativit&#233;, l'unit&#233;, par des propositions d'action et de sortie de cette situation difficile et surtout, par une participation massive et vivace pour qu'elle devienne plus efficace. Nous n'en sommes encore qu'au d&#233;but et nous devons continuer sur notre lanc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce stade, il nous faut une date cl&#233;, une &#233;tape qui marque la poursuite et l'intensification de notre action. Le 3 septembre est une date symbolique, car elle rappelle l'&#233;chec de l'accomplissement des d&#233;sirs du peuple pour la libert&#233; et la dignit&#233;. Echecs et reculs survenus &#224; cause des demi-mesures via lesquelles certains porte-parole de la col&#232;re et des aspirations du peuple lui ont impos&#233;, d'une part, la Constitution de la monarchie constitutionnelle (3 septembre 1843), et d'autre part, les miettes de la social-d&#233;mocratie (3 septembre 1974) et, finalement, l'instauration de l'oligarchie moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; De deux maux, il faut choisir le moindre &#187; et &#171; prenez ce que l'on vous donne &#187;, c'&#233;tait la triste situation ant&#233;rieure, caract&#233;ris&#233;e par une logique bien enracin&#233;e de concession, et combin&#233;e avec l'intimidation ou la diversion que les autorit&#233;s parvenaient &#224; imposer. Mais, maintenant, nous pouvons enfin nous exprimer. Nous sommes tous d'accord : nous ne d&#233;sirons pas avoir des repr&#233;sentants dans ce mouvement, cela par d&#233;faut, mais aussi pr&#233;cis&#233;ment parce que dans le r&#233;gime politique et &#233;conomique actuel, les repr&#233;sentants seront corrompus, coup&#233;s du peuple, et finiront par le trahir. Nous voulons d&#233;cider pour notre propre compte. Nous nous effor&#231;ons de prendre nos vies en main. Le 3 septembre est donc une date cl&#233; que nous pouvons nous approprier et &#224; laquelle nous pourrons donner le sens r&#233;el des aspirations populaires telles qu'elles ont &#233;t&#233; formul&#233;es au fil du temps : pain-&#233;ducation-libert&#233;, &#233;galit&#233;-justice-dignit&#233;, DEMOCRATIE DIRECTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 septembre, nous entamerons une vaste consultation populaire pour &#233;tablir ensemble les positions et les principes d'une d&#233;mocratie directe qui nous r&#233;uniront tous. Dans ce but, nous lan&#231;ons un appel public &#224; un rassemblement vaste et massif sur la place de la Constitution et sur toutes les places du pays. Le 3 septembre, ne restez pas chez vous. A partir de dix-huit heures, rendez-vous sur la place de la Constitution et dans tous les quartiers d'Ath&#232;nes. Tous dans la rue ! Le soir m&#234;me, un grand concert populaire sera donn&#233; place de la Constitution par tous les artistes qui voudront y participer, sans invitation sp&#233;ciale (comme nous toutes et tous). Des sc&#232;nes et des tambours se trouveront &#233;galement sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; un d&#233;bat ouvert et public, et &#224; travers des processus conformes aux traits de la d&#233;mocratie directe, auxquels participeront une grande partie des gens qui vivent dans ce pays, nous parviendrons &#224; aboutir &#224; des positions et des principes pour la d&#233;mocratie directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de pr&#233;parer l'esquisse de principes de base qui seront pr&#233;sent&#233;s le 3 septembre pour consultation, nous proposons que ce travail soit inclus dans les travaux de la commission sur la d&#233;mocratie directe qui est ouverte, ainsi que tous les autres groupes et commissions, et qui se r&#233;unit &#224; sept heures, &#224; la deuxi&#232;me sortie du m&#233;tro, au point 33 [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif principal du groupe sera la pr&#233;sentation de principes et de positions de d&#233;mocratie directe qui r&#233;uniront de grandes parties du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons aucune illusion : le d&#233;ficit d&#233;mocratique actuel ne peut &#234;tre compens&#233; sans le renversement du gouvernement, de la tro&#239;ka et du syst&#232;me politique et &#233;conomique global. Nous ne parviendrons pas &#224; instaurer la d&#233;mocratie directe ni &#224; recouvrer la souverainet&#233; du peuple &#224; moins que nous nous d&#233;barrassions de la dette, des serviteurs du syst&#232;me financier et des march&#233;s, ainsi que de ceux qui nous exploitent. Pour prendre nos vies en main, notre participation est indispensable ; la route est encore longue, mais il faut continuer &#224; la suivre ind&#233;pendamment des obstacles que posent les autorit&#233;s, les m&#233;diateurs professionnels (intervenants entre plusieurs parties politiques) et leurs porte-voix. Ils font leur travail et nous continuons notre lutte. C'est nous ou eux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;GALIT&#201;-JUSTICE-DIGNIT&#201;
&lt;p&gt;D&#201;MOCRATIE DIRECTE&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] [Le M&#233;morandum d&#233;signe l'accord entre la Gr&#232;ce et la fameuse-et maudite-tro&#239;ka (FMI, BCE, Commission Europ&#233;enne) et qui pr&#233;cise le cadre de la politique financi&#232;re de l'Etat grec afin qu'il puisse rembourser sa dette. NdT]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] [Toutes les commissions se r&#233;unissent r&#233;guli&#232;rement, tout au long de l'&#233;t&#233; de 2011, et jusqu'au 3 Septembre. Le &#171; point 33 &#187; est le lieu de r&#233;union sur la place de la Constitution. NdT]&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://amesi-dimokratia.org/el/psifismata/item/568-psifismata-24/7/2011&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://amesi-dimokratia.org/el/psif...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#922;&#913;&#923;&#917;&#931;&#924;&#913; &#932;&#919;&#931; &#923;.&#931;. &#928;&#923;&#913;&#932;&#917;&#921;&#913;&#931; &#931;&#933;&#925;&#932;&#913;&#915;&#924;&#913;&#932;&#927;&#931; &#915;&#921;&#913; 3 &#931;&#917;&#928;&#932;&#917;&#924;&#914;&#929;&#919;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#931;&#965;&#956;&#960;&#955;&#951;&#961;&#974;&#963;&#945;&#956;&#949; &#963;&#967;&#949;&#948;&#972;&#957; &#948;&#965;&#959; &#956;&#942;&#957;&#949;&#962; &#949;&#965;&#961;&#949;&#943;&#945;&#962; &#960;&#959;&#955;&#953;&#964;&#953;&#954;&#942;&#962; &#954;&#953;&#957;&#951;&#964;&#959;&#960;&#959;&#943;&#951;&#963;&#951;&#962; &#954;&#945;&#953; &#945;&#947;&#974;&#957;&#945; &#947;&#953;&#945; &#964;&#951;&#957; &#945;&#960;&#945;&#955;&#955;&#945;&#947;&#942; &#945;&#960;' &#964;&#945; &#956;&#957;&#951;&#956;&#972;&#957;&#953;&#945;, &#964;&#959; &#967;&#961;&#941;&#959;&#962;, &#964;&#959; &#916;&#925;&#932;, &#947;&#953;&#945; &#964;&#951;&#957; &#945;&#957;&#945;&#964;&#961;&#959;&#960;&#942; &#964;&#951;&#962; &#945;&#957;&#949;&#955;&#949;&#973;&#952;&#949;&#961;&#951;&#962; &#960;&#959;&#955;&#953;&#964;&#949;&#953;&#945;&#954;&#942;&#962; &#948;&#959;&#956;&#942;&#962; &#960;&#959;&#965; &#956;&#945;&#962; &#945;&#960;&#959;&#954;&#955;&#949;&#943;&#949;&#953; &#945;&#960;' &#964;&#951; &#963;&#965;&#956;&#956;&#949;&#964;&#959;&#967;&#942; &#963;&#964;&#953;&#962; &#945;&#960;&#959;&#966;&#940;&#963;&#949;&#953;&#962; &#954;&#945;&#952;&#974;&#962; &#954;&#945;&#953; &#947;&#953;&#945; &#964;&#951;&#957; &#945;&#960;&#945;&#947;&#954;&#943;&#963;&#964;&#961;&#969;&#963;&#951; &#945;&#960;' &#964;&#959; &#949;&#954;&#956;&#949;&#964;&#945;&#955;&#955;&#949;&#965;&#964;&#953;&#954;&#972; &#959;&#953;&#954;&#959;&#957;&#959;&#956;&#953;&#954;&#972; &#964;&#959;&#965;&#962; &#963;&#973;&#963;&#964;&#951;&#956;&#945; &#960;&#959;&#965; &#956;&#945;&#962; &#954;&#955;&#941;&#946;&#949;&#953; &#964;&#953;&#962; &#950;&#969;&#941;&#962;. &#924;&#941;&#963;&#945; &#945;&#960;&#972; &#964;&#953;&#962; &#956;&#949;&#947;&#940;&#955;&#949;&#962; &#956;&#940;&#967;&#949;&#962; &#960;&#959;&#965; &#942;&#948;&#951; &#948;&#974;&#963;&#945;&#956;&#949; &#963;&#964;&#959; &#960;&#955;&#945;&#943;&#963;&#953;&#959; &#945;&#965;&#964;&#959;&#973; &#964;&#959;&#965; &#960;&#959;&#955;&#953;&#964;&#953;&#954;&#959;&#954;&#959;&#953;&#957;&#969;&#957;&#953;&#954;&#959;&#973; &#954;&#953;&#957;&#942;&#956;&#945;&#964;&#959;&#962; &#964;&#969;&#957; &#960;&#955;&#945;&#964;&#949;&#953;&#974;&#957; &#947;&#953;&#945; &#940;&#956;&#949;&#963;&#951; &#948;&#951;&#956;&#959;&#954;&#961;&#945;&#964;&#943;&#945; &#954;&#953; &#945;&#960;&#945;&#955;&#955;&#945;&#947;&#942; &#945;&#960;&#972; &#956;&#957;&#951;&#956;&#972;&#957;&#953;&#945;, &#964;&#961;&#972;&#953;&#954;&#945;, &#954;&#965;&#946;&#941;&#961;&#957;&#951;&#963;&#951; &#954;&#945;&#953; &#972;&#955;&#959;&#965;&#962; &#972;&#963;&#959;&#965;&#962; &#956;&#945;&#962; &#949;&#954;&#956;&#949;&#964;&#945;&#955;&#955;&#949;&#973;&#959;&#957;&#964;&#945;&#953; &#963;&#965;&#957;&#949;&#953;&#948;&#951;&#964;&#959;&#960;&#959;&#953;&#959;&#973;&#956;&#949; &#972;&#964;&#953; &#959; &#945;&#947;&#974;&#957;&#945;&#962; &#956;&#945;&#962; &#952;&#945; &#949;&#943;&#957;&#945;&#953; &#956;&#945;&#954;&#961;&#973;&#962;. &#913;&#965;&#964;&#972; &#963;&#965;&#957;&#949;&#960;&#940;&#947;&#949;&#964;&#945;&#953; &#954;&#945;&#953; &#964;&#959; &#972;&#964;&#953; &#952;&#945; &#960;&#961;&#941;&#960;&#949;&#953; &#957;&#945; &#967;&#945;&#961;&#945;&#954;&#964;&#951;&#961;&#943;&#950;&#949;&#964;&#945;&#953; &#945;&#960;&#972; &#949;&#960;&#953;&#956;&#959;&#957;&#942;, &#945;&#960;&#959;&#966;&#945;&#963;&#953;&#963;&#964;&#953;&#954;&#972;&#964;&#951;&#964;&#945;, &#949;&#966;&#949;&#965;&#961;&#949;&#964;&#953;&#954;&#972;&#964;&#951;&#964;&#945; , &#949;&#957;&#972;&#964;&#951;&#964;&#945;, &#960;&#961;&#959;&#964;&#940;&#963;&#949;&#953;&#962; &#948;&#961;&#940;&#963;&#951;&#962; &#954;&#945;&#953; &#948;&#953;&#949;&#958;&#972;&#948;&#959;&#965; &#954;&#945;&#953; &#960;&#940;&#957;&#969; &#945;&#960;' &#972;&#955;&#945; &#956;&#945;&#950;&#953;&#954;&#942; &#954;&#953; &#949;&#957;&#949;&#961;&#947;&#972; &#963;&#965;&#956;&#956;&#949;&#964;&#959;&#967;&#942; &#947;&#953;&#945; &#957;&#945; &#947;&#943;&#957;&#949;&#953; &#945;&#960;&#959;&#964;&#949;&#955;&#949;&#963;&#956;&#945;&#964;&#953;&#954;&#972;&#964;&#949;&#961;&#959;&#962;. &#917;&#943;&#956;&#945;&#963;&#964;&#949; &#945;&#954;&#972;&#956;&#945; &#963;&#964;&#951;&#957; &#945;&#961;&#967;&#942; &#954;&#945;&#953; &#959; &#948;&#961;&#972;&#956;&#959;&#962; &#948;&#949;&#957; &#965;&#960;&#940;&#961;&#967;&#949;&#953;, &#964;&#959;&#957; &#966;&#964;&#953;&#940;&#967;&#957;&#959;&#965;&#956;&#949; &#960;&#949;&#961;&#960;&#945;&#964;&#974;&#957;&#964;&#945;&#962; &#964;&#959;&#957;.&lt;/p&gt;
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		<title>T&#233;moignages, impressions et r&#233;flexions sur les mouvements europ&#233;ens en cours</title>
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&lt;p&gt;Quelques t&#233;moignages et r&#233;flexions, &#224; chaud, sur les rassemblements &#224; Paris, &#224; Ath&#232;nes puis d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale partout o&#249; le mouvement s'&#233;tend. Les points de vue exprim&#233;s ne sont pas n&#233;cessairement ceux de notre collectif. Le premier t&#233;moignage concernant Ath&#232;nes a &#233;t&#233; traduit en russe, ici Sur le m&#234;me sujet, on lira &#233;galement notre tract &#171; Les mouvements des &#171; indign&#233;s &#187; : potentialit&#233;s, contradictions et perspectives &#187; ainsi que notre &#171; Reportage &#224; Ath&#232;nes, place Syntagma &#187;. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton496.jpg?1621969045' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quelques t&#233;moignages et r&#233;flexions, &#224; chaud, sur les rassemblements &#224; Paris, &#224; Ath&#232;nes puis d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale partout o&#249; le mouvement s'&#233;tend. Les points de vue exprim&#233;s ne sont pas n&#233;cessairement ceux de notre collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier t&#233;moignage &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?498-afiny-28-maya' class=&#034;spip_in&#034; hreflang=&#034;ru&#034;&gt;concernant Ath&#232;nes a &#233;t&#233; traduit en russe, ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le m&#234;me sujet, on lira &#233;galement &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?500-les-mouvements-des-indignes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;notre tract &#171; Les mouvements des &#171; indign&#233;s &#187; : potentialit&#233;s, contradictions et perspectives &#187;&lt;/a&gt; ainsi que &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?501-reportage-a-athenes-place-syntagma' class=&#034;spip_in&#034;&gt;notre &#171; Reportage &#224; Ath&#232;nes, place Syntagma &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Impressions du rassemblement parisien de la Bastille du 29 mai&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis arriv&#233; &#224; 19h alors que le rassemblement avait d&#233;but&#233; depuis plusieurs heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les CRS faisaient un cordon qui partait du caf&#233; &#224; c&#244;t&#233; de l'ancienne Fnac &#224; l'autre c&#244;t&#233; des marches de l'Op&#233;ra Bastille, vers la rue de Lyon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cordon &#233;tait compl&#233;t&#233; par une ligne de fourgons de police le long du trottoir.
Vers 19h10, les CRS ont barr&#233; le c&#244;t&#233; du magasin FNAC. Comme d'o&#249; j'&#233;tais, je n'entendais pas les discours, j'ai fait le tour et suis rentr&#233; dans le rassemblement. Il y avait plusieurs centaines de personnes, la plupart debout, d'autres assises &#224; m&#234;me le trottoir. C'&#233;tait trop dense pour se rapprocher des marches et des gens qui y prenaient la parole avec une sonorisation (m&#233;gaphone ?). J'ai d'abord &#233;cout&#233; quelques discours : un vieux qui s'excusait parce que sa g&#233;n&#233;ration ne s'&#233;tait pas battue pour l'avenir, un type qui appelait &#224; la cr&#233;ation d'une assembl&#233;e constituante, un autre qui appelait &#224; &#233;tendre le mouvement (sur quelles revendications, myst&#232;re), un autre qui pr&#244;nait l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production. C'est un aper&#231;u tr&#232;s bref, apr&#232;s sans doute des heures de discours, sans parler des assembl&#233;es des jours pr&#233;c&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu le m&#234;me sentiment de frustration, la m&#234;me envie de d&#233;rision grin&#231;ante que lors d'octobre-novembre &#224; l'AG interpro de la gare de l'Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs personnes (des Fran&#231;ais, des Espagnols) ont essay&#233; de capter l'attention des gens pr&#233;sents (de plus en plus distraite) en t&#226;chant de proposer de rester l&#224; la nuit et de reconduire le mouvement les jours suivants, de faire la &#171; jonction &#187; avec les profs en gr&#232;ve, etc. Toujours le m&#234;me vieux travail de noyautage pour en arriver aux m&#234;mes vieilles conceptions des choses, aux m&#234;mes propositions &#233;cul&#233;es, de la part des Fran&#231;ais du moins, les Espagnols, je ne sais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, les copains grecs m'avaient retrouv&#233; dans la foule. Lorsque les CRS ont montr&#233;, progressivement mais fermement, leur intention d'&#233;vacuer le p&#233;rim&#232;tre qu'ils entouraient, on a entendu un autre ch&#339;ur familier : les voix m&#226;les d'une dizaine de totos, avec leur slogan du XIXe si&#232;cle : &#171; Paris, l&#232;ve-toi&#8230; &#187;. Comme si les &#233;b&#233;nistes allaient se pointer par le Faubourg ou balancer des meubles surs les flics par les fen&#234;tres&#8230; Nous, comme on ne pouvait pas s'affronter aux flics, on est sortis &#224; ce moment-l&#224;, c&#244;t&#233; FNAC, et on a regard&#233; ce qui se passait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/video/xizt3u_extremes-violences-policieres-a-bastille_news&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.dailymotion.com/video/xi...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'est pris une petite gicl&#233;e de lacrymo, et vu le rapport quantit&#233; / effet, c'est du costaud. Donc on s'est &#233;loign&#233;s. On a tra&#238;n&#233; au bout du faubourg Saint-Antoine. Je suis tomb&#233; sur deux figures du monde virtuel. D'abord un jeune qui jouait les journalistes avec son petit cam&#233;scope. Il voulait recueillir des &#171; t&#233;moignages &#187; sur les violences polici&#232;res. Il m'a film&#233; en train de lui dire, avec le sourire, que bon, on s'&#233;tait pris un peu de lacrymo, mais ce n'&#233;tait pas bien grave. Mon t&#233;moignage ne collait pas avec son d&#233;lire victimaire et sa soif de sensationnalisme, mais je lui ai dit qu'il devait prendre en compte mon opinion, quelle qu'elle soit. On l'a refaite. J'ai touss&#233;, rigol&#233;, dit que la r&#233;ponse des flics &#233;tait somme toute mesur&#233;e, et l&#224;, il m'a consid&#233;r&#233; comme irr&#233;cup&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une petite dame, maquill&#233;e qui passait par l&#224; m'a demand&#233; ce qui se passait. Je lui ai parl&#233; du rassemblement et de son &#233;vacuation. Elle a voulu se la jouer &#171; m&#233;pris de classe &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ah oui, mais l&#224;&#8230; Dans Paris, tout de m&#234;me&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comment &#231;a ? Je ne comprends pas... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout de m&#234;me, tout de m&#234;me &#187;, disait-elle, en marchant de plus en plus vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, je la suivais, de plus en plus vite aussi : &#171; Excusez-moi, je ne comprends pas, vous &#234;tes de quel c&#244;t&#233; exactement ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, c'est le make-believe petit-bourgeois qui a explos&#233; : la dame s'est soudain rendue compte que la baffe, elle pouvait aussi partir [de la France] d'en bas vers [la France d'] en haut...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'est retrouv&#233;s avec les Grecs au bout de la rue de la Roquette. N. a rep&#233;r&#233; des gars de son universit&#233;, du NPA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, on en est toujours au m&#234;me point : un mouvement &#224; l'&#233;conomie, pas de vraie col&#232;re, des aspirations petites-bourgeoises &#224; deux balles, des marxo&#239;des et des totos qui occupent par d&#233;faut l'espace b&#233;ant laiss&#233; par le chacun-pour-soi ambiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'instant, on en est l&#224; : mouvements arabes &gt; mouvement espagnol &gt; mouvement fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;****&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Situation en Gr&#232;ce&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233; que je ne suis pas pr&#233;sent, c'est un peu difficile d'avoir une image parfaitement coh&#233;rente. Je souligne, donc, certains points que je juge importants, &#224; partir des informations que j'ai recueillies (par de sites &#233;lectroniques, des discussions avec des amis et de camarades qu'y participent etc.) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, c'est-&#224;-dire pendant l'apr&#232;s midi du premier jour (mercredi), le truc &#233;tait plut&#244;t apolitique. Les plus &#171; conscients &#187; &#233;taient certains cons nationalistes, portant une banderole, sous le nom de &#171; 300 grecs &#187; (allusion au roi spartiate L&#233;onidas qui &#8211;selon le l&#233;gende- a r&#233;sist&#233; &#224; l'attaque Perse avec ses 300 soldats loyaux). Tr&#232;s proches de l'extr&#234;me droite, ils ont un discours de type &#171; les politiciens sont de traitres qui ont vendu le pays aux &#233;trangers, voire au juif DSK &#187;. Selon des t&#233;moignages anars &#224; l'Indym&#233;dia ath&#233;nien, il y a eu m&#234;me certains fachos de ce c&#244;t&#233; de la place. Il s'agit de la partie de la place qui ce trouve juste devant le parlement et qui est le plus m&#233;diatis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, depuis mercredi, soir o&#249; il y a eu lieu la premi&#232;re AG, le truc a commenc&#233; de se politiser un petit peu. Heureusement les nationalistes ne participent pas aux AG et cela a eu comme r&#233;sultat la s&#233;paration progressive des deux c&#244;t&#233;s de la place : d'une part on a le c&#244;t&#233; o&#249; se trouve le parti le plus nationaliste-populiste et politiquement lumpen (qui chant de slogans, souvent assez vulgaires et macho - contre les politiciens &#8211; mais jamais contre le parlementarisme en tant que tel -, porte de drapeaux grecs etc.) ; de l'autre part on a le c&#339;ur de la mobilisation, le c&#244;t&#233; de la place o&#249; se sont install&#233;es les premi&#232;res tentes (pas beaucoup pour le moment) et o&#249; se d&#233;roulent les s&#233;ances de l'AG.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai suivi toute l'AG de mercredi soir (puisqu'on pourrait voir un vid&#233;o en real time dans un site) et je classerais comme suivant les interventions : tout d'abord il y a eu ceux qui ont exprim&#233; leur col&#232;re et leur indignation d'une mani&#232;re assez na&#239;ve et un peu populaire, parlant contre les banques et les politiciens, sans rien proposer mais, en m&#234;me temps, sans exprimer de tendances populistes de droite ; ensuite il y a la deuxi&#232;me cat&#233;gorie majeure, c'est-&#224;-dire des gens qui &#8211; probablement - prenaient pour la premi&#232;re fois la parole dans une r&#233;union publique et qui, en tant que tels, essayaient plut&#244;t de d&#233;crire leur situation personnelle (&#171; moi je suis ch&#244;meur pendant 3 mois &#187;, &#171; je suis &#233;tudiant &#187; etc.) et de s'exprimer d'une fa&#231;on plut&#244;t &#171; existentielle &#187; que &#171; politique &#187; ; enfin il y a eu ceux qui ont essay&#233; de passer une direction un peu plus radicale, apparemment des anars et de libertaires (un mec &#224; m&#234;me parl&#233; d' &#171; auto-institution &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, au d&#233;but la majorit&#233; des anars et des gauchistes &#233;taient assez r&#233;ticents &#224; l'&#233;gard de la mobilisation, notamment &#224; cause de l'attitude des m&#233;dias grecs qui ont, d&#232;s le d&#233;but, soutenu d'une mani&#232;re assez impressionnante la mobilisation, en mettant toujours l'accent sur son caract&#232;re pacifique ainsi qu'&#224; son attitude n&#233;gative par rapport aux partis politiques et aux syndicats. Etant donn&#233; que les m&#233;dias grecs diffament presque toujours et d'une fa&#231;on tr&#232;s syst&#233;matique toute mobilisation contre les mesures d'aust&#233;rit&#233;, ce changement d'attitude a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme &#233;trange voire suspect, d'autant plus que le truc &#233;t&#233; organis&#233; via l'Internet, le Facebook, etc. Beaucoup d'entre nous ont pens&#233; qu'il ne s'agissait que d'un truc apolitique, comparables aux protestations &#171; muettes &#187; et explicitement apolitiques de l'&#233;t&#233; de 2007 &#224; l'occasion des grands incendies. Or, petit &#224; petit, la plupart des organisations et des groupes gauchistes et anars commencent &#224; soutenir la mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fachos aussi ont essay&#233; de noyauter la mobilisation mais, apparemment, ils ont &#233;chou&#233;. Le site internet de Chrysi Avgi (Aube Dor&#233;e) - la principale organisation n&#233;onazie, dont les membres ont effectu&#233;s de pogroms anti-immigr&#233;s ces derni&#232;res semaines, avec comme pr&#233;texte l'assassin&#226;t d'un grec par de voleurs afghanais, il y a deux semaines - d&#233;nonce la mobilisation comme quelque chose contr&#244;l&#233; par les anars et les gauchistes, appelant, de sa part, &#224; des rassemblements au quartier d&#233;favoris&#233; d'Aghios Pantele&#239;monas, o&#249; les fachos ont r&#233;ussi, pendant les deux derni&#232;res ann&#233;es, &#224; cr&#233;er une base solide, dans le but d&#233;clar&#233; de cr&#233;er leur propre &#171; Exarchia &#187; (Exarchia est le quartier traditionnellement anarchiste du centre d'Ath&#232;nes). Selon les t&#233;moignages il y a eu tr&#232;s peu d'interventions nationalistes pendant les AG. Et au moment o&#249; un mec a parl&#233; contre les immigr&#233;s, le public l'a d&#233;sapprouv&#233;. A Thessalonique un &#233;tudiant de licence a pris la parole, pendant d'AG, pour dire qu'on n'est pas l&#224; en tant que grecs mais en tant que citoyens, puisqu'il y a aussi les immigr&#233;s qui sont touch&#233;s par les politiques des &#233;lites et il &#233;tait applaudit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la pluie, les gens ont continu&#233; de participer aux rassemblements, dans toutes les grandes villes du pays, jeudi et vendredi et ils vont participer ces jours prochains aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point le plus important c'est que l'AG ath&#233;nienne de vendredi a d&#233;cid&#233; de remplacer le slogan tr&#232;s vague de &#171; D&#233;mocratie r&#233;elle &#187; par ceux de &#171; D&#233;mocratie directe &#187; et d' &#171; &#233;galit&#233;, justice, dignit&#233; &#187;. Le probl&#232;me est qu'on ne sait pas exactement jusqu'o&#249; va l'influence des anars qui participent aux AG et si ses slogans expriment aussi les gens &#171; non affili&#233;s &#187; qui y participent. La plupart des camarades et des amis grecs sont tellement enthousiastes qu'ils ne sont pas toujours tr&#232;s pr&#233;cis en ce qui concerne leur description de ce qui se passe. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui me concerne, je suis moins optimiste et plus sceptique, car je pense que l'occupation des places est un bon moyen de lutte anti-autoritaire &#8211; et comme telle elle a &#233;t&#233; adopt&#233; par les Egyptiens - mais ne sert pas &#224; grand-chose dans le contexte politique des pays occidentaux. Si ces occupations n'essayent pas &#224; se lier &#224; d'autres initiatives (gr&#232;ves, occupations de facs et de lieux de travail etc.), c'est fort probable que les gens vont &#234;tre fatigu&#233;s &#224; partir d'un moment. Des anars espagnols disaient &#224; l'Indymedia que la police catalane a fait une grosse b&#234;tise en &#233;vacuant la Place de Catalogne, puisque cela a revivifi&#233; le truc pr&#233;cis&#233;ment &#224; un moment o&#249; les gens commen&#231;aient &#224; ne savoir pas qu'est-ce qu'ils pourraient faire de plus, apr&#232;s avoir vot&#233; leurs demandes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;*****&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quelques remarques au fond &#224; partir de l'image que j'ai pu me former depuis mercredi soir sur les mouvement sen Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contact que j'ai eu avec deux amis qui y ont particip&#233; et qui ont depuis longtemps fait partie de la &#171; mouvance &#187; apolitique en Gr&#232;ce ( ce ph&#233;nom&#232;ne n'est pas nouveau. Il y a avait depuis une dizaine d'ann&#233;es beaucoup de gens que se r&#233;clamaient de l'identit&#233; d'apolitique et se tournaient contre tout et tous) m'ont conduit aux conclusions suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Ce que les gens revendiquent, au fond, c'est un changement de paradigme en sorte que la vie m&#233;rite d'&#234;tre v&#233;cue. Parce que la vie qu'ils m&#232;nent actuellement est devenu invivable et, en plus, la situation va empirer. Cette constatation est bien sur partielle, peu lucide et sans liaison avec un projet politique concret. Est-ce qu'ils vont se le cr&#233;er dans les jours &#224; venir ? On peut pas savoir. En tout cas, il ne me semble pas qu'ils soient dans la bonne voie. J' y reviendrai &#224; la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Il y a aussi une tendance g&#233;n&#233;rale et assez forte vers la prise de conscience d'un fait extr&#234;mement important. En politique, presque tout d&#233;pend de la participation active des gens, de la pr&#233;occupation de chacun de la res publica. Cette constatation est &#233;nonc&#233;e dans le compte rendu de l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de mercredi : Le d&#233;faut central qui mine la d&#233;mocratie c'est l' indiff&#233;rence. Le d&#233;mocrate c'est celui qui sait respecter soi-m&#234;me et ses semblables. Bien sur, cette constatation est faite d'une mani&#232;re qui la rend st&#233;rile, car elle est li&#233;e plut&#244;t &#224; un sentiment d'auto-culpabilisation et non pas &#224; une volont&#233; r&#233;fl&#233;chie de changement radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. L'appel &#224; la moralisation de la vie politique, pareil &#224; celui des idignados et des tunisiens, d&#233;voile une partie consid&#233;rable des aspirations du mouvement. Elle est li&#233;e au sentiment d'auto-culpabilisation par l'envers : Nous allons veiller et faire en sorte qu'ils soient vertueux, au lieu de dire : Nous nous emparons de la vie politique dans sa totalit&#233; et, d&#233;sormais, c'est nous qui d&#233;cidons. Et elle corr&#233;lative, c'est &#233;vident, &#224; un sentiment implicite d'impuissance : Qu'ils deviennent vertueux, vu que pour nous il est impossible de transgresser la limite de la revendication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rappelle que le slogan de d&#233;mocratie directe est pr&#233;c&#233;d&#233; d'un petit texte aussi vague, ambigu et un peu na&#239;f si j'ose dire, que le slogan pr&#233;alable de d&#233;mocratie r&#233;elle. Dans tous les t&#233;moignages que j'ai &#233;coute ou lu il n'y a nul part une id&#233;e, claire ou sombre, de ce qu'il faut faire sur le plan pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, comme je le crois, les gens vont se fatiguer, vu qu'ils risquent de se trouver bient&#244;t dans une impasse. Les r&#233;actions erron&#233;es de la part de l'&#201;tat ne suffiront pas &#224; mon avis. Ils vont revitaliser le mouvement pour quelques jours, oui. Et apr&#232;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et une derni&#232;re remarque : L'apathie des 20 derni&#232;res ann&#233;es ne pourrait que d&#233;boucher sur une vague d'indignation et de d&#233;nonciation. Ils sont en train de renoncer &#224; ce qu'ils faisaient pendant si longtemps, c'est &#224; dire au rien. Mais le manque de projet politique peut, je crains, d&#233;boucher sur son contraire. On a eu une id&#233;e de cela en D&#233;cembre 2008. Des masses de gens indign&#233;s mais d&#233;boussol&#233;s pr&#234;ts &#224; s'acharner sur n'importe qui, n'importe quoi, ou, pire, pr&#234;ts &#224; courir derri&#232;re un petit-leader vertueux et incorruptible (l'h&#233;t&#233;ronomie est encore bien pr&#233;gnante sur la place de la Constitution d' Ath&#232;nes.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voila pour l'instant. Bien sur, la situation est encore tr&#232;s fragile et ind&#233;cise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction du compte-rendu de l'AG ath&#233;nienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://real-democracy.gr/fr/%CF%80%CF%81%CE%B1%CE%BA%CF%84%CE%B9%CE%BA%CE%AC/minutes-de-la-premiere-assemblee-25052011-29052011-0147&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://real-democracy.gr/fr/%CF%80%...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;****&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques r&#233;flexions sur le pr&#233;sent mouvement de lutte international&lt;/strong&gt; Ce n'est pas &#171; nous &#187; qui apprenons aux acteurs des luttes ce qu'ils &#171; doivent faire &#187;, ce sont les acteurs eux-m&#234;mes de ces luttes qui nous renseignent et nous enseignent sur leurs lutte, et leurs m&#233;thodes - adapt&#233;es &#224; l'&#233;tat pr&#233;sent du monde dans lequel dans lequel ils vivent, dans les conditions que leur impose le syst&#232;me dans un cadre &#224; la fois national et mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas ce que ces acteurs de ces mouvements pensent ( leurs &#171; id&#233;es &#187; souvent pr&#233;con&#231;ues apprises dans un conditionnement ou un autre) ou ce qu'ils pensent &#224; ce moment de ce qu'ils font, qui est essentiel, mais ce qu'ils font sous une forme ou sous une autre, dans un but ou dans un autre, dans un mouvement pris dans la dialectique action-r&#233;pression (vers une extension ou une extinction) et dans lequel buts et m&#233;thodes sont en interaction constante dans une &#233;volution constante. Qualifier un moment de ce mouvement peut laisser croire que l'on ignore la dynamique de tout mouvement de lutte et que bien des choses peuvent changer d'un moment &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quoique &#171; nous &#187; puissions en penser en r&#233;f&#233;rence &#224; nos propres convictions et/ou th&#233;ories, &#171; nous &#187; ne poss&#233;dons pas &#171; d'instruments de mesure &#187; nous permettant de qualifier, de formuler des jugements ou de pr&#233;dire un avenir. A la lumi&#232;re de ce qu'il s'y passe, &#171; nous &#187; ne pouvons qu'y participer , l&#224; o&#249; ce mouvement existe - aussi humblement que le moins &#171; politis&#233; &#187; nanti de sa simple r&#233;volte contre un syst&#232;me qui lui impose la vie qu'il subit pr&#233;sentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le type de lutte n&#233; en Tunisie, qui a d&#233;ferl&#233; et d&#233;ferle encore dans le &#171; monde arabe &#187;, vient de franchir la mer pour s'implanter solidement en Espagne, mena&#231;ant de se r&#233;pandre ( mais il pourrait tout autant mourir) dans l'ensemble des pays d'Europe qui, d'une mani&#232;re ou d'une autre subissent, avec des variantes, le poids de l'imp&#233;ritie du capital &#224; g&#233;rer son propre syst&#232;me autrement qu'en imposant des restrictions diverses &#224; tous ceux qui ne vivent - ou vivaient- uniquement de leur travail. Ce type de manifestation - l'occupation permanente d'un espace public- est enti&#232;rement nouveau et tranche avec les manifestations &#171; mobiles &#187; limit&#233;es dans l'espace et le temps tout comme avec les occupations temporaires de b&#226;timents priv&#233;s ou publics plus ou moins autoris&#233;es l&#233;galement. On pourrait l'apparenter aux occupations de lieux de travail au cours d'une gr&#232;ve mais l&#224; aussi dans ce cas on se trouve devant des limitations tant dans le but recherch&#233; ( la revendication ayant d&#233;clench&#233; le conflit), les acteurs ( les seuls travailleurs de ce lieu de travail) et l'affirmation que cette occupation n'est qu'un moyen et non une finalit&#233;. On peut consid&#233;rer qu'&#224; d&#233;faut de prol&#233;taire engag&#233;s dans une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale avec occupation des lieux de production, les acteurs d'une r&#233;volte- quant &#224; la pression globale du syst&#232;me ressentie individuellement - n'ont d'autre recours que l'occupation d'un grand espace public et d'opposer la foule des manifestants qui s'y rassemblent aaux tentatives de r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le fait que les appels &#224; cette m&#233;thode de lutte soient lanc&#233;s - via la possibilit&#233; technique de toucher le plus grand nombre en temps r&#233;el- par des inconnus dont la seule expertise concerne l'utilisation de ces techniques, ne pouvait pr&#233;juger de leur succ&#232;s quasi imm&#233;diat. Cela autorise &#224; parler de spontan&#233;it&#233; autour des bases identiques de r&#233;volte individuelle. Cette circonstance fait que se retrouvent dans un vastre espace des dizaines de milliers de participants non identif&#233;s formellement ou par leur position dans le proc&#232;s de production, ou par leur &#226;ge , ou par une potition politique d&#233;finie. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui fait la richesse de ces rassemblements, la prise de conscience d'un rapport de forces contre le syst&#232;me, d'abord contre son appareil r&#233;pressif.et le besoin d'une permanence permettant d'aller au del&#224; d'une simple protestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout cela d&#233;range totalement les sch&#233;mas traditionnels, soit &#233;lectoraux ou de r&#233;forme constitutionnelle ou autre l&#233;galisme, soit la prise d'assaut &#171; r&#233;volutionnaires &#187; des lieux de pouvoir, soit les perturbations du proc&#232;s de production et de circulation par des actions ou des occupations des lieux d'exploitation ou des moyens de communication. Il est frappant de voir que ce mouvement de lutte refuse symboles et slogans des organisations existantes , quelle que soit leur pertinence ou leur influence ant&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout se passe, dans l'affirmation d'un refus de recours &#224; la l&#233;galit&#233; et/ou &#224; la violence sociale, comme s'il y avait une conscience diffuse d'une part de l'inanit&#233; d'une attaque frontale contre le syst&#232;me vu l'ampleur et l'efficacit&#233; des moyens de r&#233;pression, de l'autre de l'impossibilit&#233; de paralyser l'&#233;conomie capitaliste par les moyens traditionnels vues les interconnections mondiales autorisant de pallier toute paralysie de fonctionnement limit&#233;e dans un espace plus ou moins vaste mais pas &#224; l'&#233;chelle mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Beaucoup, nantis de leurs instruments de mesure sociale, avec des qualificatifs divers, laudatifs ou m&#233;prisants, ne pr&#234;tent attention qu'&#224; ce qui s'&#233;change, qu'&#224; ce que certains caract&#233;risent, aux &#233;crits, aux slogans aux d&#233;finitions, etc...Pourtant tout ceci n'est souvent que l'expression d'individus ou de petits noyaux, mais surtout, ce n'est que la photographie trompeuse d'un moment d'une dynamique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quelqu'int&#233;ressants que puissent &#234;tre les d&#233;bats qui ne peuvent &#234;tre que confus, ce qu'il en r&#233;sultera et leur mode d'organisation ( gardons nous de qualificatifs), il est un ensemble de &#171; d&#233;tails &#187; plus ou moins n&#233;glig&#233;s, qui rel&#232;vent des n&#233;cessit&#233;s purement mat&#233;rielles, terre &#224; terre, qui sont, &#224; mon avis infiniment plus int&#233;ressant parce qu'impos&#233;s par les n&#233;cessit&#233;s de ces rassemblements permanents de plusieurs dizaines de milliers de participants : l'auto organisation de la vie, depuis l'alimentaire jusqu'&#224; l'&#233;vacuation des d&#233;chets.&#168;C'est ce qui se fait en ce sens, qui est peut-&#234;tre le plus r&#233;v&#233;lateur des aspirations de ces acteurs, plus que ce qu'ils peuvent penser, dire ou &#233;crire sur un monde futur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est certainement, quel que soit le sort de ce mouvement international, ces formes d'organisation spontan&#233;e dans les d&#233;bats et les contingences mat&#233;rielles qui marqueront la conscience des participants et influenceront, sans aucun doute , les luttes futures, quelles qu'elles soient.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tunisie : le loup est bien dans la bergerie</title>
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&lt;p&gt;Le premier article paru dans le journal tunisien &#171; Le Temps &#187; du 2 mai 2011 sous le titre : &#171; Pros&#233;lytisme bien particulier, Emirs et Imams autoproclam&#233;s - Le loup est bien dans la bergerie ! &#187; http://www.letemps.com.tn/article-5... Le second est paru dans l'hebdomadaire tunisien &#171; R&#233;alit&#233;s &#187; du 11 avril 2011 sous le titre :&#171; La guerre des mosqu&#233;es &#187; http://www.realites.com.tn/details_... ; ;a=22664&amp;temp=1&amp;lang= Pros&#233;lytisme bien particulier, Emirs et Imams autoproclam&#233;s - Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le premier article paru dans le journal tunisien &#171; Le Temps &#187; du 2 mai 2011 sous le titre : &#171; Pros&#233;lytisme bien particulier, Emirs et Imams autoproclam&#233;s - Le loup est bien dans la bergerie ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.letemps.com.tn/article-55557.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.letemps.com.tn/article-5...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second est paru dans l'hebdomadaire tunisien &#171; R&#233;alit&#233;s &#187; du 11 avril 2011 sous le titre :&#171; La guerre des mosqu&#233;es &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.realites.com.tn/details_article.php?t=534&amp;a=22664&amp;temp=1&amp;lang=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.realites.com.tn/details_...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pros&#233;lytisme bien particulier, Emirs et Imams autoproclam&#233;s - Le loup est bien dans la bergerie !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pendant que l'&#233;crasante majorit&#233; des partis autoris&#233;s, plus de cinquante &#224; ce jour, l'infinit&#233; d'Associations de Sauvegarde et de Protection de la R&#233;volution, poussant comme des champignons sur l'ensemble du territoire, jouent des coudes pour se faire une place au soleil, occuper n'importe quel strapontin dans n'importe quelle &#171; commission &#187;, se bousculent sur les plateaux de t&#233;l&#233; et les radios, toutes couleurs confondues, pour r&#233;p&#233;ter &#224; l'infini le m&#234;me ronron l&#233;nifiant et parloter de la &#171; r&#233;volution &#187;, d'autres, les organisations int&#233;gristes, utilisent la &#171; strat&#233;gie de la fourmi &#187;, pour quadriller le terrain, le terrain social, chaque jour un peu plus, et de fa&#231;on diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La fa&#231;ade officielle, honorable et mesur&#233;e dans le discours, de l'immense iceberg, envahit syst&#233;matiquement tous les espaces m&#233;diatiques, sans avoir pour cela &#224; utiliser leurs propres journaux. Les dirigeants d&#8216;Ennahdha, d' Ettahrir, et leurs alli&#233;s d&#233;clar&#233;s ou pas, ont compris l'impact des m&#233;dias. Etre &#224; la une, chaque jour, des quotidiens. Le discours, tr&#232;s bien rod&#233;, moderniste au d&#233;part, &#224; la &#171; turque &#187; , pour convaincre du &#171; changement &#187; op&#233;r&#233; dans la vision de &#171; l'islam d'aujourd'hui &#187;, pour marquer une coupure avec l'image de sectarisme dogmatique qui a coll&#233; &#224; cette mouvance depuis sa fondation, pour &#171; &#234;tre au diapason de la nouvelle Tunisie &#187;, est dirig&#233; essentiellement vers ces classes moyennes, musulmanes pratiquantes, souvent de fa&#231;on saisonni&#232;re et irr&#233;guli&#232;re, terreau disponible mais id&#233;ologiquement effarouch&#233;es par l'approche int&#233;griste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, une fois le visa en main, le contenu de ce discours a chang&#233; rapidement et radicalement. Maintenant on exige comme des coups de semonce , de ne pas toucher &#224; tel texte, &#224; tel article de la Constitution de 59, comme si on dictait d&#233;j&#224; les pr&#233;rogatives de la nouvelle Assembl&#233;e Constituante non encore &#233;lue, d&#233;sirant &#224; l'avance en limiter le champ d'action, et lui imposer une feuille de route bien pr&#233;cise, par une pression continue &#8230;. Y- aurait-il donc des &#171; tabous &#187;, des sujets intouchables, des chasses gard&#233;es, dont seuls quelques personnages, et quelques partis, ont autorit&#233; pour en parler et en d&#233;battre ?? Oubli&#233;s d&#233;j&#224; les principes de &#171; d&#233;mocratie &#187; et de &#171; tol&#233;rance &#187; hautement proclam&#233;s par certains leaders islamistes lors de leurs premi&#232;res d&#233;clarations &#224; leur arriv&#233;e d'exil dor&#233; d'Angleterre ou d'ailleurs ?? On &#171; exige &#187; &#233;galement que toute r&#233;f&#233;rence ou toute revendication ayant trait &#224; la la&#239;cit&#233;, assimil&#233;e de suite &#224; l'ath&#233;isme, soit &#233;limin&#233;e. On esquive, ainsi, tout d&#233;bat g&#234;nant, on agite l'&#233;pouvantail de la &#171; fitna &#187; pour faire peur, le tout, envelopp&#233; d'une rh&#233;torique volontairement ambigu&#235;, est facilement aval&#233;, gob&#233; par le Tunisien &#171; moyen &#187;, peu habitu&#233; &#224; ce genre de discussions, insuffisamment arm&#233; et surtout sevr&#233; par des ann&#233;es d'indiff&#233;rence &#224; la chose publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La structure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet envahissement m&#233;diatique quasi- quotidien est compl&#233;t&#233; par une occupation syst&#233;matique du terrain social, totalement d&#233;laiss&#233; par tous les autres partis. M&#234;me certaines caravanes humanitaires, dans des r&#233;gions, sont prises en otage : rien ne peut &#234;tre distribu&#233; en dehors de &#171; l&#8216;organisation &#187; locale, une structure floue, invisible, mais si efficace. Elle devient le lien incontournable entre les donateurs venus en nombre et les b&#233;n&#233;ficiaires locaux. Ils tirent ainsi les marrons du feu, se substituant presque aux bienfaiteurs, paraissant comme les initiateurs lointains de cet &#233;lan de solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, dans pratiquement chaque quartier populaire, dans chaque village, dans tous ces hameaux d&#233;laiss&#233;s, s'organisent chaque jour des visites pour &#233;valuer, &#224; la mani&#232;re des assistantes sociales, les besoins des familles. Puis se mettent en place, des soutiens scolaires, du primaire au secondaire, des aides en soins, prodigu&#233;s gratuitement par des m&#233;decins b&#233;n&#233;voles acquis &#224; la cause, avec distribution de m&#233;dicaments, provenant de campagnes de r&#233;cup&#233;ration et de pressions amicales sur certains fournisseurs ou repr&#233;sentants de laboratoires. Viennent ensuite des jeunes femmes et des jeunes filles du voisinage au secours des personnes &#226;g&#233;es, dans le besoin, les aident &#224; se laver et &#224; se nourrir, fournissant souvent des aliments et du lait pour la semaine.. On s'occupe aussi des handicap&#233;s oubli&#233;s par les services sociaux et abandonn&#233;s &#224; eux-m&#234;mes. Des m&#233;thodes connues, ayant fait leurs preuves &#224; Gaza, en Alg&#233;rie, en Egypte et ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande, tr&#232;s grande op&#233;ration de s&#233;duction a d&#233;j&#224; commenc&#233;. Les noyaux des structures organisationnelles se mettent m&#233;ticuleusement en place. Gagner la sympathie d'abord. La mobilisation et la propagande active viendront apr&#232;s. La campagne &#233;lectorale est d&#233;j&#224; bien entam&#233;e. Partout. Chaque dimanche, avenue Bourguiba, des jeunes femmes, 2 ou 3, foulards &#224; peine conformistes, s&#8216;approchent des petits cercles de discussion improvis&#233;s, interviennent et orientent d&#233;licatement le d&#233;bat vers le rapport hommes-femmes, le Code du Statut Personnel, le divorce, la bigamie, etc. Une fois le d&#233;bat engag&#233;, on voit intervenir des &#171; messieurs &#187; utilisant un langage de connaisseurs, citant le Coran et le Hadith, des faits historiques et cela devient un discours id&#233;ologique tr&#232;s bien mis au point. Les jeunes filles ont disparu et sont ailleurs, dans un autre groupe&#8230;..Du bon travail. Et maintenant, avec le beau temps et l'allongement de la journ&#233;e, chaque jour, chaque fin d'apr&#232;s midi, l'all&#233;e centrale de l'avenue Bourguiba devient un espace pour un pros&#233;lytisme bien particulier : des jeunes hommes en tenue &#171; afghane &#187;, barbe au vent et koufia blanche haranguent des cercles d'ouailles, beaucoup de curieux, beaucoup de commentaires. On trouve syst&#233;matiquement les m&#234;mes groupes dans les gares routi&#232;res, les stations de louages, les caf&#233;s, les march&#233;s. Le mouvement est lanc&#233;. La graine est sem&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des Emirs et Imams autoproclam&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me volet du syst&#232;me mis en place et bien rod&#233; : des groupes de diff&#233;rentes importances sont toujours pr&#234;ts pour intervenir, avec violence verbale ou physique, dans toute manifestation ou &#233;v&#232;nement qu'ils &#171; jugent &#187; hostiles. Cela a d&#233;j&#224; commenc&#233; en f&#233;vrier pour disperser une des premi&#232;res manifestations organis&#233;es par des femmes, pour l'&#233;galit&#233; et la la&#239;cit&#233;. Puis des agressions contre des bars, des d&#233;p&#244;ts, des points de vente de vin, un peu partout en Tunisie. Il y a eu ensuite l'attaque des maisons closes de la rue Sidi Abdallah Ghech. Anarchie provoqu&#233;e dans des salles d'attente des h&#244;pitaux pour emp&#234;cher l'examen des femmes par des m&#233;decins hommes. Des meetings de partis, des rassemblements d'ind&#233;pendants, des forums, sont agress&#233;s par des hordes d&#233;termin&#233;es, et les r&#233;unions perturb&#233;es, annul&#233;es. Le m&#234;me terrorisme intellectuel commence &#224; s&#233;vir dans des lyc&#233;es : certains &#233;l&#232;ves refusent d'&#233;tudier la po&#233;sie, sous pr&#233;texte que cela &#171; est interdit par la religion &#187;, et entra&#238;nent des camarades hors de la classe en signe de protestation. Ailleurs, comme un droit acquis, &#224; l'appel du muezzin, des &#233;l&#232;ves quittent la classe, sans autorisation, et vont faire la pri&#232;re &#171; bil hadher &#187;, dans des salles nouvellement am&#233;nag&#233;es en lieux de pri&#232;re, ou simplement sous les pr&#233;aux ou dans la cour, au vu de tous. Des p&#233;titions circulent pour imposer des mosqu&#233;es ou des salles de pri&#232;re dans des facs, instituts et certains lyc&#233;es. On constate enfin, chose plus gravissime, la main mise de ces groupes sur quelques Conseils de Sauvegarde de la R&#233;volution dans beaucoup de r&#233;gions, d'o&#249; sont exclus manu militari tous ceux qui ne sont pas de la &#171; mouvance &#187;, ceux qui ne sont pas sympathisants ou complices silencieux, et tous ceux qui ne sont pas des natifs du coin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde est au courant de cet exemple &#233;difiant, une exp&#233;rience douloureuse et tragique v&#233;cue &#224; Ben Gardane, au camp de Choucha, par un groupe de cin&#233;astes et d'artistes, Salma Baccar, Leila Chebbi, Marouane Meddeb, pour ne citer que ceux-l&#224;), voulant apporter un souffle momentan&#233; de bien-&#234;tre et de distraction pour les r&#233;fugi&#233;s, d&#233;nu&#233;s de tout et enferm&#233;s dans l'attente d'un &#233;ventuel d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont constat&#233; le terrorisme exerc&#233; par une bande de salafistes autour du camp de Choucha. Un territoire compl&#232;tement sous leur contr&#244;le. &#171; Toute action, en dehors des camps, doit &#234;tre autoris&#233;e par un &#171; Emir El Mouminine &#187;, install&#233; dans une tente avec deux gardes du corps &#187; !!!!!! La mise en place des sc&#232;nes o&#249; devaient se d&#233;rouler les animations, &#233;tait soumise &#224; un accord pr&#233;alable, souvent remis en question, avec un racket &#224; peine d&#233;guis&#233;. Les films destin&#233;s aux r&#233;fugi&#233;s indous, bengalis et somaliens, devaient &#234;tre &#171; propres &#187; et conformes &#224; une certaine &#171; morale &#187;, sinon aucune projection n'&#233;tait &#171; autoris&#233;e &#187;. Ceci pour faire un r&#233;sum&#233; rapide des pouvoirs exerc&#233;s par ces groupes, r&#233;gissant la vie de certains endroits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Violences et agressions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les provocations, les agressions se multiplient. Rappel rapide : Gilbert Naccache a vu sa conf&#233;rence au Teatro perturb&#233;e et annul&#233;e. Violence physique contre Nouri Bouzid. Attaques contre des gens du th&#233;&#226;tre, envahissement d'El Hamra pour emp&#234;cher une repr&#233;sentation jug&#233;e peu conforme &#224; leur vision, et depuis quelque temps, apparition muscl&#233;e des &#171; afghans &#187; sur l'avenue, pr&#233;sence de silhouettes noires en nikabs ostentatoirement mises en avant, une prise de parole de terreur et de haine de jeunes &#171; imams &#187;, terminant leurs discours par des menaces. L'un d'eux allant jusqu'&#224; dire : &#171; si jamais on touche &#224; un cheveu de l'un de nos militants, nous transformerons l'ensemble de la Tunisie en enfer, car je veux vous le rappeler, nous ne sommes pas une minorit&#233; mais bien 6 millions&#8230;&#8230; &#187;. La derni&#232;re d&#233;monstration de force, de violence haineuse, ce vendredi 29 avenue Bourguiba, est juste un aper&#231;u des m&#233;thodes utilis&#233;es. Les mosqu&#233;es n'&#233;chappent pas &#224; cette conqu&#234;te. Combien d'imams ont &#233;t&#233; ainsi &#171; renvoy&#233;s &#187; de leurs minbars, et d'autres venus on ne sait d'o&#249;, intronis&#233;s sur le champ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, &#231;&#224; et l&#224;, de fa&#231;on totalement spontan&#233;e, quelques r&#233;actions salutaires &#224; l'actif de professeurs, d'&#233;tudiants et de lyc&#233;ens &#224; Sfax, par exemple, suite &#224; des agressions ou des attitudes provocatrices : des &#233;tudiants d'un Institut ont refus&#233; d'entrer en cours parce que leur professeur est arriv&#233;e en niqab. Dans un lyc&#233;e, suite &#224; une altercation entre un professeur et le parent d'une &#233;l&#232;ve expuls&#233;e de classe pour port de niqab, les &#233;l&#232;ves se sont rang&#233;s du c&#244;t&#233; des enseignants lors d'un rassemblement de protestation dans la cour du lyc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut signaler aussi cette marche pacifique mais d&#233;termin&#233;e &#224; Monastir des employ&#233;s d'h&#244;tels et de citoyens vivant du tourisme ( guides, chauffeurs de taxi, commer&#231;ants) scandant surtout un mot d'ordre d'importance : &#171; rappelez vous le jour du scrutin pour qui voter, la source de revenus de 1500000 Tunisiens est en jeu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A force de dire que la R&#233;volution du 14 janvier est immunis&#233;e, qu'il n'y a pas de risque int&#233;griste, cela a fini par anesth&#233;sier, par faire baisser la garde, par endormir la vigilance de tous. Les forums, les d&#233;bats, la profusion des articles de presse sont indispensables pour baliser les futurs sentiers. Mais l'essentiel &#224; faire, la t&#226;che imm&#233;diate et urgente qui incombe aux associations la&#239;ques, citoyennes, aux organisations syndicales, aux &#233;lites intellectuelles, aux femmes, &#224; tous les partis, aux d&#233;mocrates ind&#233;pendants, soucieux de pr&#233;munir, de garantir l'&#233;galit&#233; des droits et la justice pour tous les citoyens, quels que soient leurs sexes, leurs religions, leurs appartenances ethniques, leurs opinions, et ce conform&#233;ment &#224; la D&#233;claration Universelle des Droits de l'Homme, est de descendre, au plus vite, dans l'ar&#232;ne sociale, pour faire face &#224; ce rouleau compresseur, &#224; cette vague rampante, de plus en plus visible, de plus en plus mena&#231;ante, qui avance &#224; tr&#232;s grande vitesse, inexorablement. Il y a urgence parce que le loup est d&#233;j&#224; dans la bergerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fatah THABET&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La guerre des Mosqu&#233;es&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La &#8220;d&#233;gage attitude&#8221; a atteint, d&#232;s le 15 janvier 2011, les mosqu&#233;es. De nombreux Imams ont &#233;t&#233; &#8220;pri&#233;s&#8221; de vider les lieux pour laisser leurs places &#224; d'autres. Seulement ces choix n'&#233;taient ni ceux du peuple et m&#234;me pas celui de ceux qui fr&#233;quentent les Mosqu&#233;es. Ce sont les minorit&#233;s islamistes agissantes qui ont pu imposer leur volont&#233; &#224; &#8216;&#8220;la majorit&#233; silencieuse&#8221; des lieux de culte, souvent &#233;tonn&#233;e par ce qui arrivait.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les imams, comme tous les corps socioprofessionnels de la Tunisie, &#233;taient sous la coupe du pouvoir despotique de Ben Ali. D'autant plus que, d&#232;s les ann&#233;es 1970, les mosqu&#233;es ont &#233;t&#233; le lieu d'une certaine contestation et mobilisation politiques. Il faut reconna&#238;tre qu'il y a eu dans le corps des imams, comme partout ailleurs, des laudateurs sans scrupules et sans morale. Il y a m&#234;me ceux qui dans leur pr&#234;che du vendredi 14 janvier, &#224; deux ou trois heures de la fuite de Ben Ali, ont qualifi&#233; la r&#233;volution tunisienne de fitna (discorde) et affirm&#233; que le devoir religieux impliquait une ob&#233;issance totale au pr&#233;sident et que Sakher El-Materi [homme d'affaires, gendre du pr&#233;sident d&#233;chu, tr&#232;s pr&#233;sent sur la sc&#232;ne politique] est un bienfaiteur du pays. Ces gens-l&#224; n'ont plus leur place dans la guidance spirituelle des musulmans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;islamistes-radicaux-montent-au-creneau2Mais cela ne donne aucun droit aux groupes politis&#233;s de mettre le grappin sur les lieux de culte. Le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur a r&#233;agi tardivement &#224; cette politisation des pr&#234;ches qui tend &#224; prendre en otage les fid&#232;les. Il s'est content&#233; d'un communiqu&#233; qui rappelle la vocation essentielle des mosqu&#233;es comme des lieux de pri&#232;re et de recueillement, mais Afrique cela n'a eu aucun effet sur cette insidieuse prise de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a pas de chiffres pr&#233;cis, mais il semblerait que sur les quelque 2 000 mosqu&#233;es du pays, plusieurs centaines furent prises d'assaut par des extr&#233;mistes &#8211; des groupes salafistes, des membres de Hezb Ettahrir (une dissidence dans le mouvement des Fr&#232;res musulmans qui remonte &#224; 1953, et auquel le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur vient de refuser le visa l&#233;gal) et les franges les plus radicalis&#233;es des sympathisants d'Ennahda [parti islamiste fond&#233; par Rached Ghannouchi en 1981 sous l'appellation Mouvement de la tendance islamique (MTI)]. Les fid&#232;les ont pu quand m&#234;me r&#233;sister dans un certain nombre de cas, surtout quand les imams locaux avaient suffisamment de cr&#233;dit et de comp&#233;tence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre des mosqu&#233;es a lieu sous nos yeux. Mais c'est une guerre d&#233;s&#233;quilibr&#233;e car, en face des fantassins de l'int&#233;grisme, il n'y a que des citoyens mal organis&#233;s et fortement culpabilis&#233;s. De leur c&#244;t&#233;, les pr&#233;dicateurs d'Ennahda jouent un jeu plus subtil. Ils se disent contre la politisation des mosqu&#233;es, mais ils sont aussi contre la d&#233;politisation de la religion. Cela se traduit dans les faits par des discours politiques qui, souvent, ne font pas la propagande explicite d'Ennahda, tout en d&#233;fendant la vision th&#233;ologique, politique et sociale propre &#224; ce parti. C'est un jeu de dupe car, dans ce cas, nul besoin de dire &#8220;votez pour nous&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela serait m&#234;me contre-productif. Les nahdaouis veulent gagner la bataille des id&#233;es dans les mosqu&#233;es. Les retomb&#233;es politiques finiront par suivre. On assiste aussi &#224; une bataille des chefs par mosqu&#233;es interpos&#233;es. Le cheikh Abdelfattah Mourou, membre fondateur d'Ennahda et entr&#233; dans une certaine dissidence depuis 1991, fait le tour des mosqu&#233;es de Tunisie. Il donne des le&#231;ons quotidiennes entre les deux pri&#232;res du maghreb [coucher du soleil] et du icha [pri&#232;re de la tomb&#233; de la nuit]. Le cheikh se dit contre toute instrumentalisation partisane des mosqu&#233;es, mais ses pr&#234;ches sont-ils d&#233;connect&#233;s de toute strat&#233;gie politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Hezb Ettahrir, quant &#224; lui, a choisi une autre strat&#233;gie : faire de la propagande politique &#224; l'entr&#233;e des mosqu&#233;es et occuper quotidiennement le parvis du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur en faisant des pri&#232;res collectives dans la principale avenue de la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intellectuelle tunisienne Raja Ben Slama a relev&#233; ce troublant paradoxe : &#8220;Les islamistes font de la politique dans les mosqu&#233;es et prient dans la rue&#8221; ! Cette prise en otage de l'espace public est intol&#233;rable. A cela s'ajoute la prise du pouvoir de la parole dans des centaines de mosqu&#233;es, et tout cela face &#224; un Etat affaibli par la r&#233;volution du 14 janvier et qui peine &#224; imposer l'ordre r&#233;publicain pourtant indispensable &#224; toute d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette guerre larv&#233;e ne suscite pas un grand int&#233;r&#234;t m&#233;diatique. L'Etat laisse faire. Les &#233;lites religieuses, qui nous ont tant intoxiqu&#233;s par les vertus de l'islam mod&#233;r&#233; tunisien, sont r&#233;duites au silence du fait de leur complicit&#233; et de leur compromission avec l'ancien r&#233;gime. Rendre les mosqu&#233;es &#224; Dieu, et &#224; lui seul, est une exigence d&#233;mocratique. Perdre cette guerre, c'est renoncer &#224; nos libert&#233;s et &#224; tous nos r&#234;ves d'&#233;mancipation. La Tunisie de demain se jouera, aussi, dans les mosqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Zyed Krichen&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Veut-on vraiment nourrir le monde ?</title>
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		<dc:subject>Lib&#233;ralisme</dc:subject>
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&lt;p&gt;Article du Monde du 21.01.11 : http://www.lemonde.fr/idees/article... La question de la s&#233;curit&#233; alimentaire est un probl&#232;me ancien et s'est toujours situ&#233;e au c&#339;ur de l'histoire. N&#233;anmoins, dans le champ des relations internationales, il s'agit d'un enjeu qui pose de nouveaux probl&#232;mes et qui r&#233;v&#232;le plusieurs ph&#233;nom&#232;nes &#233;mergents, dont la combinaison t&#233;moigne du caract&#232;re g&#233;opolitique de l'agriculture. Bien souvent marginalis&#233;e dans l'analyse strat&#233;gique &#224; la fin du XXe si&#232;cle, la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-reactions-a-l-actualite-" rel="directory"&gt;R&#233;actions &#224; l'actualit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-53-liberalisme-+" rel="tag"&gt;Lib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-83-geopolitique-+" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-84-agriculture-+" rel="tag"&gt;Agronomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-91-sante-+" rel="tag"&gt;M&#233;decine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-152-soulevements-arabes-+" rel="tag"&gt;Soul&#232;vements arabes (2011)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article du Monde du 21.01.11 : &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/01/21/veut-on-vraiment-nourrir-le-monde_1468340_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.lemonde.fr/idees/article...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question de la s&#233;curit&#233; alimentaire est un probl&#232;me ancien et s'est toujours situ&#233;e au c&#339;ur de l'histoire. N&#233;anmoins, dans le champ des relations internationales, il s'agit d'un enjeu qui pose de nouveaux probl&#232;mes et qui r&#233;v&#232;le plusieurs ph&#233;nom&#232;nes &#233;mergents, dont la combinaison t&#233;moigne du caract&#232;re g&#233;opolitique de l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien souvent marginalis&#233;e dans l'analyse strat&#233;gique &#224; la fin du XXe si&#232;cle, la s&#233;curit&#233; alimentaire du monde fait son retour dans les affaires internationales, r&#233;int&#233;grant le paysage politique des variables clefs pour le futur. Les &#233;volutions sociod&#233;mographiques, le renforcement des contraintes climatiques avec la rar&#233;faction des ressources naturelles (eau et terre), l'hypervolatilit&#233; du prix des mati&#232;res premi&#232;res, les recompositions des &#233;quilibres g&#233;o&#233;conomiques sur le globe ou encore la financiarisation croissante de l'agriculture, domaine toujours plus explor&#233; par les sp&#233;culateurs, constituent autant de dynamiques qui accentuent la dimension strat&#233;gique de la probl&#233;matique agricole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre le drame qu'une personne sur sept &#224; la table de l'humanit&#233; ne trouve tout simplement rien dans son assiette, il convient de souligner que les trois-quarts de ces affam&#233;s sont des paysans pauvres. Coup&#233;s des zones urbains mondialis&#233;s et des circuits de commercialisation, ils vivent dans des espaces ruraux arri&#233;r&#233;s et forment en quelque sorte une population mondiale inutile, absente de la bulle consommatrice car non solvable et marginalis&#233;e socialement car non n&#233;cessaire pour nourrir le monde. D'autres acteurs globaux, &#233;tatiques ou priv&#233;s, s'en chargent, &#224; plus forte raison que l'on a stimul&#233; les strat&#233;gies de s&#233;curit&#233; alimentaire pour les villes en misant sur la lib&#233;ralisation des march&#233;s et le commerce international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, peu &#224; peu, une prise de conscience semble s'installer sur le fait que la crise alimentaire est sans doute devant nous et que les turbulences enregistr&#233;es en 2008 ne furent que des manifestations annonciatrices d'une tension plus forte &#224; venir. Le d&#233;but de l'ann&#233;e 2011 est marqu&#233; par une inqui&#233;tude g&#233;n&#233;rale. L'indice mesurant les &#233;volutions de prix d'un panier de c&#233;r&#233;ales, ol&#233;agineux, produits laitiers, viande et sucre, mis en place par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), vient d'atteindre en d&#233;cembre 2010 un record absolu depuis sa cr&#233;ation en 1990. Les signes de pression sur les consommateurs se font d&#233;j&#224; ressentir dans certains pays &#224; faible revenu ou ceux qui d&#233;pendent majoritairement des importations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, il n'est pas &#233;tonnant de constater que la rue arabe, comme tr&#232;s souvent depuis quelques ann&#233;es, exprime ses frustrations sociales en s'appuyant sur sa vuln&#233;rabilit&#233; alimentaire. Le budget des m&#233;nages y est encore largement tourn&#233; vers une d&#233;pense nourrici&#232;re, o&#249; les c&#233;r&#233;ales figurent en premi&#232;re place. Les chiffres sont t&#234;tus et il convient juste d'en rappeler trois pour saisir l'ampleur du d&#233;fi en cours en Afrique du Nord. En 2010, les cinq pays de la zone (Alg&#233;rie, Egypte, Libye, Maroc et Tunisie) regroupaient 2 % de la population mondiale, mais repr&#233;sentaient 6 % de la consommation mondiale de bl&#233; et polarisaient 18 % des importations mondiales de bl&#233;. Cette &#233;quation va se complexifier puisque la demande en c&#233;r&#233;ales progresse encore dans la r&#233;gion, croissance d&#233;mographique oblige, et que la d&#233;pendance envers les approvisionnements ext&#233;rieurs se confirme, expliquant ici les raisons d'une diversification des relations agro-commerciales pour ces pays, davantage orient&#233;s aujourd'hui vers le Br&#233;sil, la Turquie, la Russie ou l'Ukraine. Sans conteste, la M&#233;diterran&#233;e refl&#232;te et incarne la tension alimentaire mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA R&#201;PARTITION ET L'ACCESSIBILIT&#201;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les mutations plan&#233;taires et la s&#233;rie de variables qui font de l'agriculture une question g&#233;opolitique sont en effet structurelles. Il convient d'insister sur le probl&#232;me de l'acc&#232;s, que ce soit pour les ressources ou pour l'alimentation. De la part de certains Etats financi&#232;rement arm&#233;s, le manque d'eau et de terre se traduit entre autres par une recherche effr&#233;n&#233;e visant &#224; conqu&#233;rir &#224; l'&#233;tranger, dans des espaces lointains plus favorables &#224; la production, les marges additionnelles de s&#233;curit&#233; alimentaire qu'ils ne peuvent plus b&#226;tir sur le sol ou sur le march&#233; du commerce international. Cette double course hydrique et fonci&#232;re ne laisse &#233;videmment pas toujours la place &#224; la responsabilit&#233; dans l'investissement, au grand dam de paysans locaux et du d&#233;veloppement durable des territoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant l'alimentation, plusieurs &#233;tudes ont montr&#233; que la production agricole actuelle pourrait permettre de nourrir la plan&#232;te, bien que les perspectives d&#233;mographiques &#224; l'horizon 2050 exigent d'augmenter de 70 % cette production en consid&#233;rant le chiffre des 9 milliards d'habitants. Ces pr&#233;visions doivent &#234;tre mani&#233;es avec pr&#233;caution, puisque la Terre pourrait compter 8 milliards d'individus selon la variable basse mais 11 milliards avec la variable haute. Actuellement, le probl&#232;me se situerait donc plus sur le terrain de la r&#233;partition et de l'accessibilit&#233; que sur celui de la disponibilit&#233; globale des biens alimentaires. Assur&#233;ment, la gouvernance internationale et les m&#233;canismes de r&#233;gulation font d&#233;faut. Alors que le polycentrisme strat&#233;gique exprime chaque jour sa r&#233;alit&#233;, avec des Etats dominants dont la puissance d&#233;cline et des pays &#233;mergents dont l'ambition s'affirme, la n&#233;gociation multilat&#233;rale est en panne parce que l'on refuse de red&#233;finir les modes de gouvernance d'un monde devenu multipolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela devrait &#233;galement s'ajouter le sujet d&#233;licat du gaspillage alimentaire, dont la proportion serait loin d'&#234;tre anecdotique par rapport &#224; la production agricole, soulevant ici des questions tant logistiques que soci&#233;tales. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; aussi, sur les comportements humains, que l'acc&#232;s &#224; l'alimentation retient l'attention. Partout dans le monde, les exc&#232;s alimentaires progressent. La mauvaise qualit&#233; des produits compl&#232;te ce tableau sanitaire d&#233;grad&#233;. Le d&#233;veloppement des maladies de surcharge en constituent la traduction concr&#232;te, et p&#232;sent d&#233;j&#224; lourdement sur les syst&#232;mes &#233;conomiques de certains pays, &#224; commencer par les Etats-Unis, arch&#233;type bien connu de cette tendance. L'&#233;pid&#233;mie pourrait toucher 700 millions de personnes dans le monde &#224; l'horizon 2015, augurant de gigantesques besoins en termes de sant&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau d&#233;cisionnel, le d&#233;clamatoire domine sur l'op&#233;rationnel. M&#234;me si les &#233;v&#233;nements en 2008 ont r&#233;veill&#233; la plan&#232;te sur l'importance de l'agriculture, les moyens financiers mis en &#339;uvre depuis demeurent insuffisants pour pouvoir r&#233;duire les ins&#233;curit&#233;s alimentaires. La crise &#233;conomique, qui ne fait qu'accentuer les tensions agricoles et la pauvret&#233; des plus d&#233;munis, est pass&#233;e par l&#224;. Le sauvetage des banques et des syst&#232;mes financiers ont prim&#233; dans l'agenda politique international. De son c&#244;t&#233;, la communaut&#233; scientifique et les experts bataillent souvent sur les capacit&#233;s ou non de la plan&#232;te &#224; nourrir une population croissante. Les rapports de prospective se multiplient tout autant que les controverses s'amplifient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'interroger sur la situation en 2050 est utile, mais l'urgence n'est-elle pas de traiter les probl&#232;mes d&#232;s &#224; pr&#233;sent ? Un monde o&#249; un milliard de personnes souffre de la faim n'est pas tol&#233;rable. Un monde o&#249; les d&#233;rives nutritionnelles prolif&#232;rent n'est pas responsable. Tout le probl&#232;me r&#233;side dans la formulation de la question que l'on souhaite poser. Si le r&#233;flexe agronomique autour du &#171; peut-on nourrir le monde ? &#187; est n&#233;cessaire, il est essentiel de le conjuguer &#224; une approche g&#233;opolitique sur le &#171; veut-on nourrir le monde ? &#187; et d'y adjoindre simultan&#233;ment la question du &#171; comment veut-on nourrir le monde ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La probl&#233;matique alimentaire mondiale est multidimensionnelle et intersectorielle. L'immensit&#233; des d&#233;fis impose de se parer de lunettes g&#233;opolitiques pour parfois, si ce n'est toujours, analyser les questions de l'agriculture et de l'alimentation avec l'&#339;il de l'analyse strat&#233;gique. Cette n&#233;cessit&#233; trouve un &#233;cho particulier en M&#233;diterran&#233;e, zone o&#249; tous les voyants sont au rouge. Pour le futur du monde, et de l'Europe notamment, il serait imprudent de regarder ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S&#233;bastien Abis, analyste politique, administrateur au secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral du Centre international de hautes &#233;tudes agronomiques m&#233;diterran&#233;ennes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Tunisie entre l'histoire et l'impasse</title>
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		<dc:date>2011-01-21T11:54:32Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Deux textes du d&#233;sormais c&#233;l&#232;bre site tunisien Nawaat, qui nous semblent bien exprimer aussi bien les espoirs que les questions qui se posent aux tunisiens, &#224; la fois enthousiastes et sans r&#233;elles perspectives, conscients des contradictions profondes qui traversent leur peuple et ses aspirations. &#171; L'histoire parle &#187; Par Mohedine Bejaoui, http://nawaat.org/portail/2011/01/1... Une dictature des plus f&#233;roces vient de tomber, en Tunisie, &#171; le pays calme &#187;, comme dit la publicit&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-reactions-a-l-actualite-" rel="directory"&gt;R&#233;actions &#224; l'actualit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-57-revolution-+" rel="tag"&gt;Revolution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-152-soulevements-arabes-+" rel="tag"&gt;Soul&#232;vements arabes (2011)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Deux textes du d&#233;sormais c&#233;l&#232;bre site tunisien Nawaat, qui nous semblent bien exprimer aussi bien les espoirs que les questions qui se posent aux tunisiens, &#224; la fois enthousiastes et sans r&#233;elles perspectives, conscients des contradictions profondes qui traversent leur peuple et ses aspirations.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; L'histoire parle &#187; Par Mohedine Bejaoui,&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://nawaat.org/portail/2011/01/17/l%E2%80%99histoire-parle/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://nawaat.org/portail/2011/01/1...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une dictature des plus f&#233;roces vient de tomber, en Tunisie, &#171; le pays calme &#187;, comme dit la publicit&#233; touristique&#8230; &#171; Travail, libert&#233;, dignit&#233; &#187;, voil&#224; le mot d'ordre scand&#233; dans toutes les manifestations qui ont secou&#233; la Tunisie depuis des semaines, accompagn&#233; par le silence complice du gouvernement fran&#231;ais qui, par la voix de Mme Alliot-Marie proposa ses services pour &#171; aider &#224; ramener le calme &#187;. L'histoire est en marche en Tunisie. Elle retiendra que le gouvernement fran&#231;ais a soutenu, comme la potence soutient le pendu, un dictateur aveugle, sourd et corrompu qui a r&#233;gn&#233; pendant 23 ans pour enrichir sa famille et ses affid&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Sarkozy, vous ne pouvez pas dire que vous ne le saviez pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Circonstance aggravante pour celui qui s'est targu&#233; lors de sa campagne &#233;lectorale de &#171; ne pas serrer la main des dictateurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez serr&#233; la main de Poutine et vous vous &#234;tes balad&#233; dans les rues de Tunis, pi&#233;tinant les p&#233;tales de roses au c&#244;t&#233; de votre h&#244;te, le dictateur Ben Ali, celui-la m&#234;me qui pi&#233;tinait la loi, la morale et l'honneur des Tunisiens depuis des d&#233;cennies. &#171; La d&#233;mocratie progresse en Tunisie &#187; aviez vous dit &#224; la fin de votre voyage au pays des &#171; indig&#232;nes &#187;, je vous laisse le loisir de mesurer la justesse de votre propos et l'ampleur de la d&#233;mocratisation -plus de 100 morts- par votre ami Ben Ali.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'appel au calme que vos services de communication et sp&#233;cialistes en langue de bois nous ont servi, apr&#232;s l'offre de service que votre ministre des affaires &#233;trang&#232;res a propos&#233; &#224; la dictature, vous prenez acte honteusement aujourd'hui du choix du peuple tunisien. Venant au secours de la victoire, je vous dis : nous n'avons pas besoin de votre soutien, nous saurons mener cette r&#233;volution &#224; son terme parce que nous avons prouv&#233; au monde entier qu'un peuple arabe et musulman peut se lever comme un seul homme, comme une seule femme, sans s'appuyer sur l'islamisme, l'int&#233;grisme, ni le salafisme. Ruse de l'histoire qui vous a eu, le peuple tunisien &#233;tait bien m&#251;r pour la d&#233;mocratie depuis des d&#233;cennies alors que le strabisme culturaliste et la c&#233;cit&#233; islamophobe vous ont emp&#234;ch&#233; de voir qu'entre le peuple tunisien et ses dirigeants se creusait un gouffre de malentendus g&#233;n&#233;rationnels, culturels et politiques. Vous avez manqu&#233; de lucidit&#233; : l'histoire parle depuis un moment, mais vous ne l'&#233;coutiez pas ; elle crie aujourd'hui aux oreilles du monde entier, qu'il n'y a pas de fatalit&#233; &#224; l'injustice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voie est d&#233;sormais trac&#233;e pour tous les opprim&#233;s d'Alg&#233;rie, du Maroc, d'&#201;gypte, de Cor&#233;e du Nord et d'ailleurs&#8230; La libert&#233; n'est pas une possibilit&#233;, c'est une n&#233;cessit&#233; historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais nourri depuis ma tendre enfance par les mots de ce grand po&#232;te tunisien Abul Kacem Chebbi, qui dit : &#171; Lorsque le peuple veut la vie, le destin est oblig&#233; de s'y soumettre &#187; ; la Tunisie scandait hier : &#171; Du pain de l'eau &#231;a suffit , mais pas de Ben Ali &#187;. &#201;difiant. La r&#233;volution qui n'a eu qu'un seul mot d'ordre : La DIGNITE est en marche. Est-ce trop demander ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous, Mr Sarkozy, vous ne l'aviez pas compris !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, Tunisiens, issus d'une culture mill&#233;naire, Amazighs &#171; hommes et femmes libres &#187; nous le demeurons pour toujours, nous sommes contemporains de ce monde globalis&#233;, conscients d'appartenir &#224; une humanit&#233; universelle. Notre singularit&#233; y participe et sommes fier d'apporter notre pierre &#224; la lib&#233;ration de l'homme o&#249; qu'il soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre r&#233;volution r&#233;elle, non pas virtuelle est men&#233;e &#224; l'instant o&#249; j'&#233;cris ces lignes sur la toile globale des r&#233;seaux sociaux. A l'instant m&#234;me, des milliers de messages &#233;crits, audio et vid&#233;o sont diffus&#233;s en temps r&#233;el pour d&#233;crire de quelle mani&#232;re le peuple tunisien s'oppose &#224; la dictature, et pas seulement au dictateur qu'il a d&#233;pos&#233; hier. La vermine, nourrie et entretenue par le syst&#232;me mafieux de Ben Ali et consorts est en train de tirer ses derni&#232;res salves contre le citoyen tunisien conscient, instruit, cultiv&#233;, qui s'opposera de toute sa force de conviction aux milices du pouvoir absolu agonisant. Soutenu par la justesse de la cause, galvanis&#233; par le retour d'une libert&#233; perdue depuis 1956 et retrouv&#233;e sur le champ d'honneur. L'automne du patriarche a pris fin le 14 janvier 2011. L'hiver sera rude, mais court. Nous le supporterons. Le jasmin d'ordinaire estival, pr&#233;coce il ne tardera pas &#224; fleurir exceptionnellement au printemps ; sans autre aide que celle des Tunisiens, citoyens dans l'&#226;me depuis des lustres. Nous avons d&#233;pos&#233; Ben Ali, nous sommes entrain d'&#233;liminer la vermine et les sangsues que nous a l&#233;gu&#233;es Ben Ali, qui pr&#233;f&#233;ra lib&#233;rer les repris de justice plut&#244;t que les &#233;pris de justice pour jouer au pompier pyromane. La ruse n'a pas march&#233;. Aujourd'hui, nous faisons l'histoire, nous &#233;crivons LA LIBERTE avec le sang de nos martyrs, alors qu'une des plus vieilles d&#233;mocraties du monde, La France, berceau des droits de l'homme, s'est couch&#233;e devant la b&#234;te immonde par la faute de ses gouvernants. La r&#233;sistance continue en Tunisie, la r&#233;volution commence aujourd'hui. Honte &#224; tous les collaborateurs actifs et passifs, honte &#224; tous ceux qui ont pactis&#233; avec le diable en choisissant la peste plut&#244;t que le chol&#233;ra, honte &#224; ceux qui apais&#232;rent leur crainte fantasmatique de l'int&#233;grisme en acceptant la dictature r&#233;elle. La Tunisie vivra parce que nous l'avons d&#233;cid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tunisie mon amour.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Entre vent d'espoir et pesanteurs du pass&#233; &#187; par Hichem Mustapha.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://nawaat.org/portail/2011/01/18/entre-vent-despoir-et-pesanteur-du-passe/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://nawaat.org/portail/2011/01/1...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les &#233;v&#232;nements sans pr&#233;c&#233;dent que notre pays a connu ces derni&#232;res semaines et qui ont abouti &#224; la chute d'un dictateur de 3eme s&#233;rie sous la pression populaire, sans intervention directe de l'arm&#233;e ni des puissance &#233;trang&#232;res, je crois que nous avons tous d&#233;sormais une responsabilit&#233; &#233;norme sur les &#233;paules en tant que Tunisiens &#8230;soit cette &#8216;r&#233;volution' aura r&#233;ussi et on aura &#233;t&#233; un mod&#232;le pour le monde arabe (dont les peuples suivent de tr&#232;s pr&#232;s ce qui se passe et expriment leur soutien sans r&#233;serve au formidable &#233;lan populaire de la Tunisie)&#8230;Soit cette r&#233;volution, tir&#233;e vers l'arri&#232;re par les forces r&#233;actionnaire sera avort&#233;e et on servira de faire-valoir aux dictateurs de tout acabit et de contre-exemple &#224; surtout ne pas suivre&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis ni historien, ni politologue&#8230;je voulais juste exprimer et modestement partager quelques r&#233;flexions en esp&#233;rant que cela puisse contribuer &#224; la richesse du d&#233;bat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Quand je vois Kallel l'ex tortionnaire en chef faisant partie des trois personnes ayant annonc&#233; l'ordre nouveau cela me fait froid au dos &#8230;Ces trois personnes sont complices (&#224; divers degr&#233;s je vous l'accorde) de l'ancien r&#233;gime et de tous ses crimes humains, politiques et &#233;conomiques &#8230;.Soyons s&#233;rieux, m&#234;me quand on dit que Mohamed Ghannouchi est relativement propre, oui certainement il n'a pas directement tortur&#233; ou d&#233;tourn&#233; des fonds &#8230;mais il &#233;tait chef du gouvernement pendant 11 ans &#8230;alors de gr&#226;ce &#233;pargnez-nous ces raisonnements tordus, il a &#233;t&#233; complice ne serait-ce que par son silence &#8230;qu'est ce qui l'aurait emp&#234;ch&#233; de d&#233;missionner ? si la r&#233;ponse c'est son manque de courage alors la r&#233;ponse est simple et direct &#8230;la politique c'est avant tout la cr&#233;dibilit&#233;&#8230;alors s'il a prouv&#233; qu'il n'a pas capable de courage (&#224; moins que lui aussi &#224; l'instar de son boss ait &#233;t&#233; induit en erreur ha ha ha ) il n'a plus sa place dans le nouvel ordre &#224; b&#226;tir &#8230;ni lui ni Mebazaa pour les m&#234;mes raisons, ils doivent rester le minimum de temps possibles et avec des latitudes extr&#234;mement limit&#233;es et contr&#244;l&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- RCD : monstre ou parti historique ? Pour creuser un peu plus le premier point il faut se rendre &#224; l'&#233;vidence le RCD doit &#234;tre dissous dans sa forme actuelle, libre &#224; ses militants dans la suite, une fois les choses stabilis&#233;es de se reconstituer sur de nouvelles bases &#224; l'instar d u parti communiste russe&#8230; L'un des slogans les plus forts scand&#233;s par cette magnifique foule qui a d&#233;log&#233; la b&#234;te immonde &#233;tait yosqot jallad chaab yosqot hezb edoustour alors traduction &#224; la bourgeoisie bien-pensante qui ne comprend peut-&#234;tre pas bien l'arabe et qui du fond de ses salons cossus nous dicte ses strat&#233;gies pleines de sagacit&#233; le peuple n'est pas m&#251;r pour la d&#233;mocratie continuons avec la soi-disant &#233;lite politique actuelle sinon c'est le vide donc traduction camarade bourgeois a bas les bourreaux du peuple, a bas le parti destour (qui n'a jamais eu l'esprit destour d'un point de vue purement linguistique et ce au moins depuis l fin des ann&#233;es 60) &#8230;donc restons fid&#232;les &#224; l'esprit de cette r&#233;volution et acc&#233;dons aux revendications du peuple &#8230;la m&#234;me chose s'applique pour l'appareil s&#233;curitaire dakhiliya, s&#233;curit&#233; pr&#233;sidentielle etc &#8230;tous ces appareils r&#233;pressifs doivent &#234;tres d&#233;mantel&#233;s et ceux qui ont du sans sur les mains traduits en justice et jug&#233;s bi kolli hazm comme disait le guignol&#8230;du simple flic jusqu'au ministre e l'int&#233;rieur &#8230;m&#234;me celui qui est rest&#233; 2 jours en poste , et qui y est encore d'ailleurs, il n'avait qu'&#224; pas accepter le poste &#8230;maintenant il a le sang des Tunisiens libres sur les mains et il doit r&#233;pondre de ses crimes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Crimes &#233;conomiques et mafia en fuite : cela va sans dire, toutes les mesures juridiques et financi&#232;res doivent &#234;tre prises imm&#233;diatement pour que le peuple se r&#233;approprie e sa richesse vol&#233;e &#8230;et la mafia en fuite avec &#224; sa t&#234;te l'ancien dictateur doit &#234;tre traqu&#233;e sans r&#233;pit jusqu'&#224; extradition et jugement &#8230;il faut que cela serve d'exemple pour l'avenir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- Crime politiques : je ne pense pas que les conseillers types Abdelwaheb Abdallah et Ben Dhia puissent s'en sortir impun&#233;ment &#8230;il ont activement contribu&#233; aux crimes politiques de la mafia et recevaient leurs ordres directement de Leila &#8230;alors je ne vais pas vous faire un dessin ! Pour les autres thiruferaires de moindre calibre (membres du RCD par opportunisme, conseils municiapux etc)&#8230;faites-nous au moins le plaisir de vous retirer d&#233;finitivement de la politique et soyez d&#233;cents &#233;vitez d'en parler &#8230;le peuple n'est pas dupe &#8230;en deux jours on d&#233;couvre soudainement que tous les aparatchiks &#233;taient des Kheireddine r&#233;formateur qui se sont d&#233;men&#233;s comme des fous pour r&#233;former le syst&#232;me de l'int&#233;rieur avec la meilleure volont&#233; du monde &#8230;soit ils &#233;taiet lamentablement naifs soit c'est des opportunistes sans scrupules qui essaient de rebondir maintenant et de se recycler dans le nouveau systeme &#8230;moi personnellement je crois plus la deuxi&#232;me option&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- Epouvantail int&#233;griste : qu'on le veuille ou pas la mouvance islamiste fait partie du paysage politique de ce pays alors il n'y a aucune raison de les &#233;carter du jeu politique si on pr&#233;tend construire une d&#233;mocratie &#8230;le plus dr&#244;le c'est que ce sont souvent les m&#234;mes qui d&#233;fendent certains aparatchiks de l'ancien syst&#232;me qui essaient par tous les moyens d'exclure la mouvance istamiste et de lui faire un proc&#232;s d'intention&#8230;Au nom de quel droit ? Qui vous a donn&#233; une procuration pour r&#233;fl&#233;chir &#224; la place du peuple ? Pourquoi vous acceptez Hammami qui est communiste (et je suis pour qu'on l'accepte) et vous d&#233;cr&#233;tez que Ennahda est infr&#233;quentable ? Est-ce que les communistes sont plus enclins &#224; la d&#233;mocratie que les islamistes ? Et puis le RCD on l'a essay&#233; pendant un demi-si&#232;cle et on sait de quoi on parle, mais qui pr&#233;tend pouvoir juger objectivement les islamistes ? Alors cessons ces proc&#232;s d'intention&#8230;je vous rappelle aussi que c'est l'ancien dictateur qui doit &#234;tre content en vous &#233;coutant &#8230;vous, soi-diant &#233;lite bourgeoise lib&#233;rale et pseudo-laique, reprenez b&#234;tement ses arguments favoris : apr&#232;s moi le d&#233;luge (RCD sinon c'est le vide, ce qui est une absurdit&#233; dans un pays qui regorge de talents et qui l'a prouv&#233; &#224; maintes reprises &#8230;.la derni&#232;re manifestation du 14 n'&#233;tant pas la moindre) et je suis le seul rempart face &#224; l'int&#233;grisme (en essayant de vous acharner contre vos compatriotes dont le seul tort est de ne pas avoir les m&#234;mes raisons que vous, vous lui donnez raison !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6- Nouveau gouvernement : je ne vais pas rentrer dans les d&#233;tails et je n'ai pas l'expertise juridique pour interpr&#233;ter la Constitution&#8230;Simplement deux choses, dans l'urgence actuelle la Constitution est un d&#233;tail&#8230;c'est un bout de papier qui a &#233;t&#233; manipul&#233; &#224; souhait par Bourguiba et son sinistre successeur&#8230;alors c'est certainement l'une des premi&#232;res mesures salutaires &#224; prendre que de changer cette fameuse constitution. Par contre, quand je vois les personnes qui ont &#233;t&#233; associ&#233;es aux discussion hier avec Mohamed Ghannouchi, j'ai quelques r&#233;seves : voici la liste, &#224; mon humble avis et cela n'engage que moi, de ceux &#224; qui j'ai envie de dire qu'est-ce que tu fous l&#224; ? D&#233;gage !!! Alors Jerad de l'UGTT celui-l&#224; qui au d&#233;but de ces &#233;v&#233;nements a tenu &#224; prendre ses distances par rapport aux syndicalistes libres qui ont soutenu la cause de leur peuple en essayant d&#233;sesp&#233;r&#233;ment de faire croire que les revendications du peuple &#233;taient purement sociales et &#233;conomiques mais nullement politiques &#8230;alors Monsieur Jerad si la politique ne vous int&#233;resse pas ne vous sentez surtout pas oblig&#233;s de participer aux tractations pour la cr&#233;ation d'un gouvernement d'union nationale, les vrais enfants de Hached se feront un plaisir de vous remplacer , Monsieur Ben Jaafar : je tiens &#224; dire que je respecte la personne&#8230;mais pendant les derniers &#233;v&#233;nements silence radio de votre part&#8230;alors qu'on vous avait bien entendu en Octobre 2009 sur pas mal de m&#233;dias &#233;trangers lorsque vous aviez &#233;t&#233; ecart&#233; des &#233;lections pr&#233;sidentielles ??? Alors je n'accuse personne mais on a besoin d'un peu d'explication pour y voir plus clair puis le meilleur pour la fin les dinosaures de l'opposition fantoche UDU et soi-disant MDS qui soit se contentaient des miettes que leur jetaient leur ma&#238;tre pour lui servir de d&#233;cor soit appelaient carr&#233;ment et ouvertement &#224; voter pour lui !!! Alors l&#224; je ne vais m&#234;me pas perdre mon temps &#224; &#233;laborer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7- Les opportunistes et le retournement de veste comme sport national : On doit aussi savoir faire notre auto-critique &#8230;si certains parmi nous ont pass&#233; deux d&#233;cennies &#224; applaudir ce syst&#232;me, c'est le mal est aussi un peu en nous&#8230;.alors opportunistes de tout acabit un peu de d&#233;cence ne venz pas jouer les Che Guevara et autres Robespierre aujourd'hui &#8230;Le manque de courage n'est pas une excuse recevable (cu moins fermez vos gueules dans ce cas) et pour rester dans le cynisme et la mesquinerie je cite deux exemples assez caricaturaux : d'abord le 14 au soir Mohammed Ghannouchi demandant &#224; Aljazeera de nous aider dans cette phase d&#233;licate alors que son gouvernement a pass&#233; le plus clair de son temps &#224; invectiver cette cha&#238;ne jusqu'&#224; 48 heures avant son SOS m&#233;diatique. Ensuite, Sayah (un dinosaure du bourguibisme) qui semble avoir la m&#233;moire tr&#232;s courte (rappel ce monsieur &#233;tait &#224; la t&#234;te de la milice destourienne sanguinaire et r&#233;pressive pendant des ann&#233;es) qui hier s'est fendu d'une analyse politique en faveur de la d&#233;mocratie sur Al arabiya&#8230;.Sobhana moghayer el ahwal et idha lam tastahi fa efaal ma cheet ! Bref Marie-antoinette dans la peau de Danton&#8230;d&#233;cid&#233;ment on aura tout vu en Tunisie ! N'oublions pas que les germes du syst&#232;me oppressif de parti unique ont &#233;t&#233; sem&#233;s d&#232;s le r&#232;gne de Bourguiba&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8- R&#233;gionalisme et fracture sociale : un point fondamental que beaucoup (notamment la bourgeoisie bien-pensante qui veut r&#233;fl&#233;chir par procuration pour tous les Tunisiens) semblent oublier&#8230;l'&#233;tincelle qui a d&#233;clench&#233; ce formidable &#233;lan venait de Sidi Bouzid&#8230;pour cause de mis&#232;re et de pauvret&#233;&#8230;alors au lieu de nous perdre entre les articles 56 et 57 et autres p&#233;roraisons et discussions de salons le peuple n'est pas m&#251;r il faut le prot&#233;ger des int&#233;gristes &#8230;ne perdons pas de vue l'essentiel &#8230;un immense chantier de revalorisation des r&#233;gions nous attend &#8230;Tunisois et Saheliens (je le suis moi-m&#234;me mais cela ne m'emp&#234;che pas d'essayer de rester lucide et objectif) ont eu leur chance et leur temps&#8230;aujourd'hui les autres r&#233;gions du pays doivent avoir leur mot &#224; dire sur les plans politiques et &#233;conomiques (je suis contre la discrimination positive mais il faudre des gestes et des signes forts dans ce sens si on veut rester fid&#232;le &#224; l'esprit de cette r&#233;volution et ne pas nous &#233;garer dans les futilit&#233;s qu'une certaine frange, auto-d&#233;clar&#233;e pseudo-intelligentsia, qui souvent d'ailleurs &#233;tait plus ou moins complice, activement ou passivement, consciemment ou non, avec l'ancien syst&#232;me, pr&#233;tend nous imposer comme priorit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9- Civisme e unit&#233; je pense que le chemin de la libert&#233; et de la d&#233;mocratie est long et sem&#233; d'emb&#251;ches. Je sais qu'on a fait un pas colossal sur le plan symbolique (la barri&#232;re de la peur)&#8230;mais je pense aussi qu'une r&#233;volution copernicienne doit s'op&#233;rer au niveau de notre mentalit&#233;&#8230;En deux mots civisme et citoyennet&#233;&#8230;savoir respecter l'autre quelque soit son opinion, son origine sociale, son statut ou son niveau d'instruction&#8230;Cette r&#233;volution est une page de l'histoire qui a &#233;t&#233; &#233;crite par des millions de Bouazizi, un fils du peuple, un pauvre&#8230;.alors quand je vois comment certains Tunisiens, y compris dans mon entourage, traitent les bonnes ou les petites gens, je me dis qu'on a encore du chemin &#224; faire et que ce sont pr&#233;cis&#233;ment ceux-l&#224; qui ne sont pas m&#251;rs pour la d&#233;mocratie et qu'il faudrait prot&#233;ger contre leur propres d&#233;mons d'arrogance et inculquer une grande dose de citoyennet&#233; et de sens civique &#8230;Ceux-l&#224; m&#234;me qui s'extasient devant la libert&#233; qu'ils voient sur TF1 ou TV5 et cinq minutes apr&#232;s traitent leur bonne ou autre gardien comme un moins que rien&#8230;cette schizophr&#233;nie sociale et intellectuelle est, &#224; mon avis, aussi dangereuse, &#224; mon avis, pour l'esprit de cette r&#233;volution, qu'une intervention arm&#233;e &#233;trang&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10- Pour les choses plus terre-&#224;-terre, la s&#233;curit&#233;, le pain etc&#8230;je ne vais pas m'&#233;taler parce que je suis plut&#244;t optimiste &#8230;l'arm&#233;e va finir par r&#233;tablir la s&#233;curit&#233; et neutraliser les criminels nostalgiques &#8230;Ne sombrons pas dans la panique (plein de messages intox sur facebook genre eau empoisonn&#233;e etc)&#8230;et dites-vous que si ce grand peuple a donn&#233; une centaine de martyrs pour lib&#233;rer le pays d'un dictateur sanguinaire, la situation des boulangeries n'est pas ce qu'il y a de plus important &#224; consid&#233;rer ! Juste un souhait, que les m&#233;dias tunisiens qui pr&#233;tendent adopter une posture plus libre nous montrent les images des personnes dont elles nous disent qu'elles ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es&#8230;On entend plein de rumeurs, d&#233;mentis, intox &#8230;et une telle mesure pourra contribuer &#224; rassurer les Tunisiens et &#224; baisser le niveau de confusion actuelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11- M&#234;me si mes remarques peuvent para&#238;tre un peu pessimistes, croyez-moi je suis tr&#232;s optimiste&#8230;mais je pense qu'il faut rester vigilants et tr&#232;s exigeants avec nous-m&#234;mes &#8230;Nous venons d'appliquer &#224; la lettre et sur terrain les deux vers de Aboulkce Chebbi, alors ne laissons pas cet espoir se volatiliser par paresse intellectuelle &#8230;ou &#234;tre confisqu&#233; par des lobbys ou groupes d'int&#233;r&#234;t qu'ils soient politiques ou &#233;conomiques&#8230;Il y a deux images fortes que je retiens : celle d'un dictateur qui n'a pas su ni parler &#224; son peuple, ni l'&#233;couter pendant 20 ans &#8230;et qui sombre dans le path&#233;tique en pr&#233;tendant n&#233;gocier son maintien sur le tr&#244;ne avec une momie (Allah Yarhemek Ya Bouazizi&#8230;Tu as allum&#233; une lueur d'espoir dans le c&#339;ur des tous les Tunisiens libres) &#8230;et la deuxi&#232;me image forte est celle de ce soldat qui fait un salut militaire au passage d'un cort&#232;ge fun&#232;bre d'un martyr de la libert&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisons en sorte d'honorer leur m&#233;moire et que leur sang serve au bien de ce peuple&#8230;Gloire aux martyrs et Vive la Tunisie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hichem, citoyen ordinaire qui aime ce pays, petit par sa taille mais grand par son peuple&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Aux Etats-Unis, &#171; le capitalisme financier a extermin&#233; l'id&#233;e m&#234;me de carri&#232;re &#187;</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?414-aux-etats-unis-le-capitalisme</link>
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		<dc:date>2010-11-05T16:15:44Z</dc:date>
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		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Pr&#233;carit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;lectoralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Source : Le Monde du 02.11.10 http://www.lemonde.fr/economie/arti... Economiste de formation, sociologue et historien du travail, l'Am&#233;ricain Richard Sennett est professeur &#224; la London School of Economics et &#224; l'universit&#233; de New York (NYU). Pour lui, la mont&#233;e du ch&#244;mage pousse l'&#233;lectorat am&#233;ricain &#224; droite. Barack Obama a-t-il commis une erreur en pla&#231;ant la sant&#233;, plut&#244;t que l'emploi, comme enjeu prioritaire de son action initiale ? Richard Senett : Obama pense plus en termes (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-reactions-a-l-actualite-" rel="directory"&gt;R&#233;actions &#224; l'actualit&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-55-travail-+" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-85-precarite-+" rel="tag"&gt;Pr&#233;carit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-115-electoralisme-+" rel="tag"&gt;&#201;lectoralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Source : Le Monde du 02.11.10&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/11/02/aux-etats-unis-le-capitalisme-financier-a-extermine-l-idee-meme-de-carriere_1434497_3234.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.lemonde.fr/economie/arti...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Economiste de formation, sociologue et historien du travail, l'Am&#233;ricain Richard Sennett
est professeur &#224; la London School of Economics et &#224; l'universit&#233; de New York (NYU). Pour
lui, la mont&#233;e du ch&#244;mage pousse l'&#233;lectorat am&#233;ricain &#224; droite.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Barack Obama a-t-il commis une erreur en pla&#231;ant la sant&#233;, plut&#244;t que l'emploi, comme
enjeu prioritaire de son action initiale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Richard Senett&lt;/strong&gt; : Obama pense plus en termes strat&#233;giques que politiques, il est plus un
homme d'Etat qu'un politicien. C'est une grande qualit&#233;, et un grand risque. Vu le poids
du co&#251;t de la sant&#233; sur l'&#233;conomie &#8211; il p&#232;se plus que partout ailleurs sur la croissance
&#8211;, il a jug&#233; que s'il parvenait &#224; ses fins sur ce sujet, il ouvrait une br&#232;che
essentielle pour r&#233;former ensuite l'ensemble du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Strat&#233;giquement, c'&#233;tait bien vu, mais politiquement, une catastrophe. Les gens ne sont
obnubil&#233;s que par un seul enjeu : retrouver du travail. Autre erreur magistrale,
l'administration a d&#233;lib&#233;r&#233;ment repouss&#233; son programme de grands chantiers. Enfin, il
fallait montrer aux gens qu'on am&#233;liorait imm&#233;diatement leur protection sociale. C'est
une trag&#233;die : le pr&#233;sident intellectuellement le plus brillant depuis John Kennedy n'a
pas un grand sens des r&#233;alit&#233;s quotidiennes. R&#233;sultat, un boulevard s'est ouvert &#224; la
droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de comprendre ce qui appara&#238;t comme des mentalit&#233;s irrationnelles des
Am&#233;ricains. Elles sont li&#233;es au sentiment d'ins&#233;curit&#233;. Ce pays, socialement, est tr&#232;s
fragile. Des gr&#232;ves comme on en voit en France y sont impensables. La vie de la plupart
des salari&#233;s est devenue si difficile, ils sont tellement dans la survie, que chacun
devient obnubil&#233; par son seul avenir personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le nouveau capitalisme, la couche sup&#233;rieure se sent tr&#232;s puissante, mais la masse
en permanence tr&#232;s menac&#233;e. La peur est source de fermeture, pas d'ouverture. Dans un
moment exceptionnel, Obama s'est fait &#233;lire en appelant les gens &#224; cesser d'avoir peur.
Mais les difficult&#233;s de l'emploi ont tout emport&#233; et la crainte de perdre son emploi
s'est impos&#233;e comme l'axe de la vie politique du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans quelle mesure, cette &#171; culture du nouveau capitalisme &#187;, que vous avez beaucoup
&#233;tudi&#233;e, explique-t-elle les difficult&#233;s de l'administration Obama apr&#232;s deux ans de
pr&#233;sidence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux Etats-Unis, le centre-gauche se divise en deux cat&#233;gories : les anciens &#034;cols
bleus&#034;, qui ont &#233;t&#233; massivement &#233;ject&#233;s du terrain d'action du nouveau capitalisme, et
les classes professionnelles, qui en ont b&#233;n&#233;fici&#233;. Obama est parvenu &#224; refaire la
jonction entre ces deux cat&#233;gories, entre autres parce que le premier groupe est de plus
en plus repr&#233;sent&#233; par des Noirs et des Hispaniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais structurellement, le nouveau capitalisme a profond&#233;ment divis&#233; les salari&#233;s. Le
tournant qui est advenu est le suivant : la flexibilit&#233;, la capacit&#233; de passer d'un
travail &#224; un autre, est tr&#232;s amplement un mythe, mais il s'inscrit dans les croyances
am&#233;ricaines. Or depuis vingt, vingt-cinq ans, la possibilit&#233; de b&#233;n&#233;ficier de la
flexibilit&#233; pour am&#233;liorer son statut social a amplement disparu : la plupart des gens
ont vu leur statut d&#233;gringoler. Seule une minorit&#233; est sortie par le haut : les
professionnels li&#233;s aux nouvelles activit&#233;s technologiques. Ils forment aujourd'hui
l'encadrement du parti d&#233;mocrate, qui est le parti des &#233;lites professionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aujourd'hui, les deux cat&#233;gories ne se parlent plus. Les vieux syndicats sont en
rapide d&#233;clin. La gauche de type Labour britannique, qui &#233;tait une composante
structurelle du parti d&#233;mocrate, arm&#233;e des fortes notions de justice sociale et
d'Etat-providence, a &#233;t&#233; lamin&#233;e. Politiquement, le centre-gauche am&#233;ricain serait
consid&#233;r&#233; comme le centre-droit en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est l'impact du ch&#244;mage sur le processus &#233;lectoral actuel ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus il gonfle, plus il pousse les gens &#224; droite, car il accro&#238;t la &#171; nostalgie &#187; d'un
pass&#233; o&#249; le travail &#233;tait acquis, le ch&#244;mage inexistant et la peur absente. Par
ailleurs, la qualit&#233; du travail s'est &#233;norm&#233;ment d&#233;grad&#233;e. Un travail manuel exigeant
des comp&#233;tences, en termes d'auto-valorisation, cela n'a rien &#224; voir avec un emploi chez
WalMart ou McDo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les connaissances exig&#233;es par les nouvelles technologies sont per&#231;ues comme une
menace. Les changements majeurs ont commenc&#233; sous Bill Clinton. Mais &#224; l'&#233;poque,
beaucoup des &#171; vieilles entreprises &#187; n'avaient pas encore disparu. Aujourd'hui, on sait
que ces emplois ne reviendront plus, que le &#171; mode de vie &#187; qu'on a connu est fini pour
toujours, et en m&#234;me temps on ne peut l'admettre. Cela pousse les salari&#233;s soit vers la
nostalgie, soit vers la rage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Am&#233;rique est-elle sous le choc de la d&#233;couverte d'un ch&#244;mage &#171; structurel &#187; comme
l'Europe occidentale en conna&#238;t depuis trente ans ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2008, j'ai interview&#233; &#233;norm&#233;ment de ch&#244;meurs. Ce qu'ils manifestent d'abord,
c'est une tristesse existentielle quand ils constatent que la vie de leurs enfants sera
moins bonne que ne fut la leur. Ces gens sont aujourd'hui plus concentr&#233;s sur la survie
que sur l'histoire de leur vie. Cela les met en col&#232;re ou les rend nostalgiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mes yeux, plus que le ch&#244;mage, le probl&#232;me majeur des Am&#233;ricains est le sous-emploi
qui se g&#233;n&#233;ralise. Les salari&#233;s ont si peu de garanties sociales qu'on trouve toujours
des gens pour travailler pour des salaires moindres, ou pour des dur&#233;es plus courtes.
Cela cr&#233;e une flexibilit&#233; qui pousse vers un march&#233; du travail o&#249; la pr&#233;carit&#233; &#8211;
salaires faibles, temps partiel et modulable et pas de couverture sociale &#8211; devient la
norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus la masse vit dans l'ins&#233;curit&#233;, plus on avance vers un partage du travail motiv&#233;
par la survie. On le voit jusqu'au niveau universitaire. Les &#171; enseignants auxiliaires &#187;
(&#171; adjunct teachers &#187;) deviennent la norme. Les professeurs titulaires sont une esp&#232;ce en
voie de disparition. Bref, ce qui est en train d'&#234;tre extermin&#233; par le capitalisme
financier, c'est l'id&#233;e m&#234;me de carri&#232;re. Or il est un fait statistique absolument
v&#233;rifi&#233; : plus on pr&#233;serve d'emplois de qualit&#233;, plus la structure sociale est
r&#233;sistante, plus on en perd, plus la pr&#233;carit&#233; et l'ins&#233;curit&#233; se d&#233;veloppent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est l'impact de la d&#233;sindustrialisation sur les mentalit&#233;s des classes salari&#233;es ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens n'ont pas encore assimil&#233; que les Etats-Unis perdent leur pouvoir h&#233;g&#233;monique,
mais ils per&#231;oivent une forme de d&#233;clin beaucoup plus douloureuse que ce qu'a pu &#234;tre,
par exemple, le d&#233;clin de l'empire britannique pour les Anglais. Parce qu'aux
Etats-Unis, il n'y a plus assez de tissu social pour maintenir le lien entre les gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, ici, il n'y a aucune culture du caf&#233; ou du pub, ces lieux o&#249; on entre en
relation avec d'autres sans que le travail soit forc&#233;ment au c&#339;ur de cette relation.
Ici, les relations interpersonnelles sont de plus en plus faibles, y compris au sein des
familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un coll&#232;gue a compar&#233; combien de temps un salari&#233; am&#233;ricain passe r&#233;ellement &#224; manger en
famille, et plus g&#233;n&#233;ralement &#224; des moments de relations familiales, jouer ou faire les
devoirs avec les enfants : eh bien, c'est un tiers du temps moyen pass&#233; par un Europ&#233;en
de l'Ouest. La raison de ce ph&#233;nom&#232;ne est qu'ici il faut deux jobs pour pouvoir
survivre, trois si, comme cela existe de plus en plus, vous n'&#234;tes employ&#233; qu'&#224; temps
tr&#232;s partiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Durant la campagne, McCain et Sarah Palin invoquaient Joe le plombier. Est-ce lui,
l'ouvrier ou l'artisan traditionnel qui a perdu l'&#233;lection de 2008 et qui aujourd'hui se
venge d'Obama ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai aucune nostalgie pour l'&#232;re d'Eisenhower, celle de l'ouvrier blanc triomphant et
de son mode de vie. Il serait irr&#233;aliste de r&#234;ver y revenir. Mais je crois qu'il est
essentiel de r&#233;investir dans le tissu des PME am&#233;ricaines qui est tr&#232;s affaibli. Entre
un dollar investi dans General Motors et un dollar investi dans une PME innovante, c'est
le second qui cr&#233;e plus d'emplois. Or on se focalise sur les enjeux de la mondialisation
en oubliant que les petits producteurs sont le moteur de la vie &#233;conomique. Et on fait
tr&#232;s peu pour les encourager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Obama aurait d&#251; investir imm&#233;diatement et bien plus massivement dans les PME-PMI car ce
sont elles qui recr&#233;eront de l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Village Voice [hebdomadaire new-yorkais] titrait r&#233;cemment sur l'id&#233;e que le &#034;m&#226;le
blanc perd la t&#234;te&#034; car il ne parvient pas &#224; s'adapter aux mutations, en particulier
d&#233;mographiques. D'o&#249; sa rage et son attirance pour la droite extr&#234;me. Est-ce ce &#224; quoi
nous assistons ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis moi-m&#234;me issu de cette classe ouvri&#232;re blanche et je n'ai jamais cess&#233; de
l'&#233;tudier. Ces gens, c'est &#171; mon peuple &#187;. Ce qui leur advient me rend triste, mais pas
m&#233;prisant. Leurs sentiments racistes viennent souvent masquer le fait qu'ils ne
parviennent plus &#224; contr&#244;ler le monde qui les entoure. Ils sont de plus en plus confus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le Village Voice croit qu'ils deviennent une classe de frustr&#233;s. Or cela n'a rien
d'in&#233;luctable. Dans les ann&#233;es 1960-1970, lors des grandes luttes pour l'abolition de la
s&#233;gr&#233;gation raciale, les ouvriers blancs ont fini par bien r&#233;agir, parce qu'ils se sont
identifi&#233;s aux &#171; victimes &#187;. Aujourd'hui, rien n'est jou&#233;. Mon grand reproche &#224; Barack
Obama est qu'il a &#233;chou&#233; &#224; offrir &#224; ces gens un leadership.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il correspond bien aux classes moyennes hautes, logiques, sensibles, ouvertes au long
terme. Mais il manque du capital culturel pour r&#233;pondre aux attentes de cette classe
industrieuse blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison pour laquelle Bill Clinton parvenait &#224; leur parler avec tant de succ&#232;s, c'est
qu'il &#233;tait lui-m&#234;me une victime : il ne contr&#244;lait pas sa propre vie. Face &#224; des
travailleurs, il &#233;tait extraordinaire. Les ouvriers blancs pouvaient pleinement
s'identifier &#224; lui : ils reconnaissaient ses limites humaines, et c'est d'elles que
Clinton tirait son autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Obama, c'est l'inverse : un premier de la classe. Il est empli de confiance en lui, il a
tout r&#233;ussi, il a surmont&#233; exceptionnellement et sans dommages ses exp&#233;riences de
jeunesse. Au d&#233;but, il a insuffl&#233; de l'espoir. Mais c'est tr&#232;s difficile pour un
travailleur am&#233;ricain de s'identifier &#224; lui. Le particularisme am&#233;ricain est ainsi fait
que c'est quand vous n'&#234;tes pas un parangon de comp&#233;tence que vous plaisez &#224; la masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Sylvain Cypel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Facebook : magasin des amis et d&#233;sir de police totalitaire</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?390-facebook-magasin-des-amis-et-desir</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Technoscience</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Internet</dc:subject>
		<dc:subject>Lib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Article du Monde du 2 aout 2010 : http://www.lemonde.fr/idees/article... Le nom est vraiment beau : &#171; le livre des visages &#187;. Il pourrait s&#233;duire les amoureux des livres et ceux pour qui le visage est le lieu o&#249; l'humanit&#233; appara&#238;t. Ce pr&#233;tendu &#171; r&#233;seau social &#187; est en r&#233;alit&#233; une entreprise qui a pour activit&#233; principale de vendre &#224; des industriels des contacts clients personnalis&#233;s. Les entreprises diffusent de la publicit&#233; tous azimuts, sans savoir si ceux qui la re&#231;oivent sont (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-reactions-a-l-actualite-" rel="directory"&gt;R&#233;actions &#224; l'actualit&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-34-technoscience-+" rel="tag"&gt;Technoscience&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-44-internet-+" rel="tag"&gt;Internet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-53-liberalisme-+" rel="tag"&gt;Lib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-108-sociologie-+" rel="tag"&gt;Sociologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article du Monde du 2 aout 2010 : &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/09/02/facebook-magasin-des-amis-et-desir-de-police-totalitaire_1405169_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.lemonde.fr/idees/article...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le nom est vraiment beau : &#171; &lt;i&gt;le livre des visages&lt;/i&gt; &#187;. Il pourrait s&#233;duire les amoureux des livres et ceux pour qui le visage est le lieu o&#249; l'humanit&#233; appara&#238;t. Ce pr&#233;tendu &#171; r&#233;seau social &#187; est en r&#233;alit&#233; une entreprise qui a pour activit&#233; principale de vendre &#224; des industriels des contacts clients personnalis&#233;s. Les entreprises diffusent de la publicit&#233; tous azimuts, sans savoir si ceux qui la re&#231;oivent sont susceptibles d'acheter le produit ou le service. Il y a une d&#233;pense &#224; perte et le co&#251;t de chaque retour positif inclut celui des &#233;checs. D'o&#249; la demande capitalistique de pouvoir trier les cibles et ainsi rationaliser la d&#233;pense publicitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail de Facebook est d'organiser un immense fichage, plus efficace que dans les pays pourvus de police politique : l'internaute (c'est-&#224;-dire le futur client) est invit&#233; &#224; fabriquer sa fiche lui-m&#234;me. Le pr&#233;texte est tr&#232;s habile : plus l'internaute inscrit &#224; Facebook donne de d&#233;tails sur ses go&#251;ts, ses activit&#233;s, ses pr&#233;f&#233;rences, plus il trouvera ais&#233;ment des &#171; amis &#187;. Un magasin des amis, voil&#224; l'accroche. Cet hame&#231;on fonctionne, donnant ainsi une id&#233;e de l'effondrement des relations sociales directes et vivantes. Il y a toujours eu des r&#233;seaux : familiaux, scolaires, de quartier, professionnels, politiques, sportifs, religieux, associatifs. Mais ils s'appuyaient sur des relations r&#233;elles dans lesquelles les personnes se rencontraient. Sur Facebook, tout est virtuel. Personne ne sait qui est v&#233;ritablement qui. Aucune v&#233;rification n'est possible. Les inconnus r&#233;ciproques le restent et la rencontre est un risque dont on peut supposer qu'il est rarement pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Facebook est donc une sociabilit&#233; factice, facile et fictive, qui remplace avantageusement, croit-on, la sociabilit&#233; r&#233;elle, compliqu&#233;e, prenante. Voulez-vous des amis ? Venez les acheter dans le plus grand magasin des amis au monde, contre presque rien, des morceaux de votre propre vie priv&#233;e et un peu de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Facebook est un vaste filet o&#249; nagent, inconscients d'&#234;tre des proies, des millions d'internautes en qu&#234;te d'amiti&#233; &#233;lectronique (500 millions de &#171; membres actifs &#187; au 24 juillet selon l'entreprise). Le d&#233;sir d'ami, renforc&#233; par une solitude elle-m&#234;me accrue pr&#233;cis&#233;ment par le temps pass&#233; devant les &#233;crans, pousse &#224; compl&#233;ter loyalement les fiches de renseignement (sinon vos &#171; amis &#187; attrap&#233;s par des informations fausses risquent de vous retirer leur confiance). Donc des centaines de millions de fiches, &#233;crites par des personnes en attente de lien social. L'entreprise peut alors vendre ces renseignements, qui repr&#233;sentent des contacts clients et du temps de cerveau disponible, aux publicitaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DIMINUER ENCORE LES POSSIBILIT&#201;S D'AM&#201;LIORER LE MONDE R&#201;EL&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Facebook signale un &#233;v&#233;nement psycho-politique consid&#233;rable : la substitution d'une police techno-capitalistique quasi-volontaire &#224; la police politique totalitaire subie. Le contr&#244;le social est assur&#233; par le traitement de l'amiti&#233; comme une marchandise immat&#233;rielle permettant de faire circuler les autres marchandises mat&#233;rielles. Au fichage vol&#233;, au viol furtif de la vie priv&#233;e, succ&#232;de un viol consenti, pire, op&#233;r&#233; par soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde aurait voulu collaborer &#224; la STASI. De m&#234;me qu'il y a eu et qu'il y a encore un sourd d&#233;sir de revenir de d&#233;portation, il y a toujours un sourd d&#233;sir de totalitarisme sovi&#233;tiforme. Chacun veut regarder dans le hublot de la chambre &#224; gaz, chacun veut contempler, bien install&#233; dans un mirador, l'agonie lente du travail forc&#233;, chacun veut voir par le trou de la serrure la vie des autres. Mais sans la violence. Facebook est la r&#233;p&#233;tition &#8211; mais &#224; une &#233;chelle plus grande &#8211; de l'op&#233;ration Loft Story, cette micro machine scopique totalitaire. Facebook c'est &#231;a : le totalitarisme transform&#233; en jeu de soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que la nationalit&#233; est aussi inscrite dans ces structures mentales, l'appartenance politique peut &#234;tre menac&#233;e par Facebook que l'entreprise n'h&#233;site pas &#224; qualifier comiquement de &#171; &lt;i&gt;troisi&#232;me Etat du monde&lt;/i&gt; &#187; derri&#232;re la Chine et l'Inde. Ce qui sugg&#232;re une fatigue &#224; l'&#233;gard de l'Etat et de la nation, des crimes commis en leur nom, et le r&#234;ve d'&#234;tre li&#233; mais &#224; une chose plus souple, plus mall&#233;able, un corps maternel fusionnel, d&#233;brutalis&#233;, un corps mystique sans divinit&#233;. Facebook est un christianisme sans dieu, sans chair, sans obligations : la croix, sa folie, sa douleur, sont remplac&#233;es par le r&#233;seau et la pri&#232;re par la communication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je n'appartiens &#224; aucune communaut&#233; sinon celle de ceux qui ne cherchent qu'&#224; communiquer, peut-&#234;tre puis-je r&#234;ver d'une communion pure, hors-sol, sans corps, sans violence, sans guerre, sans religion, d&#233;barrass&#233;e de ma vie r&#233;elle, et o&#249; je serais auteur de ma propre vie bien qu'en images et en mensonges &#8211; lesquels ne sont pas absents de la vie r&#233;elle. Facebook est une cit&#233; virtuelle o&#249; l'on se distrait de la vie r&#233;elle, effrayante et dure, lourde d'histoire, en lui substituant la vie r&#234;v&#233;e des anges, aux biographies invent&#233;es, une vie technologique totalement illusoire, qui a pour cons&#233;quence d'isoler davantage ceux qui croient &#234;tre plus li&#233;s que les autres et de diminuer encore les possibilit&#233;s d'am&#233;liorer le monde r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Jacques Delfour, professeur de philosophie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Consid&#233;rations sur la crise</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?382-considerations-sur-la-crise</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Lib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Revolution</dc:subject>
		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Post-modernisme</dc:subject>
		<dc:subject>Lieux Communs</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cette crise n'est pas une nouvelle crise financi&#232;re ou &#233;conomique banale, c'est LA crise anthropologique du capitalisme dont Castoriadis avait &#233;voqu&#233; l'arriv&#233;e imminente &#224; de nombreuses reprises depuis le d&#233;but des ann&#233;es 80. Les rem&#232;des de cheval administr&#233;s &#224; l'&#233;conomie par tous les Etats (avec notre pognon et sans notre accord), pour sauvegarder le syst&#232;me, ne r&#233;soudront rien. Les t&#234;tes &#224; claques infantiles et irresponsables qui nous &#171; gouvernent &#187;, et s'en mettent plein les poches, sont (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-reactions-a-l-actualite-" rel="directory"&gt;R&#233;actions &#224; l'actualit&#233;&lt;/a&gt;

/ 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-57-revolution-+" rel="tag"&gt;Revolution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-87-post-modernisme-+" rel="tag"&gt;Post-modernisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-98-lieux-communs-+" rel="tag"&gt;Lieux Communs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cette crise n'est
pas une nouvelle crise financi&#232;re ou &#233;conomique banale, c'est LA crise
anthropologique du capitalisme dont Castoriadis avait &#233;voqu&#233; l'arriv&#233;e
imminente &#224; de nombreuses reprises depuis le d&#233;but des ann&#233;es 80. Les
rem&#232;des de cheval administr&#233;s &#224; l'&#233;conomie par tous les Etats (avec
notre pognon et sans notre accord), pour sauvegarder le syst&#232;me, ne
r&#233;soudront rien. Les t&#234;tes &#224; claques infantiles et irresponsables qui
nous &#171; gouvernent &#187;, et s'en mettent plein les poches, sont enti&#232;rement
responsables de ce qui se passe actuellement. Ce sont elles qui ont
impos&#233;es d&#233;r&#233;gulations, d&#233;localisations, privatisations,
financiarisation, d&#233;sindustrialisation, individualisation et
pr&#233;carisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Elles ont par l&#224; d&#233;truit toute
possibilit&#233; d'oppositions internes et collectives &#224; un syst&#232;me
&#233;conomique irrationnel. Les m&#234;mes imb&#233;ciles, tar&#233;s et monstrueusement
cupides, restant au pouvoir, il ne pourra y avoir &#171; moralisation &#187; du
capitalisme malgr&#233; leurs discours d'arracheurs de dents ; les m&#234;mes
causes produiront les m&#234;mes effets (l'abruti arriviste Copp&#233; : &#171; Malgr&#233;
la crise, nous continuerons nos r&#233;formes. &#187; !!). Autrement dit, ces
sales gamins &#233;go&#239;stes qui jouent avec la plan&#232;te et la vie des gens
m&#233;riteraient une bonne fess&#233;e, mais il n'y a plus personne pour leur
administrer et pour les priver de leurs joujoux... Les temps qui viennent
vont &#234;tre chaotiques et barbares, les mauvaises nouvelles, &#233;cologiques
et &#233;conomiques, vont tomber en avalanches, et le r&#233;veil va &#234;tre
douloureux pour les populations occidentales qui ont encore &#233;t&#233;
pr&#233;serv&#233;es quelque peu jusqu'&#224; pr&#233;sent. Elles ne semblent plus, h&#233;las,
pouvoir ou vouloir prendre en main leur destin&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faiblesse des r&#233;actions collectives (la modernit&#233; nous a rendue
incapables en Occident, et bient&#244;t partout ailleurs, de nous constituer en
&#171; peuples &#187; conscients de leurs responsabilit&#233;s et ennemis des privil&#232;ges) est
&#233;videmment ce qui peut arriver de pire pour que l'&#233;conomie &#171; capitaliste &#187;
continue de ravager tranquillement la plan&#232;te ad vitam aeternam (ses
contradictions insurmontables arriveront d'autant plus vite). Mais cela ne
peut nous r&#233;jouir bien s&#251;r, il y a bien trop de souffrances et de
d&#233;structurations humaines, trop de destructions irr&#233;versibles de la
biosph&#232;re &#224; la clef dans cette attente...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouveau keyn&#233;sianisme, une r&#233;partition &#233;quitable des richesses pour que
les gens puissent continuer &#224; consommer toutes ces merveilleuses
marchandises modernes serait la solution la plus rationnelle pour le
syst&#232;me, mais plus personne &#171; en haut &#187; ne peut ou ne veut plus lui
imposer de telles contraintes et r&#233;gulations, d'ailleurs cela ne ferait
que retarder certaines &#233;ch&#233;ances catastrophiques. Je pense,
comme Castoriadis, qu'il y a bien une &#171; logique &#187; totalitaire de
l'&#233;conomie &#171; capitaliste &#187;, la logique du profit, mais qu'il y a aussi
des individus pour la favoriser, choix et int&#233;r&#234;ts bien compris,
l'oligarchie, et d'autres qui peuvent ou qui pourraient s'y opposer. Plus
ces derniers feront cela en toute conscience, essayant de r&#233;aliser des
projets sociaux et &#233;conomiques respectueux de chacun et de la Nature, plus
ils auront de chance de mettre un terme &#224; la fuite en avant
morbide actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'absence de grands mouvements sociaux portant de tels projets, on peut comprendre la
volont&#233; de certains opposants au
syst&#232;me de cr&#233;er des petites communaut&#233;s d&#233;mocratiques et
conviviales, autarciques dans la mesure du possible. &#171; L'exemplarit&#233; &#187; de
ces tentatives pour sortir du syst&#232;me n'a pas l'air, pour le moment, d'inciter
grand-monde &#224; la d&#233;sertion de la soci&#233;t&#233; de consommation (c'est la
multiplication partout de celles-ci qui pourraient avoir une
signification profonde dans ce sens...). Il est vrai que ce qu'elles ont &#224;
proposer aux foules atomis&#233;es du monde moderne n'est pas tr&#232;s s&#233;duisant
pour les hommes d'aujourd'hui : efforts personnels, pers&#233;v&#233;rance,
responsabilit&#233;, frugalit&#233; choisie, travaux collectifs, coop&#233;ration,
bienveillance, indulgence, politesse, civilit&#233; (ce sont les petits
conflits caract&#233;riels et les petites divergences id&#233;ologiques qui sont le
plus dur &#224; &#171; g&#233;rer &#187; dans ces communaut&#233;s de gens tr&#232;s conscients et tr&#232;s
instruits o&#249; le quant-&#224;-soi individuel tr&#232;s &#233;lev&#233; m&#232;ne souvent &#224; des
incompr&#233;hensions ou des rivalit&#233;s insurmontables... suivez mon regard...).
C'est bien l&#224; le probl&#232;me de tous les &#171; r&#233;volutionnaires &#187; aujourd'hui ;
nous n'avons rien de bien &#171; s&#233;duisant &#187;, en regard des conforts
incroyables, des commodit&#233;s sans nombre, et des divertissements magiques
qu'offre la soci&#233;t&#233; moderne, &#224; proposer comme mode de vie tr&#232;s
d&#233;sirable sinon, peut-&#234;tre, des rapports sociaux plus &#233;gaux, plus justes,
de plus grandes chances de se r&#233;aliser individuellement, et des relations
sociales (qui sait ?) plus riches...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R. Juin 2010&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
TITANIC AMER&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui toutes les soci&#233;t&#233;s dans lesquelles r&#232;gnent les conditions modernes de production sont comme abasourdies par une fantastique accumulation d'absurdit&#233;s criantes. Nous sommes entr&#233;s dans une p&#233;riode de r&#233;gression sociale et historique ubuesque, et il faudrait &#234;tre inconscient ou malhonn&#234;te pour s'en r&#233;jouir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; despotique des mouvements de capitaux d&#233;truit des secteurs entiers de la production et l'&#233;conomie mondiale s'est transform&#233;e en casino plan&#233;taire. La r&#232;gle d'or du capitalisme a toujours &#233;t&#233;, d&#232;s la premi&#232;re moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, la minimisation des co&#251;ts pour un maximum de profits, ce qui impliquait logiquement les salaires les plus bas pour une productivit&#233; la plus haute possible. Ce sont des luttes politiques et sociales qui ont contrecarr&#233; cette tendance, en imposant des augmentations de salaires et des r&#233;ductions de la dur&#233;e du travail, ce qui a cr&#233;&#233; des march&#233;s int&#233;rieurs &#233;normes et &#233;vit&#233; ainsi au syst&#232;me d'&#234;tre noy&#233; dans sa propre production. Le capitalisme ne conduit pas spontan&#233;ment vers un &#233;quilibre, mais plut&#244;t vers une alternance de phases d'expansion &#8212; la fameuse expansion &#233;conomique &#8212; et de contraction &#8212; les non moins fameuses crises &#233;conomiques. Les nouvelles politiques d'interventions de l'Etat dans l'&#233;conomie, d&#232;s 1933 aux Etats-Unis, pour une meilleure r&#233;partition du produit social, ont &#233;t&#233; rageusement combattues par l'establishment capitaliste, bancaire et acad&#233;mique. Pendant longtemps les patrons ont proclam&#233; qu'on ne pouvait pas augmenter les salaires et r&#233;duire le temps de travail sans entra&#238;ner la faillite de leur entreprise et celle de la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re ; et ils ont toujours trouv&#233; des &#233;conomistes pour leur donner raison. Ce n'est qu'apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale qu'augmentations des salaires et r&#233;gulation &#233;tatique ont &#233;t&#233; accept&#233;es par le patronat, ce qui a entra&#238;n&#233; la phase la plus longue d'expansion capitaliste : les &#171; Trente Glorieuses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les ann&#233;es 1980, cet &#233;quilibre entre le capital et le travail a &#233;t&#233; d&#233;truit par une offensive n&#233;o-lib&#233;rale (Thatcher, Reagan) qui s'est &#233;tendue &#224; toute la plan&#232;te. Cette contre-r&#233;volution r&#233;actionnaire a permis un retour insens&#233; au &#171; lib&#233;ralisme &#187; sauvage, qui a profit&#233; aux grandes firmes de l'industrie et de la finance. Par ailleurs, la monstruosit&#233; devenue &#233;vidente des r&#233;gimes soi-disant socialistes et r&#233;ellement totalitaires (ce n'&#233;tait pas la dictature du prol&#233;tariat, mais la dictature sur le prol&#233;tariat&#8230;) a discr&#233;dit&#233; pour longtemps l'id&#233;e m&#234;me d'&#233;mancipation sociale. L'imaginaire capitaliste a triomph&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A tremper sans vergogne dans les eaux glac&#233;es du calcul &#233;go&#239;ste, les d&#233;cideurs ont perdu toute lucidit&#233;. Ils ont ainsi &#233;limin&#233; les quelques garde-fous que 150 ans de luttes avaient r&#233;ussi &#224; leur imposer. Les firmes transnationales, la sp&#233;culation financi&#232;re et m&#234;me les mafias au sens strict du terme mettent &#224; sac la plan&#232;te sans aucune retenue. Ici il faudrait accepter de se serrer la ceinture pour &#234;tre concurrentiels. Les &#233;lites dirigeantes se goinfrent de mani&#232;re d&#233;complex&#233;e, en expliquant doctement &#224; la population m&#233;dus&#233;e qu'elle vit au-dessus de ses moyens. Aucune &#171; flexibilit&#233; &#187; du travail dans nos vieux pays industrialis&#233;s ne pourra r&#233;sister &#224; la concurrence de la main-d'&#339;uvre &#171; &#224; bas co&#251;t &#187; (comme ils disent) de pays qui contiennent un r&#233;servoir in&#233;puisable de force de travail. Des centaines de millions de pauvres sont mobilis&#233;s brutalement dans un processus d'industrialisation forcen&#233;e. Et l&#224;-bas comme ici, ce sont des hommes que l'on traite comme quantit&#233; n&#233;gligeable, c'est notre Terre patrie et ses habitants que l'on &#233;puise toujours plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours plus, toujours plus &#8230; mais toujours plus de quoi ? Plus d'intelligence et de sensibilit&#233; dans nos rapports sociaux ? Plus de beaut&#233; dans nos vies ? Non. &lt;strong&gt;Le superflu prolif&#232;re, alors que le miminum vital n'est m&#234;me pas toujours l&#224;, et que l'essentiel manque.&lt;/strong&gt; Plus de t&#233;l&#233;viseurs extra-plats, plus d'ordinateurs individuels, plus de t&#233;l&#233;phones portables. C'est avec des hochets qu'on m&#232;ne les hommes. &#171; Nulle part il n'existe d'adulte, ma&#238;tre de sa vie, et la jeunesse, le changement de ce qui existe, n'est aucunement la propri&#233;t&#233; de ces hommes qui sont maintenant jeunes, mais celle du syst&#232;me &#233;conomique, le dynamisme du capitalisme. Ce sont des choses qui r&#232;gnent et qui sont jeunes ; qui se chassent et se remplacent elles-m&#234;mes. &#187;, &#233;crivait d&#233;j&#224; Guy DEBORD en 1967 dans La Soci&#233;t&#233; du spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du pain et des jeux est la nouvelle religion dans tout l'empire techno-marchand, dont nous vivons peut-&#234;tre bien le d&#233;but de la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De belles &#226;mes pr&#244;nent ici et l&#224; l'adoption d'un d&#233;veloppement durable, plus doux pour les humains et leur environnement ; on ralentirait les processus d&#233;vastateurs, on consommerait moins de combustibles fossiles, on ferait des &#233;conomies, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un peu comme si l'on conseillait au commandant du Titanic de simplement r&#233;duire la vitesse de son vaisseau pour &#233;viter l'iceberg naufrageur, au lieu de lui faire changer de cap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dessinateur G&#233;b&#233; &#233;tait peut-&#234;tre plus r&#233;aliste quand il &#233;crivait dans L'An 01, au d&#233;but des ann&#233;es 1970, cette formule provocante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &#171; On arr&#234;te tout. On r&#233;fl&#233;chit. Et c'est pas triste. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel propos peut sembler d&#233;risoire, pour ne pas dire r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout le reste, toute cette r&#233;alit&#233; qui se morc&#232;le sous nos yeux , n'est-ce pas plus d&#233;risoire encore ? &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#224; perdre quelques cha&#238;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et nous avons un monde plus libre &#224; reconstruire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un incorrigible r&#234;veur (Paris, le 1er mai 2010)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;onreflechit&lt;span class='mcrypt'&gt; &lt;/span&gt;yahoo.fr&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;chiffrer l'actualit&#233; &#233;conomique, le blog de Paul Jorion est irrempla&#231;able : &lt;a href=&#034;https://www.pauljorion.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pauljorion.com&lt;/a&gt;
Pour une r&#233;flexion plus g&#233;n&#233;rale sur ce monde &#233;trange o&#249; nous vivons, lire La &#171; rationalit&#233; &#187; du capitalisme (dont ce tract est tr&#232;s librement inspir&#233;), de Corn&#233;lius CASTORIADIS, disponible en poche dans Figures du pensable (1999).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Identit&#233; nationale, ghettos et crise post-coloniale</title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?312-identite-nationale-ghettos-et</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?312-identite-nationale-ghettos-et</guid>
		<dc:date>2009-12-14T08:00:17Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Source :http://www.liberation.fr/politiques... L'article en ligne, titr&#233; &#171; Identit&#233; nationale, le retour du refoul&#233; colonial &#187;, est suivi de ce commentaire : &#171; Identit&#233; nationale, ghettos et crise post-coloniale &#187; est le titre original donn&#233; par l'auteur, je le sais puisque c'est moi. Est-ce normal de changer le titre d'une tribune libre ? D'autant que le titre choisi par Lib&#233; n'a pas le m&#234;me sens, il est accusatoire alors que mon texte tend au contraire &#224; trouver les moyens de pacifier (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-reactions-a-l-actualite-" rel="directory"&gt;R&#233;actions &#224; l'actualit&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-83-geopolitique-+" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Source :&lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/politiques/0101606332-identite-nationale-le-retour-du-refoule-colonial&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.liberation.fr/politiques...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article en ligne, titr&#233; &#171; Identit&#233; nationale, le retour du refoul&#233; colonial &#187;, est suivi de ce commentaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Identit&#233; nationale, ghettos et crise post-coloniale &#187; est le titre original donn&#233; par l'auteur, je le sais puisque c'est moi. Est-ce normal de changer le titre d'une tribune libre ? D'autant que le titre choisi par Lib&#233; n'a pas le m&#234;me sens, il est accusatoire alors que mon texte tend au contraire &#224; trouver les moyens de pacifier le d&#233;bat, d'&#233;viter l'opposition des uns et des autres en &#171; objectivant &#187; le probl&#232;me. Sans parler du fait que les outils conceptuels de la psychanalyse se transposent tr&#232;s mal &#224; la politique&#8230; J&#233;r&#233;my Robine&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La remarque nous semblant de bon sens, nous la retenons pour le titre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Identit&#233; nationale, ghettos et crise post-coloniale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par JEREMY ROBINE Docteur en g&#233;opolitique, universit&#233; Paris-VIII&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lancement, &#224; l'approche des &#233;lections r&#233;gionales, d'un grand d&#233;bat sur l'identit&#233; nationale visant &#224; raviver les sentiments x&#233;nophobes d'une partie des Fran&#231;ais, est l'une des manifestations de l'existence d'une vraie question quant &#224; l'identit&#233; nationale. Jusqu'&#224; il y a un peu moins de cinquante ans, la France poss&#233;dait un empire colonial dont elle ne s'est d&#233;faite que contrainte, m&#234;me si la majorit&#233; de la population n'avait que peu de lien avec celui-ci, les guerres d'Indochine et d'Alg&#233;rie conduisant aux autres ind&#233;pendances. L'Etat a alors d&#251; repenser la puissance nationale, tandis qu'une minorit&#233; des Fran&#231;ais commen&#231;ait une nouvelle vie marqu&#233;e qui par le souvenir de l'exode brutal et forc&#233;, qui par celui des actions et exactions commises et subies au sein de l'arm&#233;e en Alg&#233;rie. Et tr&#232;s vite des immigr&#233;s sont venus d'Alg&#233;rie et d'ailleurs, rejoignant ceux qui &#233;taient d&#233;j&#224; en m&#233;tropole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On imagine sans peine qu'au lendemain de son ind&#233;pendance, une jeune nation ait &#224; se r&#233;inventer presque compl&#232;tement. On sait les accusations d'acculturation port&#233;es &#224; juste titre contre le r&#233;gime colonial. Une fois l'euphorie de l'ind&#233;pendance pass&#233;e, qu'est-ce qui cimente les jeunes nations d&#233;colonis&#233;es ? Cela ne va pas de soi et m&#233;rite pour chacune un grand d&#233;bat, qui n&#233;cessiterait des d&#233;mocraties plus effectives. En attendant, face aux tensions n&#233;es du faible d&#233;veloppement, de la forte croissance d&#233;mographique et des in&#233;galit&#233;s criantes, les dirigeants de ces jeunes nations jouent - pas forc&#233;ment avec succ&#232;s - avec le feu de l'instrumentalisation de l'islam, des diff&#233;rences ethniques, ou des m&#233;moires. Mais n'est-il pas na&#239;f de croire qu'une nation pourrait savoir si vite ce qu'elle est et ce qu'elle veut devenir ? L'identit&#233; nationale met du temps &#224; prendre forme. C'est la question post-coloniale dans son sens &#233;vident &#224; chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question post-coloniale se pose &#233;galement, avec autant d'acuit&#233;, dans l'ancienne m&#233;tropole, car la nation fran&#231;aise, avec ses 10 % de citoyens issus de ses anciennes colonies, ne peut suivre son chemin isol&#233;ment. La fin du lien colonial ne signifie pas la fin de tout lien. Les m&#233;moires sont l&#224;, encore vives, et de surcro&#238;t, elles se transmettent. Les luttes m&#233;morielles actuelles autour de l'esclavage en sont un excellent exemple. Cinquante ans apr&#232;s les ind&#233;pendances, les destins des nations autrefois unies par la colonisation sont encore li&#233;s dans cette phase post-coloniale, dont l'issue sera l'&#233;mancipation des jeunes nations et de la France vis-&#224;-vis de leur ancienne relation. La r&#233;sistance de &#171; Fran&#231;afrique &#187; prouve qu'on n'y est pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'&#233;tat des nations dont sont originaires nombre de nos concitoyens ou leurs parents et l'&#233;tat des relations entre la France et ces nations, autrefois colonies fran&#231;aises, influent sur le rapport de bien des citoyens de toutes couleurs &#224; la nation fran&#231;aise. Celle-ci a donc, elle aussi, besoin de se r&#233;inventer. Et l&#224; encore, le processus est long. Le temps passant, l'ancienne m&#233;tropole coloniale s'est dessin&#233; un nouveau destin et de nouveaux horizons, et bien des Fran&#231;ais s'en contenteraient, l'oubli faisant le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais il y a d&#233;sormais 10 % des Fran&#231;ais qui sont originaires des anciennes colonies. Et ceux-l&#224;, l'oubli ne leur permet pas de prendre toute leur place dans la nation, car leurs visages, leurs noms, leurs pratiques culturelles et religieuses emp&#234;chent les autres d'oublier, ce qui suscite de l'hostilit&#233; &#224; leur encontre. Ils subissent des discriminations et des pr&#233;jug&#233;s n&#233;s sous la colonisation, ils sont confin&#233;s pour une grande part dans des grands ensembles devenus des ghettos o&#249; personne ne souhaite r&#233;sider - en t&#233;moigne le taux de vacance des logements -, comme s'il s'agissait de pas les voir, pour oublier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est crucial d'insister sur le ghetto, car ce n'est pas un &#233;l&#233;ment parmi d'autres. Certes, les ghettos ne sont pas n&#233;s d'une volont&#233; explicite, bien que le pouvoir gaulliste et le PCF, dans les ann&#233;es 1960 et 1970, aient trouv&#233; un int&#233;r&#234;t commun au regroupement des travailleurs immigr&#233;s dans les territoires ouvriers. Les ghettos naissent apr&#232;s la d&#233;sindustrialisation, &#224; mesure que les premiers habitants quittent massivement les grands ensembles de plus en plus d&#233;labr&#233;s, tandis que les immigr&#233;s et leurs descendants y sont pris au pi&#232;ge, rejoints par les migrants des ann&#233;es 1980 et 1990. Le ph&#233;nom&#232;ne est complexe, et paradoxalement, l'APL (aide au logement) y joue un grand r&#244;le. N&#233;anmoins, depuis au moins la Marche pour l'Egalit&#233; et les premi&#232;res grandes &#233;meutes &#224; Vaulx-en-Velin, le maintien de ces ghettos semble la manifestation du d&#233;sir de la nation de rendre invisibles ces Fran&#231;ais porteurs d'une m&#233;moire douloureuse, et constitue la preuve, pour nombre d'entre eux, que la nation ne les reconna&#238;t pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, beaucoup de Fran&#231;ais blancs sont pr&#234;ts &#224; accepter ces &#171; nouveaux &#187; Fran&#231;ais ; bien entendu, une minorit&#233; est responsable de violences inacceptables qui ne donnent pas le sentiment qu'ils souhaitent prendre toute leur place dans la nation&#8230; Mais au point de d&#233;part, la question est bien celle des ghettos dans le territoire de la nation et dans la nation elle-m&#234;me. Ainsi, l'enjeu est de d&#233;construire ces ghettos, dans le territoire comme dans les repr&#233;sentations, ce qui signifie repenser l'identit&#233; de la nation fran&#231;aise, afin de (re)construire l'envie d'un destin commun. Quant &#224; la violence, elle permet d'entrer pleinement dans le vif du sujet : soit l'on croit que c'est l&#224; une caract&#233;ristique essentielle des Maghr&#233;bins, des Africains subsahariens, et de tous ceux qui leur sont assimil&#233;s, soit il faut bien reconna&#238;tre que pour insupportable qu'elle soit, elle est n&#233;anmoins le produit de ce ghetto dans le territoire et dans l'identit&#233; nationale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>A propos des suicides &#224; France T&#233;l&#233;com : Les laboratoires de l'antipathie. </title>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/?257-a-propos-des-suicides-a-france</link>
		<guid isPermaLink="true">https://collectiflieuxcommuns.fr/?257-a-propos-des-suicides-a-france</guid>
		<dc:date>2009-10-03T17:52:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Lib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Psychiatrie</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;decine</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.journaldumauss.net/spip.php?article553&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.journaldumauss.net/spip....&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-reactions-a-l-actualite-" rel="directory"&gt;R&#233;actions &#224; l'actualit&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-53-liberalisme-+" rel="tag"&gt;Lib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-71-psychiatrie-+" rel="tag"&gt;Psychiatrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-91-sante-+" rel="tag"&gt;M&#233;decine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.journaldumauss.net/spip.php?article553&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.journaldumauss.net/spip....&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antipathie est devenue une forme de comp&#233;tence valoris&#233;e &#224; France T&#233;l&#233;com comme dans beaucoup de grandes entreprises. D&#233;sormais, plus on grimpe dans la hi&#233;rarchie, plus les salari&#233;s ont acquis cette grande qualit&#233; : savoir fermer les yeux et les oreilles &#224; la souffrance d'autrui, savoir cacher les existences humaines meurtries derri&#232;re des ritournelles souriantes et aseptis&#233;es : productivit&#233;, efficacit&#233;, comp&#233;titivit&#233;, excellence, modernisation, leadership&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les laboratoires de l'antipathie. A propos des suicides &#224; France T&#233;l&#233;com&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gildas Renou&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte publi&#233; le 29 septembre 2009&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne mesure pas la puissance d'une id&#233;ologie aux seules r&#233;ponses qu'elle est capable de donner, mais aussi aux questions qu'elle parvient &#224; &#233;touffer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#252;nter Anders, L'Obsolescence de l'homme (1956)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne doit pas, dit-on, faire parler les morts. Mais on ne doit pas, non plus, se boucher les oreilles aux mots que nous adressent ceux qui sont sur le point de commettre - expression que l'on r&#233;p&#232;te sans vraiment y r&#233;fl&#233;chir &#8211; &#171; l'irr&#233;parable &#187;. La vague de suicides que conna&#238;t France T&#233;l&#233;com est d'une ampleur consid&#233;rable : 24 suicides en 18 mois. Elle constitue aussi, selon nous, un sympt&#244;me d'un mal d'une gravit&#233; qu'il importe de d&#233;crypter pour pr&#233;venir d'autres trag&#233;dies, peut-&#234;tre plus importantes. C'est avec cette conviction que nous essaierons, dans ce texte, d'articuler, sans doute trop sch&#233;matiquement, les &#233;l&#233;ments d'une analyse, en vue lancer la discussion publique de fond que nous aimerions enfin voir s'engager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ce qui tient lieu aujourd'hui de d&#233;bat est tr&#232;s insuffisant. Les discours de r&#233;actions des dirigeants de l'entreprise sont inqui&#233;tants par l'aveuglement, volontaire ou non, qu'ils manifestent. Ils souhaitent faire entendre que les suicides ne frapperaient que des personnes d&#233;j&#224; fragilis&#233;es dans leur vie priv&#233;e, qu'il importerait donc de rep&#233;rer pour pr&#233;venir le passage &#224; l'acte. Jamais, ils n'expriment la prise de conscience de la part consid&#233;rable de la politique de &#171; gestion du personnel &#187; men&#233;e, depuis plus de dix ans, dans les processus complexes aboutissant aux r&#233;cents suicides. Les discours des repr&#233;sentants de l'Etat, visant &#224; minimiser le ph&#233;nom&#232;ne [1], restent &#233;galement en de&#231;&#224; l'enjeu. Rappelons-le, l'Etat est l'actionnaire principal de cette entreprise (26,97% du capital [2]. A ce titre, les repr&#233;sentants de l'Etat ont de v&#233;ritables comptes &#224; rendre aux citoyens mandataires, au sens o&#249; ils sont co-responsables de la politique men&#233;e &#224; France T&#233;l&#233;com.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il y a bien, au c&#339;ur de ce processus social, une v&#233;ritable politique et non pas une simple &#233;pid&#233;mie, voire une &#171; mode &#187; [3]. M&#234;me si ses cons&#233;quences en vies humaines bris&#233;es ne sont pas souhait&#233;es, cette politique est orchestr&#233;e, d&#233;lib&#233;r&#233;ment et savamment, du haut vers le bas de la pyramide de l'entreprise, mais de fa&#231;on toujours euph&#233;mis&#233;e, avec des mots techniques qui voilent la cruaut&#233; des situations subjectivement v&#233;cues, des mots qui jamais ne disent explicitement ce que cette strat&#233;gie vise r&#233;ellement. Car ce qu'elle vise, c'est la fragilisation psychique de nombreux salari&#233;s. Le lecteur s'interroge, &#224; juste titre. Par quelle rationalit&#233; &#233;trange une grande entreprise peut elle souhaiter rendre ses salari&#233;s psychiquement fragiles ? Comment ses dirigeants et ses cadres peuvent-ils apparemment renoncer &#224; tout sens moral commun pour mettrent en &#339;uvre de telles op&#233;rations ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre &#224; la premi&#232;re question, il faut d'abord saisir une donn&#233;e capitale : l'activit&#233; de la firme France T&#233;l&#233;com, comme toute entreprise cot&#233;e en Bourse, est aujourd'hui tourn&#233;e vers un objectif d'attractivit&#233; financi&#232;re. A France T&#233;l&#233;com, cet objectif semble d&#233;passer en importance celui de la qualit&#233; des prestations offertes aux clients (celle-ci reste correcte, tant les agents ont gard&#233; un id&#233;al de qualit&#233; du service public). Cette finalit&#233; ultime d'attractivit&#233; d&#233;coule de l'introduction en bourse de son capital, d&#233;cid&#233;e par le gouvernement L. Jospin (la &#171; Gauche plurielle &#187;), en 1997. Le march&#233; financier attend sans cesse des signaux positifs envoy&#233;s par la communication des entreprises. Pour voir le cours de son action monter et pour compenser l'effet n&#233;gatif de quelques co&#251;teuses acquisitions pour le moins hasardeuses, France T&#233;l&#233;com a donc &#233;tabli comme priorit&#233; d'agir sur un signal qu'adorent les actionnaires cens&#233;s &#234;tre rationnels (mais en r&#233;alit&#233; mim&#233;tiques) : la masse salariale et surtout le nombre de salari&#233;s. France T&#233;l&#233;com, garde de son pass&#233; de service public, une main-d'&#339;uvre comp&#233;tente et s&#233;rieuse, mais nombreuse et en partie sous statut public. Les march&#233;s financiers n'aiment &#233;videmment pas les fonctionnaires, insuffisamment flexibles. Depuis 1997, le c&#339;ur de la politique interne France T&#233;l&#233;com a donc consist&#233; &#224; tenter de s'all&#233;ger d'agents pourtant attach&#233;s &#224; leur entreprise, &#224; des fins de comp&#233;titivit&#233; boursi&#232;re. Ainsi, l'an pass&#233;, la direction a officiellement exprim&#233; son objectif de se s&#233;parer de 22 000 agents en trois ans. Le ma&#238;tre mot de l'op&#233;ration (son cache-sexe, plut&#244;t) est l'incitation. L'entreprise propose de multiples carottes (une somme d'argent pour quitter l'entreprise). Chaque matin, en ouvrant leur ordinateur, des milliers d'agents re&#231;oivent un message leur demandant o&#249; en sont leurs d&#233;marches de &#171; mobilit&#233; externe &#187; (de d&#233;part de l'entreprise). Mais comme les salari&#233;s ne sont gu&#232;re sensibles &#224; ces carottes parce qu'ils restent globalement attach&#233;s &#224; leur m&#233;tier, et que les objectifs d'all&#232;gement sont massifs, elle en est venue &#224; manier aussi le b&#226;ton ou, plut&#244;t, un tr&#232;s savant et tr&#232;s syst&#233;matique arsenal de b&#226;tons souvent camoufl&#233;s derri&#232;re de toues autres apparences, tendant &#224; sugg&#233;rer avec insistance aux salari&#233;s de quitter leur poste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'entreprise a &#233;rig&#233; en loi la r&#233;forme permanente des organigrammes de travail. Chaque ann&#233;e, voire plusieurs fois par an, les salari&#233;s sont affect&#233;s, sans concertation pr&#233;alable, &#224; une nouvelle structure, dot&#233;e d'un nouveau nom &#233;sot&#233;rique, de nouveaux titres qui le sont tout autant, de nouvelles t&#226;ches. Ils se voient attribuer de nouveaux coll&#232;gues, du jour au lendemain. Avant m&#234;me d'avoir compris ce qu'on leur demandait, avant d'avoir renou&#233; des liens de coop&#233;ration avec d'autres travailleurs, une nouvelle r&#233;organisation arrive d'en haut : il faudra &#224; nouveau s'adapter. Dans le m&#234;me temps, la hi&#233;rarchie acc&#233;l&#232;re la fr&#233;quence et l'intensit&#233; de l'&#233;valuation individuelle. Le travail n'est plus vu comme le r&#233;sultat d'une coop&#233;ration, mais &#8211; alors que c'est scientifiquement compl&#232;tement erron&#233; [4] &#8211; comme la somme de contributions individuelles mesurables par le management, dont la fonction devient en toute logique la chasse aux agents faiblement productifs. La confiance n&#233;cessaire &#224; toute coop&#233;ration c&#232;de la place &#224; la m&#233;fiance entre agents que l'on pousse ainsi, structurellement, &#224; tirer la couverture &#224; eux aux d&#233;pens de leurs coll&#232;gues. Au bout de quelques ann&#233;es, les agents sont &#233;videmment d&#233;sorient&#233;s, mais aussi inquiets pour leur avenir, comme nous le serions tous, dans la m&#234;me situation. Ils ne savent plus avec qui ils font &#233;quipe, ni m&#234;me quel est le sens de leur travail, puisque le service &#224; l'usager n'est plus une r&#233;f&#233;rence, ni m&#234;me l'invention de solutions par la collaboration des savoir-faire de chacun. A leurs yeux, leurs sup&#233;rieurs ne semblent avoir d'autres objectifs que de les &#171; fliquer &#187;, comme ils disent, de compliquer sans cesse la t&#226;che des &#233;quipes de salari&#233;s. &#171; Ils ne veulent pas que l'on connaisse trop bien notre boulot, ni qu'on s'implique mieux, ni qu'on s'entraide entre nous. C'est incroyable ! &#187; [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif de l'entreprise &#8211; qui prend en charge, on l'a dit, l'int&#233;r&#234;t p&#233;cuniaire de ses actionnaires (dont l'Etat) - n'est pas que le travail soit bien fait, mais bien qu'un maximum de salari&#233;s quittent l'entreprise. Les m&#233;thodes de d&#233;sorientation collective ne suffisent pas. Alors, les responsables d'unit&#233;s re&#231;oivent, comme l'Observatoire du stress et des mobilit&#233;s forc&#233;es [6] l'a mis en &#233;vidence, des objectifs chiffr&#233;s de d&#233;part volontaires par &#233;quipe. Il ne faut pas &#234;tre grand clerc pour imaginer la cons&#233;quence logique de ce type d'injonction. La direction ne peut donc pas ignorer les conditions de ce qu'elle facilite d&#232;s lors &#224; tr&#232;s grande &#233;chelle : le harc&#232;lement moral et plus g&#233;n&#233;ralement encore le cercle vicieux du m&#233;pris. Les salari&#233;s de France T&#233;l&#233;com constituent des victimes h&#233;las particuli&#232;rement pr&#233;dispos&#233;es pour ces processus pervers. En effet, la culture de cette entreprise &#233;tait traditionnellement celle de techniciens scrupuleux, soucieux du &#171; travail bien fait &#187;. Dans cette culture, la mise en cause de leur comp&#233;tence technique, acquise avec les ann&#233;es, constitue une offense consid&#233;rable, potentiellement cause d'une grande douleur psychique. C'est donc paradoxalement le professionnalisme des agents de France T&#233;l&#233;com qui se r&#233;v&#232;le leur talon d'Achille. Les recettes manag&#233;riales vont amener, &#224; tous les niveaux, &#224; y porter leurs attaques cibl&#233;es. Le sup&#233;rieur va en effet, au cours d'entretiens individuels rapproch&#233;s, r&#233;p&#233;ter &#224; l'agent qu'il n'est plus performant. Qu'il est d&#233;pass&#233; par les &#233;v&#232;nements. Qu'il a fait son temps. Que la bo&#238;te va &#234;tre g&#233;n&#233;reuse quand m&#234;me, et qu'on lui propose de commencer, &#224; 45 ans, une carri&#232;re de commercial en agence, dans le d&#233;partement d'&#224;-c&#244;t&#233;. Que les jeunes sont devenus meilleurs que lui. Qu'il ne va pas assez vite. Qu'il ne comprend pas assez vite. Que son &#171; m&#233;tier &#187; (c'est-&#224;-dire ses comp&#233;tences multiples incorpor&#233;es dans son organisme et son esprit au cours des ann&#233;es) ne vaut plus rien, &#224; ses yeux. Le technicien est peu &#224; peu an&#233;anti psychiquement. Ce qui, par le travail, donnait l'une des consistances &#224; sa vie, lui donnait une fiert&#233;, est r&#233;duit &#224; n&#233;ant par le m&#233;pris de la personne qui est la premi&#232;re r&#233;f&#233;rence intersubjective de son travail. Il ne vaut plus rien : tout le monde le lui r&#233;p&#232;te. Il ressent un &#233;puisement qui s'empare de son corps, &#224; force de lutter, en vain, et de jamais ne se sentir ni &#171; reconnu &#187;, ni &#171; &#224; la hauteur &#187;. Alors, il vaut peut-&#234;tre mieux en finir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il a &#233;t&#233; amen&#233; &#224; se laisser convaincre de ce qu'on lui r&#233;p&#233;tait &#224; longueur de journ&#233;e - qu'il ne valait plus rien - c'est aussi que le technicien n'avait plus, autour de lui, ses coll&#232;gues d'&#233;quipe d'autrefois. Il aurait alors pu r&#233;sister, en riant et se r&#233;confortant mutuellement, aux mots si d&#233;stabilisants des chefs et aussi des coll&#232;gues. Mais les uns sont tomb&#233;s malades, d'autres ont &#233;t&#233; mut&#233;s d'office. Toutes les &#233;quipes soud&#233;es ont &#233;t&#233; sciemment d&#233;membr&#233;es par la hi&#233;rarchie, suivant les recettes propos&#233;es les sciences du management. La jalousie et l'&#233;go&#239;sme entre agents est stimul&#233;e et entretenue &#224; coup de primes personnalis&#233;es. On se m&#233;fie maintenant les uns des autres, car on sait que, si l'autre craque, c'est bon pour soi, on aura un peu de r&#233;pit, jusqu'&#224; la prochaine fois. Ce contexte fait donc que la solidarit&#233; ne peut plus avoir cours. Alors que le travail &#233;tait souvent un lieu de socialisation, il devient fr&#233;quemment une &#233;cole de la m&#233;fiance [7]. Si se pr&#233;occuper du bien-&#234;tre commun devient suspect, choisir de devenir d&#233;fenseur du personnel &#8211; un droit du travail pourtant fondamental et th&#233;oriquement prot&#233;g&#233; &#8211; est consid&#233;r&#233; comme un v&#233;ritable acte de r&#233;bellion contre l'entreprise. Comme nous l'a dit une syndicaliste marseillaise, &#171; les &#233;lus syndicaux, s'ils ne sont pas costauds mentalement, la Boite les pers&#233;cute. On les engueule (&#8230;). On leur dit qu'ils sont des irresponsables, des espions. On les met dans un placard. On ne leur donne pas de part variable, de prime de fin d'ann&#233;e. Cela veut dire qu'ils ne valent rien, professionnellement. Tu vois, c'est une humiliation. Je connais plusieurs copains cadres et syndicalistes, eh bien, ils craquent. &#187; [8]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; la seconde question est encore plus cruciale. Comment les logiques &#233;conomiques peuvent-elles imposer de telles d&#233;rives, sans r&#233;sistance des acteurs ? Les cadres qui appliquent les mesures dict&#233;es par leur hi&#233;rarchie sont-ils tous des monstres sans morale ? Bien s&#251;r que non. Il faut donc comprendre les conditions sociales de l'exercice du sens moral. France T&#233;l&#233;com est devenu, depuis quelques ann&#233;es, un laboratoire de l'antipathie. L'antipathie s'oppose &#224; la sympathie, qui se caract&#233;rise, elle, par une capacit&#233; de ressentir les affects et les &#233;motions des autres. Dans les situations de deuil, on exprime notre sympathie aux proches du d&#233;funt. L'antipathie, telle qu'on l'entend ici, n'est pas la m&#233;chancet&#233;, ni l'aversion. Elle oppose, terme &#224; terme, au processus de &#171; p&#226;tir ensemble &#187; (de la sympathie), un &#171; p&#226;tir s&#233;par&#233;ment les uns des autres &#187; [9], une indiff&#233;rence d&#233;lib&#233;r&#233;e et apprise, une volont&#233; de ne pas partager d'affects avec autrui. Cette antipathie nous semble progressivement devenue une capacit&#233; professionnelle dont l'apprentissage est implicitement attendu par les gouvernements d'entreprise. Elle consiste par exemple &#224; parvenir &#224; dire d'une violence psychique envers un subordonn&#233; qu'elle n'est rien que &#171; la contrepartie n&#233;cessaire d'un objectif op&#233;rationnel de r&#233;organisation absolument capital &#224; l'entreprise &#187;. L'antipathie est donc devenue une forme de comp&#233;tence valoris&#233;e &#224; France T&#233;l&#233;com comme dans beaucoup de grandes entreprises. Cette comp&#233;tence a une valeur sonnante et tr&#233;buchante : plus on monte dans la pyramide de l'organigramme, plus les salari&#233;s ont acquis cette grande qualit&#233; : savoir fermer les yeux et les oreilles &#224; la souffrance d'autrui, savoir cacher les existences humaines meurtries derri&#232;re des ritournelles souriantes et aseptis&#233;es : productivit&#233;, efficacit&#233;, comp&#233;titivit&#233;, excellence, modernisation, leadership&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un manager, qui doit effectuer un &#171; sale boulot &#187; comme all&#233;ger son &#233;quipe de ce qu'on appellera pudiquement &#171; deux unit&#233;s &#187;, ne doit pas se laisser submerger par l'affect, ni s'identifier &#224; la personne victime de l'acte qu'il commet. Il apprend donc &#224; refouler le sentiment d'empathie avec celui qu'il fait souffrir. Il s'exon&#232;re de sa responsabilit&#233; envers l'autre en se disant que cet autre n'est pas comme lui : l'autre est faible, il est malade, il est s&#251;rement d&#233;pressif. Il s'interdit de s'identifier &#224; cet autre. Il se dit, comme le confirment les t&#233;moignages exprim&#233;s dans nos entretiens et sur le site de l'Observatoire du stress : &#171; De toute fa&#231;on, je sais bien que je ne dois pas m'attendrir sur son sort, car si je commence, je deviendrai faible &#224; mon tour. Je deviendrai suspect pour ma hi&#233;rarchie. Je me dis que je n'ai pas le choix. Que c'est le syst&#232;me et que je ne peux qu'y ob&#233;ir&#8230; Un jour, peut-&#234;tre, ne supportant plus la somme de mensonges que je me suis adress&#233;s pour me donner bonne conscience, ne pouvant plus expliquer &#224; mes enfants en quoi consiste l'essentiel de ma pr&#233;occupation au travail, ne pouvant pas, moi non plus, confier &#224; un coll&#232;gue ce sentiment de d&#233;go&#251;t et de honte de peur d'appara&#238;tre comme un maillon faible, je d&#233;ciderai, moi aussi, d'en finir avec la vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette logique terrible qui s'est enclench&#233;e avec une ampleur proportionn&#233;e &#224; la taille gigantesque de l'entreprise France T&#233;l&#233;com. Les suicides et tentatives connus &#224; cette heure ne sont qu'une partie des drames caus&#233;s, &#224; France T&#233;l&#233;com, par les dispositifs que nous avons mis en lumi&#232;re. Nous ne savons pas combien de d&#233;pressions ont &#233;t&#233; engendr&#233;es par ces syst&#232;mes d'une grande perversit&#233;, puisqu'il d&#233;courage l'attention aux cons&#233;quences des actes de chacun, qu'il vise &#224; pr&#233;venir l'apparition des formes de sympathie entre coll&#232;gues ou entre sup&#233;rieurs et subordonn&#233;s notamment par le turn-over impos&#233; aux cadres (jamais plus de trois ans au m&#234;me poste). Un dernier exemple : &#171; J'ai &#233;t&#233; en contrat d'apprentissage durant deux ans chez France T&#233;l&#233;com T. J'ai fait 40 heures sans majoration pour heures sup' durant 4 mois au lieu des 35 pr&#233;vues. Lorsque j'en ai parl&#233;, l'intimidation fut la r&#233;ponse : &#171; tu n'as pas les &#233;paules pour travailler ici &#187;, &#171; tu n'arriveras &#224; rien dans la vie avec ce comportement &#187;, &#171; ton contrat on n'en a rien &#224; faire &#187;... puis ce sont les heures des jours f&#233;ri&#233;s qui ont &#233;t&#233; r&#233;parties sur les journ&#233;es ouvr&#233;es afin de ne pas en perdre, toujours sans contrepartie financi&#232;re. Je me suis plaint au DRH (&#8230;). Mon responsable (&#8230;) m'a convoqu&#233; : &#171; tu as des probl&#232;mes priv&#233;s qui font que tu cherches des histoires ici ? &#187;, &#171; je vais faire en sorte que tu ne fasses pas de vieux os &#187;. J'&#233;tais en relation avec l'inspection du travail quand mes vacances aussi ont disparu : &#171; c'est parce que tu as un contrat particulier qui fait que tu ne peux pas prendre tes vacances &#187;. J'ai parl&#233; de mes actions men&#233;es aupr&#232;s de l'inspection qui me confirmait que rien de tout cela n'&#233;tait possible, on m'a alors r&#233;pondu : &#171; ici tout le monde est au courant de ce que tu fais, tu ne trouveras personne pour te ramasser &#224; la cuill&#232;re &#187;, &#171; je ne signerai pas tes dossiers de stage si tu n'arr&#234;tes pas de suite &#187;. J'ai re&#231;u un prix &#224; un concours interne r&#233;gional, mon responsable s'est vant&#233; d'avoir jet&#233; l'invitation et a refus&#233; de me donner mon prix : &#171; ce n'est pas m&#233;rit&#233; ! &#187;. Allant et rentrant du travail en pleurs, j'ai fini en arr&#234;t de travail, comme huit de mes coll&#232;gues qui ont par la suite utilis&#233; le droit de retrait. J'ai v&#233;cu un v&#233;ritable enfer &#187; [10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il importe aujourd'hui de saisir, c'est combien les suicides de France T&#233;l&#233;com sont les r&#233;sultats de l'exasp&#233;ration de logiques &#224; l'&#339;uvre dans de nombreuses grandes entreprises. Les m&#234;mes causes produisant les m&#234;mes effets, les conditions d'autres drames se pr&#233;parent ailleurs, h&#233;las. Nous pensons notamment &#224; La Poste [11]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail salari&#233; traverse certainement aujourd'hui l'une des crises les plus graves de son histoire. Le probl&#232;me n'est plus prioritairement, comme auparavant, celui de l'exploitation du prol&#233;taire, m&#234;me si la peur de tomber en bas de la soci&#233;t&#233;, de devenir SDF, est devenue une crainte commune, parfois utilis&#233;e &#224; des fins strat&#233;giques par le management. La financiarisation de l'&#233;conomie articul&#233;e aux innovations des sciences du management a modifi&#233; radicalement la donne. Le travail est en train de perdre son sens aux yeux des salari&#233;s, l'apport de chacun n'y &#233;tant plus reconnu, la joie tendant &#224; y dispara&#238;tre. Le salari&#233; est sous tensions contradictoires : on l'incite vivement &#224; se donner corps et &#226;me &#224; sa mission, un beau challenge &#224; relever. Mais, dans le m&#234;me temps, on le consid&#232;re comme parfaitement rempla&#231;able par n'importe qui d&#232;s qu'il rencontre une difficult&#233;. Son implication n'est pas respect&#233;e : une fois sa mission accomplie, son travail ne sera pas reconnu. Il sera souvent an&#233;anti par une nouvelle strat&#233;gie d'entreprise, venue d'on ne sait o&#249;. Le salari&#233; est pourtant sans cesse jaug&#233;, &#233;valu&#233;. On lui demande d'&#234;tre &#224; lui-m&#234;me le juge de ses incapacit&#233;s et &#233;checs via le dispositif de l'&#171; auto-&#233;valuation &#187;. Il se retrouve souvent seul, la peur au ventre. On guette son moindre faux pas, on peut m&#234;me &#234;tre amen&#233; &#224; s'en r&#233;jouir. Peu &#224; peu, chacun tend &#224; trouver ce fonctionnement tout &#224; fait normal, tout &#224; fait moderne m&#234;me. &#171; Il faut s'adapter &#224; la r&#233;alit&#233; telle qu'elle est. La concurrence ne nous attendra pas &#187; entend-on dire souvent, comme justification en derni&#232;re instance de cette indiff&#233;rence, par ceux qui n'en sont pas - encore - victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi acceptons nous passivement de voir saccag&#233;s les &#171; cadres de coexistence &#187; au travail, ces formes de co-op&#233;ration qui ne pr&#233;tendent pas calculer l'apport respectif des uns et des autres car elles les habilitent ? Pourquoi ne nous battons-nous pas pour prot&#233;ger ces modes d'&#234;tre ensemble qui soutiennent, de fa&#231;on d&#233;terminante, le si pr&#233;cieux et fragile &#171; sentiment d'exister &#187; de chacun [12] ? Pourquoi acceptons-nous ces v&#233;ritables d&#233;sastres d'&#233;cologie sociale et psychique [13], perp&#233;tr&#233;s par des techniques d&#233;lib&#233;r&#233;es d'an&#233;antissement des liens du &#171; sentir ensemble &#187; (la sympathie), qui s'av&#232;rent au final dict&#233;es avant tout par des int&#233;r&#234;ts financiers de court terme ? Jamais ces derniers ne remplaceront nos cadres de coexistence sans lesquels, on le d&#233;couvre toujours trop tard, la soci&#233;t&#233; devient parfaitement invivable. Les salari&#233;s de France T&#233;l&#233;com font ainsi la difficile &#233;preuve des cons&#233;quences de la disparition de ces pr&#233;cieux milieux d'affiliation par le m&#233;canisme anthropologique vertueux de la reconnaissance r&#233;ciproque, sous l'action conjointe et d&#233;lib&#233;r&#233;e de politiques publiques et priv&#233;es irresponsables. Puisse cette douloureuse exp&#233;rience servir &#224; tous de le&#231;on de sociologie grandeur nature. Tant que l'importance de ce m&#233;canisme anthropologique fondamental - c'est par la m&#233;diation du &#171; nous &#187;, de ce qui est commun, indivis, que nous pouvons avoir la chance de devenir quelque chose comme un &#171; je &#187; - restera syst&#233;matiquement sous-estim&#233;e, sinon refoul&#233;e, dans notre culture occidentale, tant que l'on survalorisera le succ&#232;s individuel de quelques-uns se singularisant de la multitude, tant que l'on pensera pouvoir &#171; faire soci&#233;t&#233; &#187; en faisant l'&#233;conomie du tissu conjonctif primordial qui nous a donn&#233; acc&#232;s aux sentiments, &#224; la parole, &#224; la pens&#233;e, &#224; la confiance, et qui continue &#224; chaque minute &#224; nous l'offrir tant que nous sommes en vie, alors nous verrons abonder des apprentis sorciers &#8211; managers mais aussi &#233;lus, experts, etc. - continuant &#224; faire le malheur des gens tout en affirmant &#339;uvrer pour leur bonheur et leur libert&#233;. En toute bonne conscience. Pour inverser la tendance, il ne s'agit pas de s'en remettre &#224; une solution toute faite, mais plut&#244;t &#224; &#339;uvrer &#224; la confection de contrepoisons et d'outils, y compris intellectuels, permettant, sur les lieux de travail comme ailleurs, de sortir de cette impuissance collective o&#249; l'h&#233;g&#233;monie du mod&#232;le individualiste nous a amen&#233; [14].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seuil d'alerte est donc aujourd'hui atteint quand notre soci&#233;t&#233; semble accepter d'&#233;riger l'antipathie et l'indiff&#233;rence comme des grandeurs dignes d'&#234;tres encourag&#233;es. M&#234;me aux sommets de l'Etat, l'exemple est d&#233;sormais donn&#233;. Notre soci&#233;t&#233; r&#233;compense &#8211; par le prestige, les promotions de carri&#232;re et les primes &#8211; l'insensibilit&#233; morale, la myopie intellectuelle volontaire, la capacit&#233; technique d'an&#233;antissement psychique de l'autre par la disparition de l'empathie. Oui, si elle pers&#233;v&#232;re &#224; consid&#233;rer comme &#171; admirables &#187; des conduites qui g&#233;n&#232;rent les cercles vicieux de la d&#233;liaison sociale mais aussi les ferments de la dislocation soudaine des liens &#233;conomiques [15], notre soci&#233;t&#233; sera bien malade [16].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout compte fait, ceux qui ont quitt&#233; les vivants avec une juste id&#233;e de ce qu'est la vie en soci&#233;t&#233; &#233;taient, peut-&#234;tre, bien moins &#171; malades &#187; que ceux qui ont accept&#233; d'&#234;tre les complices de ces dispositifs proprement infernaux [17]invent&#233;s par le management. Ils &#233;taient sans doute moins &#171; malades &#187; que ceux qui cherchent &#224; minimiser l'ampleur du message adress&#233; contenu dans leur acte. Car, en refusant de vivre dans un monde o&#249; l'on d&#233;truit, l'une &#224; l'autre, les &#171; parties communes &#187;, ils nous parlaient s&#233;rieusement de la soci&#233;t&#233; telle qu'elle va. Ils s'adressaient &#224; nous, qui d&#233;tournons parfois le regard pour ne pas entendre et voir, en face, la r&#233;alit&#233; d'une machine sociale devenue assez folle pour d&#233;vorer ceux-l&#224; m&#234;mes qui ont contribu&#233; &#224; la fabriquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 septembre 2009&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NOTES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le ministre du travail X. Darcos (17/09/09) consid&#233;rait que ces chiffres, rapport&#233;s &#224; l'effectif de l'entreprise, ne sont pas si graves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] &lt;a href=&#034;http://www.orange.com/fr_FR/finance&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.orange.com/fr_FR/finance&lt;/a&gt;...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Ce mot a &#233;t&#233; employ&#233; par D. Lombard, PDG de France T&#233;l&#233;com, le 15 septembre 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Dejours, C., L'&#233;valuation du travail &#224; l'&#233;preuve du r&#233;el. Critique des fondements de l'&#233;valuation, Paris, INRA &#233;ditions ; 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Entretien avec Danielle, Saint-Brieuc, 2006 (GR).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Voir le site : observatoiredustressft.org. Cet observatoire a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; &#224; l'initiative de deux organisations syndicales (CFE-CGC et SUD-PTT). Il est anim&#233; par des m&#233;decins, psychologues et sociologues du travail. Notons que France T&#233;l&#233;com a interdit &#224; ses agents l'acc&#232;s de ce site dans son r&#233;seau intranet. Ce lieu recueille de nombreux t&#233;moignages de salari&#233;s, dont la lecture importe pour quiconque souhaite comprendre le ph&#233;nom&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Voir l'ouvrage essentiel de Linhart, D., Travailler sans les autres, Paris, Le Seuil, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Entretien avec Fabienne, Marseille, 2007 (GR).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] L'organisation manag&#233;riale de ce refus, au travail, du &#171; partage des affects &#187; - qui nous semble un &#233;l&#233;ment fondamental de la condition humaine et de la vie en soci&#233;t&#233; - pourrait certainement &#234;tre analys&#233;e de fa&#231;on profitable avec les outils de la th&#233;orie du don de Marcel Mauss et de ses successeurs de la Revue du MAUSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] On peut lire ce t&#233;moignage sur le site de l'Observatoire du stress et des mobilit&#233;s forc&#233;es &#224; France T&#233;l&#233;com, entre de nombreux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] La question est br&#251;lante d'actualit&#233;. Elle se pose, aujourd'hui m&#234;me, dans le d&#233;bat concernant l'ouverture du capital de La Poste, voulue par le gouvernement. On ne voit pas en quoi le m&#233;canisme destructeur de pression aux &#171; d&#233;parts volontaires &#187; qu'a connu France T&#233;l&#233;com pourrait ne pas se reproduire, terme &#224; terme, dans cette entreprise encore plus grande. Le repr&#233;sentants actuels des pouvoirs publics consid&#232;rent-ils que ces suicides &#224; venir sont un &#171; mal n&#233;cessaire &#187; &#224; une lib&#233;ralisation marchande tout aussi &#171; n&#233;cessaire &#187; ?.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] &lt;a href=&#034;http://webmail-adsl.sfr.fr/webmail/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://webmail-adsl.sfr.fr/webmail/&lt;/a&gt;... - _ftn1 Sur ces deux concepts fondamentaux, voir les travaux de Fran&#231;ois Flahault, notamment, &#171; Comment l'homme peut-il &#224; la fois &#234;tre &#233;go&#239;ste, bon et m&#233;chant ? &#187;, Revue du MAUSS, n&#176; 31 2008/1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Guattari, F., Les trois &#233;cologies, Paris, Galil&#233;e, 1989. Cet auteur a bien vu combien notre &#233;poque a besoin d'une pens&#233;e qui int&#232;gre une &#233;cologie des pratiques qui rendent vivable notre monde commun. Cette dimension a probablement cruellement manqu&#233; au mouvement syndical, toutes traditions confondues. Dans sa d&#233;fense des salari&#233;s, le syndicalisme &#233;t&#233; d&#233;sarm&#233; par les puissantes techniques d'individualisation et d'&#233;valuation d&#233;velopp&#233;es par le management moderne, qui visent &#224; d&#233;truire ce qu'on appelait les jadis &#171; collectifs de travail &#187; et qui sont presque syst&#233;matiquement vus comme de possibles poches de r&#233;sistance &#224; la logique de l'entreprise.&lt;a href=&#034;http://webmail-adsl.sfr.fr/webmail/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://webmail-adsl.sfr.fr/webmail/&lt;/a&gt;... - _ftn2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Comme le dit Alain Caill&#233; &#224; propos du contexte actuel de crise de l'&#233;conomie, &#171; c'est, en un mot, la dynamique sociale et d&#233;mocratique qu'il faut alimenter en donnant au plus grand nombre -et pas seulement aux agents politiques, administratifs ou &#233;conomiques, la capacit&#233; effective d'agir en sortant d'un &#233;tat de minorit&#233; &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.mediapart.fr/club/editio&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.mediapart.fr/club/editio&lt;/a&gt;....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Ce sont en effet, mutatis mutandis, ces m&#234;mes &#171; conduites admirables &#187; (et, &#224; ce titre, grassement r&#233;compens&#233;es) qui ont, &#224; partir du monde de la finance, g&#233;n&#233;r&#233; la crise &#233;conomique apparue &#224; l'automne 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Voir l'ouvrage de Vincent de Gaul&#233;jac, La soci&#233;t&#233; malade de la gestion (Seuil, 2005) qui pr&#233;sente, dans une perspective originale de sociologie clinique, une caract&#233;risation fine des traits de l'id&#233;ologie gestionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Pour une prise au s&#233;rieux des &#171; agencements &#187; discr&#232;tement mais hautement toxiques, que propose le capitalisme contemporains, voir l'ouvrage pr&#233;cieux de Pignarre P. &amp; Stengers I., La sorcellerie capitaliste. Pratiques de d&#233;senvo&#251;tement, La D&#233;couverte, 2006. Penser en terme d'agencement permet de sortir de l'indignation morale et de commencer &#224; penser s&#233;rieusement les dispositifs qui conduisent des humains &#224; de tels comportements&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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