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	<title>Lieux Communs</title>
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	<description>D&#233;mocratie directe &#8212; Red&#233;finition collective des besoins &#8212; &#201;galit&#233; des revenus</description>
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		<title>Lieux Communs</title>
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		<title>Citations</title>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#034;Mais s'il y a un sens du r&#233;el, et personne ne doutera qu'il ait son droit &#224; l'existence, il doit bien y avoir quelque chose que l'on pourrait appeler le sens du possible. L'homme qui en est dou&#233;, par exemple, ne dira pas : ici s'est produite, va se produire, doit se produire telle ou telle chose ; mais il imaginera : ici pourrait, devrait se produire telle ou telle chose ; et quand on lui dit d'une chose qu'elle est comme elle est, il pense qu'elle pourrait aussi bien &#234;tre autre. Ainsi (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#034;Mais s'il y a un sens du r&#233;el, et personne ne doutera qu'il ait son droit &#224; l'existence, il doit bien y avoir quelque chose que l'on pourrait appeler le sens du possible.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'homme qui en est dou&#233;, par exemple, ne dira pas : ici s'est produite, va se produire, doit se produire telle ou telle chose ; mais il imaginera : ici pourrait, devrait se produire telle ou telle chose ; et quand on lui dit d'une chose qu'elle est comme elle est, il pense qu'elle pourrait aussi bien &#234;tre autre. Ainsi pourrait-on d&#233;finir simplement le sens du possible comme la facult&#233; de penser tout ce qui pourrait &#234;tre &#171; aussi bien &#187;, et de ne pas accorder plus d'importance &#224; ce qui est qu'&#224; ce qui n'est pas. On voit que les cons&#233;quences de cette disposition cr&#233;atrice peuvent &#234;tre remarquables ; malheureusement, il n'est pas rare qu'elles fassent appara&#238;tre faux ce que les hommes admirent et licite ce qu'ils interdisent, ou indiff&#233;rents l'un et l'autre&#8230; Ces hommes du possible vivent, comme on dit ici, dans une trame plus fine, trame de fum&#233;e, d'imaginations, de r&#234;veries et de subjonctifs ; quand on d&#233;couvre des tendances de ce genre chez un enfant, on s'empresse de les lui faire passer, on lui dit que ces gens sont des r&#234;veurs, des extravagants, des faibles, d'&#233;ternels m&#233;contents qui savent tout mieux que les autres.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quand on veut les louer au contraire, on dit de ces fous qu'ils sont des id&#233;alistes, mais il est clair que l'on ne d&#233;finit jamais ainsi que leur vari&#233;t&#233; inf&#233;rieure, ceux qui ne peuvent saisir le r&#233;el ou l'&#233;vitent piteusement, ceux chez qui, par cons&#233;quent, le manque de sens du r&#233;el est une v&#233;ritable d&#233;ficience. N&#233;anmoins, le possible ne comprend pas seulement les r&#234;ves des neurasth&#233;niques, mais aussi les desseins encore en sommeil de Dieu. Un &#233;v&#233;nement et une v&#233;rit&#233; possibles ne sont pas &#233;gaux &#224; un &#233;v&#233;nement et &#224; une v&#233;rit&#233; r&#233;els moins la valeur &#171; r&#233;alit&#233; &#187;, mais contiennent, selon leurs partisans du moins, quelque chose de tr&#232;s divin, un feu, une envol&#233;e, une volont&#233; de b&#226;tir, une utopie consciente qui, loin de redouter la r&#233;alit&#233;, la traite simplement comme une t&#226;che et une invention perp&#233;tuelles. La terre n'est pas si vieille, apr&#232;s tout, et jamais, semble-t-il, elle ne fut dans un &#233;tat aussi int&#233;ressant.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robert Musil, 1930, &lt;i&gt;L'homme sans qualit&#233;s&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#034;&lt;i&gt;J'&#233;tais dans une imprimerie, en Enfer, et je vis la m&#233;thode par laquelle est transmis, de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, le savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re chambre, &#233;tait un Dragon-homme, balayant les gravats &#224; la bouche d'une caverne ; &#224; l'int&#233;rieur, plusieurs dragons approfondissaient la caverne.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans la seconde chambre, &#233;tait une vip&#232;re enroul&#233;e autour du roc et de la caverne et d'autres ornant celle-ci avec de l'or, de l'argent et des pierreries.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans la troisi&#232;me chambre, je vis un aigle, dont les ailes et les plumes &#233;taient d'air ; et il rendait l'int&#233;rieur de la caverne infini ; alentour, nombre d'aigles, pareils &#224; des hommes, &#233;difiaient des palais sur les rocs immenses.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans la quatri&#232;me chambre, des lions de flamme ardente tournaient furieux, et fondaient les m&#233;taux en fluides vivants.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans la cinqui&#232;me chambre, des formes sans nom jetaient les m&#233;taux dans l'espace.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ceux-ci &#233;taient re&#231;us dans la sixi&#232;me chambre par des hommes ; ils y prenaient l'aspect de livres et formaient des biblioth&#232;ques&lt;/i&gt;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William Blake, Une vision m&#233;morable, &lt;i&gt;Le Mariage du Ciel et de l'Enfer&lt;/i&gt;, 1793, trad. A. Gide 1922&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'insomnie, disait-il, c'est la vie &#233;veill&#233;e qui vous harc&#232;le. Nous ne pouvons pas faire autrement, la journ&#233;e, que d'avoir affaire &#224; elle, de nous la coltiner ; mais nous b&#233;n&#233;ficions le soir venu d'un droit de retrait : le sommeil. En nous endormant, nous quittons momentan&#233;ment la vie, nous nous &#233;loignons d'elle pour quelques heures. Elle ne peut alors plus rien contre nous ; nous sommes d&#233;charg&#233;s des soucis qu'elle nous cause, des angoisses, des g&#232;nes, de toutes les n&#233;cessit&#233;s qui la rendent fatigante, lassante, douloureuse. Quel r&#233;pit ! Bien s&#251;r nous savons qu'il faudra revivre le lendemain : mais il y aura, le soir, une nouvelle pause, un nouvel entracte. Cette alternance rend les choses upportables. Sans le sommeil, nous deviendrons fous : je ne parle pas des cons&#233;quences physiques de la privation, mais de psychologie pure. Eh bien ! L'insomnie, c'est le bouleversement de cet &#233;quilibre ; la rupture de la tr&#234;ve ; l'invasion de la vie dans la zone o&#249; elle n'a pas droit de cit&#233;. Notre existence terrestre est une lutte quotidienne entre le sommeil et la vie. L'insomnie, c'est une bataille remport&#233;e par la vie. R&#233;sultat, quand je ne dors pas, je ne pense qu'&#224; une chose : me tuer &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. Quiriny, &lt;i&gt;Portrait du baron d'Handrax&lt;/i&gt;, 2022&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les soleils sont de formidables machines &#224; la fois horlog&#232;res, motrices, fabricatrices. Ils produisent des atomes lourds, c'est-&#224;-dire de l'organisation complexe, et du rayonnement, c'est-&#224;-dire la manne dont se nourrit la vie. En bref, tout ce qui dans le cosmos est ordre et organisation, tout ce qui produit toujours plus d'ordre et d'organisation a pour source un soleil.
Or, il faut le remarquer inlassablement : cette machine &#224; feu est en feu. Le soleil est en flamme. Notre soleil n'&#233;claire pas comme une lampe. Il crache le feu, il p&#232;te le feu, dans une auto-consomption insens&#233;e, une d&#233;pense folle que n'avait pr&#233;vu nul trait&#233; d'&#233;conomie cosmique. Son noyau est un pur chaos. C'est une gigantesque bombe &#224; hydrog&#232;ne permanente, c'est un r&#233;acteur nucl&#233;aire en furie. Cr&#233;&#233; en catastrophe, s'allumant &#224; la temp&#233;rature m&#234;me de sa destruction, il vit en catastrophe, puisque sa r&#233;gulation est faite de l'antagonisme d'une r&#233;troaction explosive et d'une r&#233;troaction implosive. Il va t&#244;t ou tard vers l'une ou l'autre destruction, l'hyperconcentration ou l'ultime gerbe de feu de la nova ou supernova ? Ainsi les milliards de milliards de soleils sont &#224; la fois l'ordre supr&#234;me, l'organisation physique admirable, et le chaos volcanique de notre cosmos.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E. Morin, &lt;i&gt;La m&#233;thode I &#8212; La nature de la nature&lt;/i&gt;, 1977&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pas plus que l'individu n'est seul dans le groupe et que chaque soci&#233;t&#233; n'est seule parmi les autres, l'homme n'est seul dans l'univers. Lorsque l'arc-en-ciel des cultures humaines aura fini de s'ab&#238;mer dans le vide creus&#233; par notre fureur ; tant que nous serons l&#224; et qu'il existera un monde - cette arche t&#233;nue qui nous relie &#224; l'inaccessible demeurera, montrant la voie inverse de celle de notre esclavage et dont, &#224; d&#233;faut de la parcourir, la contemplation procure &#224; l'homme l'unique faveur qu'il sache m&#233;riter ; suspendre la marche, retenir l'impulsion qui l'astreint &#224; obturer l'une apr&#232;s l'autre les fissures ouvertes au mur de la n&#233;cessit&#233; et &#224; parachever son &#339;uvre en m&#234;me temps qu'il cl&#244;t sa prison ; cette faveur que toute soci&#233;t&#233; convoite, quels que soient ses croyances, son r&#233;gime politique et son niveau de civilisation ; o&#249; elle place son loisir, son plaisir, son repos et sa libert&#233; ; chance, vitale pour la vie, de se d&#233;prendre et qui consiste &#8211; adieu sauvages ! adieu voyages ! &#8211; pendant les brefs intervalles o&#249; notre esp&#232;ce supporte d'interrompre son labeur de ruche, &#224; saisir l'essence de ce qu'elle fut et continue d'&#234;tre, en de&#231;&#224; de la pens&#233;e et au del&#224; de la soci&#233;t&#233; ; dans la contemplation d'un min&#233;ral plus beau que toutes nos &#339;uvres ; dans le parfum, plus savant que nos livres, respir&#233; au creux d'un lis ; ou dans le clin d'&#339;il alourdi de patience, de s&#233;r&#233;nit&#233; et de pardon r&#233;ciproque, qu'une entente involontaire permet parfois d'&#233;changer avec un chat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cl. Levi-Strauss, &lt;i&gt;Tristes Tropiques&lt;/i&gt;, 1955&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les illusions perdues : on les oppose couramment depuis l'&#233;poque romantique aux r&#234;ves h&#233;ro&#239;ques de la jeunesse. L'existence serait un trajet fatal de l'esp&#233;rance vers le d&#233;senchantement, une entreprise d'entropie perp&#233;tuelle. &#192; ce lieu commun des songes foudroy&#233;s, il est possible toutefois d'opposer un autre mod&#232;le : celui de la surprise bienheureuse, des illusions retrouv&#233;es. Car le monde des r&#234;ves, contrairement &#224; ce que l'on dit, est pauvre et mesquin alors que la r&#233;alit&#233;, d&#232;s que nous commen&#231;ons &#224; l'explorer, nous suffoque sous son abondance, sa diversit&#233;. &#171; J'appelle ivresse de l'esprit, disait Ruysbroek, un mystique flamand de la Renaissance, cet &#233;tat o&#249; la jouissance d&#233;passe les possibilit&#233;s qu'avait entrevues le d&#233;sir &#187;. Au principe d'ant&#233;riorit&#233; qui juge la vie d'apr&#232;s un programme, il faut opposer un principe d'ext&#233;riorit&#233; : le monde d&#233;borde infiniment mes repr&#233;sentations ou mes attentes et il faut faire deuil de ces derni&#232;res pour commencer &#224; l'aimer. Ce n'est pas lui qui est d&#233;cevant, ce sont les chim&#232;res qui cors&#232;tent notre esprit. Fadeur des pri&#232;res exauc&#233;es : il y a quelque chose de tr&#232;s profond dans cette sagesse qui nous met en garde de ne jamais trouver ce que nous cherchons. &#171; Pr&#233;servez-moi de ce que je veux &#187;, gardez-moi d'habiter l'&#194;ge d'Or, le jardin des souhaits accomplis. Rien de plus triste que l'avenir quand il ressemble &#224; ce que nous avions imagin&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. Bruckner, &lt;i&gt;L'Euphorie perp&#233;tuelle&lt;/i&gt;, 2000&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; En ce moment, par exemple, en 1984 (si c'&#233;tait bien 1984) l'Oc&#233;ania &#233;tait alli&#233;e &#224; l'Estasia et en guerre avec l'Eurasia. Dans aucune &#233;mission publique ou priv&#233;e il n'&#233;tait admis que les trois puissances avaient &#233;t&#233;, &#224; une autre &#233;poque, group&#233;es diff&#233;remment. Winston savait fort bien qu'il y avait seulement quatre ans, l'Oc&#233;ania &#233;tait en guerre avec l'Estasia et alli&#233;e &#224; l'Eurasia. Mais ce n'&#233;tait qu'un renseignement furtif et frauduleux qu'il avait retenu par hasard parce qu'il ne ma&#238;trisait pas suffisamment sa m&#233;moire. Officiellement, le changement de partenaires n'avait jamais eu lieu. L'Oc&#233;ania &#233;tait en guerre avec l'Eurasia. L'Oc&#233;ania avait, par cons&#233;quent, toujours &#233;t&#233; en guerre avec l'Eurasia. L'ennemi du moment repr&#233;sentait toujours le mal absolu et il s'ensuivait qu'aucune entente pass&#233;e ou future avec lui n'&#233;tait possible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;George Orwell - &lt;i&gt;1984&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le besoin nous contraint au travail dont le produit apaise le besoin : le r&#233;veil toujours nouveau des besoins nous habitue au travail. Mais dans les pauses o&#249; les besoins sont apais&#233;s et, pour ainsi dire, endormis, l'ennui vient nous surprendre. Qu'est-ce &#224; dire ? C'est l'habitude du travail en g&#233;n&#233;ral qui se fait &#224; pr&#233;sent sentir ! comme un besoin nouveau, adventice ; il sera d'autant plus fort que l'on est plus fort habitu&#233; &#224; travailler, peut-&#234;tre m&#234;me que l'on a souffert plus fort des besoins. Pour &#233;chapper &#224; l'ennui, l'homme travaille au del&#224; de la mesure de ses autres besoins ou il invente le jeu, c'est-&#224;-dire le travail qui ne doit apaiser aucun autre besoin que celui du travail en g&#233;n&#233;ral. Celui qui est saoul du jeu et qui n'a point, par de nouveaux besoins, de raison de travailler, celui-l&#224; est pris parfois du d&#233;sir d'un troisi&#232;me &#233;tat, qui serait au jeu ce que planer est &#224; danser, ce que danser est &#224; marcher, d'un mouvement bienheureux et paisible : c'est la vision de bonheur des artistes et des philosophes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Nietzsche, &lt;i&gt;Humain, trop humain&lt;/i&gt;, 1906, &#171; Ennui et jeu &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'imb&#233;cile est toujours l'autre ; cela veut dire que la b&#234;tise est un spectacle, qu'elle est objectivable, qu'elle est un probl&#232;me du monde et non un th&#232;me de r&#233;flexion personnelle pour une personne se demandant en quoi les valeurs humaines la concernent. Dans le monde de l'opinion, dont le principe est la pluralit&#233; des &#171; id&#233;es &#187;, on &#233;vite de parler de b&#234;tise ; cela pourrait faire r&#233;fl&#233;chir. M. de Montherlant raconte qu'on a fait sauter de l'un de ses articles la phrase de Schiller : &#171; Les dieux eux-m&#234;mes combattent vainement la b&#234;tise &#187;. Les lecteurs auraient pu se demander s'ils n'&#233;taient pas vis&#233;s. Ce qui &#233;tait le plus &#224; craindre &#233;tait qu'ils prennent la formule comme une insulte et non comme un th&#232;me de r&#233;flexion personnelle, ce qui aurait &#233;t&#233; le commencement possible de la sagesse. On pr&#233;f&#232;re endormir le lecteur avec des mots anodins qui &#233;vitent de penser. La b&#234;tise n'appara&#238;t pas comme une faute parce que l'esprit n'a pas bonne r&#233;putation mondaine ; la vie en soci&#233;t&#233; exige la compromission, le manque de personnalit&#233;, les paroles sans importance. Il ne faut pas que la b&#234;tise soit une faute pour que la m&#233;diocrit&#233; sociale puisse satisfaire ceux qui en profitent, qui en vivent. Il vaut mieux admirer leur sens des affaires&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Adam, &lt;i&gt;Essai sur la b&#234;tise&lt;/i&gt;, 1975&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette libert&#233; s'exprime essentiellement par la &lt;i&gt;parole&lt;/i&gt;. &#171; La libert&#233; existe o&#249; le h&#233;raut demande : &#8216;quelqu'un pr&#233;sente-t-il &#224; l'assembl&#233;e quelque projet pour le bien de l'&#201;tat ?' &#187;, dit Th&#233;s&#233;e dans &lt;i&gt;Les Suppliantes&lt;/i&gt; d'Euripide (v. 438). Dans une &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt;, tout se d&#233;cide par la persuasion (&lt;i&gt;peith&#244;&lt;/i&gt;) et non par la violence (&lt;i&gt;bia&lt;/i&gt;). On persuade, comme le montre l'exemple de Socrate, le condamn&#233; de se donner lui-m&#234;me la mort. L'&lt;i&gt;is&#233;goria&lt;/i&gt;, droit &#233;gal &#224; la parole, sera synonyme d'&lt;i&gt;isonomie&lt;/i&gt; et de libert&#233; : si les barbares comme les esclaves sont consid&#233;r&#233;s par Aristote comme des &#234;tres &#171; d&#233;pourvus de la langage &#187;, ce n'est pas parce qu'ils sont priv&#233;s de parole physique, mais parce qu'ils sont exclus d'un mode de vivre dans lequel le langage a un sens, une port&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Papaioannou, K. &lt;i&gt;La civilisation et l'art de la Gr&#232;ce ancienne&lt;/i&gt;, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; En tous cas, les id&#233;ologies de droite comme de gauche, sont &#224; pr&#233;sent tellement rigidifi&#233;es que les id&#233;es nouvelles ne font que peu d'impression sur leurs partisans. Une fois qu'ils se sont herm&#233;tiquement ferm&#233;s aux arguments et aux &#233;v&#232;nements qui pourraient remettre en question leurs convictions, les fid&#232;les n'essaient m&#234;me plus de provoquer leurs adversaires dans un d&#233;bat. Pour l'essentiel, ils ne lisent que des ouvrages &#233;crits d'un point de vue identique au leur. Au lieu d'affronter des arguments qui ne leur seraient pas familiers, ils se satisfont de les cat&#233;goriser en arguments orthodoxes ou h&#233;r&#233;tiques. Des deux c&#244;t&#233;s, la d&#233;nonciation des d&#233;viations id&#233;ologiques absorbe une &#233;nergie qui pourraient mieux s'investir dans l'auto-critiques, et cette disparition de la capacit&#233; &#224; l'auto-critique constitue le signe le plus certain du caract&#232;re moribond d'une tradition intellectuelle &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ch. Lasch, &lt;i&gt;La r&#233;volte des &#233;lites&lt;/i&gt;, La d&#233;mocratie m&#233;rite-t-elle de survivre ? [1995], 1996, Climats&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'est pas impossible de concevoir une soci&#233;t&#233; ayant &lt;i&gt;conscience de sa puissance&lt;/i&gt; au point de se payer le luxe supr&#234;me de laisser &lt;i&gt;impuni&lt;/i&gt; celui qui l'a l&#233;s&#233;e. &#171; Que m'importent en somme mes parasites ? pourrait-elle dire alors. Qu'ils vivent qu'ils prosp&#232;rent ; je suis assez forte pour ne pas m'inqui&#233;ter d'eux ! &#187;... La justice qui a commenc&#233; par dire : &#171; tout peut &#234;tre pay&#233;, tout doit &#234;tre pay&#233; &#187;, est une justice qui finit par fermer les yeux et par laisser courir celui qui est insolvable , &#8211; elle finit, comme toute chose excellente en ce monde, par &lt;i&gt;se d&#233;truire elle-m&#234;me&lt;/i&gt;. Cette autodestruction de la justice, on sait de quel nom elle se pare &#8211; elle s'appelle la &lt;i&gt;gr&#226;ce&lt;/i&gt;, elle demeure, comme l'on pense, le privil&#232;ge des plus puissants, mieux encore son &#171; au-del&#224; &#187; de la justice. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nietzsche, &lt;i&gt;La g&#233;n&#233;alogie de la morale&lt;/i&gt;, Deuxi&#232;me dissertation, 10&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ces gens se croisent en courant, comme s'ils n'avaient rien de commun, rien &#224; faire ensemble, et pourtant la seule convention entre eux est l'accord tacite selon lequel chacun tient sur le trottoir sa droite, afin que les deux courants de la foule qui se croisent ne se fassent pas mutuellement obstacle ; et pourtant, il ne vient &#224; l'esprit de personne d'accorder &#224; autrui ne f&#251;t-ce qu'un regard. Cette indiff&#233;rence brutale, cet isolement insensible de chaque individu au sein de ses int&#233;r&#234;ts particuliers, sont d'autant plus r&#233;pu&#173;gnants et blessants que le nombre de ces individus confin&#233;s dans cet espace r&#233;duit est plus grand. Et m&#234;me si nous savons que cet isolement de l'individu, cet &#233;go&#239;sme born&#233; sont partout le principe fondamental de la soci&#233;t&#233; actuelle, ils ne se manifestent nulle part avec une impudence, une assurance si totales qu'ici, pr&#233;cis&#233;ment, dans la cohue de la grande ville. La d&#233;sagr&#233;gation de l'humanit&#233; en monades, dont chacune a un principe de vie particulier et une fin particuli&#232;re, cette atomisation du monde est pouss&#233;e ici &#224; l'extr&#234;me.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il en r&#233;sulte aussi que la guerre sociale, la guerre de tous contre tous, est ici ouvertement d&#233;clar&#233;e.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Engels, &lt;i&gt;La Situation de la classe laborieuse en Angleterre &#8212; les grandes villes&lt;/i&gt; (1845)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les indig&#232;nes m&#233;lan&#233;siens &#233;taient ravis par les avions qui passaient dans le ciel. Mais jamais ces objets ne descendaient vers eux. Les Blancs, eux, r&#233;ussissaient &#224; les capter. Et cela parce qu'ils disposaient au sol, sur certains espaces, d'objets semblables qui attiraient les avions volants. Sur quoi les indig&#232;nes se mirent &#224; construire un simulacre d'avion avec des branches et des lianes, d&#233;limit&#232;rent un terrain qu'ils &#233;clairaient soigneusement de nuit et se mirent &#224; attendre patiemment que les vrais avions s'y posent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans taxer de primitivisme (et pourquoi pas ?) les chasseurs-collecteurs anthropo&#239;des errant de nos jours dans la jungle des villes, on pourrait voir l&#224; un apologue sur la soci&#233;t&#233; de consommation. Le miracul&#233; de la consommation lui aussi met en place tout un dispositif d'objets simulacres, de signes caract&#233;ristiques du bonheur, et attend ensuite (d&#233;sesp&#233;r&#233;ment, dirait un moraliste) que le bonheur se pose.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Baudrillard, &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; de consommation&lt;/i&gt; [1970], Deno&#235;l 2014, pp. 26-27&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si nous ne nous trompons point en disant que les femmes sont aussi n&#233;cessaires que les hommes &#224; la g&#233;n&#233;ration ; si g&#233;n&#233;ralement on ne trouve point la domination masculine dans la nature compar&#233;e ; si chaque &#234;tre cr&#233;&#233; &#224; son existence compl&#232;te, parfaite et &#224; part, ayant un &#233;gal besoin de r&#233;union pour concourir &#224; la propagation de l'esp&#232;ce, et pour la douceur particuli&#232;re de la soci&#233;t&#233; qui int&#233;resse &#233;galement l'un et l'autre, comment pourrait-on fonder en physique raisonnablement la moindre id&#233;e de sup&#233;riorit&#233; et d'inf&#233;riorit&#233; ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louise Dupin, &lt;i&gt;Des femmes&lt;/i&gt;, 1751, Garnier 2022, p. 131.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand vas-tu enfin commencer &#224; vivre vertueusement, disait Platon &#224; un vieillard qui lui racontait qu'il &#233;coutait des le&#231;ons sur la vertu. &#8211; Il ne s'agit pas de sp&#233;culer toujours, mais il faut aussi une bonne fois penser &#224; l'exercice effectif. Mais aujourd'hui on prend pour un r&#234;veur celui qui vit d'une mani&#232;re conforme &#224; ce qu'il enseigne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, &lt;i&gt;Vorlensungen&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un beau jour, &#233;crit-il, le pouvoir sera contraint de pratiquer l'&#233;cologie. Une prospective sans illusions peut mener &#224; penser que, sauf catastrophe, le virage &#233;cologique ne sera pas le fait d'une opposition tr&#232;s minoritaire d&#233;pourvue de moyens, mais de la bourgeoisie dirigeante, le jour o&#249; elle ne pourra faire autrement. Ce seront les divers responsables de la ruine de la terre qui organiseront le sauvetage du peu qui en restera, et qui apr&#232;s l'abondance g&#233;reront la p&#233;nurie et la survie. Car ceux-l&#224; n'ont aucun pr&#233;jug&#233;, ils ne croient pas plus au d&#233;veloppement qu'&#224; l'&#233;cologie : ils ne croient qu'au pouvoir, qui est celui de faire ce qui ne peut &#234;tre fait autrement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Charbonneau, &lt;i&gt;Le feu vert&lt;/i&gt;, &#201;d. L'&#201;chapp&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; En ces temps r&#233;actionnaires, votre r&#244;le le plus noble est de d&#233;fendre les Lumi&#232;res et de d&#233;fendre le recours &#224; la raison dans les affaires publiques contre les forces obscurantistes &#8211; l'irrationalit&#233;, le nihilisme et la barbarie &#8211; qui menacent la civilisation. Ma g&#233;n&#233;ration a combattu le stalinisme. La v&#244;tre doit au minimum s'opposer eu nivellement de l'esprit humain par le bas, &#224; l'ignorance crasse grandissante des &#233;v&#233;nements du pass&#233; &#8211; m&#234;me r&#233;cents &#8211; et au nouveau culte de l'&#233;gocentrisme et du narcissisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Murray Bookchin &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Janet Biehl, &lt;i&gt;&#201;cologie ou catastrophe &#8211; la vie de Murray Bookchin&lt;/i&gt;, &#201;d. L'Armourier, 2018, p.594.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chaque fois que les gens s'interrogent ''Mais qu'est-ce donc que la v&#233;rit&#233; ?'' &#8211; en g&#233;n&#233;ral, c'est parce que la v&#233;rit&#233; est juste sous leur nez, mais il serait fort incommode d'en convenir. Et aussi, &#224; l'encontre de sa conviction intime, Pilate c&#232;de &#224; la volont&#233; de la foule et lui abandonne J&#233;sus pour qu'il le crucifie. Le probl&#232;me pour Pilate n'&#233;tait pas de d&#233;terminer si J&#233;sus &#233;tait innocent. Cette question-l&#224; &#233;tait facile &#224; trancher. Non, le vrai probl&#232;me est que, en fin de compte &#8211; comme nous tous, la plupart du temps &#8211;, la v&#233;rit&#233; &#233;tait devant lui, mais il a pr&#233;f&#233;r&#233; s'en laver les mains. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simon Leys, &lt;i&gt;Le bonheur des petits poissons. Lettres des Antipodes&lt;/i&gt;, &#233;d. JC. Latt&#232;s, 2008&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les communistes croient avoir d&#233;couvert la voie de la d&#233;livrance du mal. D'apr&#232;s eux, l'homme est uniquement bon, ne veut que le bien de son prochain ; mais l'institution de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e a vici&#233; sa nature. (...) Lorsqu'on abolira la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, qu'on rendra toutes les richesses communes et que chacun pourra participer aux plaisirs qu'elles procurent, la malveillance et l'hostilit&#233; qui r&#232;gnent parmi les hommes dispara&#238;tront. Comme tous les besoins seront satisfaits, nul n'aura plus aucune raison de voir un ennemi en autrui, tous se plieront b&#233;n&#233;volement &#224; la n&#233;cessit&#233; du travail. (...) Il faut, en tout cas, pr&#233;voir ceci : quelque voie que [la civilisation] choisisse, le trait indestructible de la nature humaine l'y suivra toujours. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. Freud, &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation, 1929&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; La premi&#232;re et la plus simple phase de la discipline qui peut &#234;tre enseign&#233;e, m&#234;me &#224; de jeunes enfants, s'appelle en novlangue &lt;i&gt;arr&#234;tducrime&lt;/i&gt;. L'&lt;i&gt;arr&#234;tducrime&lt;/i&gt;, c'est la facult&#233; de s'arr&#234;ter net, comme par instinct, au seuil d'une pens&#233;e dangereuse. Il inclut le pouvoir de ne pas saisir les analogies, de ne pas percevoir les erreurs de logique, de ne pas comprendre les arguments les plus simples, s'ils sont contre l'Angsoc. Il comprend aussi le pouvoir d'&#233;prouver de l'ennui ou du d&#233;go&#251;t pour toute suite d'id&#233;es capable de mener dans une direction h&#233;r&#233;tique. &lt;i&gt;Arr&#234;tducrime&lt;/i&gt;, en r&#233;sum&#233;, signifie stupidit&#233; protectrice. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Th&#233;orie et pratique du collectivisme oligarchique&lt;/i&gt;, par Emmanuel Goldstein, Chap I &#171; L'ignorance, c'est la force &#187;, dans &lt;i&gt;1984&lt;/i&gt;, G. Orwell.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Collaborons pour tenter de d&#233;couvrir les lois de la soci&#233;t&#233;, la fa&#231;on dont elles agissent, la meilleure m&#233;thode pour les &#233;tudier ; mais pour l'amour du ciel, apr&#232;s avoir d&#233;moli tous les dogmatismes a priori, n'essayons surtout pas &#224; notre tour d'inculquer une autre doctrine au peuple&#8230; j'applaudis de tout mon c&#339;ur &#224; votre id&#233;e d'&#233;clairer toutes les cat&#233;gories d'opinions ; pol&#233;miquons de bonne et sinc&#232;re fa&#231;on ; donnons au monde l'exemple d'une tol&#233;rance &#233;clair&#233;e et pr&#233;voyante ; parce que nous sommes &#224; la t&#234;te d'un nouveau mouvement, ne devenons pas les chefs d'une nouvelle intol&#233;rance ; ne nous posons pas en ap&#244;tres d'une nouvelle religion, m&#234;me si cette religion est celle de la logique, celle de la raison elle-m&#234;me. Accueillons et encourageons toutes les protestations ; condamnons toutes les exclusions, les mysticismes ; ne consid&#233;rons jamais qu'un probl&#232;me est &#233;puis&#233; ; m&#234;me apr&#232;s en avoir discut&#233; de long en large, recommen&#231;ons si c'est n&#233;cessaire avec &#233;loquence et ironie. &#192; ces conditions, je serai ravi de m'associer &#224; vous &#8212; sinon ma r&#233;ponse est non. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre de Proudhon &#224; Marx&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand je m'y suis mis quelquefois &#224; consid&#233;rer les diverses agitations des hommes et les p&#233;rils et les peines o&#249; ils s'exposent dans la Cour, dans la guerre, d'o&#249; naissent tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j'ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir, n'en sortirait pas pour aller sur la mer ou au si&#232;ge d'une place. On n'ach&#232;te une charge &#224; l'arm&#233;e si cher, que parce qu'on trouverait insupportable de ne bouger de la ville. Et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir. Etc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. Pascal, Fragment &lt;i&gt;Divertissement&lt;/i&gt; n&#176; 4 / 7, 1669&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sachons reconna&#238;tre en Arendt un &#171; taon &#187;, une &#171; torpille &#187;, un Socrate moderne qui jette un ineffa&#231;able soup&#231;on sur la philosophie politique qui jusque-l&#224; paraissait au-dessus de tout soup&#231;on. Tel un emp&#234;cheur de penser en rond, elle met son b&#226;ton dans les jambes des jeunes gens, et des moins jeunes, qui se pr&#233;cipitent vers les biblioth&#232;ques pour &#171; faire &#187; de la philosophie politique et leur pose la question pr&#233;liminaire, tourmentante entre toutes : l'&#339;uvre d'intelligibilit&#233; de la philosophie politique est-elle inexorablement condamn&#233;e &#224; se transformer en gouvernement des philosophes ? ou bien est-il possible de concevoir une philosophie politique qui, avertie des d&#233;rives &#233;ventuelles, se limite &#224; comprendre les choses politiques, le &lt;i&gt;bios politikos&lt;/i&gt;, sans se convertir aussit&#244;t en un projet de gouverner la multitude (&lt;i&gt;oi polloi&lt;/i&gt;) au nom de la philosophie ? En un mot, en termes d'Arendt, &lt;i&gt;what is political philosophy ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Miguel Abensour, &lt;i&gt;Hannah Arendt contre la philosophie politique ?&lt;/i&gt;, &#233;d. Senset Tonka, 2006&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il convient de terroriser l'&#226;me humaine jusqu'en son tr&#233;fonds, par des crimes &#233;nigmatiques et apparemment gratuits. Des crimes qui ne profitent &#224; personne, et dont l'unique but est de propager la terreur. Car l'ultime vocation du crime est d'instaurer le r&#232;gne absolu du crime. Un &#233;tat d'ins&#233;curit&#233; totale et d'anarchie, b&#226;ti sur les id&#233;aux bris&#233;s d'un monde vou&#233; &#224; sa perte. Quant les hommes seront sous l'emprise de la terreur, glac&#233;s d'effroi, quand le chaos sera la loi universelle, alors viendra l'heure du crime ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dr Mabuse ; &lt;i&gt;Le testament du Docteur Mabuse&lt;/i&gt;, 1933, Fritz Lang&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est hors de doute que de tout temps le contact, le choc avec la sottise d'autrui a d&#251; &#234;tre pour beaucoup d'hommes, un des tourments les plus angoissant de leur vie. Comment est-il possible cependant que l'on n'ait jamais essay&#233;, me semble-t-il, d'&#233;crire une &#233;tude sur elle, sur la b&#234;tise ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jos&#233; Ortega y Gasset, &lt;i&gt;La R&#233;volte des masses&lt;/i&gt;, [1929], Gallimard, coll. &#171; Id&#233;es &#187;, 1967, p. 113&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il ne faut pas que l'humble aisance cherche &#224; simuler la richesse par quelques c&#244;t&#233;s, tout doit &#234;tre assorti et en harmonie, et la simplicit&#233; servie par le go&#251;t est un luxe que les plus opulents ne peuvent pas toujours se procurer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. Tendret, &lt;i&gt;La table au pays de Brillat-Savarin&lt;/i&gt;, 1892, chap. &#171; Le gibier sur la table &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a des peuples ath&#233;es, dit Bayle dans ses &lt;i&gt;Pens&#233;es sur les com&#232;tes&lt;/i&gt;. Les Cafres, les Hottentots, les Topinambous, et beaucoup d'autres petites nations n'ont point de Dieu ; ils ne le nient ni ne l'affirment ; ils n'on ont jamais entendu parler. Dites-leur qu'il y en a un, ils le croiront ais&#233;ment ; dites-leur que tout se fait par la nature des choses, ils vous croiront de m&#234;me. Pr&#233;tendre qu'ils sont ath&#233;es est la m&#234;me imputation que si l'on disait qu'ils sont anticart&#233;siens ; ils ne sont ni pour ni contre Descartes. Ce sont de vrais enfants ; un enfant n'est ni ath&#233;es ni d&#233;iste, il n'est rien. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voltaire, &lt;i&gt;Dictionnaire philosophique&lt;/i&gt;, article &#171; Ath&#233;e, ath&#233;isme &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ce grand &#233;chec de l'Inde apporte un enseignement : en devenant tr&#232;s nombreuse et malgr&#233; le g&#233;nie de ses penseurs, une soci&#233;t&#233; ne se perp&#233;tue qu'en secr&#233;tant la servitude. Lorsque les hommes commencent &#224; se sentir &#224; l'&#233;troit dans leurs espaces g&#233;ographique, social et mental, une solution simple risque de les s&#233;duire : celle qui consiste &#224; refuser la qualit&#233; humaine &#224; une partie de l'esp&#232;ce. Pour quelques dizaines d'ann&#233;es, les autres retrouveront les coud&#233;es franches. Ensuite il faudra proc&#233;der &#224; une nouvelle expulsion. Dans cette lumi&#232;re, les &#233;v&#233;nements dont l'Europe a &#233;t&#233; depuis vingt ans le th&#233;&#226;tre, r&#233;sumant un si&#232;cle au cours duquel son chiffre de population a doubl&#233;, ne peuvent plus m'appara&#238;tre comme le r&#233;sultat de l'aberration d'un peuple, d'une doctrine ou d'un groupe d'hommes. J'y vois plut&#244;t un signe annonciateur d'une &#233;volution vers le monde fini, dont l'Asie du Sud a fait l'exp&#233;rience un mill&#233;naire ou deux avant nous et dont, &#224; moins de grandes d&#233;cisions, nous ne parviendrons peut-&#234;tre pas &#224; nous affranchir. Car cette d&#233;valorisation syst&#233;matique de l'homme par l'homme se r&#233;pand, et ce serait trop d'hypocrisie et d'inconscience que d'&#233;carter le probl&#232;me par l'excuse d'une contamination momentan&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce qui m'effraye en Asie, c'est l'image de notre futur, par elle anticip&#233;e. Avec l'Am&#233;rique indienne je ch&#233;ris le reflet, fugitif m&#234;me l&#224;-bas, d'une &#232;re o&#249; l'esp&#232;ce &#233;tait &#224; la mesure de son univers et o&#249; persistait un rapport ad&#233;quat entre l'exercice de la libert&#233; et ses signes.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cl. Levi-Strauss, &lt;i&gt;Tristes Tropiques&lt;/i&gt;, 1955&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;thique de la faute excelle dans l'art de jouer avec le &#171; trop tard &#187;. En somme, on se d&#233;file tout simplement, on laisse faire les choses, et elles se font sous la pression des plus rigides ou des plus d&#233;cid&#233;s. On affiche une sorte d'indiff&#233;rence qui, elle aussi, est un mode d'&#234;tre narcissique : elle suppose qui si on prend la bonne distance vis-&#224;-vis d'une r&#233;alit&#233;, elle existe beaucoup moins, elle peut m&#234;me dispara&#238;tre. Et si, malgr&#233; tout elle a lieu, sur un mode catastrophique, on pourra toujours s'indigner et dire qu'elle &#233;tait &#171; incroyable &#187;, qu'on ne pouvait pas l'imaginer. Apr&#232;s quoi, pour remonter dans sa propre estime, on s'offre une culpabilit&#233; intense, qui peut rallier au passage tous ceux qui veulent &#224; bon compte un suppl&#233;ment de morale.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce serait curieux s'il y avait des militants d'un type nouveau, un peu &#233;trange, qui s'efforcent de &lt;i&gt;faire sentir la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; de l'&#233;v&#233;nement qui approche ; des &lt;i&gt;militants de la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;, non pas des &#171; r&#233;alistes &#187; (on sait ce que vaut la &lt;i&gt;realpolitik&lt;/i&gt;), mais des personnes qui montrent que certaines choses qui ont l'air irr&#233;elles ont bien une r&#233;alit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. Sibony, &lt;i&gt;Islam, phobie, culpabilit&#233;&lt;/i&gt;, Odile Jacob 2013, p.99&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; En sortant le lundi matin, l'une des choses qui me frappa le plus, ce fut de voir tous les ouvriers occup&#233;s &#224; leurs travaux, comme si rien d'extraordinaire ne s'&#233;tait pass&#233; la semaine pr&#233;c&#233;dente. Ils avaient &#233;t&#233; les ma&#238;tres de la capitale pendant plusieurs jours, et n'avaient certainement pas abus&#233; de leur puissance. Ils venaient de l'abdiquer et de retourner &#224; leurs habitudes d'ordre et de travail. Ce fait est certainement l'un des plus &#233;tonnants d'une &#233;poque o&#249; nous avons vu tant de choses &#233;tonnantes. Il doit se donner la plus haute id&#233;e d'un peuple qui sait unir la sagesse &#224; la force, et il doit aussi faire comprendre qu'il est temps que ce peuple ait une large part dans notre organisation sociale. &#192; l'exception de quelques barricades dont les restes s'apercevaient de loin &#224; loin, et de places fr&#233;quentes o&#249; l'on voyait que le pav&#233; avait &#233;t&#233; boulevers&#233;, on aurait pu se croire dans une ville dont la tranquillit&#233; n'avait jamais &#233;t&#233; troubl&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. B&#233;rard, 1834, &lt;i&gt;Souvenirs historiques sur la r&#233;volution de 1830&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; La seule parade s&#251;re est donc celle qu'Aristote a indiqu&#233;e : ne pas d&#233;battre avec le premier venu mais uniquement avec les gens que l'on conna&#238;t et dont on sait qu'ils sont suffisamment raisonnables pour ne pas d&#233;biter des absurdit&#233;s et se couvrir de ridicule. Et dans le but de s'appuyer sur des arguments fond&#233;s et non sur des sentences sans appel ; et pour &#233;couter les raisons de l'autre et s'y rendre ; des gens dont on sait enfin qu'ils font grand cas de la v&#233;rit&#233;, qu'ils aiment entendre de bonnes raisons, m&#234;me de la bouche de leur adversaire, et qu'ils ont suffisamment le sens de l'&#233;quit&#233; pour supporter d'avoir tort quand la v&#233;rit&#233; est dans l'autre camp. Il en r&#233;sulte que sur cent personnes il s'en trouve &#224; peine une qui soit digne qu'on discute avec elle. Quant aux autres, qu'on les laisse dire ce qu'elles veulent car &lt;i&gt;desipere est juris gentium&lt;/i&gt; (c'est un droit des gens que de d&#233;lirer&#8230;). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arthur Schopenhauer, &lt;i&gt;L'art d'avoir toujours raison&lt;/i&gt;, 1830&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#171; Cependant, avec la conception et la naissance, les parents n'ont pas seulement donn&#233; la vie &#224; leurs enfants ; ils les ont en m&#234;me temps introduits dans un monde. En les &#233;duquant, ils assument la responsabilit&#233; de la vie et du d&#233;veloppement de l'enfant, mais aussi celle de la continuit&#233; du monde. Ces deux responsabilit&#233;s ne co&#239;ncident aucunement et peuvent m&#234;me entrer en conflit. En un certain sens, cette responsabilit&#233; du d&#233;veloppement de l'enfant va contre le monde : l'enfant a besoin d'&#234;tre tout particuli&#232;rement prot&#233;g&#233; et soign&#233; pour &#233;viter que le monde puisse le d&#233;truire. Mais ce monde a aussi besoin d'une protection qui l'emp&#234;che d'&#234;tre d&#233;vast&#233; et d&#233;truit par la vague des nouveaux venus qui d&#233;ferle sur lui &#224; chaque nouvelle g&#233;n&#233;ration. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H. Arendt, &#171; La crise de l'&#233;ducation &#187; in &lt;i&gt;La crise de la culture&lt;/i&gt;, p. 237-239.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#171; Certes, dans les cultures religieuses, et je songe notamment &#224; celle du Moyen-Age, l'individu moyen concevait &#233;galement Dieu comme un p&#232;re ou comme une m&#232;re secourable. Mais en m&#234;me temps, il prenait Dieu au s&#233;rieux : le but supr&#234;me de son existence &#233;tait de vivre suivant les principes divins, et il faisait du &#8216;salut' la pr&#233;occupation ultime &#224; laquelle il subordonnait toutes ses autres activit&#233;s. Aujourd'hui, il n'y a pas l'ombre d'un tel effort. La vie sociale est strictement s&#233;par&#233;e de toute valeur religieuse. Elle est vou&#233;e &#224; la recherche du confort mat&#233;riel et du succ&#232;s sur le march&#233; de la personnalit&#233;. L'indiff&#233;rence et l'&#233;go&#239;sme (auquel on donne souvent l'&#233;tiquette d' &#8216;individualisme' ou d' &#8216;initiative personnelle') sont les principes qui commandent nos efforts profanes. L'homme des cultures religieuses est comparable &#224; un enfant de huit ans qui a besoin de l'assistance de son p&#232;re, mais qui commence n&#233;anmoins &#224; en int&#233;grer les enseignements et les principes dans sa vie. L'homme contemporain ressemble plut&#244;t &#224; un enfant de trois ans, qui r&#233;clame son p&#232;re lorsqu'il en a besoin, et qui, pour le reste, se suffit &#224; lui-m&#234;me lorsqu'il peut jouer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E. Fromm, 1956 ; L'art d'aimer, p. 124 &#8211; 125, chap. L'amour et sa d&#233;sint&#233;gration dans la soci&#233;t&#233; occidentale contemporaine.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#171; Mon m&#233;tier, mes enfants, sont-ils pour moi des fins, ou des moyens, ou l'un et l'autre tour &#224; tour ? Ils ne sont rien de tout cela : certainement pas des moyens de ma vie qui se perd en eux au lieu de se servir d'eux, et beaucoup plus encore que des fins, puisqu'une fin est ce que l'on veut et que je veux mon m&#233;tier, mes enfants, sans mesurer d'avance jusqu'o&#249; cela m'entra&#238;nera et bien au-del&#224; de ce que je peux conna&#238;tre d'eux. Non que je me vous &#224; je ne sais quoi : Je les vois avec le genre de pr&#233;cision que comportent les choses existantes, je les reconnais entre tous, sans savoir enti&#232;rement de quoi ils sont faits. Nos d&#233;cisions concr&#232;tes ne visent pas des significations closes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Merleau-Ponty, 1955 ; &#171; Les aventures de la dialectique &#187;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt; &#171; (&#8230;) Tel est le sens du conseil &#224; la novice, que Wedekind place dans la bouche d'une maquerelle : &#171; Il n'y a qu'une mani&#232;re d'&#234;tre heureux en ce monde, c'est de tout faire pour rendre les autres aussi heureux que possible &#187;. Etre heureux soi-m&#234;me suppose que l'on se prodigue sans compter, ce dont les femmes avec leur crainte archa&#239;que sont aussi peu capables que les hommes avec leur suffisance. La possibilit&#233; objective du bonheur &#8211; tout autant que l'aptitude subjective &#224; ce bonheur &#8211; est le propre de la libert&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T. W. Adorno, 1945 ; Minima Moralia, R&#233;flexions sur la vie mutil&#233;e, deuxi&#232;me partie, &#167; 55&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#171; Le bolchevisme combine les caract&#233;ristiques de la r&#233;volution fran&#231;aise avec celles de la mont&#233;e en puissance de l'Islam. Marx a enseign&#233; que le communisme &#233;tait fatalement pr&#233;destin&#233; &#224; appara&#238;tre ; ceci produit un &#233;tat d'esprit qui n'est pas tr&#232;s diff&#233;rent de celui des premiers successeurs de Mahomet. D'entre les religions, le bolchevisme doit &#234;tre compar&#233; avec le Mahom&#233;tisme plut&#244;t qu'avec le Christianisme ou le Bouddhisme. Le Christianisme et le Bouddhisme sont avant tout des religions personnelles, avec des doctrines mystiques et un amour contemplatif. Le Mahom&#233;tisme et le bolchevisme sont concrets, sociaux, d&#233;nu&#233;s de spiritualit&#233; et int&#233;ress&#233;s &#224; &#233;tendre leur domination sur ce monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bertrand Russel, &#171; Pratique et th&#233;orie du bolchevisme &#187;, 1920&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#171; (&#8230;) En m&#234;me temps, il se souvint d'avoir entendu dire que les loups ne chassaient jamais en bande. Oui, combien de conceptions de la vie sont fond&#233;es sur des malentendus originels, combien de loups sentons-nous sur nos talons, tandis que nos v&#233;ritables ennemis sont dans la peau d'un mouton. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malcom Lowry, Au-dessous du volcan&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#171; Les ouvriers manifestaient peu d'enthousiasme face &#224; la guerre [du Vietnam], mais ils ne supportaient pas l'anti-am&#233;ricanisme si souvent exprim&#233; par le mouvement &#233;tudiant. Leur &#171; r&#233;v&#233;rence pour le drapeau &#187;, selon Rieder, &#171; incarnait un style de patriotisme moins inspir&#233; par des id&#233;aux abstraits que par le sentiment primordial d'appartenir &#224; un lieu particulier &#187;. Le mouvement pacifiste, au contraire, d&#233;non&#231;ait &#171; l'Am&#233;rique &#187; comme une soci&#233;t&#233; totalitaire. &#171; L'Am&#233;rique, soudainement, &#233;tait l'ennemie &#187;, avait &#233;crit r&#233;trospectivement Julius Lester. &#171; (&#8230;) &lt;i&gt;Le bon sens &#233;l&#233;mentaire aurait d&#251; nous inciter &#224; comprendre que transformer une nation est impossible quand on la d&#233;teste&lt;/i&gt; &#187;. Mais l'&#233;l&#233;mentaire bon sens jouait un r&#244;le tr&#232;s mineur au sein de l'aile radicale du mouvement pacifiste, qui esp&#233;rait soulever une opposition &#224; la guerre en profanant le drapeau, en pr&#233;sentant les h&#233;ros nationaux qu'&#233;taient Jefferson et Lincoln comme des racistes, des imp&#233;rialistes, et des porcs chauvins et machiste, et en revendiquant sa solidarit&#233; avec les millions d'opprim&#233;s d'Afrique, d'Asie et d'Am&#233;rique latine. Le r&#233;sultat en &#233;tait un soutien renforc&#233; &#224; la politique gouvernementale de la part de populations qui l'auraient autrement condamn&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Lasch, 1991 ; Le seul et vrai paradis, une histoire de l'id&#233;ologie du progr&#232;s et de ses critiques, ed. Flammarion, pp. 610 - 611&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#171; Qu'elle est heureuse l'expression &#171; J'ai tout mon temps &#187;. Ceux qui la disent mesurent-ils jusqu'&#224; quel point ils parlent de l'essentiel de la vie : prendre son temps, faire ce qu'on a &#224; faire mais &#224; l'aune d'une vie humaine en imaginant qu'elle n'est pas mortelle, poss&#233;der son temps, seconde par seconde, puisque c'est la seule possession qui vaille, et par l&#224;-m&#234;me jeter aux orties toutes propri&#233;t&#233;s mat&#233;rielles, revendiquer la paresse comme une sagesse , et ne pas la d&#233;finir comme une perte de temps ; ne pas vivre avec son temps puisque c'est un temps comptabilis&#233;, mais en toute simplicit&#233; comme un seigneur qui ne compte pas son temps. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Katleen Dutoit, Derri&#232;re la montagne&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#171; Il y a donc un avantage extr&#234;me &#224; faire op&#233;rer infatigablement les m&#233;canismes en r&#233;duisant &#224; la moindre des dur&#233;es les intervalles de repos. La perfection lucrative serait de travailler toujours&#8230;On a donc introduit dans le m&#234;me atelier les deux sexes et les trois &#226;ges exploit&#233;s en rivalit&#233;, de front si nous pouvons parler en ces termes, entra&#238;n&#233;s sans distinction par le moteur m&#233;canique vers le travail prolong&#233;, vers le travail de jour et de nuit pour approcher de plus en plus le mouvement perp&#233;tuel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charles Dupint, Rapport &#224; la Chambre des Pairs (1847)&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#171; On con&#231;oit g&#233;n&#233;ralement les voyages comme un d&#233;placement dans l'espace. C'est peu. Un voyage s'inscrit simultan&#233;ment dans l'espace, dans le temps, et dans la hi&#233;rarchie sociale. (&#8230;) Il y eu un temps o&#249; le voyage confrontait le voyageur &#224; des civilisations radicalement diff&#233;rentes de la sienne et qui s'imposaient d'abord par leur &#233;tranget&#233;. Voil&#224; quelques si&#232;cles que ces occasions deviennent de plus en plus rares. Que ce soit dans l'Inde ou en Am&#233;rique, le voyageur moderne est moins surpris qu'il ne reconna&#238;t. En choisissant les objectifs et les itin&#233;raires, on se donne surtout la libert&#233; de pr&#233;f&#233;rer telle date de p&#233;n&#233;tration, tel rythme d'envahissement de la civilisation m&#233;canique &#224; tels autres. La qu&#234;te de l'exotisme se ram&#232;ne &#224; une collection d'&#233;tats anticip&#233;s ou retard&#233;s d'un d&#233;veloppement familier. Le voyageur devient un antiquaire, contraint par le manque d'objets &#224; d&#233;laisser sa galerie d'art n&#232;gre pour se rabattre sur des souvenirs vieillots, marchand&#233;s au cours de ses promenades au march&#233; au puces de la terre habit&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cl. Levi-Strauss, 1955 ; Tristes Tropiques&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#171; (...) La solitude est un fait in&#233;luctable. Elle est li&#233;e &#224; notre condition humaine. A vouloir la refuser nous faisons en sorte qu'elle devienne destructrice. Car, &#224; vouloir la supprimer, nous ne pouvons que la fuir et la fuir, c'est la voir n&#233;cessairement revenir. Refuser la solitude, c'est porter de mani&#232;re permanente en soi et pr&#233;senter aux autres, une demande d'amour qu'aucune relation ne peut satisfaire.
En acceptant le fait de notre solitude, nous renon&#231;ons &#224; cette demande d'amour qui garde toujours un relent d'exclusivit&#233;, de possession de l'autre, de dur&#233;e plus ou moins &#233;ternelle. Ce renoncement n'exclut ni la fid&#233;lit&#233;, ni les relations durables, mais il rend possibles les multiples relations que nous offre la vie quotidienne. D&#233;tach&#233;s que nous devenons, nous sommes aussi bien plus acceptables, bien plus attrayants pour autrui parce que nous sommes devenus libres. Pour jouir des relations de la vie quotidienne, il faut &#234;tre devenu, de quelque fa&#231;on, affectivement autonome.(...) Concr&#232;tement, il nous faut souvent apprendre &#224; chercher d'abord en nous m&#234;mes ce que nous serions tent&#233;s de demander &#224; d'autres (...) Assumer sa solitude, c'est ainsi s'ouvrir &#224; une multitude de relations (...) non possessibles qui laissent les autres libres parce que soi-m&#234;me on l'est devenu.(...) &#187; (pp.47-48)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alfred Vanesse &#8220; Solitude destructrice-Solitude lib&#233;ratrice &#8221; in colloque sur la solitude organis&#233; par le Groupe d'Action pour 1a d&#233;fense des Personnes qui vivent Seu1es (GRAPS) les 18 et 19 octobre 1986 &#224; Brest, pp.39-49.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#171; D'ailleurs l'obsession des salaires renforce l'influence communiste, parce que les questions d'argent, si vivement qu'elles touchent presque tous les hommes, d&#233;gagent en m&#234;me temps pour tous les hommes un ennui si mortel que la perspective apocalyptique de la r&#233;volution, selon la version communiste, est indispensable pour compenser. Si les bourgeois n'ont pas le m&#234;me besoin d'apocalypse, c'est que les chiffres &#233;lev&#233;s ont une po&#233;sie, un prestige qui temp&#232;re un peu l'ennui li&#233; &#224; l'argent, au lieu que quand l'argent se compte en sous, l'ennui est &#224; l'&#233;tat pur. D'ailleurs le go&#251;t des bourgeois grands et petits pour le fascisme montre que, malgr&#233; tout, eux aussi s'ennuient. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. Weil, 1949 ; L'enracinement, Premi&#232;re partie ; les besoins de l'&#226;me ; La libert&#233; d'opinion&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#171; La blessure que le capitalisme industriel et la soci&#233;t&#233; de march&#233; inflig&#232;rent &#224; la nature humaine consiste essentiellement &#224; concevoir les relations humaines comme &#233;tant essentiellement d'ordre &#233;conomique. Dans son combat contre l'&#233;conomie politique orthodoxe, Marx a dress&#233; contre l'homo oeconomicus exploit&#233; l'homo oeconomicus r&#233;volutionnaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E.P. Thompson, interview &#224; &#171; Radical History Review &#187;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#171; Et quand d'un pass&#233; ancien rien ne subsiste, apr&#232;s la mort des &#234;tres, apr&#232;s la destruction des choses, seules, plus fr&#234;les mais plus vivaces, plus immat&#233;rielles, plus persistantes, plus fid&#232;les, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des &#226;mes, &#224; se rappeler, &#224; attendre, &#224; esp&#233;rer sur la ruine de tout le reste, &#224; porter sans fl&#233;chie, sur leurs gouttelettes presque impalpables, l'&#233;difice immense du souvenir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proust, &lt;i&gt;Du c&#244;t&#233; de chez Swann&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#171; Le monoth&#233;isme au mont Sina&#239;, la chr&#233;tient&#233; primitive, le socialisme messianique : trois instants supr&#234;mes o&#249; la culture occidentale affronte ce que Isben appelait &#034;Les exigences de l'Id&#233;al &#187;. Trois &#233;tapes, &#233;troitement solidaires, au cours desquelles la conscience occidentale doit en passer par le caprice de la transcendance. &#171; Surpasse-toi, franchis les barri&#232;res opaques de l'esprit pour atteindre la pure abstraction. Perds ta vie afin de la gagner. Renonce aux biens, aux honneurs, aux douceurs d'ici-bas. Aime ton prochain comme toi-m&#234;me, bien plus, car l'amour de soi est p&#233;ch&#233;. Sois pr&#234;t &#224; tous les sacrifices, supporte toutes les insultes, va jusqu'&#224; te livrer toi-m&#234;me au bourreau pour que triomphe la justice. &#187; Sans r&#233;pit, le chantage &#224; la perfection s'acharne sur la confusion, l'&#233;go&#239;sme, la frivolit&#233; de nos actes instinctifs. Comme une note trop aigu&#235; dans l'oreille interne. Les hommes ne sont ni des saints ni des asc&#232;tes ; leurs r&#234;veries sont viles ; leur sens du futur ne va pas souvent plus loin que la prochaine borne. Mais l'id&#233;al a tenu bon et fait fi de tout tact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A trois reprises, c'est du m&#234;me centre historique qu'est partie sa voix. (Des sp&#233;cialistes estiment &#224; 80 % la proportion de juifs parmi les th&#233;oriciens de l'id&#233;ologie du socialisme et du communisme r&#233;dempteurs.) Par trois fois, le juda&#239;sme a somm&#233; le monde d'embrasser la perfection, et voulu l'imposer de force dans la marche de la vie occidentale et sur ses march&#233;s. Une haine profonde s'est amass&#233;e dans le subconscient collectif, des rancoeurs meurtri&#232;res. Le m&#233;canisme est simple mais fondamental. &lt;i&gt;Nous ha&#239;ssons plus que tout ceux qui font miroiter &#224; nos yeux un but, un id&#233;al, une promesse enchant&#233;e que nous ne pouvons atteindre m&#234;me en tendant nos muscles &#224; les rompre, qui glisse, encore et toujours, de nos doigts crisp&#233;s et conserve pourtant, c'est l&#224; le point crucial, tout son attrait, que nous ne saurions &#233;carter, car nous en connaissons la valeur supr&#234;me.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;George Steiner, 1971 ; Dans le ch&#226;teau de Barbe-Bleue &#8211; Notes pour une red&#233;finition de la culture, Folio 2004, pp. 55 - 56&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#171; Ceux qui manquent de bonne volont&#233; ou restent pu&#233;rils ne sont jamais libres dans aucun &#233;tat de la soci&#233;t&#233;.
Quand les possibilit&#233;s de choix sont larges au point de nuire &#224; l'utilit&#233; commune, les hommes n'ont pas la jouissance de la libert&#233;. Car il leur faut, soit avoir recours au refuge de l'irresponsabilit&#233;, de la pu&#233;rilit&#233;, de l'indiff&#233;rence, refuge o&#249; ils ne peuvent trouver que l'ennui, soit se sentir accabl&#233;s de responsabilit&#233; en toute circonstance par la crainte de nuire &#224; autrui. En pareil cas les hommes, croyant &#224; tort qu'ils poss&#232;dent la libert&#233; et sentant qu'ils n'en jouissent pas, en arrivent &#224; penser que la libert&#233; n'est pas un bien. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. Weil, 1949 ; L'enracinement, Premi&#232;re partie ; les besoins de l'&#226;me ; La libert&#233;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et parce que l'une des principales parties de la sagesse est de savoir en quelle fa&#231;on et pour quelle cause chacun se doit estimer ou m&#233;priser, je t&#226;cherai ici d'en dire mon opinion. Je ne remarque en nous qu'une seule chose qui nous puisse donner juste raison de nous estimer, &#224; savoir l'usage de notre libre arbitre, et l'empire que nous avons sur nos volont&#233;s. Car il n'y a que les seules actions qui d&#233;pendent de ce libre arbitre pour lesquelles nous puissions avec raison &#234;tre lou&#233;s ou bl&#226;m&#233;s, et il nous rend en quelque fa&#231;on semblable &#224; Dieu en nous faisant ma&#238;tres de nous-m&#234;mes, pourvu que nous ne perdions point par l&#226;chet&#233; les droits qu'il nous donne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R. Descartes, 1649 ; &lt;i&gt;Les passions de l'&#226;me, Troisi&#232;me partie ; des passions particuli&#232;re&lt;/i&gt;, Art. 152, Pour quelle cause on peut s'estimer.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#171; L'id&#233;e que l'efficacit&#233;, l'accroissement de productivit&#233;, le rationalisme et la croissance &#233;conomique sont choses bonnes en soi est toute r&#233;cente dans la pens&#233;e humaine (mais une fois n&#233;e, elle a semble-t-il la vie dure). Nous, modernes, nous pouvons consid&#233;rer que le pont du Gard est un moyen incroyablement co&#251;teux pour approvisionner en eau fra&#238;che une ville provinciale du sud de la Gaule, m&#234;me pas tr&#232;s importante, les Romains en Gaule, dans leurs &#233;chelles de valeurs, pla&#231;aient l'eau fra&#238;che et la d&#233;monstration de leur puissance, plus haut que les co&#251;ts. C'&#233;tait une opinion rationnelle, elle aussi, m&#234;me si elle ne rel&#232;ve pas du rationalisme &#233;conomique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Moses I. Finley, &lt;i&gt;Economie et Soci&#233;t&#233; en Gr&#232;ce ancienne&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#171; Quand on lit certains ouvrages de sociologie, de science politiques ou de th&#233;orie litt&#233;raire, on souscrirait volontiers &#224; cette suggestion jadis formul&#233;e par un de mes coll&#232;gues : de m&#234;me que les gouvernements de certains pays hyperd&#233;velopp&#233;s paient de temps &#224; autre leurs paysans pour qu'ils ne produisent pas de beurre ou de ma&#239;s, ne pourrait-on pas subsidier certains universitaires pour qu'ils cessent d'&#233;crire des livres ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simon Leys, &lt;i&gt;Le bonheur des petits poissons. Lettres des Antipodes&lt;/i&gt;, &#233;d. JC. Latt&#232;s, 2008&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#171; Les modernes, en effet, depuis Rousseau, s'imaginent qu'il existe une sorte de nature [humaine] normale, &#224; laquelle la culture et la religion seraient venues surajouter leurs faux probl&#232;mes&#8230; Cette illusion touchante peut les aider &#224; vivre, mais non pas &#224; comprendre leur vie. Car tous, tant que nous sommes, sans le savoir, menons nos vies de civilis&#233;s dans une confusion proprement insens&#233;e de religions jamais tout &#224; fait mortes, et rarement tout &#224; fait comprises et pratiqu&#233;es ; de morales jadis exclusives mais qui se superposent ou se combinent &#224; l'arri&#232;re-plan de nos conduites &#233;l&#233;mentaires ; de complexes ignor&#233;s mais d'autant plus actifs ; et d'instincts h&#233;rit&#233;s bien moins de quelque nature animale que de coutumes totalement oubli&#233;es, devenues traces ou cicatrices mentales, tout inconscientes et, de ce fait, ais&#233;ment confondues avec l'instinct. Elles furent tant&#244;t des artifices cruels, tant&#244;t des rites sacr&#233;s ou des gestes magiques, parfois aussi des disciplines profondes &#233;labor&#233;es par des mystiques lointaines &#224; la fois dans le temps et dans l'espace. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Denis De Rougemont, &lt;i&gt;L'amour et l'Occident&lt;/i&gt;, 1938, ed 10/18 &#8211; 2004, pp. 126 - 127&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#034;Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule d'innombrables hommes semblables et &#233;gaux qui tournent sans repos sur eux-m&#234;mes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur &#226;me. Chacun d'eux, retir&#233; &#224; l'&#233;cart, est comme &#233;tranger &#224; la destin&#233;e de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui l'esp&#232;ce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est &#224; c&#244;t&#233; d'eux mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n'existe qu'en lui-m&#234;me et pour lui seul, et, s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-dessus de ceux-l&#224; s'&#233;l&#232;ve un pouvoir immense et tut&#233;laire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, d&#233;taill&#233;, r&#233;gulier, pr&#233;voyant et doux. Il ressemblerait &#224; la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de pr&#233;parer les hommes &#224; l'&#226;ge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu'&#224; les fixer irr&#233;vocablement dans l'enfance ; il aime que les citoyens se r&#233;jouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'&#224; se r&#233;jouir. Il travaille volontiers &#224; leur bonheur ; mais il veut en &#234;tre l'unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit &#224; leur s&#233;curit&#233;, pr&#233;voit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, r&#232;gle leurs successions, divise leurs h&#233;ritages ; que ne peut-il leur &#244;ter enti&#232;rement le trouble de penser et la peine de vivre ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexis de TOCQUEVILLE, 1840 ; De la d&#233;mocratie en Am&#233;rique&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#171; Si, dans un avenir automatis&#233;, nous devons avoir plus de temps libre, le probl&#232;me ne consiste pas &#224; se demander comment les hommes pourront-ils consommer toutes ces unit&#233;s suppl&#233;mentaires de temps libres, mais de quelles exp&#233;riences de la vie les hommes &#224; qui il sera donn&#233; de vivre ce temps non dirig&#233; seront-ils capables. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E.P. Thompson, La Formation de la classe ouvri&#232;re anglaise&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#171; Ce qui d'ordinaire demeure intact dans les &#233;poques de p&#233;trification et de fatale pr&#233;destination est la facult&#233; de libert&#233; elle-m&#234;me, la pure capacit&#233; de commencer qui anime et inspire toutes les activit&#233;s humaines et qui est la source cach&#233;e de la production de toutes les grandes et belles choses. (...) Il est de la nature m&#234;me de tout nouveau commencement qu'il fasse irruption dans le monde comme une &#171; improbabilit&#233; infinie &#187;, mais c'est pr&#233;cis&#233;ment cet infiniment probable qui constitue en fait la texture m&#234;me de tout ce que nous disons r&#233;el. (...) La diff&#233;rence d&#233;cisive entre les &#171; improbabilit&#233;s infinies &#187; sur lesquelles repose la r&#233;alit&#233; de notre vie terrestre, et le caract&#232;re miraculeux inh&#233;rent aux &#233;v&#233;nements qui &#233;tablissent la r&#233;alit&#233; historique, c'est que, dans le domaine des affaires humaines, nous connaissons l'auteur des &#171; miracles &#187;. Ce sont les hommes qui les accomplissent, les hommes qui, parce qu'ils ont re&#231;u le double don de la libert&#233; et de l'action, peuvent &#233;tablir une r&#233;alit&#233; bien &#224; eux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hannah Arendt, La Crise de la culture&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#171; Mais l'on aurait tort de penser que les Indiens d'Amazonie, les Aborig&#232;nes australiens ou les moines du Tibet seraient porteurs d'une sagesse plus profonde pour le temps pr&#233;sent que le naturalisme claudicant de la modernit&#233; tardive. (&#8230; ) Ni la nostalgie pour des formes de vivre-ensemble dont les ethnographes et les historiens nous rapportent les &#233;chos assourdis, ni le volontarisme proph&#233;tique qui agite certains quartiers de la cit&#233; savante n'offrent de r&#233;ponse imm&#233;diate au d&#233;fi de recomposer dans des ensembles viables et solidaires entre eux un nombre toujours plus grand d'existant en qu&#234;te de repr&#233;sentation et de traitement &#233;quitables. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ph. Descola, &lt;i&gt;Par-del&#224; nature et culture&lt;/i&gt;, Gallimard 2005, p. 689&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#034;Les hommes combattent et perdent la bataille, et la chose pour laquelle ils
ont lutt&#233; advient malgr&#233; leur d&#233;faite. Quand elle advient, elle se r&#233;v&#232;le
&#234;tre diff&#233;rente de ce qu'ils avaient vis&#233;, et d'autres hommes doivent alors
combattre pour ce qu'ils avaient vis&#233;, sous un autre nom&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William Morris, &#171; A dream of John Ball &#187;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#171; Au fond pour le capitalisme, la meilleure population, la plus r&#233;ceptive, la plus docile et la plus enthousiasme sera une population compl&#232;tement infantilis&#233;e, dont les liens de solidarit&#233; seraient r&#233;duits &#224; des &#233;changes groupusculaires, fusionnels et festifs, une population dont les membres n'auraient plus en commun que le projet de jouir ensemble, de &#171; s'&#233;clater &#187; infiniment , prisonniers b&#233;ats d'un sybaritisme invert&#233;br&#233;, c'est-&#224;-dire d'un style de vie moralement anomique, o&#249; l'atrophie de la dimension &#233;thique serait compens&#233;e par l'hypertrophie de la dimension esth&#233;tique, o&#249; le le but de la vie serait de &#171; se faire du bien &#187; &#224; d&#233;faut de faire le bien &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le petit bourgeois gentihomme &#187;, Accardo Alain, labor 2004&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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