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	<title>Lieux Communs</title>
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	<description>D&#233;mocratie directe &#8212; Red&#233;finition collective des besoins &#8212; &#201;galit&#233; des revenus</description>
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		<title>Lieux Communs</title>
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		<title>Une sup&#233;riorit&#233; paradoxale</title>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Dewitte J.</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
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		<dc:subject>Livre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chapitre 2 &#233;ponyme du livre de Jacques Dewitte &#171; L'exception europ&#233;enne. Ces m&#233;rites qui nous distinguent &#187;, Michalon, [2008], r&#233;ed. 2020, pp. 33-41. Sceptiques et barbares &#192; la question &#171; o&#249; sont les barbares ? &#187;, la r&#233;ponse habituelle, &#233;nonc&#233;e d'une mani&#232;re ou d'une autre par toutes les cultures, a toujours &#233;t&#233; : ils sont ailleurs. Nous sommes les civilis&#233;s ; les barbares, ce sont les autres. Mais en Europe s'est produit tr&#232;s t&#244;t une inversion de cette relation qui &#224; fait appara&#238;tre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chapitre 2 &#233;ponyme du livre de Jacques Dewitte &#171; L'exception europ&#233;enne. Ces m&#233;rites qui nous distinguent &#187;, Michalon, [2008], r&#233;ed. 2020, pp. 33-41.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sceptiques et barbares&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la question &#171; o&#249; sont les barbares ? &#187;, la r&#233;ponse habituelle, &#233;nonc&#233;e d'une mani&#232;re ou d'une autre par toutes les cultures, a toujours &#233;t&#233; : ils sont ailleurs. Nous sommes les civilis&#233;s ; les barbares, ce sont les autres. Mais en Europe s'est produit tr&#232;s t&#244;t une inversion de cette relation qui &#224; fait appara&#238;tre &#171; le grand th&#232;me europ&#233;en de l'Europe barbare &#187; (Finkielkraut)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La confrontation avec le Nouveau Monde donne naissance au grand th&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sa g&#233;n&#233;alogie est claire et proc&#232;de d'une attitude de doute quant &#224; sa propre sup&#233;riorit&#233; inn&#233;e : &#171; Et si les vrais barbares, c'&#233;tait nous et pas les autres ? &#187; Ou, d'une mani&#232;re plus radicale encore : &#171; Et si les vrais barbares, c'&#233;tait ceux qui appellent les autres des barbares ? &#187; En mettant en avant, comme trait sp&#233;cifique de l'Europe, le d&#233;passement de sa propre suffisance, Kolakowski reprenait lui-m&#234;me &#224; son compte cette mani&#232;re de penser typiquement europ&#233;enne qui prend naissance au XVe si&#232;cle chez Montaigne et se poursuit jusqu'&#224; nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, au cours de sa conf&#233;rence, il semble soudain, avec son go&#251;t habituel du paradoxe et de la provocation, remettre en question ce qu'il avait soutenu auparavant. Il relate l'&#233;pisode suivant : alors qu'il voyageait au Mexique et visitait des sites arch&#233;ologiques am&#233;rindiens en compagnie d'un &#233;crivain mexicain, il en est venu &#224; se demander &#224; son tour : &#171; O&#249; sont les barbares ? &#187; Sont-ils du c&#244;t&#233; des conquistadors, lesquels sont barbares parce qu'ils ont voulu d&#233;truire une culture extra-europ&#233;enne ? Ou bien ne seraient-ils pas plut&#244;t du c&#244;t&#233; de ces Europ&#233;ens qui, devenus indiff&#233;rents &#224; leur propre tradition, posent l'&#233;quivalence absolue de toutes les cultures ? Dans ce cas, ajoute-t-il, on devrait paradoxalement admettre que les conquistadors seraient non seulement les derniers Europ&#233;ens, ma&#239;s les derniers non-barbares. Car le relativisme absolu conduit &#224; un indiff&#233;rentisme et &#224; une dissolution de tout ce &#224; quoi l'on peut adh&#233;rer en quelque mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pr&#233;cise-t-il tout de suite, il s'agit l&#224; d'une boutade, permettant surtout de prendre en consid&#233;ration ce probl&#232;me capital : jusqu'o&#249; peut-on aller dans la remise en question critique de soi-m&#234;me ? Peut-on aller, sans contradiction, jusqu'&#224; approuver, le cas &#233;ch&#233;ant, la barbarie dans un souci de respect des &#171; autres &#187; et de leur &#171; alt&#233;rit&#233; &#187; ? Il s'agit en effet de d&#233;jouer le pi&#232;ge dans lequel tombe l'universalisme culturel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kolakowski appelle &#171; universalisme culturel &#187; une position que l'on pourrait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? en finissant par nier la diff&#233;rence m&#234;me entre lui-m&#234;me et ses ennemis. Apr&#232;s le petit d&#233;tour de sa boutade, Kolakowski retourne donc au fil principal de son argumentation : &#234;tre barbare, c'est &#234;tre emprisonn&#233; dans son exclusivisme et son fanatisme. Si l'on est fier d'en &#234;tre sorti, si l'on se pique d'avoir surmont&#233; l'enfermement dans la cl&#244;ture ethnocentrique, alors on ne peut s'interdire de condamner la barbarie &#233;ventuelle des autres. Faute de quoi l'universalisme culturel se contredit lui-m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il se nie s'il est g&#233;n&#233;reux au point de m&#233;conna&#238;tre la diff&#233;rence entre l'universalisme et l'exclusivisme, [...] entre soi-m&#234;me et la barbarie ; il se nie si, pour ne pas tomber dans la tentation de la barbarie, il donne aux autres le droit d'&#234;tre barbares. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Village introuvable, Complexe, 1986, p. 111.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'universalisme ne peut donc rester &#224; l'int&#233;rieur de la culture qui l'a produit et s'arr&#234;ter aux fronti&#232;res des autres cultures, par &#171; respect de leur diff&#233;rence &#187;. S'il ne veut pas se nier lui-m&#234;me, il ne peut pas ne pas impliquer un certain pros&#233;lytisme. &#171; L'universalisme se paralyse lui-m&#234;me s'il ne se croit pas universel, c'est-&#224;-dire propre &#224; &#234;tre propag&#233; partout. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 112. pr&#233;cise, dans la phrase pr&#233;c&#233;dente : &#171; Ceci pr&#233;suppose la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On doit attendre des autres que, comme nous, ils remettent en question leur propre exclusivisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kolakowski &#233;voque de mani&#232;re frappante une situation concr&#232;te qui est plus actuelle que jamais, dans les pays europ&#233;ens ayant accueilli d'importantes populations musulmanes et o&#249; certaines organisations tentent de faire reconna&#238;tre la charia &#224; l'encontre du droit europ&#233;en : quelle attitude adopter face aux r&#232;gles de la loi islamique qui prescrit notamment la lapidation pour la femme adult&#232;re (ou la flagellation pour les hommes), ou bien l'amputation de la main pour la fraude fiscale ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si l'on dit, dans un cas pareil, &#8220;c'est la loi coranique, il faut respecter les autres traditions&#8221;, on dit en fait : &#8220;ce serait terrible pour nous, mais c'est bon pour ces sauvages&#8221; ; par cons&#233;quent, ce qu'on exprime, c'est moins le respect que le m&#233;pris des autres traditions, et la phrase &#8220;toutes les cultures sont &#233;gales&#8221; est la moins propre &#224; d&#233;crire cette attitude. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 110.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Donc, si l'on s'interdit de juger ceux qui pratiquent la loi coranique, on devrait au moins cesser d'invoquer le &#171; respect des autres &#187; et reconna&#238;tre que cette attitude repose en fait sur le m&#233;pris. Peut-&#234;tre que celui-ci est in&#233;vitable, mais il faut alors qu'il soit reconnu comme tel et non pas maquill&#233; id&#233;ologiquement. Le mieux demeure toutefois d'adopter une attitude pros&#233;lyte impliquant que nos valeurs de tol&#233;rance ne se limitent pas &#224; notre aire culturelle et doivent &#234;tre propag&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son argumentation, Kolakowski reprend et actualise la vieille discussion classique sur le scepticisme. Le sceptique ne peut pas aller jusqu'&#224; nier la diff&#233;rence m&#234;me entre scepticisme et non-scepticisme (variante : entre la tol&#233;rance et l'intol&#233;rance). Il doit donc, implicitement ou &#8211; ce qui serait mieux encore &#8211; explicitement, admettre que le scepticisme est meilleur que son contraire, m&#234;me s'il cesse par l&#224; d'&#234;tre un sceptique absolument cons&#233;quent, puisqu'il fait une entorse &#224; son principe de scepticisme. En termes plus abstraits et paradoxaux, : mais selon une dialectique caract&#233;ristique du style philosophique de Kolakowski : un sceptique absolument cons&#233;quent, n'admettant aucune exception &#224; son principe g&#233;n&#233;ral et qui en viendrait &#224; supposer une &#233;quivalence absolue entre scepticisme et non-scepticisme, admettrait la valeur du non-scepticisme et cesserait donc d'&#234;tre un sceptique cons&#233;quent. Le scepticisme absolument cons&#233;quent se renverserait donc en scepticisme incons&#233;quent. Mais inversement, on peut soutenir que &lt;i&gt;seul un sceptique incons&#233;quent est un sceptique vraiment cons&#233;quent&lt;/i&gt; : en admettant une exception &#224; son principe, il se maintient comme scepticisme.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Or, ce que je pr&#233;conise, c'est le scepticisme incons&#233;quent et l'universalisme incons&#233;quent, &#224; savoir un universalisme qui se soustrait &#224; l'antinomie en ne s'&#233;tendant pas au-del&#224; des limites o&#249; la distinction m&#234;me entre lui-m&#234;me et la barbarie s'efface. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., pp. 111-112.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette dialectique subtile et un peu vertigineuse, non d&#233;pourvue d'un go&#251;t prononc&#233; pour le paradoxe et l'humour, est famili&#232;re au lecteur de Kolakowski. Elle prolonge directement son c&#233;l&#232;bre &#171; &#201;loge de l'incons&#233;quence &#187; de 1958 o&#249; il &#233;crivait en conclusion : &#171; Soyons donc incons&#233;quents &#233;galement dans notre incons&#233;quence ou encore &#8211; en d'autres termes &#8211; appliquons le principe d'incons&#233;quence &#224; l'incons&#233;quence elle-m&#234;me. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#201;loge de l'incons&#233;quence &#187;, Arguments, n&#176; 27-28, 1962, p. 6.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ici, le plaidoyer pour l'Europe prend la forme d'un &lt;i&gt;universalisme incons&#233;quent&lt;/i&gt; : en principe, toutes les cultures sont &#233;gales, ma&#239;s il y a une culture dont le statut est tout &#224; fait particulier et qui constitue une exception, puisqu'elle est la condition de possibilit&#233; de cette perspective &#233;galitaire. Cet universalisme-l&#224; est conscient de ses limites, sachant qu'il va s'inverser dialectiquement en son contraire s'il les franchit. Et il est conscient de ce que sa propre condition de possibilit&#233; transcendantale doit &#233;chapper &#224; l'&#233;galisation absolue. Ce sont deux formes en somme de la m&#234;me prise de conscience d'une limite principielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La sup&#233;riorit&#233; europ&#233;enne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une petite phrase qui r&#233;sume la th&#232;se (ou le dogme) fondamental du relativisme culturel (que Kolakowski appelle l'&#171; universalisme culturel &#187;) : &#171; &lt;i&gt;Toutes les cultures sont &#233;gales&lt;/i&gt;. &#187; Elle m&#233;rite un examen tr&#232;s attentif. Parmi ses diff&#233;rentes interpr&#233;tations possibles, le philosophe polonais ne retient que celle-ci : &#171; Il n'y a pas de normes absolues, non historiques, pour juger une culture quelconque. &#187; C'est cette version &#171; qui est vraiment d&#233;cisive parce qu'elle para&#238;t tr&#232;s r&#233;pandue et parce qu'il est douteux qu'on puisse la maintenir sans violer la coh&#233;rence &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Village introuvable, op. cit., p. 110.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous avons examin&#233; plus haut le probl&#232;me de l'&#171; antinomie pragmatique &#187; sur laquelle d&#233;bouchait une application absolue de cette proposition. C'est un autre aspect que je voudrais mettre ici en avant, en apportant &#224; nouveau un compl&#233;ment &#224; l'argumentation de Kolakowski.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a vu, un tel &#233;nonc&#233; constitue une exception dans l'histoire humaine et m&#234;me une v&#233;ritable rupture anthropologique puisque toutes les cultures, y compris la culture europ&#233;enne, sont spontan&#233;ment ethnocentriques et admettent une sup&#233;riorit&#233; de leurs propres valeurs sur celles des autres. C'est seulement en Europe qu'a eu lieu une rupture de cette cl&#244;ture ethnocentrique et que s'est propag&#233;e une tournure d'esprit conduisant &#224; la th&#232;se de l'&#233;galit&#233; de toutes les cultures. La condition &#224; la fois historique et transcendantale (au sens de la &#171; condition de possibilit&#233; &#187; kantienne) de la proposition &#171; &#233;galitariste &#187; est donc la culture europ&#233;enne d&#233;finie comme cette culture qui a su mettre en question sa propre sup&#233;riorit&#233; absolue et &#171; se regarder par les yeux des autres &#187;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ceci conduit &#224; une situation hautement paradoxale : l'affirmation de l'&#233;galit&#233; de principe de toutes les cultures pr&#233;suppose non seulement l'existence factuelle de la culture europ&#233;enne, le fait contingent de son apparition dans l'histoire mais, de mani&#232;re implicite ou explicite, l'admission de sa signification privil&#233;gi&#233;e &#8211; ce qui est manifestement en contradiction avec l'id&#233;e que &#171; toutes les cultures sont &#233;gales &#187;. Pour parodier la phrase c&#233;l&#232;bre d'&lt;i&gt;Animal Farm d'Orwell&lt;/i&gt;, on est donc amen&#233; &#224; soutenir en substance : toutes les cultures sont certes &#233;gales, mais &lt;i&gt;une culture est plus &#233;gale que les autres&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette mani&#232;re savoureuse de poser le probl&#232;me en parodiant Orwell a &#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kolakowski lui-m&#234;me en vient tr&#232;s explicitement &#224; affirmer une telle pr&#233;&#233;minence, et m&#234;me &#224; r&#233;affirmer une id&#233;e d'&#171; europ&#233;ocentrisme &#187;, alors m&#234;me qu'il en louait le d&#233;passement. Comment comprendre ce qui, de prime abord, peut appara&#238;tre comme autant de contradictions grossi&#232;res ? Je soulignerai principalement deux points : l'id&#233;e d'un &#171; sol transcendantal &#187; et l'id&#233;e d'une certaine &#171; contradiction performative &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kolakowski parle, &#224; propos de l'attitude de l'anthropologue, de ses &#171; racines culturelles &#187; : |&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il peut suspendre ses jugements, mais cet acte m&#234;me de suspension a des racines culturelles : c'est un acte de renoncement qui n'est faisable que de l'int&#233;rieur d'une culture sp&#233;cifique qui l'a rendu possible, d'une culture qui s'est montr&#233;e capable de cet effort pour comprendre l'autre parce qu'elle avait su se mettre elle-m&#234;me en question. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Village introuvable, op. cit., p. 107&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On peut distinguer ici deux probl&#232;mes assez diff&#233;rents : d'une part, le fait que n'importe quel jugement humain demeure tributaire de son horizon culturel particulier, qu'il y ait une finitude ind&#233;passable que ne peut surmonter le regard anthropologique ; et, d'autre part, la situation in&#233;dite qui s'inaugure en Europe : le fait que l'anthropologie demeure tributaire de la culture europ&#233;enne, celle qui s'est montr&#233;e seule capable de mettre en question son exclusivit&#233; et de rendre possible une consid&#233;ration de l'universalit&#233; humaine et une prise en compte de la diversit&#233; des cultures. D'une part, certaines conditions factuelles historiques et culturelles, mais, d'autre part, une dimension qui rel&#232;ve des conditions de possibilit&#233; au sens kantien du terme. Et l'esprit europ&#233;en est les deux choses &#224; la fois : un ancrage culturel particulier (g&#233;ographique et historique) et un &#171; sol transcendantal &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;trange conception, sans doute, du &#171; transcendantal &#187; : dans le kantisme, il est ce qui transcende tout ancrage particulier, toute d&#233;termination ; ici, il s'agit d'une figure historique singuli&#232;re qui, en m&#234;me temps, est une condition de possibilit&#233; de l'universalit&#233;. Avancer une telle notion a de quoi surprendre, car cela brouille diverses oppositions. On parle d'une condition qui n'est pas une simple d&#233;termination empirique et n'est pas non plus d&#233;sincarn&#233;e comme un pur acte spirituel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Kolakowski appelle une &#171; antinomie pragmatique &#187; rejoint, &#224; bien des &#233;gards, ce que l'on appelle aujourd'hui, dans les discussions contemporaines, une &#171; contradiction performative &#187;. Il peut exister des situations o&#249; le fait m&#234;me de l'&lt;i&gt;&#233;nonciation&lt;/i&gt; est en contradiction avec le contenu de l'&lt;i&gt;&#233;nonc&#233;&lt;/i&gt; &#8211; car celui-ci, si on le prend &#224; la lettre, si on l'envisage de mani&#232;re absolument cons&#233;quente, nie sa propre condition de possibilit&#233;, &#224; savoir le fait m&#234;me qu'il puisse &#234;tre prononc&#233;. Ainsi, si l'&#233;nonc&#233; &#171; tous les Cr&#233;tois sont menteurs &#187; est vrai, son &#233;nonciation par le Cr&#233;tois &#201;pim&#233;nide est frapp&#233;e d'invalidit&#233; ; il n'y a pas de place dans l'&#233;nonc&#233; pour le fait m&#234;me de son &#233;nonciation. Donc cet &#233;nonc&#233; &#171; scie la branche sur laquelle il est assis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me pour la proposition &#171; toutes les cultures sont &#233;gales &#187;. Si elle est &#233;nonc&#233;e de mani&#232;re absolument cons&#233;quente, sans admettre aucune exception, alors appara&#238;t une contradiction performative analogue. Pour que l'&#233;nonc&#233; soit tout simplement possible, il faut non seulement pr&#233;supposer &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; une culture particuli&#232;re, la culture europ&#233;enne, qui a surmont&#233; son propre exclusivisme, mais admettre en outre qu'elle a une signification privil&#233;gi&#233;e et est m&#234;me &#171; sup&#233;rieure &#187; &#224; toutes les autres cultures dans la mesure o&#249; elles n'ont pas effectu&#233; le m&#234;me geste de rupture. On est donc amen&#233; &#224; admettre une exception &#224; l'&#233;nonc&#233; g&#233;n&#233;ral pour ne pas saper les conditions de son &#233;nonciation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela conduit &#224; un r&#233;examen de la notion de sup&#233;riorit&#233;. Alors m&#234;me que l'on avait caract&#233;ris&#233; la culture europ&#233;enne comme &#233;tant celle qui avait d&#233;pass&#233; l'id&#233;e qu'elle serait intrins&#232;quement sup&#233;rieure aux autres cultures, on est amen&#233; &#224; red&#233;couvrir, sur un plan diff&#233;rent, l'id&#233;e de sa sup&#233;riorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous affirmons notre appartenance &#224; la culture europ&#233;enne pr&#233;cis&#233;ment par notre capacit&#233; &#224; garder une distance critique envers nous-m&#234;mes, de vouloir nous regarder avec les yeux des autres, d'estimer la tol&#233;rance dans la vie publique, le scepticisme dans le travail intellectuel. [...] En admettant cela, nous proclamons &#8211; explicitement ou non, peu importe &#8211; que la culture qui a su articuler fortement ces id&#233;es [...] est une culture sup&#233;rieure. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, pp. 110-111.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et c'est &#224; une entorse analogue au principe g&#233;n&#233;ral d'&#233;galit&#233; qu'est conduit aussi de facto l'anthropologue :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La position d'un anthropologue n'est pas vraiment celle de la suspension du jugement : son attitude s'appuie sur la conviction qu'une description et une attitude sans pr&#233;jug&#233;s normatifs sont meilleures que l'esprit de sup&#233;riorit&#233; et de fanatisme. [...] On ne peut pas abandonner l'&#233;valuation. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., pp. 107-108.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, on a affaire &#224; une sup&#233;riorit&#233; tr&#232;s paradoxale, la pr&#233;&#233;minence non pas &#171; empirique &#187;, mais &#233;pist&#233;mologique ou &#171; transcendantale &#187; de la culture qui a rendu possible une reconnaissance &#233;gale de toutes les cultures. Et voil&#224; pourquoi Kolakowski, conform&#233;ment &#224; ce qu'il annon&#231;ait dans son pr&#233;ambule, peut r&#233;affirmer l'id&#233;e, si d&#233;cri&#233;e aujourd'hui, d'une forme d'&#171; europ&#233;ocentrisme &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dire cela, [...] c'est affirmer la sup&#233;riorit&#233; de la culture europ&#233;enne comme la culture qui a su pr&#233;server l'incertitude &#224; l'&#233;gard de ses propres normes. Je crois qu'il y a une raison importante pour garder en ce sens l'esprit europ&#233;ocentrique. Ceci pr&#233;suppose la croyance que certaines valeurs sp&#233;cifiques de cette culture &#8211; &#224; savoir ses facult&#233;s auto-critiques &#8211; doivent non seulement &#234;tre d&#233;fendues, mais r&#233;pandues. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 112&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Tout comme, dans l'antinomie du scepticisme, le sceptique doit admettre une entorse &#224; son principe g&#233;n&#233;ral, en reconnaissant que le scepticisme est meilleur que son contraire, on en vient &#224; admettre que la culture qui admet l'id&#233;e d'une &#233;quivalence est meilleure que son contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retrouver de la sorte l'id&#233;e de sup&#233;riorit&#233; apr&#232;s l'avoir &#233;cart&#233;e initialement, cela n'implique pas qu'elle soit exactement la m&#234;me qu'au d&#233;part. On n'affirme pas la sup&#233;riorit&#233; absolue de la culture europ&#233;enne, mais une certaine sup&#233;riorit&#233;, existant dans certains domaines, et devant &#234;tre pr&#233;cis&#233;e. C'est d'ailleurs une nouvelle forme de l'esprit europ&#233;en d'auto-examen incessant que cette interrogation sur ce qui, de cette sup&#233;riorit&#233;, doit &#234;tre pr&#233;serv&#233; et ce qui doit &#234;tre rang&#233; dans la cat&#233;gorie des vieilleries d&#233;pass&#233;es. La question qui se pose donc est de savoir au juste ce qui, dans la culture europ&#233;enne, doit &#234;tre propag&#233; et ce qui ne doit pas obligatoirement l'&#234;tre. Ce n&#233;cessaire pros&#233;lytisme doit forc&#233;ment &#234;tre s&#233;lectif. Du reste, on constate que ceux qui d&#233;noncent la culture europ&#233;enne lui font n&#233;anmoins certains emprunts en puisant dans ses inventions techniques, mais sans lui emprunter par exemple l'esprit critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour un europ&#233;ocentrisme paradoxal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons-nous. La sp&#233;cificit&#233; de l'Europe est la capacit&#233; de sortir de son &#171; autosuffisance &#187;, de se d&#233;centrer &#8211; &#224; la fois pour comprendre les autres cultures et pour prendre le parti de certains peuples conquis et menac&#233;s de destruction par des Europ&#233;ens. Ainsi s'est produite une sortie de la cl&#244;ture ethnocentrique et, en l'occurrence, un d&#233;passement de l'europ&#233;ocentrisme. L'Europe est la culture qui renonce &#224; son sentiment inn&#233; de sup&#233;riorit&#233; naturelle. Mais ayant, dans un premier temps, souscrit &#224; cette critique de l'europ&#233;ocentrisme, on est amen&#233;, par une d&#233;marche apparemment contradictoire et en fait parfaitement cons&#233;quente, &#224; mettre en question la validit&#233; absolue de ce renversement anti-europ&#233;ocentrique, et, en red&#233;couvrant qu'il existe une excellence et une sup&#233;riorit&#233; europ&#233;enne, &#224; remettre &#224; l'honneur un certain europ&#233;ocentrisme. Car il s'av&#232;re aussi que la culture europ&#233;enne est la seule &#224; avoir adopt&#233; une telle attitude ou, en tout cas, &#224; l'avoir pour ainsi dire institu&#233;e culturellement ou institutionnalis&#233;e, &#224; en avoir fait un trait de civilisation. Et il s'av&#232;re aussi que c'est cette attitude, issue de l'Europe, qui a rendu possible le regard anthropologique et une consid&#233;ration universelle des cultures humaines. Par cons&#233;quent, cette culture-l&#224;, tout en ayant une existence historique concr&#232;te, rev&#234;t aussi une position d'exception et une signification transcendantale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception soutenue par Kolakowski, on peut l'appeler un &lt;i&gt;europ&#233;ocentrisme paradoxal&lt;/i&gt;. On est parti de l'exigence d'un d&#233;centrement, d'une sortie de ses &#233;vidences et l'on est amen&#233; &#224; retourner &#224; une conception o&#249; l'Europe garde une position centrale. Ce paradoxe europ&#233;en n'est pas une simple structure logique ; il est port&#233; par des figures historiques concr&#232;tes, des personnages exemplaires de l'histoire europ&#233;enne, comme celle de Las Casas ou celle du &#171; missionnaire converti &#187; &#233;voqu&#233; plus haut. Autant d'incarnations d'une m&#234;me situation paradoxale : sortir de soi, se convertir aux croyances de ceux que l'on voulait convertir, mais aussi rester en soi, puisque, en d&#233;passant son horizon culturel restreint et en se vouant &#224; l'&#233;tude des cultures autres, on se montre un &#171; bon Europ&#233;en &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela, conc&#232;de Kolakowski, peut donner l'impression d'&#234;tre un badinage conceptuel, une virtuosit&#233; dialectique brillante mais vide, c'est-&#224;-dire coup&#233;e de tout enjeu politique ou moral. Or, en exposant tout cela, on se trouve tout de m&#234;me au c&#339;ur de l'Histoire &#8211; celle de 1980 mais aussi, pour nous, celle du d&#233;but du XXIe si&#232;cle &#8211; dans la mesure o&#249; l'Europe est menac&#233;e et ne parvient pas &#224; trouver les ressources morales pour affronter ce p&#233;ril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conf&#233;rence se conclut ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notre destin temporel, c'est le souci sans fin, l'inach&#232;vement sans fin. C'est dans le doute qu'elle entretient sur elle-m&#234;me que la culture europ&#233;enne peut trouver son &#233;quilibre spirituel et la justification de sa pr&#233;tention &#224; l'universalit&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. p. 122.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;quilibre spirituel trouv&#233; dans la conscience d'&#234;tre divis&#233;, une pr&#233;tention &#224; l'universalit&#233; qui trouve sa justification dans un doute constant entretenu sur elle-m&#234;me : voil&#224; ce &#224; quoi nous pouvons nous identifier en tant qu'Europ&#233;ens, et voil&#224; aussi ce dont nous avons des raisons d'&#234;tre fiers. Telle est la r&#233;plique de Kolakowski &#224; une mise en question de soi pouss&#233;e jusqu'&#224; la fr&#233;n&#233;sie autodestructrice. Telle est sa r&#233;ponse &#224; la &#171; mentalit&#233; suicidaire &#187; qui se propage en Europe et peut d&#233;sarmer les Europ&#233;ens face aux menaces venant du dehors.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; La confrontation avec le Nouveau Monde donne naissance au grand th&#232;me europ&#233;en de l'Europe barbare, de la civilisation obtuse et du &#8220;c'est celui qui le dit qui l'est !&#8221; &#187; (Alain Finkielkraut, &lt;i&gt;L'Humanit&#233; perdu&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil, 1996, p. 27).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Kolakowski appelle &#171; universalisme culturel &#187; une position que l'on pourrait appeler plut&#244;t &#171; relativisme culturel &#187;, mais j&#233; maintiens ce terme dans mon commentaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Village introuvable&lt;/i&gt;, Complexe, 1986, p. 111.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 112. pr&#233;cise, dans la phrase pr&#233;c&#233;dente : &#171; Ceci pr&#233;suppose la croyance que certaines valeurs de cette culture &#8211; &#224; savoir ses facult&#233;s autocritiques &#8211; doivent non seulement &#234;tre d&#233;fendues, mais r&#233;pandues et aussi que, par d&#233;finition, elles ne se laissent pas r&#233;pandre par la violence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., pp. 111-112.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &#201;loge de l'incons&#233;quence &#187;, Arguments, n&#176; 27-28, 1962, p. 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Village introuvable&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette mani&#232;re savoureuse de poser le probl&#232;me en parodiant Orwell a &#233;t&#233; trouv&#233;e par Alain Caill&#233; dans les questions qu'il a adress&#233;es &#224; Cornelius Castoriadis avant le d&#233;bat public du MAUSS de d&#233;cembre 1994. J'y reviendrai au chapitre suivant, lorsque je commenterai les positions de Castoriadis qui convergent de mani&#232;re frappante avec celles de Kolakowski.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Village introuvable, op. cit&lt;/i&gt;., p. 107&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, pp. 110-111.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., pp. 107-108.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 112&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;. p. 122.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	<item xml:lang="fr">
		<title>Un curieux dialogue</title>
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		<dc:date>2018-04-26T15:33:17Z</dc:date>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Psychiatrie</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
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		<dc:subject>Livre</dc:subject>
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		<dc:subject>Sibony D.</dc:subject>
		<dc:subject>Islam</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait du chapitre 4, &#171; Islam, Europe et La&#239;cit&#233;. &#201;l&#233;ments de r&#233;alit&#233; &#187; du livre de D. Sibony &#171; Islam, phobie, culpabilit&#233; &#187;, Odile Jacob 2013, pp. 123-128. On lira ici une recension du livre. Dialogue entre un auteur musulman, notamment de programmes t&#233;l&#233;, et un &#233;rudit non musulman, lors d'une soir&#233;e-d&#233;bat, non m&#233;diatis&#233;e, mais avec un large auditoire. La sc&#232;ne pourrait bien s'intituler : &#171; Lisez la suite. &#187; L'auteur musulman : Il n'y a aucune contradiction entre islam et la&#239;cit&#233;. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait du chapitre 4, &#171; Islam, Europe et La&#239;cit&#233;. &#201;l&#233;ments de r&#233;alit&#233; &#187; du livre de D. Sibony &#171; Islam, phobie, culpabilit&#233; &#187;, Odile Jacob 2013, pp. 123-128. &lt;br class='manualbr' /&gt;On lira &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?625-islam-phobie-culpabilite' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;ici une recension du livre&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dialogue entre un auteur musulman, notamment de programmes t&#233;l&#233;, et un &#233;rudit non musulman, lors d'une soir&#233;e-d&#233;bat, non m&#233;diatis&#233;e, mais avec un large auditoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sc&#232;ne pourrait bien s'intituler : &#171; Lisez la suite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'auteur musulman&lt;/strong&gt; : Il n'y a aucune contradiction entre islam et la&#239;cit&#233;. D'ailleurs, ce terme est d'origine eccl&#233;sias&#173;tique. On comprend qu'il n'ait pas d'&#233;quivalent dans les langues de l'islam, dont l'arabe. On comprend les premi&#232;res r&#233;ti&#173;cences &#224; adopter la la&#239;cit&#233; dans le contexte islamique. Sur le fond, il n'y a aucune opposition, d'autant que, dans l'islam, il n'y a point de clerg&#233;. M&#234;me en milieu chiite, le clerg&#233; n'est pas une cl&#233;ricature eccl&#233;siale, il n'est qu'une organisa&#173;tion acad&#233;mique de dignitaires religieux, puisque les ayatol&#173;lahs et les mollahs ne sont pas consacr&#233;s. L'opinion selon laquelle l'islam serait incompatible avec la la&#239;cit&#233; ne peut provenir que de pr&#233;jug&#233;s, de gens qui ne voient que les fana&#173;tiques, les terroristes, etc. Or ceux-ci sont des imposteurs qui n'ont strictement rien &#224; voir avec le Coran dont ils se r&#233;clament. Ce Livre saint condamne le meurtre de fa&#231;on absolue. En t&#233;moigne ce verset : &#171; &lt;i&gt;Ne tuez point l'homme que Dieu a sacr&#233; &lt;/i&gt; &#187; (17, 33). Aucune cause, quelle qu'elle soit, ne saurait donc justifier le meurtre, du point de vue du Coran. Des Europ&#233;ens mal inform&#233;s sont sans doute impressionn&#233;s par l'id&#233;e de djihad, de guerre sainte, alors qu'elle est abso&#173; lument contraire &#224; l'esprit du Coran ; il n'y a pas de guerre sainte. Le mot &#171; &lt;i&gt;djihad&lt;/i&gt; &#187; veut dire essentiellement &#171; &lt;i&gt;effort&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;effort spirituel &lt;/i&gt; &#187;. Tout comme le mot &#171; &lt;i&gt;Allah &lt;/i&gt; &#187;, que ces fanatiques meurtriers brandissent, signifie simplement &#171; &lt;i&gt;Dieu &lt;/i&gt; &#187; en arabe ; ce n'est pas le dieu de l'islam, c'est Dieu. Tout comme la charia, qui fait fr&#233;mir certains, signifie sim&#173;plement la &#171; &lt;i&gt;r&#232;gle&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Il poursuit avec le m&#234;me d&#233;bit intense, sans aucune pause.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au statut de la femme dans l'islam, que certains invoquent pour justifier leur r&#233;serve, il est essentiellement du &#224; des traditions patriarcales pr&#233;islamiques. Et si, dans certaines contr&#233;es, la condition des femmes est d&#233;plorable, cela ne vient pas du Coran, mais de la misogynie, du machisme des hommes. Quant &#224; la la&#239;cit&#233;, non seulement sa neutralit&#233; ne contredit en rien l'islam, mais on peut dire que l'islam, religion d'amour et de tol&#233;rance, sans ordre cl&#233;&#173; rical, est mieux pr&#233;par&#233; que toute autre &#224; la la&#239;cit&#233;. Et si dans les pays arabo-musulmans la la&#239;cit&#233; ne r&#232;gne pas, ce n'est pas d&#251; &#224; l'islam, c'est que des tyrans de toutes sortes pr&#233;f&#232;rent maintenir leur pouvoir en se r&#233;clamant de la reli&#173;gion. Sans eux, c'est un r&#233;gime de la&#239;cit&#233;, de d&#233;mocratie, de solidarit&#233; qui r&#233;gnerait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;rudit&lt;/strong&gt; : En somme, il n'y a pas de probl&#232;me. Pourquoi alors semble-t-il qu'il y en ait un ? Le public voit l'int&#233;grisme et ses formes violentes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'auteur&lt;/strong&gt; : ...qui n'ont rien &#224; voir avec l'islam ; je vous l'ai dit, sourate 27, verset 37, c'est &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;Ne tuez point l'homme que Dieu a sacr&#233;.&lt;/i&gt; &#187; [plut&#244;t sourate 17, verset 33. NdLC]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;rudit&lt;/strong&gt; (prend son Coran, qu'il conna&#238;t bien, et l'ouvre &#224; la bonne page) : Lisez la suite du verset : &#171; ... &lt;i&gt;sauf pour une cause juste.&lt;/i&gt; &#187; Vous comprenez que des terroristes se r&#233;clament de ce verset ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Long silence.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'auteur&lt;/strong&gt; : Avec les autres, l'islam est pour le dialogue le plus courtois : &#171; &lt;i&gt;Ne discutez avec les 'Gens du Livre' [juifs et chr&#233;tiens] que de belle mani&#232;re &lt;/i&gt; &#187; (29, 46).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;rudit&lt;/strong&gt; (feuillette son Coran) : C'est rassurant, mais lisez la suite du verset : &#171; &lt;i&gt;... sauf s'ils sont injustes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Autre silence.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais pr&#233;sent, &#224; cet &#233;change, et ce silence m'a touch&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai vu que si cet auteur ne lisait pas son verset jusqu'au bout, il devait y avoir une raison pour &#231;a. S'il &#233;tait all&#233; jusqu'au bout, quelque chose de terrible se serait produit pour lui, quelque chose qui s'est transmis, constitu&#233; au fil du temps, le long des si&#232;cles, et qui serait soudain remis en question lorsqu'il prononcerait la fin du verset. J'avais sous les yeux un &#233;trange effet de tabou : s'il avait touch&#233; le bout du verset, il serait tomb&#233; dans le vide, il aurait d&#233;cro&#173;ch&#233;, comme d'une paroi, dans l'ab&#238;me, il n'aurait plus &#233;t&#233; retenu par le fil de sa lecture, celle qui lui rend ce Texte non seulement tol&#233;rable, d&#233;sirable, mais n&#233;cessaire. Pour&#173;quoi aurait-il fait cette lecture qui, pourtant, paraissait simple, &#233;vidente, raisonnable ? Il n'avait pas confiance dans sa capacit&#233; &#224; d&#233;placer la charge spirituelle, qui l'aurait amen&#233; &#224; mettre ce verset &#224; distance, pour s'ancrer ailleurs, dans une autre sph&#232;re de pens&#233;e, et pourquoi pas de trans&#173;cendance ? d'o&#249; il aurait pu revenir &#224; son verset et lui trou&#173;ver un autre usage que celui du d&#233;ni qu'il en faisait. Il a donc poursuivi la lecture qu'il pensait &#234;tre la plus apte &#224; nous &#233;difier. Certes, il perdait l&#224; une occasion de libert&#233;, mais c'e&#251;t &#233;t&#233; une libert&#233; trop durement conquise, gr&#226;ce &#224; l'autre qui justement est d&#233;sign&#233; comme l'adversaire, voire l' &#171; ennemi &#187;. non pas au sens banal du terme (la courtoisie la plus grande semblait r&#233;gner), mais au sens de la cible d&#233;sign&#233;e par le Texte. Il ne pouvait tout de m&#234;me pas devoir sa libert&#233; &#224; un m&#233;cr&#233;ant. En outre, s'il lisait la fin du verset, il se serait retrouv&#233; avec les radicaux violents qui l'invoquent. C'&#233;tait trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(S'ensuivit donc un cr&#233;pitement de citations.)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que l'on nous [LC] permette de compl&#233;ter le dialogue par deux passages que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'auteur&lt;/strong&gt; : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a pas de contrainte en religion&lt;/i&gt; &#187; (2, 256).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;rudit&lt;/strong&gt; : Lisez le verset suivant, il d&#233;nonce ceux qui font le mauvais choix : &#171; &lt;i&gt;Ils seront les h&#244;tes du feu, o&#249; ils demeu&#173;reront immortels.&lt;/i&gt; &#187; Ceux qui ne font pas le choix d'Allah et de Mahomet iront dans le feu de l'enfer ; ils seront combattus comme &#171; &lt;i&gt;incr&#233;dules &lt;/i&gt; &#187;. La m&#234;me sourate se termine par : &#171; &lt;i&gt;Donne-nous la victoire sur le peuple incr&#233;dule.&lt;/i&gt; &#187; Il y a une guerre et un projet pour vaincre l'incr&#233;dule ; c'est cela le dji&#173;had, en m&#234;me temps que l'&#171; &lt;i&gt;effort &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'auteur&lt;/strong&gt; : Le Coran est un livre de tol&#233;rance : &#171; &lt;i&gt;Dis : La v&#233;rit&#233; &#233;mane de notre Seigneur. Que celui qui le veut croie donc et que celui qui le veut soit incr&#233;dule &lt;/i&gt; &#187; (18, 29).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;rudit&lt;/strong&gt; (feuillette toujours) : Lisez la suite : &#171; &lt;i&gt;Nous avons pr&#233;par&#233; pour les injustes un feu dont les flammes les entou&#173;reront... S'ils demandent de l'eau, on fera tomber sur eux un liquide de m&#233;tal fondu qui br&#251;lera les visages.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'auteur&lt;/strong&gt; : &#171; &lt;i&gt;Si ton Seigneur l'avait voulu : tous les habi&#173;tants de la Terre auraient cru &lt;/i&gt; &#187; (10, 99). &#171; &lt;i&gt;Est-ce &#224; toi de contraindre les hommes &#224; &#234;tre croyants, alors qu'il n'appar&#173; tient &#224; personne de croire sans la permission de Dieu ?&lt;/i&gt; &#187; (5, 100).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;rudit&lt;/strong&gt; : Les incr&#233;dules &#8212; les insoumis &#8212; ne sont pas libres de le rester, c'est le probl&#232;me. Lisez juste apr&#232;s (v. 106) : &#171; &lt;i&gt;N'invoque pas en dehors d'Allah ... Si tu agissais ainsi, tu serais au nombre des injustes qui seront maudits par Allah et combattus par les hommes. &lt;/i&gt; &#187; Vous pensez que la la&#239;cit&#233; est conforme &#224; ces versets ? Et &#224; ceux qui lancent : &#171; &lt;i&gt;La mal&#233;diction d'Allah tombe sur les incr&#233;dules&lt;/i&gt; &#187; (2, 82), ceux-ci incluant les &#171; &lt;i&gt;Gens du Livre &lt;/i&gt; &#187;, vu que &#171; &lt;i&gt; la plupart sont pervers &lt;/i&gt; &#187; (3, 11) ? Sachant qu'en outre &#171; &lt;i&gt;Dieu a trans&#173; form&#233; en singes et en porcs ceux qu'il a maudits &lt;/i&gt; &#187; (5, 60). Et qu'il y a des appels comme : &#171; &lt;i&gt;Ne prenez pas vos amis parmi les juifs et les chr&#233;tiens &lt;/i&gt; &#187; (5, 51). Il y a probl&#232;me, mon ami.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'auteur&lt;/strong&gt; : Non. Dans la Bible aussi, il y a de la violence, des massacres, ordonn&#233;s par le Dieu biblique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;rudit&lt;/strong&gt; : Oui, et je n'ai pas &#224; &#171; d&#233;fendre &#187; la Bible contre le Coran. Mais les violences bibliques n'ont pas vis&#233; les musulmans et les chr&#233;tiens qui, &#224; l'&#233;poque, n'existaient pas. Ils n'ont pas plus vis&#233; des peuples chez qui la Bible aurait pris sa substance. C'est peut-&#234;tre pour cela que son texte ne fait pas tellement probl&#232;me &#224; ses tenants, alors qu'il se d&#233;cha&#238;ne contre eux. Les probl&#232;mes du Coran sem&#173;blent aggrav&#233;s par le fait qu'on les nie. Vous dites qu'il n'y a pas de clerg&#233; en islam, cela surprend, devant l'exemple de l'Iran, &#201;tat o&#249; les religieux, m&#234;me s'ils ne sont pas &#171; consacr&#233;s &#187;, ont une emprise &#233;norme dans la soci&#233;t&#233; ; et ce n'est pas sans rapport avec leur structure hi&#233;rarchis&#233;e ; c'est ce qu'en Europe on appelle cl&#233;rical : l'&#201;tat franquiste &#233;tait cl&#233;rical m&#234;me si le clerg&#233; ne dirigeait pas tout. &lt;br class='manualbr' /&gt;Maintenant, faisons la paix : nous sommes pour la la&#239;&#173;cit&#233;, bien qu'elle ne soit pas conforme au Coran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'auteur&lt;/strong&gt; : Je suis pour la la&#239;cit&#233; et elle est conforme au Coran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;rudit&lt;/strong&gt; : Vous savez, le probl&#232;me de l'islam avec la la&#239;&#173;cit&#233; se r&#233;sume dans le mot arabe pour la dire, un mot r&#233;cent, et pour cause : '&lt;i&gt;almanyah&lt;/i&gt;, Il a la m&#234;me racine que '&lt;i&gt;alam&lt;/i&gt;, le monde. Autrement dit, l'&#234;tre au monde ou l'&#234;tre dans le monde est oppos&#233; au registre du sacr&#233;, lequel serait en marge du monde, s&#233;par&#233; de l'existence quotidienne. L'intention est bonne, bien s&#251;r, mais &#171; &#234;tre au monde &#187; pour un musulman religieux, c'est d'abord &#234;tre dans le monde musulman, par un lien identitaire, f&#251;t-il t&#233;nu ou abstrait. Pourquoi pas, l&#224; encore ? Il ne serait pas seul dans ce cas. Or, &#234;tre ainsi reli&#233;, c'est aussi &#234;tre menac&#233; (et parfois de mort) s'il critique le Texte ; le lien est maintenu avec, m&#234;me n&#233;gativement : par la peur d'y toucher. Notamment de mettre en cause ce qu'il dit des autres ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'auteur&lt;/strong&gt; : Je vous dis qu'il fait aux autres toute leur place. &#201;coutez : &#171; &lt;i&gt;Ceux qui croient, ceux qui pratiquent le juda&#239;sme, ceux qui sont chr&#233;tiens ou sab&#233;ens, ceux qui croient en Dieu et au dernier jour ... trouveront leur r&#233;com&#173;pense, n'&#233;prouveront aucune crainte, ne seront pas afflig&#233;s &lt;/i&gt; &#187; (2, 62).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;rudit&lt;/strong&gt; : Oui, s'ils pratiquent vraiment. Voil&#224; qui sauve&#173;rait tout. L'ennui, c'est qu'ils ne peuvent pas pratiquer leur religion sans faute. Les juifs, surtout. C'est presque dr&#244;le : ils ressemblent &#224; un bonhomme qui tient dans ses bras un tas de feuillets qui lui &#233;chappent de partout ; il les rattrape, les reperd, et quand il peut en brandir un, il s'&#233;crie : &#171; &lt;i&gt;Vous voyez ces lois magnifiques ? Eh bien, on n'est pas capables de les suivre ! Et vous ? Voulez-vous essayer ?&lt;/i&gt; &#187; Toute la tex&#173;ture de ce petit peuple est un constat d'imperfection et une tentative d'y faire face, assez vaine mais tenace. Pour que leur pratique soit sans faille, il faudrait qu'ils croient en qui les condamne s'ils ne sont pas musulmans. Et &#231;a, ils ne le veulent pas. Que faire ? On revient au d&#233;part, &#224; l'origine, &#224; son partage n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Que l'on nous [LC] permette de compl&#233;ter le dialogue par deux passages que l'on entend encore par-ci par-l&#224; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; &lt;i&gt;... tuer une &#226;me non coupable du meurtre d'une autre &#226;me ou de d&#233;g&#226;ts sur la terre, c'est comme d'avoir tu&#233; l'humanit&#233; enti&#232;re ; et que faire vivre une &#226;me, c'est comme de faire vivre l'humanit&#233; enti&#232;re.&lt;/i&gt; &#187; (sourate V, verset 32) dont il faut lire le verset suivant (32) &#171; &lt;i&gt;Seule r&#233;tribution de ceux qui combattent Dieu et son Proph&#232;te et se d&#233;m&#232;nent &#224; faire d&#233;g&#226;ts sur terre : les tuer, ou les crucifier, ou leur couper les mains ou les pieds en diagonale, ou les bannir.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; &lt;i&gt;Quiconque tue un croyant intentionnellement, sa r&#233;tribution sera la G&#233;henne, o&#249; il sera &#233;ternel. Dieu l'a en grande col&#232;re, le maudit et lui m&#233;nage un ch&#226;timent terrible&lt;/i&gt; &#187; (sourate 4, verset 93). La question est &#233;videmment : &lt;i&gt;qui est un v&#233;ritable croyant ?&lt;/i&gt; Gare au hypocrites ! : &#171; &lt;i&gt;Il s'en trouve parmi les gens pour dire &#171; Nous croyons en Dieu et au Jour dernier &#187; sans pour cela &#234;tre croyants. Trahissant Dieu et ceux qui croient, ils ne trahissent qu'eux-m&#234;mes, et n'en ont pas conscience. Il y avait une maladie dans leur coeur : Dieu les grandit en maladie ; il leur revient un ch&#226;timent douloureux, &#224; la mesure de leur mensonge !&lt;/i&gt; &#187; (sourate 2, versets 8-10).
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Orientalisme et crise de la culture arabe contemporaine (3/3) </title>
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		<dc:date>2015-01-21T18:28:50Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Zakariya F.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;(.../...) Lire la deuxi&#232;me partie Sociologie de l'orientalisme et de sa critique Ayant montr&#233; comment les contextes historiques de la rencontre entre l'Islam et l'Occident, loin de se r&#233;duire au mod&#232;le du savoir &#224; vis&#233;e h&#233;g&#233;monique, &#233;taient divers et complexes, nous arrivons &#224; cette question cruciale : pour&#173;quoi les critiques arabes contemporains, la&#239;cisants en par&#173;ticulier, de l'orientalisme mettent-ils l'accent sur ce seul aspect de la rencontre entre les cultures au d&#233;triment de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-le-relativisme-" rel="directory"&gt;Le relativisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-171-zakariya-f-+" rel="tag"&gt;Zakariya F.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?758-orientalisme-et-crise-de-la' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lire la deuxi&#232;me partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sociologie de l'orientalisme et de sa critique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ayant montr&#233; comment les contextes historiques de la rencontre entre l'Islam et l'Occident, loin de se r&#233;duire au mod&#232;le du savoir &#224; vis&#233;e h&#233;g&#233;monique, &#233;taient divers et complexes, nous arrivons &#224; cette question cruciale : pour&#173;quoi les critiques arabes contemporains, la&#239;cisants en par&#173;ticulier, de l'orientalisme mettent-ils l'accent sur ce seul aspect de la rencontre entre les cultures au d&#233;triment de tous les autres ? Pour tenter d'y r&#233;pondre, je m'engagerai ici dans une analyse psychosociologique, une pathologie pourrait-on dire, de ce mouvement de critique de l'orientalisme. Ma d&#233;marche, de descriptive, devient donc explicative ; c'est dire qu'elle peut, comme toute d&#233;marche de ce genre, ne pas convaincre le lecteur. Je pr&#233;tends quant &#224; moi qu'elle &#233;claire d'un jour nouveau la crise de la culture arabe con&#173;temporaine. Pour mieux introduire cette analyse, il me sem&#173;ble utile de la faire pr&#233;c&#233;der d'une analyse similaire, bross&#233;e &#224; grands traits, de l'orientalisme lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Psychosociologie de l'orientalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#233;ments de cette psychosociologie sont extr&#234;me&#173;ment complexes, et je ne peux ici que les esquisser &#224; grands traits Il est certain, par exemple, que l'orientalisme a pu satisfaire les tendances x&#233;nophobes d'hommes issus d'une culture hostile &#224; d'autres cultures, religions, voire races. De m&#234;me, l'orientalisme s'alimente de et nourrit la dis&#173;position &#224; la condescendance d'une culture en situation de sup&#233;riorit&#233;, dans le moment historique pr&#233;sent.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette disposition &#224; la condescendance prend, entre autres, la forme d'une sorte d'expansionnisme intellec&#173;tuel : dans sa vis&#233;e universelle, la raison se tourne vers l'autre et tente de le comprendre en profondeur. Cet expansionnisme peut se sublimer et c&#233;der la place &#224; une largeur de vue et &#224; une modestie gr&#226;ce auxquelles l'orien&#173;taliste pourra &#224; l'occasion louer cet autre et trouver des &#233;l&#233;ments positifs dans sa religion ou dans son mode de vie traditionnel. Souvent, cet expansionnisme se traduira par une d&#233;rive scientiste : l'orientaliste, dans son d&#233;sir d'embrasser tout son objet, se perd dans les d&#233;tails et les pr&#233;cisions, noyant l'essentiel dans un oc&#233;an d'informa&#173;tions et de comparaisons. Souvent aussi, il prendra la forme d'une asc&#232;se teint&#233;e de masochisme, le chercheur se vouant &#224; une vie monacale (au propre ou au figur&#233;) et s'enfermant pour n'en plus sortir dans la vie intellec&#173;tuelle d'une autre soci&#233;t&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une autre caract&#233;ristique de l'orientalisme est sa dis&#173;position au paternalisme, qui peut s'exprimer dans des &#233;lans de sympathie &#224; l'&#233;gard des soci&#233;t&#233;s qu'il &#233;tudie, des &#171; conseils d'ami &#187; qu'il leur donne, ou sous forme d'une ironie secr&#232;te, mais qui dans tous les cas justifie l'effort d&#233;ploy&#233; par l'orientaliste dans l'&#233;tude de l'autre et lui offre une r&#233;mun&#233;ration morale pour le sacrifice qu'il consent ce faisant. Il est vrai que parfois cette constante coexis&#173;tence avec l'Autre, quelles qu'en aient &#233;t&#233; les motivations premi&#232;res, cr&#233;e chez le chercheur une sympathie r&#233;elle vis-&#224;-vis de cette soci&#233;t&#233; ; on le voit alors se fondre spirituel&#173;lement en elle, voire se d&#233;tacher plus ou moins radicale&#173;ment de ses racines occidentales.&lt;br class='manualbr' /&gt;On retrouve enfin la tendance expansionniste dans le fonctionnement acad&#233;mique de l'orientalisme : alors que les autres branches de la connaissance tendent toujours vers plus de sp&#233;cialisation et de ramification, il &#233;tend syst&#233;&#173;matiquement son champ, absorbant toutes les sp&#233;ciali&#173;t&#233;s dans son sein, pourvu qu'elles se rapportent &#224; l'Orient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Shukr&#238; AL-NAJJAR, &#171; Li-m&#226;dh&#226; al-ihtim&#226;m bi-l-istishr&#226;q ? &#187; (Pour&#173;quoi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Psychosociologie de la critique de l'orientalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1/&lt;/strong&gt; A qui s'adresse le discours de l'orientalisme ? A cette question, trois r&#233;ponses peuvent &#234;tre logiquement don&#173;n&#233;es : soit il s'adresse &#224; l'Occident lui-m&#234;me, c'est-&#224;-dire qu'il pr&#233;sente l'Orient, de mani&#232;re syst&#233;matique, &#224; la cul&#173;ture occidentale ; soit il s'adresse &#224; l'Orient &#8212; le but &#233;tant de lui apporter une connaissance de soi &#224; travers la &#171; m&#233;diation &#187; du chercheur occidental ; soit enfin il s'adresse aux deux &#224; la fois. Je pense pour ma part que seule la premi&#232;re r&#233;ponse est la bonne. M&#234;me si, de fait, nous autres Orientaux profitons largement des travaux orientalistes, ce n'est pas leur but. Non seulement &#171; que l'orientalisme ait le moindre sens d&#233;pend plus de l'Occi&#173;dent que de l'Orient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. SAID, L'Orientalisme. op. cit., p. 34.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, mais plus radicalement il n'appartient en propre qu'&#224; l'Occident, auquel il s'adresse et qu'il a pour but de servir. Il s'ensuit plusieurs cons&#233;&#173;quences capitales.&lt;br class='manualbr' /&gt;D'abord, rien ne nous oblige &#224; accepter l'image que l'orientalisme donne de nous-m&#234;mes ; nous pouvons liqui&#173;der le probl&#232;me &#224; la source en nous passant des &#233;crits des orientalistes et en leur laissant la responsabilit&#233; de leurs erreurs, tout comme les Occidentaux ignorent g&#233;n&#233;rale&#173;ment les jugements erron&#233;s que nous portons sur eux.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ensuite, la th&#233;orie du complot orientaliste contre l'Orient avanc&#233;e, chacune &#224; sa mani&#232;re, par les critiques religieuse et la&#239;que de l'orientalisme, perd tout son sens d&#232;s lors que l'on comprend que le discours orientaliste est d'abord destin&#233; &#224; l'Occident. Cela n'emp&#234;che pas natu&#173;rellement qu'il produise une histoire de l'Orient d&#233;for&#173;m&#233;e, mais elle ne vise en tout cas pas &#224; tromper ceux qui en sont les sujets, et le biais ne peut &#234;tre tr&#232;s grave, car aucune soci&#233;t&#233; n'a int&#233;r&#234;t &#224; se tromper elle-m&#234;me, et sur&#173;tout pas celle qui veut comprendre l'autre pour mieux la dominer. De m&#234;me, on ne peut plus reprocher &#224; l'orien&#173;talisme de mettre en oeuvre un discours ou une m&#233;thode propres &#224; l'Occident. Comment, par exemple, critiquer la remise en cause inflig&#233;e au dogme musulman par une lecture historiciste, quand cette lecture n'est de toute fa&#231;on pas destin&#233;e aux musulmans, et est &#233;galement mise en oeuvre par le discours scientifique occidental lorsqu'il prend pour objet le christianisme ou le juda&#239;sme ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Enfin, et c'est l&#224; peut-&#234;tre le plus important, l'orienta&#173;lisme ne serait pas devenu ce qu'il est sans le vide scienti&#173;fique existant en Orient. A tout prendre, l'Occident se serait &#233;pargn&#233; bien des efforts s'il avait pu conna&#238;tre l'Orient &#224; travers les r&#233;sultats de son auto-objectivation. Il ne faut pas perdre de vue que le succ&#232;s de l'orienta&#173;lisme tient principalement &#224; la d&#233;faillance de l'Orient. En ce sens, il faut dire bien fort que le jour o&#249; les Occiden&#173;taux devront traduire nos &#233;tudes &#233;conomiques, politiques et sociales sur nos pays parce qu'elles seront devenues les meilleures r&#233;f&#233;rences, nous pourrons commencer &#224; creu&#173;ser la tombe de l'orientalisme. Et ce jour n'est s&#251;rement pas pour demain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gh. SALAMEH, article cit&#233;, p. 11.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
Si l'orientalisme est donc fondamentalement un dis&#173;cours produit par et &#224; l'intention de l'Occident, il nous faut chercher &#224; comprendre ce qui fait que nous, Ara&#173;bes, partie de la civilisation islamique elle-m&#234;me partie de l'Orient, nous consid&#233;rons comme ses destinataires et le rejetons, soit en tant que complot contre l'islam, soit en tant que savoir subjectif et utilitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2/&lt;/strong&gt; Ce refus provient, partiellement au moins, de notre impuissance &#224; accepter le point de vue de l'autre et &#224; nous voir avec ses yeux. La sagesse voudrait pourtant que, ras&#173;sasi&#233;s de notre regard sur nous-m&#234;mes, nous cherchions &#224; tirer profit de celui des autres, m&#234;me avec leur subjec&#173;tivit&#233;. Le comparatisme est toujours enrichissant, tandis que le refus ent&#234;t&#233; du regard de l'autre, ou son accepta&#173;tion &#224; la seule condition qu'il abandonne son alt&#233;rit&#233; et reproduise notre propre regard sur nous-m&#234;mes, est une preuve de notre immaturit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;La vogue antiorientaliste n'est qu'un des aspects de l'h&#233;g&#233;monie qu'exerce le paradigme autoritaire sur nos esprits : dans le monde arabe, on d&#233;tient la &#171; v&#233;rit&#233; uni&#173;que &#187; ou &#171; absolue &#187; non seulement en religion, mais aussi sur les terrains politique et id&#233;ologique. Chaque jour qui passe voit se r&#233;tr&#233;cir le degr&#233; de libert&#233; des opposi&#173;tions et s'&#233;tendre le pouvoir des r&#233;gimes qui ne suppor&#173;tent d'autre mani&#232;re de penser que la leur, et qualifient de tra&#238;tres tous ceux qui s'y opposent. Cette d&#233;rive auto&#173;ritaire gagne m&#234;me le champ culturel : en un sens, la cri&#173;tique de l'orientalisme, sans le savoir, en est une manifestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3/&lt;/strong&gt; La campagne actuelle contre l'orientalisme est l'indice d'une vanit&#233; et d'une autosatisfaction peu communes. Si nous rejetons le regard orientaliste, c'est d'abord parce qu'il l&#232;ve ce voile protecteur, ce s&lt;i&gt;atr&lt;/i&gt; que notre syst&#232;me de valeurs juge comme l'un des plus grands bienfaits que Dieu puisse donner &#224; l'homme. L'apologue musulman classe les orientalistes en fonction de leur degr&#233; de proximit&#233; par rapport &#224; la foi musulmane, le critique la&#239;c les classe en fonction de leur plus ou moins grande sympathie vis-&#224;-vis de la cause arabe : on attend encore celui qui saura &#233;valuer leur travail sur des bases stricte&#173;ment scientifiques. Notre rapport &#224; l'orientalisme est tel que nous ne sommes pas m&#234;me en mesure de nous demander si ses jugements n&#233;gatifs ne comportent pas une part de v&#233;rit&#233;. Peu importe &#224; ce stade que cette part de v&#233;rit&#233; soit faible ou nulle ; ce qui pour moi est r&#233;v&#233;lateur de l'&#233;tat d'esprit dans lequel nous accueillons l'image orientaliste, c'est que cette question m&#234;me ne puisse &#234;tre pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4/&lt;/strong&gt; Cette vanit&#233;, qui nous fait rejeter toute image n&#233;ga&#173;tive de nous-m&#234;mes, nous conduit &#224; nous abuser grave&#173;ment. Car lorsque nous croyons que la vision qu'a &#034;Occident de nous est un complot &#233;ternel, qui a pris des formes diff&#233;rentes &#224; travers les si&#232;cles, et dont rel&#232;ve l'&#233;pis&#173;t&#233;mologie occidentale elle-m&#234;me, toute repr&#233;sentation cri&#173;tique de nous devient mensong&#232;re. L'on en vient &#224; croire que les qualificatifs d'arri&#233;ration et de mentalit&#233; illogi&#173;que ou superstitieuse dont l'Occident nous affuble ne sont que des fables imagin&#233;es par lui, et qu'il gagne &#224; sa cause une partie de nos intellectuels pour resserrer son emprise sur nous. Rien n'est plus n&#233;faste, pour des soci&#233;t&#233;s enga&#173;g&#233;es dans un difficile combat pour sortir du sous-d&#233;veloppement, que de se laisser bercer de telles illusions. Ces v&#233;rit&#233;s, quel que soit le mobile de ceux qui mettent le doigt dessus, ont beau nous faire mal, nous ne nous rel&#232;verons pas tant que nous refuserons de les voir, f&#251;t-ce sous pr&#233;texte de r&#233;sister &#224; l'h&#233;g&#233;monie culturelle.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le tort de l'orientalisme n'est pas tant qu'il nous pr&#234;te des travers que nous n'aurions pas, mais plut&#244;t qu'il ne les ram&#232;ne pas &#224; leurs causes v&#233;ritables : au lieu de les attribuer aux conditions historiques v&#233;cues par les Ara&#173;bes, ou les Orientaux en g&#233;n&#233;ral, il en fait des traits &#171; end&#233;&#173;miques &#187; ou &#171; immuables &#187;. Le courage et la maturit&#233; voudraient que nous reconnaissions ces travers tout en d&#233;montrant que, loin d'&#234;tre inscrits dans une quelconque &#171; nature orientale &#187;, ils peuvent &#234;tre modifi&#233;s et que nous pouvons nous en lib&#233;rer si nous savons vaincre les condi&#173;tions qui les ont cr&#233;&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Qu'il suffise au lecteur, pour saisir bien ce qui s&#233;pare ce que serait une position m&#251;rement r&#233;fl&#233;chie vis-&#224;-vis de l'orientalisme et de la critique hyst&#233;rique produite par une autosatisfaction sans borne, de m&#233;diter le jugement de ce politologue, qui attribue le succ&#232;s de l'orientalisme, entre autres, au fait que&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il est parvenu, avec une ma&#238;trise toute consciente, &#224; asso&#173;cier dans leur esprit le d&#233;calage culturel v&#233;cu par la nation arabe aux XIXe et XXe si&#232;cles &#224; la culture islamique, cr&#233;ant chez les &#233;lites la conviction que l'h&#233;ritage de l'islam est la source du sous-d&#233;veloppement, dont nous ne viendrons &#224; bout qu'en liquidant notre identit&#233; culturelle islamique [...]. L'expression peut-&#234;tre la plus nette de ce succ&#232;s de l'orien&#173;talisme est qu'il a r&#233;ussi &#224; faire de notre &#233;lite intellectuelle le h&#233;raut de cette &#171; haine de soi &#187; : aucun historien impar&#173;tial ne peut nier le r&#244;le destructeur qu'ont jou&#233; des piliers de la culture arabe moderne comme Taha Hussein ou Tawfiq El-Hakim, pour ne pas mentionner les Syro-Libanais appartenant &#224; des minorit&#233;s confessionnelles. On ne peut mieux dire que cet historien arabe dont la formule est res&#173;t&#233;e : &lt;i&gt;notre v&#233;ritable ennemi est &#224; l'int&#233;rieur&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#226;mid RABI', al-Thaq&#226;fa al-'arabiyya bayn al-ghazw al-suhy&#251;n&#238; wa-ir&#226;dat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Que l'on en arrive &#224; qualifier nos meilleurs intellectuels d' &#171; ennemis de l'int&#233;rieur &#187; pour avoir voulu insuffler un peu de sang neuf &#224; la culture arabe montre la profondeur de la trag&#233;die o&#249; nous m&#232;nent l'autosatisfaction et la m&#233;fiance parano&#239;aque vis-&#224;-vis du monde ext&#233;rieur, per&#231;u comme l'ennemi irr&#233;ductible qui a infiltr&#233; nos rangs et retourn&#233; en sa faveur les meilleurs d'entre nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5/&lt;/strong&gt; Ce qui g&#234;ne le plus ses adversaires, qu'ils en soient ou non conscients, c'est que l'orientalisme &lt;i&gt;d&#233;senchante&lt;/i&gt; l'histoire des soci&#233;t&#233;s musulmanes et orientales en g&#233;n&#233;&#173;ral. Il fait de l'histoire islamique une histoire profane pro&#173;duite par de simples mortels, o&#249; le d&#233;veloppement culturel est, comme dans toutes les autres civilisations, fonction des conditions sociales, &#233;conomiques et politiques, remet&#173;tant en cause la lecture th&#233;ologique ou m&#233;taphysique de l'histoire et de la soci&#233;t&#233; islamiques dans laquelle nous avons v&#233;cu des si&#232;cles durant. En faisant redescendre l'his&#173;toire islamique du ciel &#224; la terre, l'orientalisme commet aux yeux de beaucoup le crime supr&#234;me : il arrache l'aur&#233;ole de saintet&#233; d'une histoire qui se veut illumin&#233;e de bout en bout par le rayonnement de la proph&#233;tie et du califat. Mais comment ne pas reconna&#238;tre que ce regard neuf, m&#234;me biais&#233;, voire issu d'intentions impures, a eu l'avantage de provoquer un choc salutaire chez les musul&#173;mans ? M&#234;me si l'orientalisme n'a pas toujours utilis&#233; les m&#233;thodes les plus fines, et a souvent eu un train de retard sur le d&#233;veloppement des sciences sociales, il a suffi &#224; remettre en question tous ceux qui en Orient continuent de d&#233;fendre une conception hagiographique de l'histoire, par peur qu'elle n'apparaisse, dans toute sa nudit&#233;, &#171; humaine, trop humaine &#187;, comme disait Nietzsche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Analyse de la critique moderne de l'orientalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la diff&#233;rence des critiques religieux, la plupart des critiques politico-culturels de l'orientalisme sont impr&#233;&#173;gn&#233;s de culture occidentale. Les plus &#233;minents d'entre eux, Anouar Abdel-Malek et Edward Sa&#239;d, vivent en perma&#173;nence en Occident, et la plupart des autres partagent leur vie entre leur pays d'origine et un pays occidental. Je vou&#173;drais tenter ici une analyse socio-psychologique de l'intel&#173;lectuel arabe occidentalis&#233; et &#171; antiorientaliste &#187; : entreprise largement intuitive, dont les conclusions ne sont en rien irr&#233;futables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1/&lt;/strong&gt; Dans la critique religieuse de l'orientalisme, tout est simple : elle oppose un regard fid&#233;iste &#224; un regard ratio&#173;naliste, une apologie &#224; une analyse. L'apologue se trouve sur son propre terrain, parle sa propre langue et suit sa propre m&#233;thode, face &#224; l'orientalisme qui ins&#232;re cette cul&#173;ture autre dans les moules de la sienne, avec des r&#233;sultats qui se heurtent in&#233;luctablement &#224; la repr&#233;sentation endo&#173;g&#232;ne. Tout se complique avec la critique moderne, qui oppose des Orientaux occidentalis&#233;s &#224; des Occidentaux orientalis&#233;s. Comparant sa position avec celle de l'orien&#173;taliste, l'intellectuel arabe install&#233; en Occident et qui en a compl&#232;tement assimil&#233; la culture ne comprend pas pour&#173;quoi l'orientaliste, au lieu de &#171; s'int&#233;grer &#187; &#224; l'Orient, lui reste ext&#233;rieur et porte sur lui ce regard condescendant et compatissant &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2/&lt;/strong&gt; Cependant l'occidentalisation de l'intellectuel arabe s'op&#232;re non sans r&#233;sistance et sans d&#233;sir d'affirmation de soi. Confront&#233; &#224; la question de son identit&#233;, il a g&#233;n&#233;ra&#173;lement tendance &#224; affirmer fi&#232;rement ses origines pour ne pas se fondre dans la culture d'adoption. Cette dou&#173;ble appartenance l'am&#232;ne &#224; se constituer un Orient ima&#173;ginaire qui, &#224; sa fa&#231;on, est souvent aussi &#171; exotique &#187; que l'Orient merveilleux des voyageurs romantiques et aussi d&#233;cal&#233; par rapport &#224; l'Orient r&#233;el que peut l'&#234;tre celui des orientalistes. Sur la foi de cet imaginaire, il r&#233;cuse la repr&#233;&#173;sentation orientaliste d'un Orient sous-d&#233;velopp&#233;, fig&#233; dans une essence anhistorique et intemporelle. Or, s'il lui &#233;tait donn&#233; de s&#233;journer assez longuement dans sa soci&#233;t&#233; d'origine, il pourrait m&#233;diter l'id&#233;ologie propag&#233;e par les groupes religieux qui exercent une influence sur de lar&#173;ges secteurs de la jeunesse arabe, et constater qu'ils pr&#244;&#173;nent un islam fig&#233; au moment de son apparition et qu'ils pr&#233;tendent donner aux probl&#232;mes contemporains les solu&#173;tions &#233;labor&#233;es il y a quatorze si&#232;cles. C'est cela, la r&#233;a&#173;lit&#233; arabe et islamique telle que se la repr&#233;sentent ceux qui se consid&#232;rent comme les v&#233;ritables d&#233;fenseurs de l'islam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3/&lt;/strong&gt; Cette image id&#233;alis&#233;e de l'Orient que se constitue l'intellectuel arabe occidentalis&#233; r&#233;pond &#224; une volont&#233; sans doute inconsciente de se d&#233;culpabiliser en r&#233;habilitant &#224; ses propres yeux la soci&#233;t&#233; qu'il a quitt&#233;e. Tout se passe comme si, par le double exc&#232;s de sa charge antiocciden&#173;tale et de son apologie de sa culture d'origine, il cherchait &#224; s'acquitter de sa dette envers cette derni&#232;re. Il est ainsi naturellement enclin &#224; gommer les diff&#233;rences qui s&#233;pa&#173;rent ces deux cultures, comme l'illustre &#224; merveille le pro&#173;pos d'Edward Sa&#239;d d&#233;j&#224; cit&#233; : &#171; Ce que j'ai dit, c'est que l'Orient est par lui-m&#234;me une entit&#233; constitu&#233;e ; l'id&#233;e qu'il existe des espaces g&#233;ographiques avec des habitants autochtones fonci&#232;rement diff&#233;rents qu'on peut d&#233;finir &#224; partir de quelque religion, de quelque culture ou de quel&#173;que essence raciale qui leur soit propre est extr&#234;mement discutable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. SAID, op. cit., p. 347.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; &#8212; ce qui revient &#224; dire : &#171; Ma culture d'adoption ne vaut pas mieux que celle que j'ai quitt&#233;e, et n'est pas radicalement diff&#233;rente d'elle. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;En somme, tout le monde admet la sp&#233;cificit&#233; des soci&#233;t&#233;s orientales, ceux qui les &#233;tudient de l'Occident et ceux qui de l'int&#233;rieur de ces soci&#233;t&#233;s affirment leur identit&#233;. L'intellectuel arabe occidentalis&#233; est le seul &#224; se refuser &#224; admettre cette &#233;vidence, parce qu'elle implique qu'il est lui aussi diff&#233;rent, voire inf&#233;rieur &#224; la culture dans laquelle il vit. En cela, il croit rendre service &#224; sa culture d'origine (alors qu'il ne rend service qu'&#224; lui-m&#234;me), alors qu'en refusant d'admettre la r&#233;alit&#233; du sous-d&#233;veloppement, il lui porte gravement tort. C'est pour&#173;quoi il ne parvient jamais, quoi qu'il en ait, &#224; se faire le porte-parole v&#233;ridique de sa culture d'origine. Il exprime moins un &#171; orientalisme invers&#233; &#187;, comme dit Al-'Azm, qu'un orientalisme &lt;i&gt;redoubl&#233;&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire doublement m&#233;diatis&#233;, puisque sa vision de l'Orient se construit en r&#233;action &#224; la vision occidentale de l'Orient. En cela r&#233;side le drame de cette vision de l'Orient ni purement occiden&#173;tale ni purement orientale : situ&#233;e dans une sorte de &lt;i&gt;no man's land&lt;/i&gt;, elle ne peut &#234;tre accept&#233;e ni par l'orientalisme ni &#8212; et c'est le plus important &#8212; par les Orientaux tra&#173;ditionnels, d&#232;s lors qu'elle refuse le regard absolu, fig&#233; et statique sur l'islam que ceux-ci d&#233;fendent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4/&lt;/strong&gt; Il importe de noter que si les deux plus &#233;minents repr&#233;sentants de la critique moderne de l'orientalisme (Anouar Abdel-Malek et Edward Sa&#239;d) sont issus des minorit&#233;s chr&#233;tiennnes vivant en terre islamique, leur posi&#173;tion vis-&#224;-vis de la civilisation occidentale n'a rien &#224; voir avec celle de la g&#233;n&#233;ration d'intellectuels chr&#233;tiens ara&#173;bes pass&#233;e, celle des Shibl&#238; Shumayyil et Sal&#226;ma M&#251;s&#226;, repr&#233;sentants d'une acculturation si pouss&#233;e qu'ils ne pou&#173;vaient &#233;chapper &#224; l'accusation d'avoir pris fait et cause pour l'Occident chr&#233;tien. La g&#233;n&#233;ration actuelle a le m&#233;rite de situer, avec une r&#233;elle objectivit&#233;, le d&#233;bat Islam / Occi&#173;dent sur le terrain culturel et soci&#233;tal, et non sur le ter&#173;rain religieux.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce qui nous conduit &#224; un point plus g&#233;n&#233;ral, essentiel pour expliquer la critique de l'orientalisme produite par les Arabes de culture occidentale. A la diff&#233;rence de la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente d'intellectuels modernistes, pour laquelle il fallait adopter les modes de vie et de pens&#233;e de l'Occident pour pouvoir le rattraper, ils sont parve&#173;nus &#224; un niveau de maturit&#233; scientifique qui leur permet de comprendre les limites inh&#233;rentes au paradigme occi&#173;dental et, partant, de proclamer qu'il est temps de cesser de nous regarder &#224; travers son miroir et de nous &#233;manci&#173;per de sa tutelle. Je consid&#232;re quant &#224; moi que le jour de cette &#233;mancipation n'est pas encore venu, pour deux raisons essentielles. La premi&#232;re est que ces intellectuels restent, dans leur critique m&#234;me de l'Occident, prisonniers du cadre conceptuel et &#233;pist&#233;mologique occidental, sans lequel ils n'auraient pu produire cette critique. La seconde, qui en d&#233;coule, est que l'ind&#233;pendance v&#233;rita&#173;ble supposerait que la critique de l'orientalisme comble le vide jusqu'ici rempli par l'orientalisme en proposant une &#233;pist&#233;mologie et une m&#233;thodologie alternatives, que l'on risque d'attendre longtemps. C'est pourquoi cette cri&#173;tique de l'orientalisme ressemble fort au r&#234;ve de matu&#173;rit&#233; d'une culture qui acc&#232;de tout juste &#224; la conscience de soi. Il serait &#224; mon avis plus sage de reconna&#238;tre les limites de notre connaissance et de tout faire pour les recu&#173;ler, pour enfin approcher du jour o&#249; nous serons &#224; m&#234;me d'avoir notre propre vision de nous-m&#234;mes, du point de vue de la m&#233;thode et du contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; qualifi&#233;e de &#171; cas de d&#233;veloppement arr&#234;t&#233; &#187;, notre culture semble s'&#234;tre engag&#233;e dans la voie glissante du d&#233;veloppement acc&#233;l&#233;r&#233;, sur plusieurs plans. D'une part, sur le plan &#233;pist&#233;mologique, en rendant l'Occi&#173;dent seul responsable du processus d'&#233;volution des m&#233;tho&#173;des rationnelles et exp&#233;rimentales modernes que nous voulons d&#233;passer, nous exag&#233;rons ses m&#233;rites car il n'est qu'un maillon tardif (et certainement pas le dernier) d'une longue suite de civilisations qui toutes ont contribu&#233; &#224; faire ce qui est aujourd'hui la connaissance humaine. De plus, en reliant excessivement tout discours savant (ici l'orien&#173;talisme) &#224; ses conditions de production (ici, la volont&#233; h&#233;g&#233;monique europ&#233;enne), on n&#233;glige la capacit&#233; de ce savoir &#224; s'autonomiser au fil du temps. D'autre part, et c'est le plus dangereux, nous reconstruisons face &#224; l'image de l'autre une image id&#233;alis&#233;e de nous-m&#234;mes, et non moins d&#233;form&#233;e que celle qu'il nous tend.&lt;br class='manualbr' /&gt;On le voit, l'&#233;valuation du mouvement arabe de criti&#173;que de l'orientalisme nous a conduit &#224; &#233;voquer tous les aspects essentiels de la crise que traverse la culture arabe dans sa relation avec l'Occident. C'est que l'orientalisme, pour &#234;tre compris, ne doit pas &#234;tre examin&#233; comme un ph&#233;nom&#232;ne univoque (la vision de l'Orient par l'Occi&#173;dent), mais resitu&#233; dans la probl&#233;matique multipolaire de l'interculturalit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Avant de conclure, je voudrais insister sur le fait qu'en critiquant les d&#233;formations de notre image par l'orien&#173;talisme nous avons cr&#233;&#233; nos propres d&#233;formations de nous-m&#234;mes et de notre relation avec l'autre. Tous ceux qui ont suivi de pr&#232;s l'&#233;volution de la mentalit&#233; arabe dans la seconde moiti&#233; de ce si&#232;cle savent pertinemment que, dans ses tendances les plus actives et les plus popu&#173;laires, elle continue de croire que son salut ne peut venir que de cette essence absolue imperm&#233;able &#224; l'histoire. Ils savent aussi que cette mentalit&#233; est encore attach&#233;e aux surperstitions, &#224; telle enseigne que des tribunaux &#233;gyptiens peuvent rendre, &#224; deux reprises dans les deux derni&#232;res ann&#233;es, des jugements autorisant le mariage entre un homme et un esprit f&#233;minin (&lt;i&gt;jinniyya&lt;/i&gt;), qu'une bonne part des &#233;tudiants, la future &#233;lite du pays, peu&#173;vent s'opposer violemment &#224; ceux qui les invitent &#224; ces&#173;ser de croire en la magie et au mauvais oeil, et que l'auteur de ces lignes a fait l'objet d'une violente cam&#173;pagne de presse pour avoir os&#233; dire que ce ne sont pas des anges, mais des soldats bien entra&#238;n&#233;s qui ont r&#233;a&#173;lis&#233; la travers&#233;e du canal de Suez pendant la guerre d'octobre 1973&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notre article &#171; Ma'rakatun&#226; wa-l-tafk&#238;r al-l&#226;-'aql&#238; &#187; (La guerre de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le tableau bross&#233; ici pourra para&#238;tre bien sombre. A c&#244;t&#233; de ces images inqui&#233;tantes, il en est pourtant d'autres, notamment du c&#244;t&#233; des intellectuels &#233;clair&#233;s, qui doivent nous donner des raisons d'esp&#233;rer. Mon intention est sim&#173;plement de souligner le danger qu'il y a &#224; nier nos d&#233;fauts pour la simple raison qu'ils sont mis en &#233;vidence, tendancieusement &#224; l'occasion, par d'autres que nous. C'est une chose utile que de montrer que l'orientalisme n'est pas un savoir innocent, mais l'ampleur de notre retard est telle qu'il y a d'autres urgences, qui passent, avant la critique de la repr&#233;sentation occidentale de l'Orient, par la remise en cause de notre propre image de nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Shukr&#238; AL-NAJJAR, &#171; Li-m&#226;dh&#226; al-ihtim&#226;m bi-l-istishr&#226;q ? &#187; (Pour&#173;quoi l'int&#233;r&#234;t pour l'orientalisme ?), &lt;i&gt;al-Fikr al-'arabi&lt;/i&gt;, 31 (1983), p.63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. SAID, &lt;i&gt;L'Orientalisme. op. cit.&lt;/i&gt;, p. 34.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Gh. SALAMEH, article cit&#233;, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H&#226;mid RABI', &lt;i&gt;al-Thaq&#226;fa al-'arabiyya bayn al-ghazw al-suhy&#251;n&#238; wa-ir&#226;dat al-qawm&#238;&lt;/i&gt; (La Culture arabe entre l'invasion sioniste et la volont&#233; d'int&#233;gration nationale), Dar al-Mawqif al-'Arab&#238;, Le Caire, 1983, p. 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. SAID, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 347.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir notre article &#171; Ma'rakatun&#226; wa-l-tafk&#238;r al-l&#226;-'aql&#238; &#187; (La guerre de 1973 et la pens&#233;e irrationnelle) in &lt;i&gt;Al-Ahr&#226;m&lt;/i&gt; du 19 novembre 1973, et les r&#233;actions auxquelles il a donn&#233; lieu dans la presse &#233;gyptienne des jours suivants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Orientalisme et crise de la culture arabe contemporaine (2/3)</title>
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		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
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		<dc:subject>Post-modernisme</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Totalitarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Extr&#234;mes-droites</dc:subject>
		<dc:subject>Zakariya F.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;(.../...) Lire la premi&#232;re partie : La critique religieuse La critique politico-culturelle L'apparition, relativement r&#233;cente, d'une critique de l'orientalisme qui entend d&#233;noncer ses vis&#233;es politiques et ses biais culturels, li&#233;s &#224; sa nature d'instrument de l'h&#233;g&#233;monie intellectuelle de l'Occident sur l'Orient, est incontestablement un signe de la maturit&#233; de la culture arabe : le temps est r&#233;volu o&#249; la culture occidentale exer&#173;&#231;ait une fascination irr&#233;sistible sur les intellectuels (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-87-post-modernisme-+" rel="tag"&gt;Post-modernisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-171-zakariya-f-+" rel="tag"&gt;Zakariya F.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?757-orientalisme-et-crise-de-la' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lire la premi&#232;re partie : &lt;i&gt;La critique religieuse&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La critique politico-culturelle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'apparition, relativement r&#233;cente, d'une critique de l'orientalisme qui entend d&#233;noncer ses vis&#233;es politiques et ses biais culturels, li&#233;s &#224; sa nature d'instrument de l'h&#233;g&#233;monie intellectuelle de l'Occident sur l'Orient, est incontestablement un signe de la maturit&#233; de la culture arabe : le temps est r&#233;volu o&#249; la culture occidentale exer&#173;&#231;ait une fascination irr&#233;sistible sur les intellectuels ara&#173;bes form&#233;s &#224; son &#233;cole, et ils ont entrepris de lui opposer une r&#233;action solide et coh&#233;rente. Cependant, elle ne pro&#173;pose pas d'alternative sur laquelle fonder une remise &#224; plat de l'&#233;tude de notre culture, d&#233;barrass&#233;e des erreurs et des partis pris des orientalistes. C'est dire qu'elle n'a pas d&#233;pass&#233; le stade de la r&#233;action, que lui fait encore d&#233;faut une philosophie de l'action.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans quelle mesure cette critique va-t-elle au-del&#224; du point de vue occidental qu'elle r&#233;cuse ? Peut-elle &#234;tre vrai&#173;ment radicale, quand tout son appareil conceptuel et m&#233;thodologique est emprunt&#233; &#224; cette culture occidentale qui a produit l'orientalisme ? Peut-elle nous donner les armes d'une v&#233;ritable confrontation intellectuelle avec l'Occident, si elle ne sort pas, globalement et dans le d&#233;tail, de l'orbite de la culture occidentale ? Enfin, comment des intellectuels arabes dont l'horizon mental reste born&#233; par la culture occidentale peuvent-ils &#233;chapper &#224; l'accusation de ne ne produire qu'une forme d'autocritique de la culture occidentale ? Questions difficiles, auxquelles il fau&#173;dra bien tenter de r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Edward Sa&#239;d d&#233;finit l'orientalisme en ces termes :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'orientalisme n'est donc pas un simple th&#232;me ou domaine politique refl&#233;t&#233; passivement par la culture, l'&#233;rudition ou les institutions ; il n'est pas non plus une collection vaste et dif&#173;fuse de textes sur l'Orient ; il ne repr&#233;sente pas, il n'exprime pas quelque inf&#226;me complot imp&#233;rialiste &#171; occidental &#187; des&#173;tin&#233; &#224; opprimer le monde &#171; oriental &#187;. C'est plut&#244;t la &lt;i&gt;distri&#173;bution&lt;/i&gt; d'une certaine conception g&#233;o-&#233;conomique dans des textes d'esth&#233;tique, d'&#233;rudition, d'&#233;conomie, de sociologie, d'histoire et de philologie ; c'est &lt;i&gt;l'&#233;laboration&lt;/i&gt; non seulement d'une distinction g&#233;ographique fondamentale (le monde est compos&#233; de deux moiti&#233;s in&#233;gales, l'Orient et l'Occident), mais aussi de toute une s&#233;rie &#171; d'int&#233;r&#234;ts &#187; que non seulement il cr&#233;e, mais encore entretient par des moyens tels que les d&#233;cou&#173;vertes &#233;rudites, la reconstruction philologique, l'analyse psychologique, la description de paysages et la description sociologique En fait, ma th&#232;se est que l'orientalisme est &#8212; et non seulement repr&#233;sente &#8212; une dimension consid&#233;ra&#173;ble de la culture politique et intellectuelle moderne, et que comme tel, il a moins de rapports avec l'Orient qu'avec &#171; notre &#187; monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edward SAID, Orientalism, New York, 1978, trad. fran&#231;aise L'Orientalisme. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Sa&#239;d pr&#233;cise ce dernier point ailleurs :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'orientalisme a plus r&#233;pondu &#224; la culture qui l'a pro&#173;duit qu'&#224; son objet putatif, lui aussi produit par l'Occident. Ainsi, l'histoire de l'orientalisme pr&#233;sente &#224; la fois une coh&#233;&#173;rence interne et un ensemble fortement articul&#233; de relations avec la culture dominante qui l'entoure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 36.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas exag&#233;r&#233; de dire qu'une v&#233;ritable &#233;cole criti&#173;que de l'orientalisme s'est constitu&#233;e autour de ces grandes lignes. La m&#233;thode d'Edward Sa&#239;d consiste &#224; d&#233;monter le savoir orientaliste pour mettre au jour ses postulats impli&#173;cites, ses pr&#233;jug&#233;s et son manque patent d'objectivit&#233; scien&#173;tifique. Selon lui, l'orientalisme est influenc&#233; par le vieux fonds anti-islamique de l'Europe m&#233;di&#233;vale, qui remonte aux Croisades et dont il lui est difficile, sinon impossible, de s'affranchir. Il porte la marque de la volont&#233; h&#233;g&#233;moni&#173;que de l'Occident au point d'&#234;tre l'expression du regard de l'Occident &#171; fort &#187; sur l'Orient &#171; faible &#187;. Les cat&#233;gories de son discours sont donc essentiellement ethnocentr&#233;es : sa vision de l'Orient d&#233;rive tout enti&#232;re d'une relation sup&#173;pos&#233;e entre l'Occident et cet Orient, qu'il est incapable de se repr&#233;senter comme une entit&#233; propre dot&#233;e d'une histoire propre. Enfin, sous les noms d'Orient ou d'Islam, il d&#233;si&#173;gne une entit&#233; fig&#233;e, sans histoire et sans dynamique pro&#173;pres. M&#233;connaissant leur pluralit&#233; et leur diversit&#233;, il les transforme en une essence incapable de toute &#233;volution.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces critiques sont de deux ordres : les unes visent la m&#233;thodologie et l'&#233;pist&#233;mologie de l'orientalisme, les autres son contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Questions de m&#233;thodologie et d'&#233;pist&#233;mologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me pos&#233; ici est celui de l'objectivit&#233; des scien&#173;ces humaines. L'orientalisme, selon Edward Sa&#239;d, est constamment surd&#233;termin&#233; par le sentiment de sup&#233;rio&#173;rit&#233;, la volont&#233; de puissance et l'ethnocentrisme de l'Occi&#173;dent, outre l'imaginaire et les st&#233;r&#233;otypes h&#233;rit&#233;s de l'Europe m&#233;di&#233;vale. C'est pourquoi &#171; il a plus de valeur en tant que signe de la puissance europ&#233;enne et atlanti&#173;que sur l'Orient qu'en tant que discours v&#233;ridique sur celui-ci&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 18.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Il serait donc une tentative, par des savants appartenant &#224; des puissances aux int&#233;r&#234;ts immenses, de comprendre un monde diff&#233;rent du leur, pour pouvoir mieux le dominer ensuite. De l&#224; cette interf&#233;rence de fac&#173;teurs politiques et culturels complexes, dans l'orientalisme et dans les institutions sociales, &#233;conomiques et politiques qui garantissent sa p&#233;rennit&#233; et relient entre eux les dif&#173;f&#233;rents moments de son histoire. Cette critique repose sur un certain nombre de postulats qui ne r&#233;sistent pas &#224; un examen rationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1/&lt;/strong&gt; Elle suppose implicitement que les sciences humai&#173;nes peuvent acc&#233;der &#224; une objectivit&#233; totale. Or la socio&#173;logie de la connaissance et l'histoire des sciences posent aujourd'hui que toute connaissance humaine est plus ou moins influenc&#233;e par l'id&#233;ologie. Si ce point de vue peut &#234;tre discut&#233; quant aux sciences de la nature, il est incon&#173;testable que les sciences sociales comportent une part irr&#233;&#173;ductible d'id&#233;ologie. Les historiens ont depuis longtemps admis que leur lecture de l'histoire porte in&#233;vitablement ta marque de leur propre point de vue et que toute his&#173;toire est un regard sur, et non une relation fid&#232;le et impar&#173;tiale, des &#233;v&#233;nements.&lt;br class='manualbr' /&gt;En fait, ce type de critique peut &#234;tre adress&#233; &#224; n'importe quel savoir qui prend l'homme pour objet. On est donc fond&#233; &#224; dire que l'orientalisme pr&#233;sente de l'Orient une image biais&#233;e par l'intol&#233;rance et le d&#233;sir de le dominer, mais encore faut-il proposer une alternative, c'est-&#224;-dire indiquer ce que serait un savoir plus &#171; objectif &#187; sur les soci&#233;t&#233;s orientales. Or, si l'on cherche chez Sa&#239;d les &#233;l&#233;&#173;ments d'une possible alternative, on ne trouve que des r&#233;ponses dont le moins que l'on puisse dire est qu'elles ne sont gu&#232;re convaincantes. Ainsi, il prend la &lt;i&gt;Descrip&#173;tion de l'&#201;gypte&lt;/i&gt;, &#339;uvre des savants qui accompagn&#232;rent Napol&#233;on dans la campagne d'&#201;gypte, comme le pro&#173;totype de l'&#339;uvre orientaliste, en ceci qu'elle a pour but de rendre l'Orient compr&#233;hensible &#224; l'Occident et d'apaiser ses appr&#233;hensions vis-&#224;-vis de l'islam. &#171; Car d&#233;sormais, ajoute-t-il, l'Orient islamique appara&#238;tra comme une cat&#233;&#173;gorie d&#233;notant le pouvoir des orientalistes et non le peu&#173;ple islamique en tant que groupe d'&#234;tres humains ou son histoire en tant qu'histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 106.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Le savant prenant l'Orient pour objet devrait donc se d&#233;pouiller de son pass&#233; et de sa culture, pour partager la vie d'un autre peuple et le repr&#233;senter tel qu'il se repr&#233;sente &#8212; exigence inte&#173;nable. Sa&#239;d va jusqu'&#224; qualifier les m&#233;thodes scientifiques modernes mises en oeuvre dans la Description d'instru&#173;ments du pouvoir occidental&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 105.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Est-cc &#224; dire qu'il faille, afin d'&#233;carter tout soup&#231;on de domination, renoncer d&#233;li&#173;b&#233;r&#233;ment &#224; un certain niveau atteint gr&#226;ce au progr&#232;s de la recherche scientifique ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Le projet de Sa&#239;d appara&#238;t plus nettement lorsqu'il dit que l'orientaliste fournit toujours, dans sa repr&#233;sentation de l'Orient, &#171; un savoir qui n'est jamais brut, imm&#233;diat ou simplement objectif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 306.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Mais comment pourrait-il en &#234;tre autrement ? E. Sa&#239;d lui-m&#234;me explique qu'il est impossible de construire une repr&#233;sentation absolument impartiale d'une r&#233;alit&#233; humaine, car les repr&#233;sentations sont &#171; ench&#226;ss&#233;es dans la langue, puis dans la culture, les institutions, tout le climat politique de celui qui les for&#173;mule &#187; et occupent un domaine que d&#233;finit pour elles, non un unique sujet commun qui leur est inh&#233;rent, mais un certain univers du discours, une histoire, une tradition communs. Dans ce domaine qu'aucun savant isol&#233; ne peut cr&#233;er, mais que tout savant re&#231;oit et dans lequel il doit trouver sa place, le chercheur individuel donne sa contri&#173;bution. [...] Ainsi toute contribution individuelle provo&#173;que d'abord des changements &#224; l'int&#233;rieur du domaine, puis une nouvelle stabilit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 304-305.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soudain relativisme suffit &#224; att&#233;nuer largement les jugements excessifs port&#233;s par ailleurs. Ainsi compris, l'orientaliste se trouve soumis aux m&#234;mes contraintes que le sociologue, le critique litt&#233;raire ou l'historien. S&#226;diq Jal&#226;l Al-'Azm a raison d'indiquer qu'un tel relativisme, &#224; la limite, exon&#232;re le chercheur occidental de toute res&#173;ponsabilit&#233; de d&#233;formation pr&#233;m&#233;dit&#233;e de l'image de l'Orient, puisqu'il ne fait que suivre l'inclination natu&#173;relle de la raison humaine &#224; transformer tout ce qu'elle con&#231;oit en un objet &#224; sa mesure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S&#226;diq Jal&#226;l Al-'Azm,	&#171; al-Istishr&#226;q wa-l-istishr&#226;q ma'k&#251;s an &#187; (Orientalisme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. A cela j'ajoute, et j'esp&#232;re d&#233;montrer au fil de cet essai, que la vision qu'a un intellectuel appartenant &#224; une culture donn&#233;e d'une culture diff&#233;rente s'op&#232;re dans des conditions extr&#234;me&#173;ment complexes et ne peut &#234;tre ramen&#233;e au mod&#232;le uni&#173;que dans lequel Edward Sa&#239;d veut enfermer la vision orientaliste, c'est-&#224;-dire celui d'une repr&#233;sentation biai&#173;s&#233;e par le sentiment de sup&#233;riorit&#233; et la volont&#233; de puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2/&lt;/strong&gt; La critique de Sa&#239;d a le tort &#8212; avou&#233; &#8212; d'&#234;tre &#233;clec&#173;tique : il postule d&#232;s son introduction que le lien qu'il &#233;ta&#173;blit entre orientalisme et imp&#233;rialisme vaut surtout pour les orientalismes fran&#231;ais, anglais et, pour la p&#233;riode r&#233;cente, am&#233;ricain. Plus pr&#233;cis&#233;ment, les orientalismes anglais et fran&#231;ais seraient les seuls &#224; r&#233;unir dans un m&#234;me complexe les &#233;l&#233;ments culturels, commerciaux, coloniaux et imaginaires : &#171; L'orientalisme provient d'une affinit&#233; particuli&#232;re de l'Angleterre et de la France pour l'Orient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Salo, op. cit., p. 16.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Tout en reconnaissant l'importance des orientalismes allemand, russe, italien, n&#233;erlandais etc., il estime que ses conclusions ne valent pas pour eux et qu'ils m&#233;riteraient d'&#234;tre trait&#233;s &#224; part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait discuter longtemps de la r&#233;alit&#233; de cette supr&#233;matie accord&#233;e aux orientalismes anglais et fran&#231;ais. L'essentiel n'est pas l&#224;, mais de savoir que la civilisation europ&#233;enne a donn&#233; naissance &#224; un autre type d'orienta&#173;lisme, dont la production savante n'est pas, ou en tout cas pas &lt;i&gt;principalement&lt;/i&gt;, soumise aux exigences d'une soci&#233;t&#233; sup&#233;rieure et dominatrice, et que par cons&#233;quent il n'est pas impossible d'imaginer un orientalisme sans volont&#233; h&#233;g&#233;monique. Or l'existence m&#234;me de cet autre orientalisme n&#233;glig&#233; par E. Sa&#239;d jette une ombre de doute sur toute sa th&#232;se : la soumission &#224; l'imp&#233;rialisme n'est plus un trait distinctif de l'orientalisme en tant qu'insti&#173;tution scientifique, elle n'est qu'un trait propre &#224; certai&#173;nes soci&#233;t&#233;s qui ont accord&#233; une importance particuli&#232;re &#224; l'orientalisme afin de r&#233;aliser leurs ambitions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3/&lt;/strong&gt; Les critiques arabes de l'orientalisme font trop sou&#173;vent un amalgame inadmissible entre son &#233;tat originel et son &#233;tat actuel de d&#233;veloppement. Si l'orientalisme est n&#233; dans certains pays pour servir des vis&#233;es coloniales, on ne voit pas pourquoi cette origine devrait le marquer &#224; jamais. On sait que si la science est intimement li&#233;e aux conditions de sa production, elle n'en a pas moins une relative autonomie gr&#226;ce &#224; laquelle elle peut se d&#233;tacher progressivement de ses origines, voire les remettre en cause radicalement. Ce n'est pas parce que l'astronomie et la chimie modernes sont filles de l'astrologie et de l'alchi&#173;mie m&#233;di&#233;vales que l'on peut remettre en question leurs acquis. De m&#234;me, et ici le parall&#232;le avec l'orientalisme m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233;, l'anthropologie a &#233;t&#233; &#224; son origine intimement li&#233;e &#224; l'entreprise coloniale, mais il est ind&#233;&#173;niable qu'elle s'est depuis d&#233;velopp&#233;e de mani&#232;re auto&#173;nome et qu'elle ne peut plus &#234;tre jug&#233;e, en vertu d'une esp&#232;ce de p&#233;ch&#233; originel, comme une &#171; science coloniale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4/&lt;/strong&gt; Enfin, il y a quelque contradiction &#224; dire que l'orien&#173;talisme est &#224; la fois une arme employ&#233;e par l'Occident sup&#233;rieur pour dominer l'Orient, et une fausse science, incapable de libert&#233; et d'objectivit&#233; : comment cette arme sera-t-elle efficace, si elle ne donne qu'une connaissance biais&#233;e ? Cette contradiction est manifeste dans ce texte d'un critique arabe de l'orientalisme :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les Occidentaux d&#233;sirent-ils tout conna&#238;tre des Orientaux et des musulmans ? A mon avis, la r&#233;ponse tient en deux propositions : d'abord, en d&#233;veloppant une connaissance parfaite de l'autre, on apprend comment trai&#173;ter avec lui, sur les plans culturel, politique, militaire et &#233;co&#173;nomique, etc. Ensuite, en int&#233;grant l'&#233;tude de la civilisation islamique dans son projet culturel, avec ses cat&#233;gories et ses m&#233;thodes, mais aussi ses pr&#233;jug&#233;s et sa mauvaise foi, l'Occident colonialiste se donne les moyens de pr&#233;senter aux musulmans sa propre image de leur civilisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hasan 'ABD AL-HAMID, &#171; al-Had&#226;ra al-isl&#226;miyya bayn al-wahm wa_l-haq&#238;qa &#187; (La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comment l'orientalisme pourra-t-il parvenir &#224; cette par&#173;faite connaissance de son objet qui lui est n&#233;cessaire, si les orientalistes s'abusent eux-m&#234;mes et abusent leur audience ? S'il est l'instrument culturel de la domination coloniale, il faut bien que l'orientalisme ait, pour l'essen&#173;tiel, vis&#233; juste : ce point est bien vu par Ghassan Sala&#173;meh, qui rappelle que les orientalistes n'ont pas toujours construit un Orient fictif, car alors ils n'auraient pas &#233;t&#233; en mesure de nous comprendre et de nous dominer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ghassan SALAMEH, &#171; 'Asab al-istish&#226;&#224;q &#187; (Le Nerf de l'orienta&#173;lisme) in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et quand bien m&#234;me l'orientalisme serait un &lt;i&gt;savoir pour pouvoir&lt;/i&gt;, n'est-ce pas l&#224; la devise de la science occiden&#173;tale, depuis Bacon et Descartes, lequel pr&#244;nait une connaissance qui nous rende &#171; ma&#238;tres et possesseurs de la nature &#187; ? Peu importe au fond que l'orientalisme vise &#224; rendre les Occidentaux ma&#238;tres et possesseurs de l'Orient. Historiquement, la connaissance scientifique est rest&#233;e &#171; fausse &#187; et &#171; biais&#233;e &#187; tant qu'elle est rest&#233;e attach&#233;e &#224; l'id&#233;e, dominante &#224; l'&#233;poque m&#233;di&#233;vale, d'une connais&#173;sance pure et d&#233;sint&#233;ress&#233;e ; ce n'est qu'&#224; partir du moment o&#249; elle a revendiqu&#233; explicitement la domination et l'appropriation du r&#233;el qu'elle a pu progresser de mani&#232;re d&#233;cisive. Il faut ici distinguer le but de la science de son contenu : les fins d'une recherche par d&#233;finition, ne peu&#173;vent &#234;tre objectives, il reste qu'elles peuvent aboutir pour&#173;tant &#224; une connaissance vraie : l'histoire contemporaine, de la bombe atomique &#224; la conqu&#234;te de l'espace, est mal&#173;heureusement pav&#233;e de connaissances objectives produi&#173;tes par des vis&#233;es politiques ou militaires h&#233;g&#233;moniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Orientalisme et interculturalit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est en cause dans la critique de l'orientalisme, c'est le probl&#232;me des limites de la communication entre les cultures. Dans quelle mesure un chercheur apparte&#173;nant &#224; une culture donn&#233;e, qui entreprend d'&#233;tudier, par&#173;fois &#224; l'&#233;chelle de toute une vie, une culture autre que la sienne, peut-il, f&#251;t-ce en s'y donnant enti&#232;rement et en se sp&#233;cialisant au plus haut niveau, parvenir &#224; se fondre parfaitement dans cette culture, et dans quelle mesure son appartenance originelle &#224; un mode de pens&#233;e diff&#233;rent pose-t-elle des limites ind&#233;passables &#224; sa communication avec l'autre culture ? Tel est, bien plus que la volont&#233; de puissance ou le sentiment de sup&#233;riorit&#233; de l'Occident, le probl&#232;me fondamental que pose l'orientalisme. Ainsi comprise, la &#171; d&#233;formation &#187; de l'autre cesserait d'&#234;tre une op&#233;ration unilat&#233;rale de la part de la culture domi&#173;nante, et se lirait comme un processus r&#233;ciproque. Remar&#173;quablement, Edward Sa&#239;d rejette d'embl&#233;e cet argument :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;On ne peut rendre compte des &#233;checs m&#233;thodologiques de l'orientalisme en disant, soit que l'Orient v&#233;ritable est diff&#233;rent des portraits qu'en font les orientalistes, soit que, puisque les orientalistes sont en majorit&#233; des Occidentaux, on ne peut attendre d'eux qu'ils aient un sentiment intime de ce qu'est vraiment l'Orient. Ces deux propositions sont fausses. La th&#232;se de mon livre n'est pas de donner &#224; pen&#173;ser qu'il y a quelque chose comme un Orient r&#233;el ou v&#233;ri&#173;table (islamique, arabe, que sais-je encore) ; ce n'est pas non plus d'affirmer le privil&#232;ge du point de vue de &#171; l'int&#233;&#173;rieur &#187; sur celui de &#171; l'ext&#233;rieur &#187; [...]. Au contraire, ce que j'ai dit, c'est que l'Orient est par lui-m&#234;me une entit&#233; constitu&#233;e ; l'id&#233;e qu'il existe des espaces g&#233;ographiques avec des habitants autochtones fonci&#232;rement diff&#233;rents qu'on peut d&#233;finir &#226; partir de quelque religion, de quelque cul&#173;ture ou de quelque essence raciale qui leur soit propre est extr&#234;mement discutable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. SAID, op. cit., p. 347.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Prenons acte des d&#233;n&#233;gations de l'auteur ; son affirma&#173;tion finale est quant &#224; elle v&#233;ritablement surprenante : elle revient &#224; tirer un trait sur la diff&#233;rence bien r&#233;elle entre des cultures et des soci&#233;t&#233;s dont chacune est le fruit d'une longue histoire. Que cette diff&#233;rence ait &#233;t&#233; d&#233;form&#233;e, que ses causes aient &#233;t&#233; mal interpr&#233;t&#233;es ne nous autorise pas &#224; nier sa r&#233;alit&#233; pass&#233;e, pr&#233;sente et &#224; venir. Partant du postulat que nous sommes bien en pr&#233;sence de deux cul&#173;tures oppos&#233;es, je poursuivrai donc la discussion du pro&#173;bl&#232;me sous l'angle de l'interculturalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1/&lt;/strong&gt; E. Sa&#239;d s'&#233;tonne de cette division g&#233;ographique du monde par laquelle l'Orient est constitu&#233; en un bloc homo&#173;g&#232;ne, et note &#171; l'arbitraire de ces g&#233;ographies imaginai&#173;res &#187; en vertu desquelles &#171; des gens qui habitent quelques arpents vont tracer une fronti&#232;re entre leur terre et ses alentours imm&#233;diats et le territoire qui est au-del&#224;, qu'ils appellent &#171; le pays des barbares &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibid., p. 70.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. C'est reconna&#238;tre que cette division binaire du monde entre &#171; nous &#187; et &#171; les autres &#187; est un trait universel ; on le trouve dans les civi&#173;lisations grecque, juda&#239;que, chr&#233;tienne, et l'islam n'est pas en reste qui divise le monde, de mani&#232;re encore plus net&#173;tement antagonique, en &lt;i&gt;d&#226;r al-islam&lt;/i&gt; (&#171; le territoire de l'islam &#187;) et &lt;i&gt;d&#226;r al-harb&lt;/i&gt; (&#171; le territoire de la guerre &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2/&lt;/strong&gt; E. Sa&#239;d croit donner plus de poids &#224; sa th&#232;se en fon&#173;dant dans la Gr&#232;ce antique la constitution occidentale d'une repr&#233;sentation biais&#233;e de l'Orient &#8212; et de citer Eschyle et Euripide &#224; l'appui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 72-73.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En fait, la relation des Grecs &#224; l'Orient &#233;tait fort complexe : qu'il nous suffise d'opposer &#224; Eschyle et Euripide Platon qui, dans le &lt;i&gt;Tim&#233;e&lt;/i&gt;, d&#233;clare que l'Orient est la source de la sagesse et que les Grecs sont des enfants compar&#233;s aux Orientaux. Commen&#173;tant ce texte, l'historien des sciences am&#233;ricain George Sarton &#233;tablit une analogie int&#233;ressante entre le rapport des Grecs &#224; l'Orient &#224; celui des Am&#233;ricains aux Europ&#233;ens. De la m&#234;me mani&#232;re, les &lt;i&gt;Vies&lt;/i&gt; des philosophes de l'Anti&#173;quit&#233; comportent traditionnellement un voyage en Orient, pr&#233;sent&#233; comme une v&#233;ritable initiation &#224; la vie philoso&#173;phique. Ce qui am&#232;ne Suhayl Farah &#224; un jugement dia&#173;m&#233;tralement oppos&#233; &#224; celui d'Edward Sa&#239;d :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La civilisation grecque fut le prolongement naturel des civilisations moyen-orientales. Aristote consid&#233;rait que l'Europe &#8212; &#224; l'exception de la Gr&#232;ce &#8212; &#233;tait, de par son climat, incapable d'&#233;volution et que de la raison europ&#233;enne engourdie par le froid ne pouvait sortir une soci&#233;t&#233; civili&#173;s&#233;e, tandis qu'il voyait dans les peuples du Moyen-Orient, qui avaient produit les grandes civilisations d'alors, un mod&#232;le de grandeur. Ainsi, pour les anciens Grecs, &#224; un Orient &#233;clair&#233; et dynamique s'opposait un Occident froid et st&#233;rile&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suhayl FARAH, &#171; al-Istishr&#226;q al-r&#251;s&#238;, nash'atuh wa-mar&#226;hiluh al-ta'r&#238;khiyya (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3/&lt;/strong&gt; L'orientalisme cr&#233;erait l'image d'un Orient &#224; la fois semblable et diff&#233;rent : diff&#233;rent de l'Occident, puisque construit comme son antith&#232;se, mais aussi semblable &#224; lui, puisque transform&#233; pour &#234;tre assimil&#233; &#224; travers une grille conceptuelle occidentale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. SAID, op. cit., p. 84-85. Voir &#233;galement Anouar ABDEL-MALEK, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette contradiction apparente renverrait &#224; un ph&#233;nom&#232;ne unique, l'ethno&#173;centrisme des Occidentaux. Percevant l'Orient &#224; travers leurs propres cat&#233;gories, ils le voient comme un Occident imparfait ou invers&#233;, d'o&#249; par exemple les qualificatifs d'irrationnel, sentimental, fig&#233;, oppos&#233;s &#224; la rationalit&#233; et au dynamisme de l'Occident.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cet ethnocentrisme se retrouve dans le marxisme, qui fait l'hypoth&#232;se qu'il existe une seule et m&#234;me ligne d'&#233;vo&#173;lution des soci&#233;t&#233;s, celle qui a men&#233; l'Europe de l'escla&#173;vage au f&#233;odalisme puis au capitalisme et que l'inexistence des rapports de production capitalistes dans les soci&#233;t&#233;s orientales signifie que leur d&#233;veloppement est inachev&#233;, qu'elles sont en retard par rapport &#224; l'Occident. L'hypo&#173;th&#232;se du mode de production asiatique montre que Marx tenta d'&#233;chapper &#224; cette vision unilat&#233;rale, mais il ne put la d&#233;velopper en une v&#233;ritable th&#233;orie parall&#232;le &#224; celle de l'&#233;volution sociale europ&#233;enne. A sa suite, les marxistes continuent de percevoir l'histoire de l'Orient n&#233;gative&#173;ment, comme une s&#233;rie de manques : absence d'une classe moyenne qui assurerait l'accumulation primitive, absence de droits politiques et de r&#233;volutions sociales au &#171; vrai &#187; sens du terme, etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur Marx et l'orientalisme, voir B. S. TURNER, Marx and the End of Orientalism.&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Tandis que l'orientalisme tradition&#173;nel expliquera le retard des soci&#233;t&#233;s orientales par une s&#233;rie de traits n&#233;gatifs qui leur seraient consubstantiels, les marxistes l'analyseront plut&#244;t comme le r&#233;sultat de la divi&#173;sion mondiale du travail entre soci&#233;t&#233;s capitalistes avanc&#233;es et soci&#233;t&#233;s p&#233;riph&#233;riques, mais au bout du compte, les deux positions se rejoignent pour consid&#233;rer l'Occi&#173;dent comme le mod&#232;le, les soci&#233;t&#233;s orientales ne pouvant &#234;tre per&#231;ues que par rapport &#224; ce mod&#232;le.&lt;br class='manualbr' /&gt;Certes, il faut d&#233;busquer l'ethnocentrisme partout o&#249; il se cache. Mais la critique demeure incompl&#232;te tant qu'elle ne voit pas que cette d&#233;faillance de l'orientalisme n'est que la manifestation d'une r&#233;alit&#233; plus profonde, celle des limites inh&#233;rentes &#224; toute interaction culturelle : s'ils analysaient les repr&#233;sentations orientales de l'Occi&#173;dent, ils y trouveraient des d&#233;faillances similaires &#224; celles qu'ils rel&#232;vent dans l'orientalisme, car &#224; l'ethnocentrisme occidental r&#233;pond un &#171; islamo-centrisme &#187; caract&#233;ris&#233; : on a vu &lt;i&gt;supra&lt;/i&gt; comment les musulmans per&#231;oivent le chris&#173;tianisme comme un islam incomplet et jugent l'orienta&#173;lisme en fonction de sa position par rapport aux dogmes musulmans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4/&lt;/strong&gt; Selon Edward Sa&#239;d, l'orientalisme aurait construit une &#171; nature orientale &#187; imaginaire, lascive et sensuelle, pr&#234;te &#224; tous les plaisirs, dont il voit le prototype dans le personnage de Kutchuk Hanem, la courtisane &#233;gyptienne que rencontre Flaubert dans son voyage en Orient. Il aurait pu relever un autre arch&#233;type de l'orientalisme, celui de la &#171; spiritualit&#233; orientale &#187; qui, de Goethe &#224; Jacques Berque, a toujours fascin&#233; des Occidentaux malades de leur rationalisme excessif &#8212; et il est int&#233;ressant de voir que les Orientaux, de Tagore &#224; lqbal pour l'Inde et de Tawfiq El-Hakim &#224; Hussein Heikal pour l'&#201;gypte, se sont en quelque sorte r&#233;appropri&#233;s cette image d'eux-m&#234;mes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il aurait surtout &#224; ajouter que l'Orient s'est &#224; son tour constitu&#233; l'image st&#233;r&#233;otyp&#233;e d'un Occident plong&#233; dans le sexe et toutes les jouissances mat&#233;rielles. Dans nos jour&#173;naux et du haut des chaires de nos mosqu&#233;es, on ne cesse de mettre en garde la jeunesse contre la corruption et l'immoralit&#233; de l'Occident. Il n'est pas de jeune Arabe qui ne rapporte pas d'un voyage &#224; l'Ouest toute une s&#233;rie d'histoires plus ou moins v&#233;ridiques sur ses aventures avec les femmes occidentales, lesquelles &#224; l'en croire ne savent rien refuser &#224; l'Oriental exotique. L'Orient fait rimer, dans tous les domaines, &#171; occidental &#187; et &#171; mat&#233;rialiste &#187;, sans r&#233;fl&#233;chir davantage. C'est dire &#224; quel point la d&#233;forma&#173;tion de l'image de l'autre est un processus r&#233;ciproque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5/&lt;/strong&gt; L'orientalisme donnerait une vision statique des soci&#233;t&#233;s orientales : immobiles depuis des si&#232;cles, elles seraient incapables d'assimiler la nouveaut&#233; et hostiles a priori au changement. Selon Sa&#239;d, l'orientalisme islami&#173;sant &#171; postule que l'islam, ou son id&#233;al du vile si&#232;cle tel qu'il a &#233;t&#233; constitu&#233; par l'orientalisme, est dot&#233; d'une unit&#233; telle qu'elle &#233;vacue toutes les d&#233;veloppements politiques r&#233;cents et l'influence du colonialisme et de l'imp&#233;ria&#173;lisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. SAID, Orientatism, op. cit., p. 301 (NDT : passage saut&#233; dans la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Conform&#233;ment &#224; sa tendance &#224; l'essentia&#173;lisme, l'orientalisme pose que l'homme oriental est oriental avant d'&#234;tre homme, car &#171; il n'est pas un peuple dans lequel nous puissions voir ensemble le pass&#233; et le pr&#233;&#173;sent mieux que chez les S&#233;mites orientaux. Ce sont les ori&#173;gines antiques (des Orientaux] qui expliquent leur pr&#233;sent et le rendent compr&#233;hensible &#187; ; cette &#171; pierre de touche de l'orientalisme &#187; est parfaitement exprim&#233;e par &#171; Renan [quand il] dit que les S&#233;mites sont un cas de d&#233;veloppe&#173;ment arr&#234;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 234 (NDT : passage saut&#233; dans la traduction fran&#231;aise).&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les orientalistes se trompent-ils tellement ? A la v&#233;rit&#233;, quand on conna&#238;t l'id&#233;ologie des divers fondamentalis&#173;mes islamiques, on se dit que cet immobilisme que pr&#234;&#173;tent les Occidentaux &#224; l'histoire islamique n'est peut-&#234;tre pas le fruit de leur seule imagination. Et comment leur reprocher des conceptions qui sont au centre de la pr&#233;di&#173;cation de tous les ma&#238;tres penseurs de l'islamisme, d'al-Mawd&#251;d&#238; et Hasan al-Bann&#226;' &#224; Sayyid Qutb ? L'islam du VIIe si&#232;cle n'est-il pas leur id&#233;al &#224; tous ? L'histoire ne s'est-elle pas arr&#234;t&#233;e pour eux &#224; ce sommet, effa&#231;ant quasi tous les d&#233;veloppements situ&#233;s entre &#171; l'&#226;ge d'or &#187; et le temps pr&#233;sent ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Le projet islamiste repose sur une id&#233;e simple : &#171; ce qui &#233;tait bon pour le premier islam sera bon pour le dernier &#187;. Ce principe vaut non seulement pour les r&#232;gles g&#233;n&#233;rales de la religion, mais aussi pour tous les d&#233;tails de la vie quotidienne : il suffit de poser la plus petite restriction au divorce ou &#224; la polygamie pour d&#233;clencher des mani&#173;festations de masse, comme on l'a vu apr&#232;s la r&#233;forme &#233;gyptienne du statut personnel de 1979. On est tent&#233; de dire qu'il n'y a pas de diff&#233;rence substantielle entre l'id&#233;e autochtone d'un islam valable en tout temps et en tout lieu et l'id&#233;e orientaliste de d&#233;veloppement arr&#234;t&#233;, et que cette derni&#232;re, si elle ne r&#233;sume certes pas &#224; elle seule la situation du monde islamique, refl&#232;te une r&#233;alit&#233; incon&#173;tournable. Le d&#233;veloppement actuel d'un islam qui, pr&#233;&#173;tendant imposer son h&#233;g&#233;monie dans ce monde comme dans l'autre, tend &#224; r&#233;gler tous les comportements de l'individu et &#224; conditionner toute sa r&#233;flexion, apporte incontestablement de l'eau au moulin de la vision orien&#173;taliste d'une religion irr&#233;ductiblement &#171; archa&#239;que &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'assassinat du pr&#233;sident &#233;gyptien Sadate donne un exemple saisissant de cet archa&#239;sme de l'id&#233;ologie isla&#173;miste : il ressort des proc&#232;s-verbaux de l'instruction que les assassins du &lt;i&gt;ra&#239;s&lt;/i&gt; ont d&#233;cid&#233; qu'il devait &#234;tre tu&#233; pour s'&#234;tre moqu&#233; des femmes voil&#233;es, avoir manqu&#233; &#224; sa pro&#173;messe d'appliquer la s&lt;i&gt;har&#238;'a&lt;/i&gt; islamique et avoir transgress&#233; cette derni&#232;re dans sa r&#233;forme du statut personnel ; ils ont fond&#233; leur d&#233;cision sur une opinion de droit islamique (&lt;i&gt;fatw&#226;&lt;/i&gt;) de leur guide spirituel, lequel a d&#233;clar&#233; s'&#234;tre ins&#173;pir&#233; des &lt;i&gt;fatw&#226;-s&lt;/i&gt; rendues par Ibn Taymiyya (1263-1328) contre les Tatars. Bref, ils n'avaient aucun mobile d'ordre social ou politique, mobiles qui pourtant ne manquaient pas quand on sait les graves fautes commises par Sadate. Autrement dit, l'un des groupes islamistes contemporains les plus efficaces n'a pu m&#233;diter les &#233;v&#233;nements cruciaux de son temps qu'&#224; travers des &#233;v&#233;nements parall&#232;les remontant &#224; un pass&#233; r&#233;volu, et s'est r&#233;v&#233;l&#233; totalement incapable d'appr&#233;hender le pr&#233;sent en fonction de sa dyna&#173;mique propre. Loin d'&#234;tre isol&#233;s, les assassins de Sadate partagent ce mode de pens&#233;e avec de nombreux groupes islamistes, souvent beaucoup plus importants qu'eux, &#224; cette diff&#233;rence pr&#232;s qu'ils pr&#233;f&#232;rent la pr&#233;dication paci&#173;fique au &lt;i&gt;jih&#226;d&lt;/i&gt; et &#224; la violence. Si ce n'est pas l&#224; un exem&#173;ple de &#171; d&#233;veloppement arr&#234;t&#233; &#187;, au sens de l'inscription du temporel et de l'actuel dans le cadre de l'anhistorique et de l'intemporel, comment le qualifier ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Quand donc le meilleur critique arabe actuel de l'orien&#173;talisme d&#233;plore que l'image occidentale de l'islam, ignorant la complexit&#233; des soci&#233;t&#233;s musulmanes contemporaines, les ram&#232;ne &#224; une pr&#233;tendue &#171; essence de l'islam &#187;, abstraite et artificielle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est la th&#232;se centrale du second livre d'E. SAID sur le sujet : Covering (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il faut bien lui r&#233;pon&#173;dre que d'importants courants, qui se disent les seuls repr&#233;sentants de cette essence de l'islam, s'enorgueillis&#173;sent de consid&#233;rer l'islam dans son &#226;ge d'or comme le cri&#173;t&#232;re unique du progr&#232;s et le seul moyen de faire face aux probl&#232;mes de notre temps, et qui plus est parviennent mieux que tout autre &#224; s&#233;duire la jeunesse du monde isla&#173;mique contemporain. De tout cela, on ne peut que d&#233;duire que la vision qu'a E. Sa&#239;d du monde islamique est lacu&#173;naire et, dans une large mesure, ext&#233;rieure.&lt;br class='manualbr' /&gt;Commentant ce point, 'Az&#238;z al-'Azmeh rel&#232;ve que les positions de l'orientalisme et celles du fondamentalisme se rejoignent souvent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;'Aziz Al-'Azmeh, &#171; Istishraq al-as&#226;la &#187; (L'Orientalisme de l'authenticit&#233;), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sans pour autant en tirer la conclusion qui s'impose, &#224; savoir que les orientalistes n'ont pas tant plaqu&#233; sur la r&#233;alit&#233; leurs propres concep&#173;tions de l'islam qu'ils n'ont extrapol&#233; &#224; partir d'une r&#233;a&#173;lit&#233; endog&#232;ne. Peu importe en l'occurrence que les mobiles et les objectifs des uns et des autres soient diff&#233;rents, ou que les intellectuels arabes la&#239;cs refusent de confiner l'islam dans le cadre de cette &#171; essence &#187; que l'on voudrait voir r&#233;gir tous les aspects de la vie des musulmans contempo&#173;rains, l'essentiel est que l'id&#233;e qu'il existe un islam &#233;ter&#173;nel, qui r&#232;gle tous les aspects de la vie du croyant, est tr&#232;s largement partag&#233;e par les musulmans d'aujourd'hui.&lt;br class='manualbr' /&gt;S&#226;diq Jal&#226;l al-'Azm rel&#232;ve &#224; juste titre cette similitude frappante entre la vision orientaliste d'un islam immua&#173;ble, r&#233;gissant tous les aspects de la vie du croyant, et la vision des groupes islamistes contemporains d'un islam totalisant et inaccessible de l'ext&#233;rieur &#8212; les orientalistes trouvant l&#224; mati&#232;re &#224; d&#233;pr&#233;cier l'islam, tandis que les isla&#173;mistes y trouvent motif de s'enorgueillir de leur reli&#173;gion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. J. AL-'AZM, article cit&#233;, p. 33 sq.&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais il a le tort, selon moi, de ne voir qu'une co&#239;ncidence dans ce qui est en fait un v&#233;ritable rapport de causalit&#233; : c'est &lt;i&gt;parce que&lt;/i&gt; le fondamentalisme islami&#173;que est ainsi fait que les orientalistes l'ont d&#233;crit comme tel, ind&#233;pendamment du jugement de valeur qu'ils ont pu poser sur lui en y voyant une manifestation du sous-d&#233;veloppement : ce n'est pas (ou pas seulement) pour prouver la d&#233;cadence de l'islam ou la sup&#233;riorit&#233; de l'Occi&#173;dent qu'ils affirment cette &#171; essence de l'islam &#187;, mais d'abord parce qu'ils reproduisent la repr&#233;sentation autochtone. A quoi il faut ajouter que si l'orientalisme g&#233;n&#233;ralise abusivement dans ce sens, ou conseille tendan&#173;cieusement aux musulmans de pr&#233;server leur essence immuable, c'est parce que celle-ci, en derni&#232;re analyse, sert les int&#233;r&#234;ts de l'Occident&lt;br class='manualbr' /&gt;Apl-'Azm a &#233;galement tort de qualifier ce caract&#232;re immobiliste et anhistorique du fondamentalisme islamique d'&#171; orientalisme invers&#233; &#187;, dans la mesure o&#249; l'express&#173;sion sugg&#232;re qu'il est un effet de l'orientalisme, quand il s'agit en r&#233;alit&#233; d'un ph&#233;nom&#232;ne bien plus ancien que n'ont fait qu'enregistrer les orientalistes. Tous les mouvements de r&#233;forme religieuse dans l'islam, d'Ibn Taymiyya &#224; Ibn 'Abd al-Wahh&#226;b (1703-1792) et al-Afgh&#226;n&#238;, se sont fon&#173;d&#233;es sur un retour &#224; cette essence immuable de la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renversons maintenant la perspective ; l'Orient s'est lui aussi constitu&#233; une image fig&#233;e de l'Occident, qui n'a qu'un rapport lointain avec sa r&#233;alit&#233; : d'un c&#244;t&#233;, des islamistes ignorant les r&#233;alit&#233;s &#233;l&#233;mentaires du monde contemporain, qui continuent de rapporter les attitudes actuelles de l'Occi&#173;dent vis-&#224;-vis du monde musulman au complot d'une croi&#173;sade &#233;ternelle ; de l'autre, des modernistes critiques qui met&#173;tent en place un autre essentialisme, dans lequel l'Occident du savoir, du rationalisme et de la ma&#238;trise de la nature &#8212; ce&#173;lui de Descartes, Newton et Darwin &#8212; se confond avec l'Oc&#173;cident du colonialisme, de la domination et de l'asservisse&#173;ment de l'homme par l'homme &#8212; celui de Cecil Rhodes, Na&#173;pol&#233;on et Hitler. Il est vrai que celui-ci n'aurait pu prendre les dimensions qu'il a prises sans celui-l&#224;, mais il demeure fon&#173;damental de les dissocier en posant clairement que la relation qui les unit ne correspond pas &#224; une quelconque n&#233;cessit&#233; structurelle, mais est purement historique, conjoncturelle.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pourtant, les intellectuels arabes la&#239;cistes, dans leur ardeur &#224; combattre la domination occidentale sous tou&#173;tes ses formes, amalgament d&#233;lib&#233;r&#233;ment les deux aspects au point de rejeter le principe m&#234;me du rationalisme, comme s'il &#233;tait l'apanage de l'Occident, et non le pro&#173;duit d'un long processus historique auquel ont particip&#233;, longtemps avant l'&#232;re de l'h&#233;g&#233;monie occidentale, toutes les grandes civilisations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;41. Cf. F. ZAKARIYA, &#171; al-'Arab wa-l-thaq&#226;fa wa-l-ta'r&#238;kh fi mun&#226;qasha (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ayant critiqu&#233; justement la d&#233;rive essentialiste de l'orientalisme, ils r&#233;duisent &#224; leur tour l'Occident &#224; une essence unique, celle de la volont&#233; de puissance, mat&#233;rielle et intellectuelle, et nous invitent &#224; nous armer de la plus grande prudence pour ne pas nous laisser s&#233;duire par les sir&#232;nes occidentales. Cet essentia&#173;lisme, commun, il faut le souligner, aux critiques religieux et la&#239;cs de l'orientalisme, est bien la preuve qu'au-del&#224; de la question de l'h&#233;g&#233;monie nous sommes bien plut&#244;t en face d'une de ces limites ind&#233;passables de la commu&#173;nication interculturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc bien un &#171; occidentalocentrisme &#187;, dont l'orientalisme est l'une des manifestations les plus &#233;viden&#173;tes. Cet ethnocentrisme, plus ou moins visible en fonc&#173;tion de la personnalit&#233; du chercheur et des divers d&#233;terminants socio-historiques de sa recherche, est in&#233;&#173;vitable d&#232;s lors qu'il prend pour objet d'&#233;tude une autre culture. De m&#234;me que l'Orient ne sera jamais un objet neutre pour l'Occidental, en raison du contexte de domi&#173;nation politique et &#233;conomique, du vieux fonds d'hosti&#173;lit&#233;, etc., de m&#234;me l'Occident ne peut, pour des raisons inverses, &#234;tre un objet neutre pour l'Oriental. A l'occi&#173;dentalo-centrisme correspond un islamo-centrisme, mani&#173;feste &#224; tous les niveaux : au niveau religieux, dans l'id&#233;e que le seul orientaliste &#171; impartial &#187; est celui qui adh&#232;re au dogme musulman, de pr&#233;f&#233;rence en se convertissant &#224; l'islam ; au niveau culturel, quand, en vertu de nos valeurs propres, lesquelles accordent un r&#244;le excessif, avec force contradictions et anachronismes, &#224; la vie sexuelle, nous jugeons les Occidentaux immoraux ; au niveau his&#173;torique, quand par exemple nous d&#233;plorons comme une catastrophe la perte de l'Espagne musulmane, que les Espagnols appellent &#171; reconqu&#234;te &#187; ; au niveau &#233;pist&#233;mo&#173;logique enfin, quand nous accusons la science occiden&#173;tale de nous r&#233;duire &#224; une essence &#233;ternelle, oubliant que nous-m&#234;mes traitons l'Occident comme tel.&lt;br class='manualbr' /&gt;La d&#233;formation, pour parler comme les critiques de l'orientalisme, est r&#233;ciproque. Mais si dans un sens elle est, comme l'ont montr&#233; E. Sa&#239;d et consorts, le fruit d'un &#171; savoir pour pouvoir &#187; et d'une volont&#233; h&#233;g&#233;monique, dans l'autre elle r&#233;sulte d'un sentiment d'inf&#233;riorit&#233;, voire d'un d&#233;sir de revanche, et comme telle est beaucoup plus grave, car &#224; la diff&#233;rence de la premi&#232;re, qui suppose un minimum de justesse dans la compr&#233;hension de l'autre, elle ne produit qu'une connaissance irr&#233;m&#233;diablement tronqu&#233;e. C'est &#224; cette question, n&#233;glig&#233;e jusqu'ici, du regard pos&#233; sur l'orientalisme &#224; partir d'une soci&#233;t&#233; en position de faiblesse que nous consacrerons la derni&#232;re partie de cet essai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?759-orientalisme-et-crise-de-la' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Troisi&#232;me partie disponible ici : &lt;i&gt;Sociologie de l'orientalisme et de sa critique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Edward SAID, &lt;i&gt;Orientalism&lt;/i&gt;, New York, 1978, trad. fran&#231;aise &lt;i&gt;L'Orientalisme. L'Orient cr&#233;&#233; par l'Occident&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1980, p. 25 (NDT : les citations renvoient &#224; la traduction fran&#231;aise).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 106.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 105.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 306.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 304-305.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S&#226;diq Jal&#226;l Al-'Azm,	&#171; al-Istishr&#226;q wa-l-istishr&#226;q ma'k&#251;s an &#187; (Orientalisme et orientalisme invers&#233;) in &lt;i&gt;al-Hay&#226;t al-jad&#238;da&lt;/i&gt;, 3 (1981), p. 10-14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. Salo, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Hasan 'ABD AL-HAMID, &#171; al-Had&#226;ra al-isl&#226;miyya bayn al-wahm wa_l-haq&#238;qa &#187; (La Civilisation islamique entre v&#233;rit&#233; et illusion) in &lt;i&gt;al-Watan&lt;/i&gt; (Koweit) du 17 d&#233;cembre 1984.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ghassan SALAMEH, &#171; 'Asab al-istish&#226;&#224;q &#187; (Le Nerf de l'orienta&#173;lisme) in &lt;i&gt;al-Mustaqbal al-'arab&#238;&lt;/i&gt;, janvier 1981. p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. SAID, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 347.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 72-73.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Suhayl FARAH, &#171; al-Istishr&#226;q al-r&#251;s&#238;, nash'atuh wa-mar&#226;hiluh al-ta'r&#238;khiyya &#187; (Naissance et d&#233;veloppement de l'orientalisme russe) in &lt;i&gt;al-Fikr al-'arab&#238;&lt;/i&gt;, 31 (1983), p. 220.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. SAID, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 84-85. Voir &#233;galement Anouar ABDEL-MALEK, &#171; L'orientalisme en crise &#187;, &lt;i&gt;Diog&#232;ne&lt;/i&gt;. 44 (1964). p. 109-142.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur Marx et l'orientalisme, voir B. S. TURNER, Marx and the End of Orientalism.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. SAID, &lt;i&gt;Orientatism, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 301 (NDT : passage saut&#233; dans la traduction fran&#231;aise).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 234 (NDT : passage saut&#233; dans la traduction fran&#231;aise).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est la th&#232;se centrale du second livre d'E. SAID sur le sujet : &lt;i&gt;Covering Islam&lt;/i&gt;, New York, 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;'Aziz Al-'Azmeh, &#171; Istishraq al-as&#226;la &#187; (L'Orientalisme de l'authenticit&#233;), &lt;i&gt;al-Karmal&lt;/i&gt;, 2 (1981).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. J. AL-'AZM, article cit&#233;, p. 33 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;41. Cf. F. ZAKARIYA, &#171; al-'Arab wa-l-thaq&#226;fa wa-l-ta'r&#238;kh fi mun&#226;qasha li-fikr 'Abd All&#226;h al-'Arw&#238; &#187; (Les Arabes, la culture et l'histoire : autour de la pens&#233;e de Abdallah Laroui), &lt;i&gt;al-'Ul&#251;m al-ijtim&#226;'iyya&lt;/i&gt; vol. 12 n&#176; 2 (1984), Universit&#233; de Kowe&#239;t.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Orientalisme et crise de la culture arabe contemporaine (1/3)</title>
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		<dc:date>2015-01-13T09:47:21Z</dc:date>
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		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
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		<dc:subject>Zakariya F.</dc:subject>
		<dc:subject>Islam</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Chapitre 7 du livre de Fouad Zakariya, &#171; La&#238;cit&#233; ou islamisme. Les arabes &#224; l'heure du choix &#187;, (Ed. La D&#233;couverte / Al-Fikr, Paris / Le Caire, 1991) paru sous forme d'article en juillet 1986 dans la revue &#171; Fikr &#187; n&#176;10 sous le titre &#171; Naqd al-istishr&#226;q wa-azmat al-thaq&#226;fa al-'arabiyya al-mu'&#226;sira &#187;. On lira du m&#234;me auteur Les racines culturelles du sous-d&#233;veloppement intellectuel arabe. Ce texte de Fouad Zakariya pourrait para&#238;tre dat&#233; &#8211; il est tout au contraire d'une br&#251;lante actualit&#233; : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-le-relativisme-" rel="directory"&gt;Le relativisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-171-zakariya-f-+" rel="tag"&gt;Zakariya F.&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-217-islamogauchisme-+" rel="tag"&gt;Islamogauchisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chapitre 7 du livre de Fouad Zakariya, &#171; La&#238;cit&#233; ou islamisme. Les arabes &#224; l'heure du choix &#187;, (Ed. La D&#233;couverte / Al-Fikr, Paris / Le Caire, 1991) paru sous forme d'article en juillet 1986 dans la revue &#171; Fikr &#187; n&#176;10 sous le titre &#171; Naqd al-istishr&#226;q wa-azmat al-thaq&#226;fa al-'arabiyya al-mu'&#226;sira &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lira du m&#234;me auteur &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?752-les-racines-culturelles-du-sous' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les racines culturelles du sous-d&#233;veloppement intellectuel arabe.&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ce texte de Fouad Zakariya pourrait para&#238;tre dat&#233; &#8211; il est tout au contraire d'une br&#251;lante actualit&#233; : l'accusation d'&#171; islamophobie &#187;, qui tend progressivement &#224; doubler invraisemblablement celle de &#171; racisme &#187;, se place dans la stricte continuit&#233; de celle d'&#171; orientalisme &#187;, et vise &#224; discr&#233;diter quiconque ne se satisfait pas de l'offensive mondiale que livre le troisi&#232;me monoth&#233;isme dans quatre continents sur cinq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme d'&#171; orientalisme &#187; a eu son heure de gloire : ce sont les discours multiformes, des plus lucides aux plus folkloriques qu'&#224; tenu l'Occident pendant des si&#232;cles sur l'Orient, et particuli&#232;rement sur le monde arabo-musulman. La manipulation de ce th&#232;me est devenu un enjeu politique important apr&#232;s l'&#233;chec des d&#233;colonisations arabes, principalement par l'entremise d'Edward Sa&#239;d qui a pr&#233;tendu en montrer l'inf&#226;mie dans son best-seller &#233;ponyme (&lt;i&gt;L'Orientalisme. L'Orient cr&#233;&#233; par l'Occident&lt;/i&gt;), avec un succ&#232;s en Europe et aux &#201;tats-Unis difficilement compr&#233;hensible &#8211; n'&#233;tait-ce les modes des &lt;i&gt;intelligencias&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;F. Zakaryia, &#233;gyptien arm&#233; d'un solide bon sens, d&#233;monte cette interminable supercherie politico-intellectuelle de mani&#232;re magistrale : il pose notamment, &#224; rebours, que la malhonn&#234;tet&#233; fondamentale de la d&#233;marche d' E. Sa&#239;d ne peut s'expliquer que par son enracinement dans une posture &#233;minemment religieuse qui ne vise ni la v&#233;rit&#233; ni la r&#233;alit&#233;, mais bien une d&#233;fense aveugle et irrationnelle de la culture arabo-musulmane, elle-m&#234;me all&#232;grement confondue avec l'islam, non seulement contre les regards &#171; &#233;trangers &#187; mais surtout et avant tout contre toute &lt;i&gt;critique interne&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'auteur d&#233;celait dans les ann&#233;es 80 les prodromes de la d&#233;ferlante islamiste qui allait balayer le monde arabe, et m&#234;me musulman, et toutes ses p&#233;riph&#233;ries. Mais il lui &#233;tait encore impensable d'imaginer la r&#233;gression qui allait suivre et rel&#233;guer E. Sa&#239;d lui-m&#234;me (d'ailleurs d'origine chr&#233;tienne) au rang de &lt;i&gt;dhimmis&lt;/i&gt; pr&#233;tendant faire &#339;uvre de science sociale mais servant finalement une cause religieuse qui n'&#233;tait pas la sienne. Ceux qui lui ont embo&#238;t&#233; le pas ont pr&#233;tendu poursuivre sa d&#233;marche en fondant ce qu'il est aujourd'hui convenu de rassembler sous le terme tr&#232;s chic de &#171; &lt;i&gt;post-colonial studies&lt;/i&gt; &#187; &#8211; et qu'il faudrait plut&#244;t nommer &#171; &lt;i&gt;pseudo-colonial pseudo-studies&lt;/i&gt; &#187; si l'on s'en tenait &#224; de v&#233;tustes crit&#232;res de travail universitaire. Ils se retrouvent dans la m&#234;me situation : ils traitent d'&#171; islamophobe &#187; (traduction fran&#231;aise d'&#171; ennemi de l'islam &#187; depuis l'usage inaugur&#233; par les ayatollahs iraniens) la moindre interrogation malvenue, pr&#233;f&#233;rant ignorer que d'autres s'en servent contre leurs pairs pour peu qu'ils n'accompagnent pas la surench&#232;re &#224; laquelle se livre les extr&#234;mes-droites musulmanes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#232;ses de F. Zakaryia, qui n'ont jamais re&#231;ues &#224; notre connaissance de r&#233;ponse digne de ce nom, montrent parfaitement que l'accusation d'&#171; islamophobie &#187; n'est que la d&#233;fense symptomatique et belliqueuse d'une culture qui peine &#224; sortir de son h&#233;t&#233;ronomie religieuse mill&#233;naire, et choisit m&#234;me depuis trente ans de s'y adonner passionn&#233;ment plut&#244;t que de rompre avec un des pires syst&#232;mes d'oppressions invent&#233;s par l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que cette d&#233;monstration ait &#233;t&#233; faite par un philosophe qui s'en est lui-m&#234;me arrach&#233;, non sans mal nous sugg&#232;re-t-il, est le signe que ce qui est a combattre n'est ni une origine, ni un atavisme mais bien un &lt;i&gt;projet&lt;/i&gt; et un &lt;i&gt;choix&lt;/i&gt; individuel autant que collectif, et dont chacun a &#224; r&#233;pondre en son nom devant l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'orientalisme est depuis longtemps l'objet, dans le monde arabo-musulman, d'une critique de nature reli&#173;gieuse qui entreprend de d&#233;fendre l'islam contre l'image diffamatoire qu'en donnent maints &#233;crits orientalistes, mais confond souvent dans un m&#234;me opprobre orienta&#173;listes, ath&#233;es et ennemis de la nation arabe. Cette criti&#173;que est si classique que l'expression &#171; mensonges et calomnies des orientalistes et des ath&#233;es &#187; est devenue dans nos pays un lieu commun. Certains de ces critiques reli&#173;gieux ont bien saisi que l'orientaliste agissait de concert avec le colonisateur, c'est-&#224;-dire ont pris conscience de la dimension politique de la question de l'orientalisme, mais cette dimension est toujours rest&#233;e au second plan. Pour eux, la v&#233;rit&#233; premi&#232;re demeurait que ces orienta&#173;listes &#233;taient les complices d'un vaste complot visant &#224; d&#233;nigrer l'islam, d&#233;naturer ses dogmes et semer le doute dans l'esprit des musulmans, complot per&#231;u &#224; la fois comme un prolongement des Croisades, une vengeance de l'Europe chr&#233;tienne sur son vainqueur, l'Islam otto&#173;man, et une tentative d'emp&#234;cher la renaissance islami&#173;que, cens&#233;e menacer l'Occident. Ce type de critique de l'orientalisme se trouve chez tous les grands auteurs r&#233;for&#173;mistes ou fondamentalistes de la renaissance arabe (&lt;i&gt;nahda&lt;/i&gt;) : les Jam&#226;l al-d&#238;n Al-Afgh&#226;n&#238; (1839-1897), Muhammad Abduh (1844-1905), Rash&#238;d Rid&#226; (1865-1935), Muhammad Far&#238;d Wagd&#238; (1878-1954)... ont tous consacr&#233; une part non n&#233;gligeable de leur &#233;nergie &#224; lutter contre la repr&#233;sentation orientaliste de l'islam. Il n'est sans doute pas un penseur musulman qui, de la g&#233;n&#233;&#173;ration d'al-Afgh&#226;n&#238; &#224; celle d'Al-Aqq&#226;d (1880-1965), n'ait &#233;crit quelque part une r&#233;futation plus ou moins virulente des &#171; all&#233;gations des orientalistes &#187; dans une tentative de restituer &#224; l'islam son &#171; image authentique &#187; &#224; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur des pays islamiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de l'orientalisme a donc accompagn&#233; la renaissance intellectuelle moderne dans le monde musul&#173;man, mais c'&#233;tait une critique essentiellement religieuse et apolog&#233;tique, o&#249; la dimension politique, lorsqu'elle &#233;tait pr&#233;sente, ne servait en fin de compte qu'&#224; appuyer l'objec&#173;tif religieux. La campagne actuelle contre l'orientalisme, illustr&#233;e surtout par le c&#233;l&#233;brissime ouvrage d'Edward Sa&#239;d, n'est donc pas nouvelle en soi. Ce qui est nouveau, c'est que la dimension religieuse n'est plus qu'un des &#233;l&#233;&#173;ments d'un dessein politico-culturel de bien plus grande envergure, aujourd'hui attribu&#233; &#224; l'orientalisme : aider le monde occidental &#224; &#233;tendre son h&#233;g&#233;monie sur &#171; l'Orient &#187;, au sens le plus large. Ce renversement de perspective n'a rien de surprenant, &#233;tant donn&#233; la per&#173;sonnalit&#233; de ses auteurs : ce ne sont plus des pr&#233;dicateurs, mais des intellectuels la&#239;cistes, et si l'on ajoute que les plus importants, &#224; savoir Anouar Abdel-Malek et Edward Sa&#239;d, sont issus de familles chr&#233;tiennes, on comprend qu'ils envisagent l'islam essentiellement en termes politi&#173;ques et culturels.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces deux types de critiques ont chacun leurs points forts et leurs insuffisances. Les d&#233;tracteurs religieux de l'orien&#173;talisme ont pour eux leur connaissance intime de l'islam et leur ferveur religieuse, mais ils p&#232;chent par une appro&#173;che trop souvent superficielle des &#233;crits orientalistes, consi&#173;d&#233;r&#233;s sous le seul angle de leur contenu religieux, ce qui les am&#232;ne &#224; des jugements h&#226;tifs et mal document&#233;s. Ce qui leur fait le plus souvent d&#233;faut, c'est la ma&#238;trise d'une culture &#233;trang&#232;re qui leur permettrait de lire les orienta&#173;listes dans le texte, et surtout d'assimiler l'esprit scienti&#173;fique moderne. De leur c&#244;t&#233;, les critiques modernes, parfaitement form&#233;s &#224; la culture scientifique occidentale, ont un acc&#232;s direct aux oeuvres originales des orientalis&#173;tes et sont en mesure de les combattre &#224; armes &#233;gales, mais leur connaissance de cette culture &#171; orientale &#187; classique dont ils se veulent les d&#233;fenseurs est trop souvent lacu&#173;naire et inf&#233;rieure non seulement &#224; celle des apologues musulmans, mais aussi &#224; celle des orientalistes eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, ces deux types de critiques partent de pr&#233;&#173;misses fort diff&#233;rentes et empruntent des itin&#233;raires qui ne se rencontrent jamais. Bien qu'elles combattent en th&#233;orie le m&#234;me adversaire, elles s'ignorent totalement. Il y a m&#234;me fort &#224; parier que s'il &#233;tait donn&#233; aux uns de d&#233;couvrir les &#339;uvres des autres, ils n'y trouveraient rien qui soit de nature &#224; les aider dans leur bataille, et chacun accuserait l'autre de faire le jeu de l'adversaire : le reli&#173;gieux trouvera chez le la&#239;c les m&#234;mes d&#233;fauts qu'il repro&#173;che aux orientalistes, &#224; savoir un rationalisme excessif d&#251; &#224; l'influence des modes de pens&#233;e occidentaux, et plus g&#233;n&#233;ralement une soumission &#224; la terminologie et &#224; la m&#233;thodologie occidentales ; de son c&#244;t&#233;, le la&#239;c jugera la repr&#233;sentation de l'Orient donn&#233;e par le religieux encore plus d&#233;form&#233;e que la repr&#233;sentation orientaliste, le parti pris apolog&#233;tique ayant simplement remplac&#233; l'into&#173;l&#233;rance.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tout ce qui s'est &#233;crit r&#233;cemment sur l'orientalisme rel&#232;ve exclusivement d'une de ces deux cat&#233;gories. C'est ce qui justifie, &#224; mon sens, cette nouvelle contribution au d&#233;bat qui se voudra plurivoque, par la mise en pers&#173;pective de ces deux types de critiques, mais encore et sur&#173;tout en comparant les erreurs et pr&#233;jug&#233;s que peut comporter la repr&#233;sentation que donne de nous l'orien&#173;talisme avec ceux inh&#233;rents &#224; notre regard sur l'Occident. Ce qui nous am&#232;nera &#224; &#233;tablir &#224; l'occasion un autre paral&#173;l&#232;le, cette fois entre le regard de l'Occident sur nous et notre propre regard sur nous-m&#234;mes. Pour que la sym&#233;&#173;trie soit compl&#232;te, il faudrait ajouter une quatri&#232;me dimension, le regard de l'Occident sur lui-m&#234;me. Par souci de clart&#233;, et afin de ne pas trop m'&#233;loigner de mon propos initial, je m'en tiendrai aux trois premi&#232;res dimen&#173;sions, qui suffiront &#224; resituer la question de l'orienta&#173;lisme dans le cadre plus large de la probl&#233;matique de l'interculturalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La critique religieuse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour certains critiques religieux, le parti pris hostile qu'ils pr&#234;tent &#224; l'orientalisme est le r&#233;sultat d'un long pro&#173;cessus de d&#233;nigrement de l'islam dans l'Occident chr&#233;tien, qui s'&#233;tendrait du Moyen Age &#224; nos jours &#8212; explication qui a au moins le m&#233;rite de chercher &#224; comprendre les causes historiques de l'erreur occidentale contemporaine. Mais le courant dominant est celui de l'explication par le &#171; complot contre l'islam &#187; : les orientalistes auraient d&#233;lib&#233;r&#233;ment d&#233;form&#233; l'islam, les uns ouvertement, par des attaques frontales et des interpr&#233;tations fallacieuses de ses dogmes fondamentaux, les autres plus hypocrite&#173;ment, en glissant &#231;&#224; et l&#224; un jugement &#233;logieux sur tel ou tel point ou un appel &#224; la compr&#233;hension mutuelle, pour donner une apparence d'objectivit&#233; aux contre-v&#233;rit&#233;s qu'ils d&#233;fendent par ailleurs.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce combat est essentiellement d&#233;fensif : l'apologue se bat contre un &#171; ennemi de l'islam &#187;, &#224; qui il entend d&#233;montrer qu'il a commis, d&#233;lib&#233;r&#233;ment ou non, de gra&#173;ves erreurs, et il s'applique &#224; rendre &#224; l'islam son image pure aux yeux du musulman pieux, consid&#233;rant toute atteinte &#224; l'islam comme une partie de la &#171; conspiration &#187;. La pol&#233;mique, du fait qu'elle oppose l'apologue &#224; un scientifique qui appartient en principe &#224; une autre confession et ne s'estime pas tenu de respecter le dogme islami&#173;que, devient vite tr&#232;s large : on attaquera alors la posi&#173;tion des orientalistes vis-&#224;-vis de la signification de la divinit&#233; dans l'islam, du Coran et de sa relation avec les autres livres saints, de la nature de la R&#233;v&#233;lation, des bio&#173;graphies du Proph&#232;te, de ses compagnons et des premiers califes, etc. Elle finit par englober les interpr&#233;tations orien&#173;talistes de l'histoire de l'islam et leurs jugements sur les apports de la civilisation islamique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour la critique apolog&#233;tique, le crit&#232;re fondamental, sinon unique, est la distance plus ou moins grande de l'orientaliste par rapport au dogme musulman, ind&#233;pen&#173;damment de la valeur scientifique de ses travaux, en vertu d'un postulat implicite selon lequel si l'orientaliste est impartial, il sera tout naturellement amen&#233; &#224; &#233;pouser la foi des musulmans : pour elle, l'orientaliste mod&#232;le est celui qui se convertit &#224; l'islam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bon exemple de ce type de critique est fourni par &lt;i&gt;Lumi&#232;res sur l'orientalisme&lt;/i&gt; de Muhammad 'Abd al-Fatt&#226;h 'Uly&#226;n&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Muhammad 'Abd al-Fatt&#226;h 'ULYAN, Adw&#226;' 'al&#226; l-istishr&#226;q (Lumi&#232;res sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; sinon le meilleur du genre, du moins l'un des plus r&#233;cents. Pour l'auteur, les meilleurs orientalistes sont ceux qui ont embrass&#233; l'islam, les plus pernicieux &#233;tant &#171; les juifs, les marxistes et les missionnaires &#187;. La valeur scientifique de leurs &#339;uvres lui est parfaitement &#233;gale, quand il ne la retourne pas contre eux, comme c'est le cas pour Margoliouth, Gibb et Goldziher, car elle est de nature &#224; renforcer leur cr&#233;dibilit&#233;. Il va m&#234;me jusqu'&#224; d&#233;noncer des orientalistes &#224; qui leurs points de vue &#171; &#233;qui&#173;tables &#187; &#8212; c'est-&#224;-dire conformes au point de vue isla&#173;mique &#8212; ont valu une large audience dans l'intelligentsia arabe. Ainsi il critique Toynbee, dont le public arabe appr&#233;cie l'anti-sionisme d&#233;clar&#233;, pour les explications s&#233;cu&#173;li&#232;res qu'il donne de nombreux points de l'histoire de l'islam&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 71-74. A rapprocher de cette appr&#233;ciation de Muham&#173;mad Al-Bahi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De la m&#234;me mani&#232;re il s'en prend &#224; Sigrid Hunke, l'auteur de &lt;i&gt;Le soleil d'Allah brille sur l'Occi&#173;dent&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduction fran&#231;aise : Albin Michel, Paris, 1963 (NDT). &#8212; que les auteurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exempt de ce machiav&#233;lisme, mais fonctionnant selon la m&#234;me logique, &lt;i&gt;Les Orientalistes et l'islam&lt;/i&gt;, de Zakariy&#226; H&#226;shim : admettant qu'&#224; c&#244;t&#233; de la majorit&#233; des orientalistes qui &#171; conspirent contre l'islam &#224; l'instigation du colonialisme et des missionnaires &#187; (remarquer le m&#233;lange des aspects religieux et politiques), il existe une petite minorit&#233; &#171; impartiale &#187; et digne de respect, l'auteur s'empresse d'y ranger l'orientaliste anglais converti &#224; l'islam John Philby&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Harry Saint John Bridger Philby (1885-1960) : agent britannique en Irak puis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On prend ainsi la mesure de l'indi&#173;gence intellectuelle et de l'insondable na&#239;vet&#233; de ceux qui jugent les orientalistes &#224; l'aune de pscudo-conversions : apr&#232;s avoir affirm&#233; que le colonialisme conspire contre l'islam, l'auteur n'h&#233;site pas &#224; se faire le chantre d'un agent britannique, qui ne s'est vraisemblablement converti &#224; l'islam que pour &#234;tre mieux accept&#233; par les musulmans, autrement dit pour pouvoir s'acquitter plus efficacement de sa mission. Il suffit de rappeler la pr&#233;tendue conver&#173;sion &#224; l'islam de Napol&#233;on durant la campagne d'&#201;gypte pour comprendre que cette ruse &#233;cul&#233;e a souvent mieux servi les desseins coloniaux que l'hostilit&#233; ouverte.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'Occident chr&#233;tien, en situation d'inf&#233;riorit&#233; vis-&#224;-vis de la jeune civilisation islamique du vile si&#232;cle jusqu'aux Croisades, voire jusqu'&#224; la conqu&#234;te ottomane, a commis &#224; son &#233;gard de graves erreurs d'appr&#233;ciation. Il &#233;tait natu&#173;rel que l'expansion foudroyante de l'islam, jusqu'au coeur de l'Europe, f&#251;t per&#231;ue par la chr&#233;tient&#233; comme une menace de la plus haute gravit&#233;. Elle y r&#233;agit en se construisant une repr&#233;sentation de la religion nouvelle, de son Proph&#232;te et de son livre saint, qui n'avait rien &#224; voir avec les v&#233;rit&#233;s historiques les plus &#233;l&#233;mentaires et qui se diffusa dans toute la chr&#233;tient&#233; m&#233;di&#233;vale. Cette repr&#233;sentation d&#233;s&#233;quilibr&#233;e, fond&#233;e sur un m&#233;lange de peur, d'hostilit&#233; et de fanatisme, a &#233;t&#233; mise en &#233;vidence par de nombreux historiens occidentaux, de Norman Daniel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Norman DANIEL, Islam and the West, Edinburgh, 1960.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; Edward Sa&#239;d et Maxime Rodinson&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maxime RODINSON, &#171; The Western Image and Western Studios of Islam &#187; in J. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce stade du raisonnement, il nous faut poser sans ambigu&#239;t&#233; deux v&#233;rit&#233;s incontournables. La premi&#232;re est que les deux camps ont &#233;galement eu recours &#224; la th&#232;se du complot : pour l'Occident m&#233;di&#233;val, l'islam &#233;tait un complot contre le christianisme, ce qui l'emp&#234;chait de dis&#173;tinguer entre connaissance de et r&#233;sistance &#224; l'islam, de m&#234;me que pour les apologues musulmans l'orientalisme se ram&#232;ne &#224; un complot foment&#233; par des savants chr&#233;tiens ou juifs dans le but de discr&#233;diter l'islam et d'&#233;branler la foi des musulmans. Cette th&#233;matique du complot tend &#224; s'imposer particuli&#232;rement dans les moments histori&#173;ques o&#249; domine la vision religieuse du monde (Moyen Age chr&#233;tien, p&#233;riodes d'&#233;veil religieux dans le monde islami&#173;que). Surtout, elle a naturellement tendance &#224; s'imposer au plus faible, &#224; qui elle offre un moyen ais&#233; de sc d&#233;fen&#173;dre : elle a pr&#233;valu en Occident tant qu'il s'est senti en situation d'inf&#233;riorit&#233; par rapport au monde musulman, et elle s'impose maintenant &#224; ce dernier, victime &#224; son tour de cette situation d'inf&#233;riorit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;La seconde v&#233;rit&#233; est que la d&#233;formation de l'image de l'autre est r&#233;ciproque. Les chr&#233;tiens d&#233;vots peuvent &#224; bon droit &#233;num&#233;rer les &#171; d&#233;formations &#187; que l'islam fait subir aux dogmes chr&#233;tiens : les musulmans sont g&#233;n&#233;ralement convaincus que pour les chr&#233;tiens le Christ est le fils de Dieu dans le sens mat&#233;riel du terme, que la relation de Marie avec Dieu fut une relation charnelle, et que les &#201;vangiles sont des faux qui ont &#233;t&#233; substitu&#233;s &#224; la seule version authentique, &#171; occult&#233;e &#187; parce qu'elle proph&#233;&#173;tise la venue de Mahomet.&lt;br class='manualbr' /&gt;On le voit, cette incompr&#233;hension mutuelle de l'autre doit &#234;tre envisag&#233;e dans un cadre plus large que celui de la critique de l'orientalisme. Si elle affecte de la sorte les positions r&#233;ciproques, c'est qu'elle a des dimensions bien plus profondes que le simple ethnocentrisme occidental. Mais avant d'en arriver l&#224;, je voudrais souligner un cer&#173;tain nombre d'erreurs de m&#233;thode par lesquelles p&#232;che la critique religieuse de l'orientalisme, que l'on passe trop souvent complaisamment sous silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les erreurs m&#233;thodologiques de la critique religieuse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1/&lt;/strong&gt; Un grand nombre de critiques religieux de l'orien&#173;talisme se r&#233;v&#232;lent malheureusement ignorants des r&#232;gles les plus &#233;l&#233;mentaires de la m&#233;thode scientifique, ce qui affaiblit grandement leur argumentation. Un excellent exemple est fourni par &lt;i&gt;Les Faux Arguments de l'occiden&#173;talisation&lt;/i&gt; de Anwar Al-Jind&#238;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anwar Al-Jind&#238; Shubuh&#226;t al-taghr&#238;b (Les Faux Arguments de l'occidentalisation),&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'auteur ne cite pratique&#173;ment jamais ses sources, et les rares fois o&#249; il le fait, il ne pr&#233;cise pas les pages, les &#233;diteurs ou les dates de publi&#173;cation des ouvrages cit&#233;s. La question n'est pas purement acad&#233;mique ; au contraire, elle touche le fond du pro&#173;bl&#232;me. A force de lire des citations sans r&#233;f&#233;rence ou pr&#233;&#173;c&#233;d&#233;es de la formule &#171; Untel a dit &#187;, sans pr&#233;cision du contexte, le lecteur sens&#233; ne peut manquer de mettre en doute la cr&#233;dibilit&#233; d'affirmations que rien ne vient &#233;tayer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela vaut aussi pour Zakariya HASHIM, al-Mustashriq&#251;n wa-l-isl&#226;m (Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, A. Al-Jindi&#238; nous pr&#233;sente, avec une bonne dose de na&#239;vet&#233; intellectuelle, un article du &lt;i&gt;Times&lt;/i&gt; comme &#171; l'un des documents majeurs d&#233;voilant les vis&#233;es de la campagne contre l'islam&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. AL-JINDI, op. cit., p. 207-208.&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, sans indiquer ni l'auteur de l'article, ni son titre, ni la date de sa paru&#173;tion, et en entrecoupant ses citations de longues explica&#173;tions et commentaires de son cru. Autre exemple, encore plus net, &#224; la fin du livre :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;On sait bien qu'un important congr&#232;s, r&#233;uni en Angle&#173;terre au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, a conclu que la civilisation occidentale &#233;tait mourante et que pour prolonger son ago&#173;nie (&lt;i&gt;sic&lt;/i&gt;), elle devait &#233;liminer son h&#233;riti&#232;re, la communaut&#233; (&lt;i&gt;umma&lt;/i&gt;) islamique, avec sa religion, son h&#233;ritage culturel et sa situation strat&#233;gique. Ainsi, ils se sont efforc&#233;s de d&#233;membrer notre &lt;i&gt;umma&lt;/i&gt; dans le but de prolonger leur ago&#173;nie et de retarder la chute de leur civilisation. Quand vient le terme fix&#233; par Dieu, il ne peut &#234;tre diff&#233;r&#233; &#8212; si vous saviez&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1. Ibid., p. 426. NDT : la derni&#232;re phrase est une citation coranique (LXXI, 4).&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Que le lecteur s'attarde sur cette citation &#233;difiante d'absence de m&#233;thode et d'indigence intellectuelle. On commence par nous dire &#171; on sait bien &#187; : de quelle source ? Nous l'ignorons. Puis &#171; un important congr&#232;s, r&#233;uni en Angleterre au d&#233;but du me si&#232;cle &#187; : on reste dans un flou quasi total : qui l'a organis&#233;, o&#249; et quand exactement, pour quel objet ? Autant de questions qui res&#173;tent sans r&#233;ponse. Mais plus &#233;difiant encore est le contenu m&#234;me de l'information : comment imaginer qu'en pleine r&#233;volution industrielle, dans un pays qui s'appr&#234;te &#224; inon&#173;der le monde de ses produits, de ses navires et de ses arm&#233;es, un congr&#232;s puisse conclure &#224; l'agonie de la civi&#173;lisation occidentale, pis, &#224; la renaissance d'une &lt;i&gt;umma&lt;/i&gt; isla&#173;mique alors plong&#233;e dans l'oubli et l'arri&#233;ration ?&lt;br class='manualbr' /&gt;On pourrait penser que je fais bien grand cas d'un texte qui n'en m&#233;rite pas tant. Mais, et j'insiste l&#224;-dessus, ce type de discours a pris de nos jours une importance capi&#173;tale. Dans les groupes islamistes, il constitue le principal vecteur de transmission des informations et des connais&#173;sances ; leurs membres sont imbus de ce genre d'ouvra&#173;ges et de discours &#224; base de jugements sommaires, qui bient&#244;t se transforment en formules toutes faites que r&#233;p&#232;te &#224; l'envi une jeunesse manipul&#233;e par ses gourous. C'est cette litt&#233;rature faite de rumeurs et de fausses nou&#173;velles sensationnelles qui se vend comme des petits pains et qui triomphe aupr&#232;s de masses de lecteurs mal infor&#173;m&#233;s. Il suffit pour s'en convaincre de consulter la liste des best-sellers des foires du livre qui se tiennent chaque ann&#233;e dans les capitales arabes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2/&lt;/strong&gt; On en vient d&#232;s lors &#224; se demander : comment une m&#233;thode dont l'inanit&#233; est &#224; ce point manifeste conna&#238;t-elle un tel succ&#232;s ? Pourquoi le grand public est-il plus accessible &#224; de telles sornettes qu'&#224; un discours bien docu&#173;ment&#233;, avec r&#233;f&#233;rences et preuves &#224; l'appui ? L'explica&#173;tion r&#233;side dans la nature m&#234;me des groupes religieux aupr&#232;s desquels cette m&#233;thode a son plus grand succ&#232;s : le caract&#232;re central de la foi et de l'ob&#233;issance due au guide spirituel dans leur id&#233;ologie fait qu'ils tendent &#224; croire sur parole tout ce qui leur est pr&#233;sent&#233; comme vrai, et leurs ma&#238;tres, qui tirent le plus grand profit de cette &#171; ob&#233;issance &#187;, s'appliquent &#224; la cultiver et &#224; &#233;touffer toute vell&#233;it&#233; d'esprit critique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le r&#233;sultat de tout cela, ce sont ces phrases toutes fai&#173;tes ressass&#233;es inlassablement par les critiques religieux de l'orientalisme, sans jamais en rechercher l'origine ou en v&#233;rifier l'authenticit&#233;. Dress&#233;s &#224; la soumission et au res&#173;pect de l'autorit&#233;, ils prennent pour argent comptant les id&#233;es qui tra&#238;nent dans n'importe quel article ou livre sur les &#171; complots &#187; des orientalistes, ou sur les pr&#233;jug&#233;s et les vices de la pens&#233;e occidentale et son inf&#233;riorit&#233; &#224; la pens&#233;e alternative qu'ils proposent.&lt;br class='manualbr' /&gt;On comprend mieux ainsi que la campagne men&#233;e il y a cinquante ans par Al-Azhar &#8212; et r&#233;cemment relan&#173;c&#233;e par divers courants islamistes &#8212; contre Taha Hus&#173;sein&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Taha Hussein fut le premier auteur arabe &#224; mettre en cause, &#224; la suite de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, accus&#233; d'occidentalisation pour avoir adopt&#233; la &#171; m&#233;thode cart&#233;sienne &#187;, n'avait en r&#233;alit&#233; d'autre but que de d&#233;fendre l'argument d'autorit&#233;, sur lequel repose tout un syst&#232;me de transmission du savoir. La m&#233;thode cart&#233;&#173;sienne &#233;tait attaqu&#233;e moins en raison de son origine occi&#173;dentale que parce qu'elle invite au doute, &#224; la critique et &#224; la v&#233;rification des &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, autant de valeurs intellec&#173;tuelles qui d&#233;passent Descartes et la civilisation occiden&#173;tale elle-m&#234;me, et devraient s'imposer &#224; toute pens&#233;e humaine. Ce que craignait Al-Azhar, c'est que la m&#233;thode des auteurs de &lt;i&gt;De la po&#233;sie ant&#233;islamique&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;L'Islam et les fondements de l'autorit&#233; politique&lt;/i&gt;, en se g&#233;n&#233;rali&#173;sant, aboutisse &#224; des r&#233;sultats plus dangereux encore, exac&#173;tement comme l'&#201;glise avait combattu la philosophie cart&#233;sienne non pas tant pour son contenu que pour sa m&#233;thode qui, par extension, mena&#231;ait d'atteindre les r&#233;gions les plus sensibles de la foi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette comparaison entre Descartes et Taha Hussein montre que nos combats (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3/&lt;/strong&gt; Les critiques religieux de l'orientalisme ont deux poids et deux mesures : l'un pour la civilisation occiden&#173;tale, l'autre pour la civilisation islamique. En voici quel&#173;ques exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a)&lt;/strong&gt; Zakariya H&#226;shim commence son essai &lt;i&gt;Les Orienta&#173;listes et l'islam&lt;/i&gt; par un hommage appuy&#233; &#224; l'Occident-qui&#173;a-su-int&#233;grer-les-apports-de-l'islam. Citant l'orientaliste n&#233;erlandais Dozy, qui rapporte comment les intellectuels espagnols, fascin&#233;s par la musicalit&#233; de l'arabe, en vin&#173;rent &#224; m&#233;priser le latin et &#224; &#233;crire dans la langue de leurs vainqueurs, il commente : &#171; Oui, la civilisation occiden&#173;tale, particuli&#232;rement durant l'&#226;ge d'or de l'Espagne musulmane, a &#233;t&#233; la fille de la civilisation arabe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;14. Z. HASHIM, op. cit., p. 17.&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, avant de qualifier plus loin les chr&#233;tiens arabis&#233;s d'Espa&#173;gne de &#171; sages Espagnols&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 18.&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Au nom de quelle m&#233;thode peut-on d'un c&#244;t&#233; applau&#173;dir l'influence de la culture arabe sur l'Occident, et condamner de l'autre celle des id&#233;es occidentales sur les recherches des Arabes d'aujourd'hui ? Soit l'influence d'une culture sur une autre est une bonne chose, soit c'est une mauvaise chose, mais on ne peut user de crit&#232;res oppos&#233;s pour juger d'un m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne. A ce jeu, un chr&#233;&#173;tien d'Espagne aurait fort bien pu qualifier l'influence arabe d'invasion culturelle et accuser les &#171; sages Espa&#173;gnols &#187; d'&#234;tre tomb&#233;s dans le pi&#232;ge du &#171; colonialisme &#187; arabe et d'avoir laiss&#233; leur identit&#233; se fondre dans la civi&#173;lisation arabe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b)&lt;/strong&gt; Juger un orientaliste &#224; son degr&#233; de proximit&#233; par rapport au dogme musulman revient &#224; l'inviter &#224; renier son identit&#233; pour jouir d'un accueil plus favorable chez les musulmans. Autrement dit, le croyant qui d&#233;fend sa foi appelle les autres &#224; d&#233;nigrer la leur pour devenir accep&#173;tables. Ainsi M. 'A. 'Uly&#226;n, dans &lt;i&gt;Lumi&#232;res sur l'orien&#173;talisme&lt;/i&gt;, couvre d'&#233;loges un certain Isaac Ren&#233;, orientaliste converti &#224; l'islam, qui aurait mis en doute l'infaillibilit&#233; du pape, la filiation du Christ &#224; Dieu, la crucifixion, et trouv&#233; des &#233;l&#233;ments irrationnels dans l'&#201;vangile&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;16. M. 'A. 'ULYAN, op. cit., p. 76.&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.. Soyons coh&#233;rents : si nous nous permettons de consid&#233;&#173;rer comme &#171; impartial &#187; un apostat chr&#233;tien qui juge le christianisme irrationnel, nous devons accepter qu'un autre puisse appliquer &#224; notre religion la m&#234;me m&#233;thode critique. A la d&#233;charge des musulmans, notons cependant que ce travers se retrouve chez certains orientalistes atta&#173;ch&#233;s &#224; leur religion, qui refusent de lui appliquer la m&#233;tho&#173;dologie moderne qu'ils utilisent dans leurs travaux sur l'islam, comme si elle n'&#233;tait valable qu'&#224; l'&#233;gard des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c)&lt;/strong&gt; Dernier exemple, plus subtil peut-&#234;tre, de duplicit&#233; : les critiques islamistes pr&#233;sentent toujours la civilisation occidentale comme dominatrice, immorale, ali&#233;n&#233;e dans le mat&#233;rialisme, etc., tandis que l'Islam serait la civilisa&#173;tion parfaite qui, ignorant les doutes et les d&#233;chirements, unit la mati&#232;re et l'esprit dans une parfaite harmonie...&lt;br class='manualbr' /&gt;A supposer que cette description, fort discutable, soit juste, on voit qu'elle juge la civilisation occidentale &#224; l'aune de sa r&#233;alit&#233;, et la civilisation musulmane &#224; l'aune de l'id&#233;al du Coran et de l'&#226;ge d'or du Proph&#232;te et des Compagnons. S'ils reconnaissent volontiers que cet id&#233;al est bien diff&#233;rent de la r&#233;alit&#233;, ces critiques ne voient pas de contradiction &#224; comparer l'Occident tel qu'il est &#224; l'Islam tel qu'il devrait &#234;tre. Ils se d&#233;sint&#233;ressent enti&#232;re&#173;ment de la r&#233;alit&#233; du monde musulman, qu'ils jugent contraire &#224; l'islam vrai ; mais s'ils voulaient bien s'y pen&#173;cher, ils y trouveraient les exemples les plus odieux de mat&#233;rialisme et d'&#233;go&#239;sme, des crises psychologiques, sociales et &#233;conomiques aigu&#235;s, et des pratiques politiques des plus d&#233;plorables. En retenant le crit&#232;re de la r&#233;alit&#233; dans les deux cas, le monde musulman perdrait certaine&#173;ment sa sup&#233;riorit&#233;, et en appliquant celui de l'id&#233;al, on n'aura pas de peine &#224; trouver dans la production intel&#173;lectuelle occidentale des moments d'&#233;l&#233;vation morale et spirituelle qui peuvent &#224; tout le moins soutenir la com&#173;paraison avec l'islam id&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4/&lt;/strong&gt; Ces critiques r&#233;cusent, lorsqu'ils traitent de la civi&#173;lisation musulmane, tout ce qui sort du cadre de &#171; l'islam officiel &#187;. &#171; L'orientalisme en tant qu'instrument d'occi&#173;dentalisation et de pros&#233;lytisme, &#233;crit Anwar Al-Jind&#238;, a deux th&#232;mes de pr&#233;dilection : le soufisme et le panth&#233;isme, et les r&#233;voltes anti-islamiques du type de celles des Qar&#173;mates et des Zanj, qu'il qualifie d'islamiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;17. A. AL-JINDI, op. cit., p. 44. Il vaut la peine de noter que l'on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;On s'en doute, les orientalistes n'ont pas ignor&#233; les autres aspects de l'islam. Mais il suffit qu'ils &#233;voquent ce qui sort du cadre de l'islam officiel, celui des califes et de leurs th&#233;ologiens, pour &#234;tre soumis &#224; de violentes attaques. En fait, ce que veulent nos apologues, c'est &#233;car&#173;ter toute repr&#233;sentation profane de l'histoire musulmane, avec ses grandeurs et ses mis&#232;res, au profit d'une histoire hagiographique qui, parce qu'elle est histoire de l'islam, devrait se situer au-del&#224; des mortels et &#234;tre pr&#233;serv&#233;e de toute mention des injustices qui p&#233;riodiquement provo&#173;quaient les r&#233;voltes populaires. Et puisque le soufisme, en s'&#233;cartant des ex&#233;g&#232;ses exot&#233;riques, a transgress&#233; la ligne officielle, il doit lui aussi &#234;tre &#233;cart&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans ces conditions, il devient impossible d'&#233;crire l'his&#173;toire des peuples et des hommes qui ont fait l'islam. Toute tentative d'&#233;tudier les mouvements qui font d'elle une his&#173;toire humaine, au m&#234;me titre que toutes les autres, est accueilli par des d&#233;n&#233;gations et des accusations d'h&#233;r&#233;&#173;sie, et l'histoire se trouve priv&#233;e d'une dimension qui lui est essentielle, la dimension du conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, la critique religieuse repose, pour ses auteurs, sur le postulat implicite qu'ils d&#233;tiennent &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; v&#233;rit&#233; absolue, et que le monde se divise entre les justes, qui pensent comme eux, et les &#233;gar&#233;s, qui pensent diff&#233;rem&#173;ment. A qui leur fait remarquer qu'ils ont deux poids et deux mesures, ils r&#233;pondent en toute simplicit&#233; qu'on ne peut mettre sur le m&#234;me plan la v&#233;rit&#233; et l'erreur. C'est ainsi que l'influence musulmane sur l'Occident est applaudie comme l'illumination du Vrai sur le Faux, tandis que l'influence inverse est bl&#226;m&#233;e comme pollu&#173;tion du Vrai par le Faux. Ce qui ferme la porte &#224; toute discussion. En d'autres termes, cette critique se fonde essentiellement sur une position fid&#233;iste, et non sur une m&#233;thode rationnelle ; c'est dire qu'elle trouve tr&#232;s vite ses limites.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le paradigme religieux, fond&#233; sur le refus de l'autre, renferme chaque culture sur elle-m&#234;me. Il d&#233;bouche natu&#173;rellement sur un rejet global de l'orientalisme et de la m&#233;thode historique moderne :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;thique, la d&#233;ontologie, la tradition islamiques et, plus g&#233;n&#233;ralement, tout ce qui fait de l'islam ce qu'il est, sont le seul fondement possible de toute &#233;criture de l'histoire des hommes de l'Islam, &#224; l'exclusion de toute autre m&#233;thodo&#173;logie, et notamment de celles de l'&#226;ge moderne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mahm&#251;d Muhammad SHAKIR, &#171; Ta'r&#238;kh bi-l&#226; &#238;m&#226;n &#187; (Une histoire sans foi) in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?758-orientalisme-et-crise-de-la' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me partie disponible ici : &lt;i&gt;La critique politico-culturelle&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Muhammad 'Abd al-Fatt&#226;h 'ULYAN, &lt;i&gt;Adw&#226;' 'al&#226; l-istishr&#226;q&lt;/i&gt; (Lumi&#232;res sur l'orientalisme), D&#226;r al-Buh&#251;th al-'Ilmiyya, Kowe&#239;t, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Op. cit., p. 71-74. A rapprocher de cette appr&#233;ciation de Muham&#173;mad Al-Bahi pour qui c'est pr&#233;cis&#233;ment son objectivit&#233; qui fait de Toyn&#173;bee un historien de l'islam &#171; particuli&#232;rement dangereux &#187; (&lt;i&gt;in al-Fikr al-isl&#226;m&#238; al-had&#238;th wa-silatuhu bi-l-isti'm&#226;r&lt;/i&gt; (La Pens&#233;e islamique moderne et ses rapports avec le colonialisme), Le Caire, 1981 (9e &#233;d.), p. 435).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Traduction fran&#231;aise : Albin Michel, Paris, 1963 (NDT).&lt;/i&gt;&lt;/i&gt; &#8212; que les auteurs arabes consid&#232;rent comme la reconnaissance par l'Occident de sa dette &#224; l'&#233;gard de la civilisation islamique et dans lequel ils n'ont cess&#233; ces der&#173;ni&#232;res ann&#233;es de puiser de longues citations &#8212;, &#224; qui il reproche de rapprocher l'islam des religions antiques, puis de pr&#234;ter au savant et philosophe Ibn Zakariya al-R&#226;z&#238; (865-925) des propos h&#233;r&#233;tiques, sans se donner la peine de v&#233;rifier s'il ne les aurait pas effectivement tenus, et enfin la range dans la cat&#233;gorie des orientalistes qui ont recours &#224; une fa&#231;ade d'impartialit&#233; et d'objectivit&#233; pour mieux &#171; faire passer leur venin [[On trouve le m&#234;me jugement mot pour mot dans Ab&#251; I-Hasan AL-NADAWI, &lt;i&gt;al-Isl&#226;miyyat bayna kit&#226;b&#226;t al-mustashriq&#238;n wa-l-b&#226;hith&#238;n al-muslim&#238;n&lt;/i&gt; (L'Islamologie entre l'orientalisme et les recherches musulma&#173;nes), Beyrouth, 1983 (2e &#233;d.), p. 17-18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Harry Saint John Bridger Philby (1885-1960) : agent britannique en Irak puis en Arabie, il s'&#233;tablit &#224; Djedda, se convertit &#224; l'islam et devint l'un des conseillers du roi 'Abd al-'Az&#238;z Ibn Sa'&#251;d (NDT).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Norman DANIEL, I&lt;i&gt;slam and the West&lt;/i&gt;, Edinburgh, 1960.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Maxime RODINSON, &#171; The Western Image and Western Studios of Islam &#187; in J. SCHACHT et C.E. BOSWORTH (&#233;d.). &lt;i&gt;The Legacy of Islam&lt;/i&gt;, Oxford, 1979, p. 9-62.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Anwar Al-Jind&#238; &lt;i&gt;Shubuh&#226;t al-taghr&#238;b (Les Faux Arguments de l'occidentalisation), al-Maktab al-Isl&#226;m&#238;, Damas, 1978.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cela vaut aussi pour Zakariya HASHIM, &lt;i&gt;al-Mustashriq&#251;n wa-l-isl&#226;m (Les Orientalistes et l'islam)&lt;/i&gt;, al-Maglis al-A'l&#226; li-l- Shu'&#251;n al-Isl&#226;miyya, Le Caire, 1960 : pas une r&#233;f&#233;rence compl&#232;te, pas une question correcte&#173;ment document&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. AL-JINDI, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 207-208.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;1. Ibid., p. 426. NDT : la derni&#232;re phrase est une citation coranique (LXXI, 4).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Taha Hussein fut le premier auteur arabe &#224; mettre en cause, &#224; la suite de ses ma&#238;tres orientalistes de l'&#233;poque, l'authenticit&#233; de la po&#233;sie ant&#233;islamique dans &lt;i&gt;F&#238; l-shi'r al-j&#226;hil&#238;&lt;/i&gt; (De la po&#233;sie ant&#233;islamique). L'ouvrage, publi&#233; en 1926, fit scandale tout comme avait fait scandale l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente &lt;i&gt;al-Isl&#226;m wa-us&#251;l al-hukm&lt;/i&gt; (L'Islam et les fondements de l'autorit&#233; politique), dans lequel le cheikh 'Al&#238; 'Abd al-R&#226;ziq affir&#173;mait l'absence de th&#233;orie politique dans l'islam et la n&#233;cessit&#233; d'une s&#233;pa&#173;ration radicale entre religion et &#201;tat (NDT).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette comparaison entre Descartes et Taha Hussein montre que nos combats intellectuels n'ont pas d&#233;pass&#233;, lorsque la religion est en cause, le niveau de la Renaissance europ&#233;enne. Et les pol&#233;miques r&#233;centes autour des &#339;uvres de Taha Hussein et 'Al&#238; 'Abd al-R&#226;ziq attestent que nous n'avons pas avanc&#233; d'un pouce, si nous n'avons pas recul&#233;, depuis cinquante ans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;14. Z. HASHIM, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;16. M. 'A. 'ULYAN, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 76.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;17. A. AL-JINDI, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 44. Il vaut la peine de noter que l'on retrouve la m&#234;me critique de fond sous la plume de Husayn MU'NIS, his&#173;torien &#233;gyptien dot&#233; d'une solide culture occidentale, dans une critique de l'ouvrage de Gaston WIET, &lt;i&gt;Grandeur de l'islam&lt;/i&gt; (Paris, 1961), publi&#233;e en annexe &#224; Muhammad AL-BAHI, al-Fikr..., &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 468-478.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Mahm&#251;d Muhammad SHAKIR, &#171; Ta'r&#238;kh bi-l&#226; &#238;m&#226;n &#187; (Une histoire sans foi) in &lt;i&gt;al-Muslim&#251;n&lt;/i&gt;, n&#176; 2, janvier 1952, article r&#233;&#233;dit&#233; in &lt;i&gt;al-Watan&lt;/i&gt; (Kowe&#239;t) du 1er mars 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>La mystification d'Alan Sokal</title>
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		<dc:subject>Science</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
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		<dc:subject>Post-modernisme</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les penseurs &#171; postmodernes &#187; manquent-ils de rigueur et de culture scientifique ? Pour le savoir, un physicien am&#233;ricain a exp&#233;riment&#233;. Article de Pierre Thuillier, philosophe et historien des sciences, enseignant &#224; Paris VII, paru dans la revue Pour la Science , n&#176; 234, avril 1997, mis en ligne par le site &#171; Et vous n'avez encore rien vu&#8230;Critique de la science et du scientisme ordinaire &#187; &#171; Il faut d&#233;noncer la paresse et l'imposture intellectuelle, d'o&#249; qu'elles viennent &#187;. Telle est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-le-relativisme-" rel="directory"&gt;Le relativisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-87-post-modernisme-+" rel="tag"&gt;Post-modernisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les penseurs &#171; postmodernes &#187; manquent-ils de rigueur et de culture scientifique ? Pour le savoir, un physicien am&#233;ricain a exp&#233;riment&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article de Pierre Thuillier, philosophe et historien des sciences, enseignant &#224; Paris VII, paru dans la revue Pour la Science , n&#176; 234, avril 1997, mis en ligne par le site &lt;a href=&#034;https://sniadecki.wordpress.com/2013/12/09/thuillier-sokal/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Et vous n'avez encore rien vu&#8230;Critique de la science et du scientisme ordinaire &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Il faut d&#233;noncer la paresse et l'imposture intellectuelle, d'o&#249; qu'elles viennent &#187;. Telle est la justification qu'a fournie le physicien Alan Sokal, de l'Universit&#233; de New York, apr&#232;s s'&#234;tre livr&#233; &#224; un brillant canular qui a fait couler beaucoup d'encre. Rappelons les faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1996, la revue am&#233;ricaine Social Text a publi&#233; un article d'A. Sokal au titre pompeux : &#171; Violer les fronti&#232;res : vers une herm&#233;neutique transformatrice de la gravit&#233; quantique &#187;. L'un des objectifs pr&#233;tendus de ce travail &#233;tait de remettre en cause les fondements de la science orthodoxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rationalisme occidental a r&#233;ussi &#224; imposer un &#171; dogme &#187; : il existe un monde ext&#233;rieur dont les hommes peuvent progressivement d&#233;couvrir les lois. Or, affirmait A. Sokal, diverses &#233;tudes r&#233;visionnistes, f&#233;ministes et post-structuralistes ont mis &#224; mal cette croyance, en montrant que la r&#233;alit&#233; physique est essentiellement &#171; une construction sociale et linguistique &#187;. La science moderne n'a donc qu'une &#171; fa&#231;ade d'objectivit&#233; &#187; et les privil&#232;ges &#233;pist&#233;mologiques accord&#233;s &#224; &#171; la pr&#233;tendue m&#233;thode scientifique &#187; ne sont pas m&#233;rit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours &#224; en croire A. Sokal, il fallait cesser de v&#233;n&#233;rer le &#171; concept de v&#233;rit&#233; &#187; et m&#234;me s'en d&#233;barrasser. On pourrait ainsi cr&#233;er une nouvelle science qui, enfin, serait &#171; postmoderne &#187; et &#171; lib&#233;ratrice &#187;. Non seulement on ferait sauter les &#171; barri&#232;res artificielles &#187; qui s&#233;parent encore les scientifiques du grand public, mais &#171; on purgerait l'enseignement des sciences et des math&#233;matiques de leurs caract&#233;ristiques autoritaires et &#233;litistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y introduirait, en revanche, des id&#233;es emprunt&#233;es aux partisans du f&#233;minisme, de l'homosexualit&#233;, du multiculturalisme et de l'&#233;cologisme. Il &#233;tait bien difficile, conc&#233;dait A. Sokal, de pr&#233;voir ce qui serait le nouvel &#171; arbre de la science &#187;. Dans sa conclusion, il risquait pourtant cette pr&#233;diction : la th&#233;orie du chaos, puisqu'elle jetait de la lumi&#232;re &#171; sur le myst&#233;rieux ph&#233;nom&#232;ne de la non-lin&#233;arit&#233;, aurait une place centrale dans toutes les math&#233;matiques futures &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin d'&#233;tayer ses dires, A. Sokal invoquait d'une part, la gravit&#233; quantique, &#171; cette nouvelle branche de la physique o&#249; sont &#224; la fois synth&#233;tis&#233;es et d&#233;pass&#233;es la m&#233;canique quantique de Heisenberg et la relativit&#233; g&#233;n&#233;rale d'Einstein &#187;. Il citait, d'autre part, une kyrielle d'intellectuels pratiquant la philosophie, la sociologie des sciences ou les cultural studies (une r&#233;flexion de type humaniste sur les grands probl&#232;mes socio-culturels). Adoptant leur langage, A. Sokal proc&#233;dait &#224; une vaste &#171; d&#233;construction &#187; de la pens&#233;e scientifique, c'est-&#224;-dire &#224; une remise en question radicale des connaissances les mieux &#233;tablies. Non sans habilet&#233; litt&#233;raire, il &#233;crivait par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; Aussi le groupe d'invariance infini-dimensionnel &#233;rode-t-il la distinction entre observateur et observ&#233; : le pi d'Euclide et le G de Newton, jadis consid&#233;r&#233;s comme constants et universels, sont maintenant per&#231;us dans leur in&#233;luctable historicit&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou encore, imperturbablement, il proposait ce crit&#232;re &#171; &#233;pist&#233;mologique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; Les quantit&#233;s ou les objets qui sont en principe inobservables &#8211; tels que les points de l'espace-temps, les positions exactes des particules, ou les quarks et les gluons &#8211; ne devraient pas &#234;tre introduits dans la th&#233;orie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au passage, il signalait l'un des inconv&#233;nients de cette innovation : elle excluait de la science &#171; une grande partie de la physique moderne &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une supercherie b&#233;n&#233;fique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi a commenc&#233; l'&#171; affaire &#187;. Car, presque en m&#234;me temps, A. Sokal faisait para&#238;tre dans une autre revue am&#233;ricaine, Lingua Franca, un second article r&#233;v&#233;lant qu'il avait compos&#233; une parodie, un pastiche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;lib&#233;r&#233;ment, il avait accumul&#233; des &#233;nonc&#233;s approximatifs, fantaisistes, souvent faux ou m&#234;me absurdes. Pr&#233;cisant que les nombreuses citations, emprunt&#233;es aux auteurs postmodernes, &#233;taient strictement exactes, notre persifleur avouait qu'il avait &#233;chafaud&#233; une pseudo-d&#233;monstration parfaitement inconsistante. En fait, il s'agissait d'une exp&#233;rimentation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; Une revue de pointe consacr&#233;e aux Cultural Studies publierait-elle un article piment&#233; d'absurdit&#233;s : a) s'il avait de l'allure, b) s'il flattait les pr&#233;suppos&#233;s id&#233;ologiques de la r&#233;daction ? La r&#233;ponse, malheureusement, est oui. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, on ne pouvait que d&#233;plorer &#171; l'arrogance intellectuelle &#187; et le manque de rigueur des th&#233;oriciens de la revue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. Sokal se demandait notamment pourquoi la r&#233;daction n'avait pas jug&#233; utile de consulter un physicien, ce qui lui aurait permis d'&#233;viter de nombreux pi&#232;ges. Il avait, par exemple, pr&#233;sent&#233; la th&#233;orie des nombres complexes comme &#171; une branche r&#233;cente et encore tout &#224; fait conjecturale de la physique math&#233;matique &#187; (les nombres complexes ont &#233;t&#233; introduits par les alg&#233;bristes de la Renaissance et Gauss leur donna leur statut de concept math&#233;matique dans les ann&#233;es 1830). Ou encore il avait &#233;voqu&#233; &#171; la victoire &#187; remport&#233; par la cybern&#233;tique sur la m&#233;canique quantique&#8230; Cette victoire, &#233;videmment, est imaginaire. La cybern&#233;tique est une discipline sp&#233;cifique ; en tant que telle, elle ne vise aucunement &#224; supplanter la m&#233;canique quantique. Tout au plus le grand public peut-il la juger plus prestigieuse. Un comit&#233; de r&#233;daction attentif n'aurait jamais laiss&#233; passer des assertions aussi &#233;tranges ; et, m&#234;me sans l'aide d'experts, il aurait mesur&#233; l'extr&#234;me faiblesse de certains arguments. Comment croire, par exemple, que les derniers d&#233;veloppements de la m&#233;canique quantique avaient confirm&#233; les sp&#233;culations psychanalytiques de Jacques Lacan ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. Sokal reconna&#238;t que son exp&#233;rimentation soul&#232;ve une question &#233;thique. Les travailleurs intellectuels communiquent dans la confiance et, dans ce cas, il y a tromperie d&#233;lib&#233;r&#233;e. Il se justifie, en dernier ressort, en invoquant un motif politique. Affirmant qu'il appartient lui-m&#234;me &#224; &#171; la gauche &#187;, il regrette qu'une certaine gauche am&#233;ricaine trahisse les id&#233;aux progressistes en se ralliant &#224; ce qu'il nomme &#171; le relativisme &#233;pist&#233;mique &#187;. Autrement dit, elle renonce &#224; distinguer le faux du vrai et jette le discr&#233;dit sur la science. Ce n'est pas en retombant dans l'obscurantisme, d&#233;clare Sokal, qu'on luttera contre le SIDA ou contre le r&#233;chauffement de l'atmosph&#232;re. Et comment pourrait-on mener une r&#233;flexion critique en &#233;conomie ou en politique si l'on d&#233;missionne intellectuellement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le revue Social Text a eu du mal &#224; se d&#233;fendre. Dans les m&#233;dias, du New York Times &#224; Physics Today, les articles se multipli&#232;rent autour de cette question : A. Sokal avait-il eu raison de se livrer &#224; une telle mystification ? En France, il fallu attendre plusieurs mois pour que l'affaire Sokal suscite de vives pol&#233;miques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans Le Monde du 3 janvier 1997, le sociologue Denis Duclos reprocha au physicien am&#233;ricain et &#224; ses acolytes d'&#234;tre des &#171; pistoleros de l'intellectual correctness &#187; et de se livrer &#224; des &#171; autodaf&#233;s symboliques &#187; &#224; la fois cyniques et stupides. D&#233;non&#231;ant les &#171; simagr&#233;es de M. Sokal &#187;, il d&#233;plorait en particulier, son &#171; chauvinisme anti-europ&#233;en &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce point pr&#233;cis, comme l'a not&#233; Pierre Guerlain, sp&#233;cialiste de la civilisation am&#233;ricaine, il est difficile d'&#234;tre d'accord. Il est vrai que beaucoup de Fran&#231;ais sont vis&#233;s : Jacques Lacan, Jacques Derrida, Gilles Deleuze, Julia Kristeva, Jean-Fran&#231;ois Lyotard, Bruno Latour, Luce Irigaray et quelques autres. De nombreux auteurs am&#233;ricains, toutefois, sont &#233;galement mis en cause. Les Fran&#231;ais ne sont pas critiqu&#233;s &#224; cause de leur nationalit&#233;, mais parce qu'ils ont utilis&#233; de fa&#231;on maladroite, erron&#233;e ou arbitraire des &#233;nonc&#233;s scientifiques mal assimil&#233;s, et parce qu'ils ont exerc&#233; une grande influence sur la &#171; nouvelle gauche &#187; am&#233;ricaine. La vraie cible est constitu&#233;e par le postmodernisme, c'est-&#224;-dire par un courant de pens&#233;e qui, toujours selon A. Sokal, manque totalement de rigueur intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les experts en sciences humaines ont assur&#233;ment le droit de se r&#233;f&#233;rer aux sciences &#171; dures &#187;, mais &#224; condition d'&#233;viter les faux-semblants. Si un psychologue ou un linguiste pr&#233;tend trouver des arguments &#171; s&#233;rieux &#187; dans la topologie, alors il doit s'informer de fa&#231;on &#233;galement &#171; s&#233;rieuse &#187; sur cette branche des math&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mener &#224; bien sa critique, A. Sokal a d'ailleurs trouv&#233; un alli&#233; europ&#233;en en Jean Bricmont, professeur de physique th&#233;orique &#224; l'Universit&#233; catholique de Louvain. Ils vont publier ensemble un livre qui devrait s'intituler : Les impostures scientifiques des philosophes (post-)modernes. Leur intention est d'analyser minutieusement divers textes postmodernes afin de mettre au jour des &#171; r&#233;cup&#233;rations &#187; et des &#171; d&#233;tournements &#187; du th&#233;or&#232;me de G&#246;del, de l'hydrodynamique, des relations de Heisenberg et de diverses th&#233;ories.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Relativisme mod&#233;r&#233; et relativisme radical&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si important qu'il soit, ce d&#233;blayage ne constitue gu&#232;re qu'un pr&#233;liminaire. Le principal probl&#232;me, selon A. Sokal lui-m&#234;me, concerne le relativisme affich&#233; par les postmodernes. Sous sa forme extr&#234;me, rappelons-le, cette doctrine affirme que toutes les connaissances se valent : la science, malgr&#233; ses pr&#233;tentions, n'est jamais qu'un mode de connaissance parmi d'autres et ne se situe donc pas au-dessus de la magie, de l'astrologie ou de la religion. En d'autres termes, les &#171; th&#233;ories scientifiques &#187; sont seulement des constructions &#233;labor&#233;es &#224; partir de quelques pr&#233;suppos&#233;s arbitraires et en fonction de divers int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, sociaux, politiques ou culturels. Certains &#171; sociologues des sciences &#187; n'h&#233;sitent pas &#224; le dire en termes brutaux : les sciences n'existent pas, il n'y a pas de th&#233;ories, mais seulement des rapports de forces. En France et aux Etats-Unis, du moins dans certains milieux intellectuels, les propos de ce genre ont connu une grande vogue. Il faut bien voir ce qui en r&#233;sulte : la notion m&#234;me de science est pratiquement vid&#233;e de son contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; peine besoin de dire que cette &#171; sociologie &#187; a donn&#233; lieu &#224; de multiples discussions. Est-il bien raisonnable, par exemple, de r&#233;duire &#224; n&#233;ant toute l'activit&#233; exp&#233;rimentale des physiciens et des biologistes et de soutenir que le &#171; vrai &#187; et le &#171; faux &#187; doivent s'expliquer de la m&#234;me fa&#231;on (c'est-&#224;-dire sociologiquement) ? On peut, comme A. Sokal, en douter. Son opinion n'est cependant pas aussi tranch&#233;e qu'on pourrait le croire de prime abord. Pour saisir correctement sa pens&#233;e, il est utile de distinguer les formes mod&#233;r&#233;es et les formes radicales que peut rev&#234;tir le relativisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, bien avant que la nouvelle &#171; sociologie des sciences &#187; ne soit &#224; la mode, de nombreux philosophes et historiens des sciences ont explicitement not&#233; que le fonctionnement de la &#171; m&#233;thode exp&#233;rimentale &#187; &#233;tait beaucoup plus complexe et beaucoup moins transparent que ne le voulait une certaine tradition. Divers hommes de science ont eux-m&#234;mes expliqu&#233;, parfois avec humour, que les purs arguments rationnels ne suffisent pas &#224; rendre compte du succ&#232;s des th&#233;ories. Max Planck, prix Nobel de physique en 1918, &#233;crivait dans son Autobiographie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; Une v&#233;rit&#233; nouvelle en science n'arrive jamais &#224; triompher en convainquant les adversaires et en les amenant &#224; voir la lumi&#232;re, mais plut&#244;t parce que finalement ces adversaires meurent et qu'une nouvelle g&#233;n&#233;ration grandit, &#224; qui cette v&#233;rit&#233; et famili&#232;re. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me en science, il y a des modes, des pressions sociales, des &#233;garements divers dus &#224; des causes &#233;galement diverses : publication pr&#233;cipit&#233;e de r&#233;sultats mal confirm&#233;s, &#171; oubli &#187; plus ou moins d&#233;lib&#233;r&#233; de certains faits g&#234;nants, petites ou grosse tricheries, etc. En outre, il est devenu de plus en plus clair que toute th&#233;orisation met en oeuvre des choix et des pr&#233;suppos&#233;s susceptibles d'&#234;tre contest&#233;s et r&#233;vis&#233;s. C'est ce qu'on peut appeler le relativisme mod&#233;r&#233; : il met en &#233;vidence les limites de la &#171; science &#187;, mais se garde de nier radicalement sa sp&#233;cificit&#233; et son efficacit&#233; cognitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toue en demeurant vigilant, A. Sokal fait de larges concessions &#224; cette forme de relativisme. Dans un texte post&#233;rieur &#224; sa parodie, par exemple, il a d&#233;clar&#233; qu'il serait injuste de critiquer indistinctement tous les relativistes. Certains d'entre eux ont assez de bon sens pour reconna&#238;tre que certains &#233;nonc&#233;s empiriques ont une valeur objective ; ils formulent &#224; l'&#233;gard des th&#233;ories des critiques dignes de consid&#233;ration. A. Sokal admet &#233;galement que le scepticisme, &#224; condition d'&#234;tre &#171; inform&#233; &#187;, a une fonction positive. Ce qu'il r&#233;cuse, c'est le relativisme radical. A la fois peu rigoureux et hypercritiques, les tenants de cette doctrine finissent par d&#233;valuer non seulement les sciences, mais les normes &#233;l&#233;mentaires du travail intellectuel (rigueur, coh&#233;rence, v&#233;rification des informations, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes ainsi ramen&#233;s au projet initial d'A. Sokal : &#233;tablir &#171; exp&#233;rimentalement &#187; que tout un secteur de la gauche am&#233;ricaine s'est fourvoy&#233; dans le postmodernisme. Il n'a pas d&#233;montr&#233;, &#224; proprement parler, que cette d&#233;rive &#233;tait politiquement dangereuse. Autant qu'on puisse juger, il a du moins r&#233;ussi &#224; d&#233;voiler les faiblesses et m&#234;me la vacuit&#233; d'un certain type de productions intellectuelles. On peut esp&#233;rer que, des deux c&#244;t&#233;s de l'Atlantique, les divagations pseudo-scientifiques des postmodernes se feront plus rares. Des questions importantes demeurent toutefois ouvertes ; il serait regrettable que certains propos d'A. Sokal les fassent oublier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A diverses reprises, il a par exemple affirm&#233; qu'il ne fallait pas m&#234;ler les questions &#233;pist&#233;mologiques et les questions &#233;thiques, les questions factuelles et les questions relatives aux valeurs. L'id&#233;e est certainement juste, du moins si elle signifie qu'on ne doit pas condamner une th&#233;orie scientifique sous le pr&#233;texte qu'elle a &#233;t&#233; utilis&#233;e par l'arm&#233;e ou par les entreprises capitalistes&#8230; A. Sokal ne nie pas pour autant la n&#233;cessit&#233; de s'interroger sur le fonctionnement social de la science. Au cours de la controverse avec Social Text, il l'a dit en toute nettet&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; La science et la technologie soul&#232;vent des centaines de questions politiques et &#233;conomiques importantes. La sociologie des sciences, &#224; son meilleur niveau, a d'ailleurs beaucoup contribu&#233; &#224; les clarifier. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;suppos&#233;s philosophiques sur lesquels reposent les diverses disciplines, &#233;videmment, peuvent aussi faire l'objet de discussions. Bref, la d&#233;nonciation des jongleries intellectuelles n'implique aucunement une d&#233;mission de l'esprit critique en politique et en philosophie, f&#251;t-ce au sujet de la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En principe, il ne devrait pas y avoir de malentendu ; mais, concr&#232;tement, les remous caus&#233;s par &#171; l'affaire &#187; n'ont pas toujours favoris&#233; le dialogue et la lucidit&#233;. Il faut bien l'avouer : l'&#171; exp&#233;rimentation &#187; d'A. Sokal se r&#233;v&#232;le p&#233;dagogiquement efficace, mais elle est brutale et risque de causer des blocages. Comme le montrent les r&#233;actions de certains repr&#233;sentants des sciences sociales, elle a parfois &#233;t&#233; ressentie comme une agression et m&#234;me une humiliation. Ainsi s'explique le r&#233;flexe de d&#233;fense de Denis Duclos :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; Ce n'est pas parce qu'une revue de sciences sociales se laisse pi&#233;ger par des erreurs en physique que les questions sociales cessent d'avoir leur autonomie radicale. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, la mystification d'A. Sokal a pu faire craindre le retour d'un certain &#171; terrorisme &#187; scientiste : la science, seule d&#233;tentrice de la v&#233;rit&#233;, devrait &#234;tre consid&#233;r&#233;e par tous et en tous les domaines comme l'autorit&#233; supr&#234;me&#8230; Un tel projet, disons-le fermement, ne correspond certainement pas aux intentions d'A. Sokal. Il ne demande pas que la science soit idol&#226;tr&#233;e ; il souhaite seulement que les postmodernes renoncent &#224; leur laxisme intellectuel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Naissance du Conseil des Ex-Musulmans de France (CEMF)</title>
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&lt;p&gt;Initiative visible ici : https://www.facebook.com/Exmuslims.... Et relay&#233;e par Lib&#233;ration du 06.07.13 et comment&#233;e ici. En esp&#233;rant que les participants pr&#233;sents et futurs ne se limiteront ni &#224; la France ni &#224; leurs origines sociales, et que le formalisme laissera place &#224; l'action... Le CEMF est compos&#233; d'ath&#233;es, de libre-penseurs, d'humanistes et d'ex-musulmans qui prennent position pour encourager la raison, les droits universels et la la&#239;cit&#233;. Description Nous sommes un groupe (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Initiative visible ici : &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/Exmuslims.of.France/info&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.facebook.com/Exmuslims....&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et relay&#233;e par &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/societe/2013/07/06/des-athees-lancent-un-conseil-des-ex-musulmans-de-france_916455&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lib&#233;ration du 06.07.13&lt;/a&gt; et comment&#233;e &lt;a href=&#034;http://laregledujeu.org/schalscha/2013/07/10/le-conseil-des-ex-musulmans-de-france-est-ne/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En esp&#233;rant que les participants pr&#233;sents et futurs ne se limiteront ni &#224; la France ni &#224; leurs origines sociales, et que le formalisme laissera place &#224; l'action...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le CEMF est compos&#233; d'ath&#233;es, de libre-penseurs, d'humanistes et d'ex-musulmans qui prennent position pour encourager la raison, les droits universels et la la&#239;cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Description&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes un groupe d'ath&#233;es et d'incroyants qui avons de ce fait, fait face &#224; des menaces et &#224; des restrictions dans nos vies personnelles. Plusieurs d'entre nous ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s pour blasph&#232;me. Les buts du Conseil des ex-Musulmans de France sont les suivants&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mission&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.&lt;/strong&gt; les droits universels, l'&#233;galit&#233; totale, et nous nous opposons &#224; toute tol&#233;rance pour des croyances inhumaines, toute discrimination et tous mauvais traitements, au nom du respect de la religion et de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt; La libert&#233; de critiquer les religions. L'interdiction de toute restriction &#224; la libert&#233; inconditionnelle de critique et d'expression, sous couleur de la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.&lt;/strong&gt; La libert&#233; de religion et d'ath&#233;isme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.&lt;/strong&gt; La s&#233;paration de la religion d'avec l'Etat, le syst&#232;me &#233;ducatif, et le syst&#232;me l&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.&lt;/strong&gt; L'interdiction des coutumes, r&#232;gles, c&#233;r&#233;monies ou activit&#233;s religieuses qui sont incompatibles avec ou violents les droits et libert&#233;s des peuples&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6.&lt;/strong&gt; La prohibition de toute coutume culturelle ou religieuse qui freine ou s'oppose &#224; l'autonomie des femmes, &#224; leur volont&#233; et &#224; l'&#233;galit&#233;. La prohibition de la s&#233;gr&#233;gation des sexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7.&lt;/strong&gt; La prohibition de toute interf&#233;rence par quelque autorit&#233;, familiale ou parentale, ou par les autorit&#233;s officielles dans la vie priv&#233;e des femmes et des hommes et dans leur relations personnelles &#233;motionnelles et sexuelles, et leur sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8.&lt;/strong&gt; La protection des enfants contre toute manipulation et abus par la religion et les institutions religieuses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9.&lt;/strong&gt; L'interdiction de toute forme de soutien financier, mat&#233;riel ou moral accord&#233; par l'Etat ou les institutions de l'Etat aux religions, aux activit&#233;s religieuses et &#224; leurs institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10.&lt;/strong&gt; L'interdiction de toute forme de menaces et d'intimidations religieuses.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La confusion occidentale (2/2)</title>
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&lt;p&gt;La premi&#232;re partie est disponible ici (... / ...) Retour de Colemanie De cet &#233;difiant voyage en Colemanie, on nous dira &#8211; on nous a dit : voil&#224; beaucoup de bruit pour rien, pour&#173;quoi vous acharner sur ce simplet inconnu qui gagne &#224; le rester ? Vous tirez sur l'ambulance et trou&#173;vez l&#224; un faire-valoir commode. D'ailleurs votre tra&#173;vail sur les mouvements grecs et leur culture &#233;taient bien plus s&#233;&#173;v&#232;re (33) et a r&#233;&#173;fut&#233;, dans l'en&#173;tre-temps, le proc&#232;s d&#233;lirant de ce Coleman, que vous ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?557-la-confusion-occidentale-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La premi&#232;re partie est disponible ici&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(... / ...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour de Colemanie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cet &#233;difiant voyage en Colemanie, on nous dira &#8211; on nous a dit : voil&#224; beaucoup de bruit pour rien, pour&#173;quoi vous acharner sur ce simplet inconnu qui gagne &#224; le rester ? Vous tirez sur l'ambulance et trou&#173;vez l&#224; un faire-valoir commode. D'ailleurs votre tra&#173;vail sur les mouvements grecs et leur culture &#233;taient bien plus s&#233;&#173;v&#232;re (33) et a r&#233;&#173;fut&#233;, dans l'en&#173;tre-temps, le proc&#232;s d&#233;lirant de ce Coleman, que vous ne gu&#233;rirez pas en quelques pages. Certes, mais ce serait sous-estimer l'id&#233;ologie &#224; la&#173;quelle participe ce proc&#232;s grotesque, et son contexte. Car si ce petit jeu de clavier est un de ces d&#233;lires rituels dans un certain petit milieu d'ex&#173;tr&#234;me-gauche qui pourraient por&#173;ter &#224; rire, le temps n'est plus &#224; la f&#234;te, ici comme ailleurs, et ces propos sont aujourd'hui particuli&#232;rement graves, malsains et na&#173;vrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Grave parce qu'il est &#233;vident que notre &#233;poque semble s'enfoncer sans fin dans l'abject et la haine, sym&#233;tri&#173;quement au d&#233;labrement de toute pens&#233;e et de toute pratique qui se disait il y a peu &#171; de gauche &#187;, &#171; extr&#234;me &#187; ou &#171; ultra &#187;. Le n'importe quoi bavard qui se donne aujourd'hui comme tel dans la quasi-totalit&#233; des cas n'est qu'un masque qui cache des positions difficiles &#224; assumer et pour lesquelles l'antiracisme mondain, d&#233;g&#233;n&#233;rant en an&#173;ti-occidentalisme, se trouve &#234;tre la derni&#232;re grimace permettant de se don&#173;ner un semblant de consistance. Plus m&#234;me : les d&#233;&#173;nonciations syst&#233;matiques de &#171; d&#233;rive &#224; droite &#187; ont pour double fonction de mettre &#224; distances des r&#233;alit&#233;s nouvelles et/ou p&#233;nibles et de renforcer les rangs en terrorisant toute dissidence. Il semble &#233;vident aujour&#173;d'hui que ces milieux de plus en plus en orbite re&#173;nouent avec les postures d'union sacr&#233;e antifasciste qui ont fait leurs preuves par le pass&#233;, lorsque le dogme communiste &#233;tait menac&#233; de l'int&#233;rieur par quelques esprits libres, dont les populations qui le su&#173;bissaient. Les islamistes, de leur cot&#233;, activent des r&#233;&#173;flexes sym&#233;triques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Malsain ensuite, et &#244; combien, parce que si les enjeux dont nous discutons ici peuvent para&#238;tre bien loin&#173;tains pour les militants des salons parisiens, et &#224; tort, ils sont, de l'autre c&#244;t&#233; de la M&#233;diterran&#233;e, d'une actualit&#233; br&#251;lante, bien &#233;videmment. Les questions autour des rapports avec l'Occident et la modernit&#233;, de la colonisation et de la d&#233;colonisation, de la d&#233;mo&#173;cratie et de ses faux-semblants, de la religion et de la la&#239;cit&#233;, de l'histoire et de la culture ne peuvent &#234;tre trait&#233;es &#224; la l&#233;g&#232;re, sinon de mani&#232;re proprement ir&#173;responsable. La diatribe b&#226;cl&#233;e de notre farfelu M. Coleman d&#233;nigre tout ce dont peut se r&#233;clamer un es&#173;prit &#233;mancip&#233;, dont, en premier lieu, le principe de l'argumentation rationnelle. C'est donc sans surprise qu'on l'a vu largement circuler dans les r&#233;seaux so&#173;ciaux natio&#173;nalistes-religieux tunisiens, et les &#233;ventuels remords de l'auteur, ainsi que ce pr&#233;sent texte, n'y changeront certaine&#173;ment rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Enfin, c'est navrant, parce qu'il nous semble particuli&#232;rement triste d'instrumentaliser de la sorte des &#233;v&#233;&#173;nements g&#233;opolitiques aux effets extr&#234;mement concrets pour des millions d'hommes et de femmes qui jouent tr&#232;s gros. Pour quels enjeux ? Qu'on en juge : Yves Coleman n'aime pas le philosophe Cornelius Castoriadis. Son texte s'ouvre sur des petits r&#232;glements de comptes mesquins franco-fran&#231;ais le concernant et se cl&#244;t par de lamentables insultes... L'insurrection tunisienne, &#233;crivions-nous, marque le changement d'une &#233;poque et l'actualit&#233; le montre &#8211; elle n'est, pour notre accusateur, qu'une occasion pour discr&#233;diter celui dont la sortie de la religion marxiste a trau&#173;matis&#233; bon nombre de gauchistes qui s'&#233;vertuent r&#233;guli&#232;rement depuis, &#224; colmater la br&#232;che &#224; grands coups d'ac&#173;cusations aussi p&#233;remptoires que malhon&#173;n&#234;tes. Peut-&#234;tre faut-il voir ici le fondement de la soli&#173;darit&#233; fondamentale de M. Coleman avec ses &#171; mu&#173;sulmans &#187; qui risqueraient d'&#234;tre corrompus par l'Oc&#173;cident castoriadien ? Ne se&#173;rait-ce pas l'horreur du dogme qui se fissure qui le pousse &#224; &#233;crire, &#171; &lt;i&gt;qu'il n'est nul besoin de renier partiellement [sic] sa foi pour accepter la la&#239;cit&#233; ou la d&#233;mocratie, comme le pr&#233;tend Castoriadis.&lt;/i&gt; &#187;... et F. Benslama lui-m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enjeux politiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A contrario, les enjeux de la question sont bien en&#173;tendu immenses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formulons bri&#232;vement le pro&#173;bl&#232;me en termes politiques : &#224; mesure que le pr&#233;tendu &#171; mo&#173;d&#232;le occidental &#187; s'est &#233;tendu &#224; toute la plan&#232;te, sou&#173;vent par le biais du &#171; marxisme-l&#233;ninisme &#187;, s'est d&#233;&#173;velopp&#233;e une id&#233;ologie sym&#233;&#173;trique et compl&#233;men&#173;taire selon laquelle l'Occi&#173;dent se&#173;rait l'incarnation m&#234;me du Mal absolu, son sa&#173;lut ne pouvant venir que d'autre part. Le terme id&#233;olog&#173;ie doit ici &#234;tre pris dans son sens rigoureux, c'est-&#224;-dire discours implicite, rarement &#233;nonc&#233; comme tel, qui masque des positions de fait inavouables. Inte&#173;nable d&#232;s qu'il est formul&#233;, imper&#173;m&#233;able aux faits comme aux rai&#173;sonnements, ce parti pris manich&#233;en qui ratio&#173;nalise l'&#233;chec des d&#233;colonisations (34), sinon &#224; inventer un autre type de soci&#233;t&#233; du moins &#224; suivre le mod&#232;le occidental, voudrait r&#233;duire l'Occident &#224; son versant &#171; n&#233;gatif &#187;, soit la ra&#173;tionalit&#233; dans l'horreur, l'asservissement et le meurtre industriels, le capita&#173;lisme, le to&#173;talitarisme, l'inflation techno-scientifique, Auschwitz et Hiroshima. Mais ces d&#233;nonciations ap&#173;proximatives et re&#173;battues sont faites pour saper &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; toute possibilit&#233; d'&#233;mancipation en escamotant sciemment, en la minimi&#173;sant, ou en la faisant d&#233;cou&#173;ler des &#233;l&#233;ments pr&#233;c&#233;dents, l'autre invention radicale occidentale, la cr&#233;ation d'une posture exceptionnelle dans l'hu&#173;manit&#233;, l'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle-ci, nous la tradui&#173;sons politiquement par le projet in&#173;achev&#233;, et interminable, d'une d&#233;&#173;mocratie di&#173;recte &#233;tablissant l'&#233;galit&#233; et la libert&#233; et, plus g&#233;n&#233;rale&#173;ment, la capacit&#233; d'une remise en question pra&#173;tique et th&#233;orique de ce qui est v&#233;cu, pens&#233; et d&#233;sir&#233; par un in&#173;dividu comme par une collectivit&#233;. Projet d'autono&#173;mie et recherche de puissance : cette double identit&#233; occi&#173;dentale, &#224; la fois contradic&#173;toire et agenc&#233;e (35), est une alt&#233;&#173;rit&#233; int&#233;rieure, qui doit &#234;tre pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit aujour&#173;d'hui de se r&#233;clamer de ce projet d'autonomie et d'in&#173;terroger, &#224; cette aune, toutes les cultures, la sienne comme celle des autres, locales ou civilisa&#173;tionnelles, individuelles comme de lutte. Les crispations et fan&#173;tasmes dont elles sont aujourd'hui l'objet sont des obs&#173;tacles de taille, puisqu'ils tra&#173;duisent syst&#233;matiquement les diff&#233;rences en in&#233;galit&#233;s, ou, autrement dit, la diver&#173;sit&#233; en hi&#233;rarchie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie anti-occidentale, no&#173;tamment dans sa version gauchiste franco-fran&#231;aise diffuse ou concentr&#233;e, re&#173;laye le discours de puissants, hindouistes ou chr&#233;tiens, arabes ou am&#233;ricains, qui ne cherchent qu'&#224; ruiner les fon&#173;dements histo&#173;riques et les principes &#233;galitaires d'une autonomie collective comme individuelle. Cette pseudo-sub&#173;version fait le jeu de toutes les dominations : c'est &#224; ce titre qu'elle doit &#234;tre combat&#173;tue, comme tous ceux qu'elle r&#233;unit tactique&#173;ment de part le monde et qui &#233;crasent les voix dissidentes (36).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sortir de l'ethnocentrisme - et de son sym&#233;&#173;trique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut voir, derri&#232;res les hurlements, gesticulations et contorsions de M. Coleman, une telle position cen&#173;trale, anti-occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi veut-il plaquer sur la civilisation arabo-musul&#173;mane tous les traits d'une histoire occi&#173;dentale qui est la seule qu'il connaisse, quel qu'en soit le prix ? C'est qu'il est imbib&#233;, au plus profond de son &#234;tre, de la jouissance qu'il tire des innom&#173;brables libert&#233;s, dont celle d'expression dont il ne sait se servir, et qu'il ne peut les concevoir que comme &#233;videntes, naturelles, universelles. Son texte est parsem&#233; d'allant-de-soi typiquement europ&#233;o-cen&#173;triques : la science occidentale est vue comme le paradigme m&#234;me de la connaissance humaine ; il ne voit aucun probl&#232;me &#224; la propagation plan&#233;taire du consum&#233;risme ; la dissolution des liens sociaux par la soci&#233;t&#233; de consom&#173;mation est une lib&#233;ration ; etc... Rien que sa d&#233;marche de d&#233;fense acharn&#233;e d'une culture qui lui est on ne peut plus exo&#173;tique, voire totalement inconnue, est une d&#233;marche typique&#173;ment occidentale, tout comme l'accusation d'&#234;tre ali&#233;n&#233; &#224; un Ma&#238;tre &#224; penser et l'appel &#224; se construire une totale ind&#233;pendance d'esprit. Une soci&#233;t&#233; qui ne se&#173;rait pas travers&#233;e par ce qui lui appara&#238;t comme des banalit&#233;s lui est pro&#173;prement impensable et tout ce qui tend &#224; prouver le contraire, les faits comme les pens&#233;es, les penseurs comme les raisonnements, constitue figure de l'en&#173;nemi. Les autres cultures ne sont alors que des reproductions de la sienne propre, avec quelques variantes locales : les Tunisiens sont des Fran&#231;ais qui parlent l'arabe et mangent du cous&#173;cous... Notre position lui est intol&#233;&#173;rable car elle consid&#232;re pleinement la diff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi celle-ci est-elle si in&#173;supportable &#224; M. Coleman ? Il le dit lui-m&#234;me, c'est son leitmotiv ob&#173;sessionnel : cela induirait automatiquement la &#171; sup&#233;&#173;riorit&#233; &#187; d'une civilisation sur une autre &#8211; l'accusation revient une douzaine de fois sous sa plume. Il in&#173;siste m&#234;me : cette &#171; sup&#233;riorit&#233; &#187; est &#171; implicite dans tous [nos] raisonnements &#187;, comme si prendre acte de la di&#173;versit&#233; historique et anthropologique impliquait n&#233;&#173;cessairement une hi&#233;rarchisation. Ce qui est explicite mainte&#173;nant, c'est que, pour lui, si les autres cultures sont diff&#233;rentes de l'Occident, elles lui sont inf&#233;&#173;rieures. Le tropisme est exemplaire de la mentalit&#233; ethno&#173;centrique, qui ne con&#231;oit les relations avec l'al&#173;t&#233;rit&#233; que sur un mode hi&#233;rar&#173;chique et qui ne peut ap&#173;pr&#233;hender ses propres valeurs que comme s'imposant d'elles-m&#234;mes, donc &#233;tant benoite&#173;ment celles de tout le monde. Ce qui est particulier ici, c'est qu'il s'agit d'un ethno&#173;centrisme refoul&#233; : il ne s'agit plus d'affirmer comme toutes les civilisa&#173;tions de toutes les &#233;poques que sa soci&#233;t&#233; est sup&#233;rieure aux autres (37), il s'agit de se faire croire que sa propre soci&#233;&#173;t&#233; a toujours &#233;t&#233; celle de tout le monde, tout le temps. C'est la posture de l'&#233;crasante majorit&#233; des pr&#233;tentions anti-racistes, cet ethnocentrisme culpabilis&#233;, o&#249; l'autre ne peut &#234;tre &#233;gal &#224; soi que s'il lui est identique. Reste &#224; le faire &#234;tre tel, par le discours, ou par l'extension effective du mod&#232;le occidental, et s'amuser des folklores super&#173;ficiels, &lt;i&gt;so cute&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;g&#233;n&#233;rescence du rationalisme religieux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence d'une telle position ne peut se comprendre qu'en faisant un d&#233;tour par la rationalisa&#173;tion de l'ethno&#173;centrisme basique qui consiste &#224; faire de l'autre culture un stade arri&#233;r&#233; de la sienne, vers le&#173;quel elle ne peut que tendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'attitude religieuse &#8211; qui explique la relative tol&#233;rance qui peut s'y mani&#173;fester &#8211; et particuli&#232;rement capi&#173;taliste et surtout mar&#173;xiste, qui en a fait une science, le mat&#233;rialisme dialec&#173;tique posant les fameux &#171; modes de pro&#173;duction &#187; qui devaient se succ&#233;der afin d'aboutir au capitalisme puis au communisme. C'est, par exemple, s'inspi&#173;rant des anthropologues L. Morgan et de H. Maine, Marx voyant dans les &#171; communaut&#233;s de villages &#187; in&#173;diens des &#171; r&#233;publiques &#187; &#233;galitaires ind&#233;pendantes du pouvoir central comme des castes (38) ou Engels faisant de l'ana&#173;baptiste Thomas M&#252;nzer un leader prol&#233;tarien avant la lettre (39). On revoit p&#233;riodiquement de telles man&#339;uvres d'un ethnocentrisme d'autant plus tou&#173;chant qu'il est plein de bons sentiments40 et auquel on peut ratta&#173;cher le credo de tous les nationalistes arabes, que reprend tel quel Fethi Benslama, comme quoi les Lumi&#232;res au&#173;raient eu lieu en Islam, mais auraient &#233;t&#233; inexplicablement interrompues. C'est, au fond, la position d'un M. Book&#173;chin. L'ethnocentrisme n'est ici en rien entam&#233; : il est expliqu&#233;, afin de maintenir comme indiscutable son identit&#233; propre. Le proc&#233;d&#233; est aujourd'hui bien grossier, le marxisme comme philosophie de l'Histoire ayant &#233;t&#233; r&#233;fut&#233;, notamment par les travaux de l'ethnologie41 dont ne s'inspire plus la &#171; pens&#233;e &#187; marxiste : La seule mani&#232;re d'int&#233;g&#173;rer la diff&#233;rence culturelle sans retomber dans la x&#233;nophobie &#233;l&#233;mentaire reste d'inverser l'ethnocen&#173;trisme en x&#233;nophilie &#8211; qui exige bien &#233;videmment de rendre toutes les civilisations et tous les individus qui en pro&#173;viennent, pareils au m&#234;me. Cet ethnocentrisme pr&#233;sentable est un cri de d&#233;sespoir, l'expression de la souffrance culpabilis&#233;e de l'Occiden&#173;tal dont les dogmes tiers-mondistes successifs (castristes, gu&#233;varistes, mao&#239;stes, fano&#173;nistes, chavistes, etc.) se fracassent au contact d'un monde immens&#233;ment d&#233;cevant (42). La culpabilit&#233; &#233;tant un rem&#173;part contre ses responsabilit&#233;s, reste &#224; &#233;la&#173;borer une pens&#233;e qui permette d'assumer la r&#233;alit&#233; et de poser un projet politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du relativisme moderne au n'importe quoi post-moderne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant la modernit&#233; occidentale avait accou&#173;ch&#233; d'une posture radicalement nouvelle : le relati&#173;visme, inven&#173;tion fondatrice de l'anthropologie (appli&#173;qu&#233;e aux autres &#8211; ethnologie &#8211; ou &#224; soi - sociologie), qui consi&#173;d&#232;re comme strictement &#233;quivalents, par principe, tous collectifs humains. C'est une cr&#233;ation proprement moderne (m&#234;me s'il &#233;tait pr&#233;sent dans une moindre mesure dans la Gr&#232;ce antique) et typique d'une soci&#233;&#173;t&#233; travers&#233;e par le questionne&#173;ment sur ses fonde&#173;ments, pouss&#233;e &#224; concevoir son organisation, son fonctionne&#173;ment, ses valeurs, etc. comme &#233;tant sa propre cr&#233;a&#173;tion : si ce &#224; quoi nous croyons ne repose en d&#233;fini&#173;tive sur aucune transcendance, ce &#224; quoi croient les autres a autant de l&#233;gitimit&#233;. On voit ici tr&#232;s claire&#173;ment comment les tendances d&#233;mocratiques, o&#249; la Loi ne repose que sur les personnes r&#233;unies, sont indisso&#173;ciables avec la cu&#173;riosit&#233; pour le diff&#233;rent. C'est Sade, par exemple, d&#233;&#173;clarant au XVIIIe si&#232;cle que &#171; la mo&#173;rale c'est de l'ethnologie &#187; : on voit l&#224; un auteur oc&#173;cidental faire appel &#224; l'extr&#234;me diversit&#233; des compor&#173;tements et des normes morales qui existent dans les diverses cultures non occidentales pr&#233;cis&#233;ment dans le but de critiquer celles de sa propre culture, en les relativisant. Ce courant a co&#173;exist&#233; avec les tendances ethnocentriques et coloniales, et l'histoire mouvement&#233; de l'anthro&#173;pologie le dit plus que tout : reste qu'il y avait, ici, un &#233;l&#233;ment extraordinaire d'&#233;mancipation r&#233;ciproque. Mais il faisait voler en &#233;clat la religion marxiste et ses pr&#233;suppos&#233;s autant que le fonctionnement indiscu&#173;table impos&#233; par les dogmes capitalistes-bureaucra&#173;tiques en Occident. L'entr&#233;e dans l'&#232;re post-moderne, il y a une quarantaine d'ann&#233;e, s'est fait au prix de sa liquidation, notamment en en faisant une arme de guerre contre l'&#233;mancipation : apr&#232;s tout, comme les prin&#173;cipes d&#233;mocratiques ne reposent sur aucuns rocs indiscutables, pourquoi les faire valoir ? Au&#173;trement dit : comme le ciel est vide, on peut faire, et laisse faire, n'importe quoi sous couvert de respecter les &#171; particularit&#233;s &#187; de cha&#173;cun. C'est, sym&#233;triquement, le fantasme d'un retour &#224; un ordre indiscut&#233;, le fameux &#171; retour du religieux &#187;, ou le moralisme creux d'un Leo Strauss.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre le &#171; tout le monde est pareil &#187; de l'ethnocentrisme et le &#171; chacun fait ce qu'il veut &#187; du relativisme post-moderne, l'anti&#173;racisme oscille : &#234;tre n&#233; quelque part suffit pour don&#173;ner une position de surplomb, &#233;ventuellement d&#233;ni&#233;e &#8211; pour les autres, la di&#173;versit&#233; r&#233;fute toute pr&#233;tention &#224; une quelconque re&#173;vendication. On comprend ainsi la curieuse danse du ventre de M. Coleman, qui passe sans pr&#233;venir d'une projection de lui-m&#234;me (ou de ce qu'il ai&#173;merait &#234;tre) sur ses pauvres &#171; arabes &#187; &#224; un respect obs&#233;quieux de leur &#171; foi &#187; religieuse qu'ils ne sauraient alt&#233;rer sans se nier aux-m&#234;mes. Les deux postures &#233;tant fi&#173;nalement inte&#173;nables, l'oscillation vaut vacillation &#8211; l'actualit&#233; fran&#231;aise en t&#233;moigne r&#233;guli&#232;rement - et leur point aveugle est &#233;vident : ce qui est doit &#234;tre, et le projet politique n'existe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nos positions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos positions transparaissent &#224; travers tous ce qui pr&#233;c&#232;de. Elles se basent sur la r&#233;futat&#173;ion du pr&#233;suppos&#233; des postures pr&#233;c&#233;dentes : les peuples cr&#233;ent leurs cultures, radicalement et &#224; partir de rien mais en se nourrissant de multiples ap&#173;ports et des contraintes bio-physiques rencontr&#233;es auxquelles ils &#171; choisissent &#187; de donner un sens (43). La culture, pour nous, est ce soubassement qui forme anthropologiquement l'homme, un imaginaire collec&#173;tif qui ne prend source qu'en lui-m&#234;me et que les &#234;tres humains sont capables de transformer comme de ten&#173;ter de le re&#173;produire &#224; l'identique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous posons la d&#233;&#173;mocratie et l'&#233;mancipation personnelle, soit l'auto&#173;nomie collective et in&#173;dividuelle, comme une inven&#173;tion proprement humaine, qui aurait pu ne pas exister, que rien ne vient rendre in&#233;&#173;luctable, et que nous choi&#173;sissons. C'est de ce point de vue-l&#224;, r&#233;solument mo&#173;derne, que nous consid&#233;rons toute dif&#173;f&#233;rence sur le mode de l'&#233;galit&#233; : dans l'absolu, la Charia ne vaut ni plus ni moins que la doctrine Tao&#239;ste ou l'Ha&#173;beas Corpus. De ce m&#234;me point de vue, nous proclamons que nous pr&#233;f&#233;rons l'Habeas Corpus, sans invoquer d'autre rai&#173;son que notre d&#233;sir de libert&#233;, que nous ne pouvons consid&#233;rer, en son propre nom, comme sup&#233;rieur au d&#233;sir d'ordre. Ceux qui voient dans nos positions une vis&#233;e imp&#233;rialiste comme ceux qui y voient une d&#233;mission de la raison, ne font qu'affirmer qu'ils ne con&#231;oivent pas que la libert&#233; ne puisse pas s'imposer et pr&#233;sente un paradoxe lib&#233;ra&#173;teur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question n'est donc pas de trier les civilisa&#173;tions ou de distribuer les bons ou mauvais points, comme ne peuvent s'emp&#234;cher de faire ceux qui sont &#233;galement inca&#173;pables de penser l'&#233;galit&#233; : il s'agit d'identi&#173;fier ce dont on parle, ce que l'on veut, la d&#233;mocratie et l'autono&#173;mie comme projet, &#233;ventuellement comme culture historique&#173;ment construite. Comme capacit&#233; d'un culture, port&#233;e autant par la soci&#233;t&#233; que par l'in&#173;dividu quelconque, &#224; se re&#173;mettre en cause, &#224; d&#233;lib&#233;rer sur son h&#233;ritage, son histoire, sa tradition, son organisat&#173;ion, ses valeurs ou sa m&#233;ta&#173;physique, et ce, non pas une fois, mais en principe &#8211; et dans le m&#234;me mou&#173;vement de se questionner sur ceux des autres. Ce sont les questions : nos lois sont-elles bonnes ? Pensons-nous justement ?, etc. C'est, bien entendu, la philoso&#173;phie (comme interrogation illimit&#233;e) et la psychana&#173;lyse (&#224; un autre niveau), et la politique comme auto-gouvernement du peuple, soit la crise ouverte comme modalit&#233; institu&#233;e socialement, dans un collectif comme pour une person&#173;nalit&#233;. Voil&#224; notre projet et ses crit&#232;res, auxquels nous soumettons tous les indivi&#173;dus et toutes les cultures, au nom de l'&#233;galit&#233;, de la libert&#233; et du principe qu'il peut &#234;tre fait sien par qui le souhaite, et qui souhaite le faire vivre l&#224; o&#249; il est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;mocratie partout, autonomie nulle part&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les positions oppos&#233;es aux n&#244;tres sont instructives. Si ce que nous entendons par d&#233;mocratie, ou au&#173;tonomie collective, se r&#233;sume &#224; un certain nombre de droits, ou &#224; l'adh&#233;sion des gens au r&#233;gime politique qui est le leur, ou encore &#224; des discussions d'&#233;rudits r&#233;unis en c&#233;nacles clos, il est &#233;vident que l'histoire t&#233;&#173;moigne d'une abondance (toute relative) de cultures et civilisations dont nous pouvons nous r&#233;clamer &#8211; mais il faut alors se contenter peu ou prou d'une d&#233;fense du statu quo occidental. Si, a contrario, nous d&#233;sirons une soci&#233;t&#233; qui s'interroge sur sa propre identit&#233;, s'affrontant &#224; sa propre alt&#233;rit&#233; comme &#224; celle d'autres, proclamant que rien ne vient transcenden&#173;talement justifier ses valeurs et son fonc&#173;tionnement, alors les donn&#233;es changent. En ce cas, il faut reconna&#238;tre que la quasi-totalit&#233; du monde comme de l'histoire (y compris tout un versant de celle de l'Occident et son actualit&#233;) non seule&#173;ment ne porte pas ce projet, mais n'y adh&#232;re qu'&#224; grands frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finir ainsi notre vis&#233;e implique de pointer l&#224; o&#249; elle n'est pas, sans faux calculs ni d&#233;magogie, et d'abord l&#224; o&#249; l'on est : les &#171; d&#233;mocraties occiden&#173;tales &#187; sont pour nous des oligarchies lib&#233;rales qui pi&#233;tinent les acquis du projet d'autonomie depuis la fin du mouvement ouvrier et des luttes parcellaires qui l'ont suivi (44). De la m&#234;me ma&#173;ni&#232;re, et selon les m&#234;mes crit&#232;res, on ne peut se r&#233;clamer des r&#233;gimes &#171; lib&#233;raux &#187; qui ont pu exister (45), &#224; l'occasion d'une conversion personnelle (au bouddhisme pour A&#231;oka dans l'Inde du IIIe si&#232;cle avant l'&#232;re chr&#233;tienne, par exemple), d'une conqu&#234;te &#224; affermir (les fameux &#171; cy&#173;lindres &#187; du roi perse Cyrus II juste apr&#232;s sa prise de Baby&#173;lone en 539 av. J.-C.) ou en fonction d'une tradi&#173;tion (certaines p&#233;riodes de l'empire du Mali) ou en&#173;core par conta&#173;mination occidentale (46) (l'empereur mo&#173;ghol Akbar Sh&#226;h au d&#233;but du XIXe). Il ne sera jamais question, m&#234;me concernant l'horizontalit&#233; des tribus, de remettre en cause ses propres croyances par les premiers int&#233;ress&#233;s (47). Parall&#232;le&#173;ment, le fait de tenir des assem&#173;bl&#233;es (48) n'en fait en rien des organes de remise en cause radicale de l'institution de la soci&#233;t&#233; : les assemb&#173;l&#233;es des villages slaves, les vetch&#233; et les mir, n'ont &#233;t&#233; pleinement d&#233;mocratique que sous l'in&#173;fluence occidentale, qui les transmua en soviets (49) avant qu'ils soient an&#233;antis par le putsch bolchevique d'oc&#173;tobre 1917. Les choura musulmans traditionnels &#233;taient des alli&#233;s du despotisme religieux et se trans&#173;form&#232;rent fugace&#173;ment, de la m&#234;me mani&#232;re, en organes &#171; r&#233;volutionnaires &#187; dans l'Iran de 1978 (50). L'Althing, le parlement islandais de l'an mille, les assembl&#233;es tradi&#173;tionnelles basques, ou les Etats g&#233;n&#233;raux de la mo&#173;narchie m&#233;di&#233;vale fran&#231;aise &#233;taient des lieux de ges&#173;tion de l'existant, avant l'irruption de la modernit&#233;. Ceux qui nous accuse&#173;ront de chipotage sont les premiers &#224; d&#233;noncer la cogestion des entre&#173;prises dans lesquelles les salari&#233;s n'ont rien &#224; dire quant &#224; l'organisation du travail ou surtout ses finali&#173;t&#233;s : plus m&#234;me, l'&#233;crasante majorit&#233; des assembl&#233;es g&#233;&#173;n&#233;rales qui se tiennent lors des luttes sociales (51) sont pour nous essentiellement des lieux de socialisation et d'em&#173;prise syndicale ou groupusculaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#234;tre moins s&#233;v&#232;re : mais la bonne conscience qui en r&#233;&#173;sulte ruine tout simplement le terrain &#224; partir duquel il est possible de critiquer radicalement l'Occident, et de permettre l'invention de nouvelles soci&#233;t&#233;s. Celle-ci ne pourra se faire qu'&#224; partir des histoires particuli&#232;res, et de ce qu'on peut interpr&#233;ter r&#233;trospectivement comme un affleurement des tendances &#224; l'autonomie, mais certainement pas en enfermant les civilisations dans le carcan de leur pass&#233;, f&#251;t-il par&#233;, en catimini, de qualit&#233;s exog&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour un renouveau du projet d'autonomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s lamentable de M. Coleman comportait tous les traits d'un jugement stalinien avec sa cohorte si&#173;nistre d'accusations performatives, de diffamations, d'insinuations, de divagations, de falsifications, d'inventions de preuve et d'amalgames : tout est permis &#224; l'accusation, qui a raison, par principe, contre les &#171; vip&#232;res lubriques &#187; dissi&#173;dentes, dont la simple existence doit expliquer &#224; elle seule la d&#233;g&#233;n&#233;rescence d'une Cause devenue mons&#173;trueuse. Mais les gens comme M. Coleman ne sont pas, en France, juges, commissaires ou savants &#8211; sans doute le deviennent-ils progressivement depuis que la &#171; BHLisation &#187; acc&#233;l&#233;r&#233;e balaye les rep&#232;res les plus &#233;l&#233;mentaires - et quelques lignes suffisent. L'anti-fascisme dont se targue notre contempteur se d&#233;sagr&#232;ge de lui-m&#234;me d&#232;s qu'on s'y at&#173;tarde avec un peu de bon sens, et surtout r&#233;v&#232;le de bien tristes pr&#233;suppos&#233;s, dont l'incapacit&#233; tant &#224; porter la cri&#173;tique de ses propres d&#233;termin&#173;ations qu'&#224; consid&#233;rer d'autres possibilit&#233;s de faire collectivit&#233;. Nous voulons l'un comme l'autre et consi&#173;d&#233;rons que la critique radicale de l'oppression occidentale est ins&#233;parable d'une critique ra&#173;dicale de toutes les so&#173;ci&#233;t&#233;s, &#8211; y compris et surtout celles qui pr&#233;tendent repr&#233;senter une alternative, qu'elles soient n&#233;o-traditionnalistes et/ou pr&#233;tendument &#171; r&#233;volutionnaires &#187;, pass&#233;es, pr&#233;sentes ou &#224; venir. Nous voulons l'&#233;galit&#233; et la libert&#233; pour tous, nous cherchons la v&#233;rit&#233;, et, sur ce chemin, comme dirait Nietzsche, nous rencontrons beau&#173;coup d'ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu partout dans le monde naissent aujourd'hui des mouvements, aussi ambivalents que salvateurs, et ils iront en s'amplifiant et se dramatisant devant les multiples impasses auxquelles conduit le mod&#232;le occi&#173;dental et son enterrement de la modernit&#233;. Un r&#233;veil politique peut en &#233;merger mais il aura, alors, &#224; r&#233;inventer une conception du monde qui se d&#233;&#173;gage claire&#173;ment des ali&#233;nations traditionnelles comme des dominations que le XXe si&#232;cle a invent&#233;. Cela exige de remettre &#224; plat toutes les pens&#233;es h&#233;rit&#233;es, et particuli&#232;rement les id&#233;ologies d&#233;compos&#233;es qui para&#173;sitent les r&#233;&#173;flexions d'ampleur et emp&#234;chent de comprendre et de combattre les r&#233;alit&#233;s les plus d&#233;sagr&#233;ables qui prolif&#232;rent d'autant. La seule boussole disponible est celle d'un projet de soci&#233;t&#233;, des crit&#232;res qui lui sont attach&#233;s, et notre vo&#173;lont&#233; de la faire advenir, et d'abord l&#224; o&#249; disparaissent les principes m&#234;mes qui rendent la discussion possible. Les crises civilisationnelles que nous commen&#231;ons &#224; traverser iront croissant et leur d&#233;n&#233;gation ne peut que les appro&#173;fondir, renfor&#231;ant les extr&#234;mes droites, religieuses ou non, autochtones ou n&#233;o-coloniales, qui poussent &#224; l'affron&#173;tement g&#233;n&#233;ralis&#233; en s'auto-alimentant. Les tenants de la lutte de la libert&#233; ne peuvent qu'&#234;tre pris entre deux feux, chaque camp ten&#173;tant de rabattre leurs positions sur celles de l'ennemi. Place passablement inconfortable, et au&#173;jourd'hui d&#233;sert&#233;e d'autant : elle sera, sous peu, pleine de tous ceux qui d&#233;cident de sortir du silence pour ne pas entrer en barbarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Collectif Lieux Communs, juin - novembre 2011&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33 &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?535-entree-en-periode-troublee' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Le mouvement grec pour la d&#233;mocratie directe &#8211; le 'mou&#173;vement des places' du printemps 2011 dans la crise mon&#173;diale &#187;, Brochure 18 &amp; 18bis, septembre &#8211; octobre 2011.&lt;/a&gt; On lira attentivement&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?536-considerations-sur-la-grece' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le portrait au vitriol que dresse un vieil immigr&#233; de sa soci&#233;t&#233;, et culture, d'origine dans &#171; Consid&#233;ra&#173;tions sur la Gr&#232;ce moderne &#187;, Brochure n&#176;18bis, pp. 14 &#8211; 23, disponible sur le site&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;34 On lira sur ce sujet, et pour faire tomber bien des mythes at&#173;tenants et bien-pensants, Yves Lacoste &#171; La question post-coloniale : une &#233;tude g&#233;opoli&#173;tique &#187;, Fayard 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35 Cf. notre texte &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?302-malaise-dans-l-identite' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Malaise dans l'identit&#233; &#187;, d&#233;cembre 2009&lt;/a&gt;, et&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?359-post-scriptum-sur-l-identite' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Post-scriptum sur l'identit&#233; nationale &#187;, mars 2010, dispo&#173;nibles sur le site.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36 Comme le remarquait, entre mille exemples, le dissident chinois Li Shenzhi, &#171; &lt;i&gt;&#201;tant donn&#233;e que despotisme et esclavagisme sont au c&#339;ur de la tradition culturelle chinoise, il ne fait aucun doute que la d&#233;mocratie et la culture traditionnelle chinoise sont fondamental&#173;ement oppos&#233;es&lt;/i&gt; &#187; (&#171; Objectif d&#233;mocratie &#187; in M. Holzman, Ch. Yan (&#233;d.), &#201;crits &#233;difiants et curieux sur la Chine du XXIe si&#232;cle. Voyage &#224; travers la pens&#233;e chinoise contemporaine, ed. de l'Aube, 2003, p. 28).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37 Pour ne prendre que deux exemples &#233;vidents, la Chine imp&#233;&#173;riale s'appelait &#171; Empire du Milieu &#187; : pour les Chinois leur pays n'&#233;tait pas seulement le centre du monde autour du&#173;quel s'organisait l'univers ; il s'identifiait quasiment &#224; l'uni&#173;vers en tant que tel, puis&#173;qu'en chinois le terme tianxia signi&#173;fie &#171; &#8220;ce qui est sous le Ciel&#8221; = l'univers connu = la Chine &#187;, cf. &#201;. Balazs, La bureaucratie c&#233;&#173;leste. Recherches sur l'&#233;conomie et la soci&#233;t&#233; de la Chine traditionnelle, Paris, Gallimard, coll. &#171; Tel &#187;, 1968, p. 26. Et concernant le Japon : &#171; Lors de la restauration du pouvoir imp&#233;riale &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, sous le Meiji, un arsenal id&#233;ologique a &#233;t&#233; mis en place pour seriner &#224; tout enfant et &#224; tout adulte les mythes de l'origine divine de la dynastie imp&#233;riale, de la sup&#233;riorit&#233; de la race japonaise sur toutes les autres, et de sa vocation &#224; dominer le monde par la force. Doctrine qu'un d&#233;cret officiel d&#233;crit comme &#8220;l'id&#233;al le plus &#233;lev&#233; de l'humanit&#233;, le p&#232;re de la culture et la m&#232;re de la cr&#233;ation&#8221; &#187;, in J. Gravereau, Le Japon au XXe si&#232;cle, Paris, Seuil, 1993 (&#233;dition augment&#233;e), p. 73. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale on lira sur le sujet &#171; Race et histoire &#187; de C. Levi-Strauss, et concer&#173;nant le monde arabo-musulman Bernard Lewis &#171; Race et couleur en Islam &#187;. Sur la rationalisation scientifique du racisme occiden&#173;tal, on lira &#171; La soci&#233;t&#233; pure &#8211; de Darwin &#224; Hitler &#187; de A. Pichot, Flammarion, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38 Voir &#224; ce sujet Louis Dumont &#171; La 'communaut&#233; de village' de Munro &#224; Maine &#187; in &#171; La civilisation indienne et nous &#187;, Armand Co&#173;lin, 1975, p. 111 sqq. et, de mani&#232;re plus com&#173;pl&#232;te, du m&#234;me auteur le classique &#171; Homo hierarchicus. Le syst&#232;me des castes et ses implications &#187;, 1966, (r&#233;ed 2001, Tel / Gallimard) pp. 202-233.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39 F. Engels &#171; La guerre des paysans en Allemagne &#187;, dispo&#173;nible sur internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40 ...par exemple concernant la r&#233;volte des Ta&#239;-ping dans la Chine du XIXe, dont on tait sciemment l'influence occiden&#173;tale, et surtout protestante, massive. On mettra ainsi en re&#173;gard le livre de Jean Chesnaux &#171; Le mouvement paysan chi&#173;nois. 1840 - 1949 &#187; (Seuil, 1976) et celui de Jacques Reclus &#171; La r&#233;volte des Ta&#239;-ping (1851 &#8211; 1864) &#8211; Prologue de la r&#233;&#173;volution chinoise &#187; (Le Pavillon &#8211; Ro&#173;ger Maria Editeur, 1972) avec l'article propagandiste de Ng&#244; Van &#171; Utopie li&#173;bertaire antique et guerre de paysans en Chine &#187;, 2004, Re&#173;vue Oiseau-temp&#234;te n&#176;11, pp. 55 &#8211; 58.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;41 Par exemple le classique &#171; Age de pierre, &#226;ge d'abondance : l'&#233;conomie des soci&#233;t&#233;s primitives &#187; de M. Sahlins (Galli&#173;mard 1996), pref. de P. Clastres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;42 Voir &#224; ce sujet Georges Steiner ; 1974, &#171; Nostalgie de l'ab&#173;solu &#187;, 10 / 18 (2003).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;43 Ce n'est que dans ce cadre qu'il est possible de comprendre la derni&#232;re contribution significative quant au &#171; pourquoi &#187; de ces diff&#233;&#173;rences civilisationnelles, celle de David Cosandey &#171; Le secret de l'Occident &#8211; Vers une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du pro&#173;gr&#232;s scientifique &#187; (Champs essai, 2007). L'auteur poursuit l'interrogation de F. Braudel dans &#171; Grammaire des civilisa&#173;tions &#187; (Arthaud, Paris, 1987) et r&#233;capitule pour les r&#233;futer toutes les th&#233;ories mat&#233;rialistes &#171; explicatives &#187; avant de pro&#173;poser la sienne qui ne saurait, &#224; elle seule, ex&#173;pliquer quoi que ce soit, mais avancer quelques &#233;l&#233;ments de r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;44 &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?117-la-democratie-contre-les-elections' class=&#034;spip_in&#034;&gt;On lira par exemple notre tract &#171; La d&#233;mocratie contre les &#233;lections &#187;, avril 2007, disponible sur le site.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;45 C'est ainsi l'approche de J. Baechler (&#171; D&#233;mocraties &#187;, Cal&#173;mann-Levy 1985) ou, de mani&#232;re bien plus id&#233;ologique, Amartya Sen (&#171; La d&#233;mocratie des autres &#8211; pourquoi la li&#173;bert&#233; n'est pas une invention de l'occident &#187;, Payot, 2005).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;46 C'est dans cette cat&#233;gorie qu'on placera un grand nombre d'ouvrages pr&#233;tendant traiter de la question par l'interm&#233;diaire d'exp&#233;&#173;riences rapport&#233;es, ainsi &#171; D&#233;mocratie d'ailleurs &#187; de C. Jaffrelot (2000, Karthala), qui n'&#233;voque que les exp&#233;riences de &#171; d&#233;mocrati&#173;sations &#187; modernes plus ou moins heureuses r&#233;alis&#233;es dans les pays non-occidentaux suite aux d&#233;colonisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;47 Comme le fait Jean Baechler, op. cit. On retrouve ici une fort mauvaise lecture de l'ouvrage de Pierre Clastres &#171; La soci&#233;t&#233; contre l'Etat &#187; qui nourrit encore les fantasmes primitivistes. Dans les chefferies qu'il d&#233;crit, la lutte contre toute tentation h&#233;g&#233;monique remplit certes une fonction auto-limitative &#224; l'&#233;gard du pouvoir, et l'ac&#233;phalie de l'organisation sociale est bien pos&#233;e comme devant toujours &#234;tre conquise, et d&#233;fendue, contre toute d&#233;rive hi&#233;rarchique. Mais personne ne songe &#224; fonder la vie tribale sur d'autres va&#173;leurs que celle de la tradition des anc&#234;tres. Du m&#234;me auteur, on lira le trop peu connu &#171; Recherches d'anthropologie poli&#173;tique &#187;, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;48 Crit&#232;re unique, et non discut&#233;, de l'ouvrage de M. Detienne (dir.) &#171; Qui veut prendre la parole ? &#187;, Seuil, 2003, qui, lui, consid&#232;re pos&#233;ment que toute assembl&#233;e est d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;49 Sur ce sujet, on lira parall&#232;lement Oscar Anweiler &#171; Les So&#173;viets en Russie, 1905 - 1921 &#187;, (NRF, 1972), Gallimard, 1997, dont la pr&#233;&#173;face de P. Brou&#233; ainsi que le premier chapitre sont disponibles sur le site, et Skirda A., 2000 ; &#171; Les anarchistes russes, les soviets et la r&#233;volution de 1917 &#187;, &#233;ditions de Pa&#173;ris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;50 Cf. Bricianer S. ; &#171; Une &#233;tincelle dans la nuit &#8211; Sur la r&#233;&#173;volution iranienne 1978-1979 &#187;, Ab irato &#233;ditions, 2005, o&#249; il appara&#238;t tr&#232;s clairement que la subversion des Chouras est toute relative, des pr&#233;misses jusqu'&#224; la fin de l'insurrection iranienne, puisque domin&#173;&#233;es de part en part sinon par le cler&#173;g&#233; lui-m&#234;me, du moins par une religiosit&#233; affich&#233; ou non mais dans tous les cas omnipr&#233;sente. On ne s'en &#233;tonnera pas, connaissant l'histoire de cette institution consultative juridi&#173;co-religieuse dans le monde musulman, mais on re&#173;grettera par contre que l'auteur l'ait pass&#233;e sous silence, et que les &#233;di&#173;teurs enthousiastes aient traduit le terme en &#171; assembl&#233;e de base &#187; en le pla&#231;ant en couverture... Cf. par exemple F. Khosrokhavar, &#171; L'Utopie sacrifi&#233;e &#8211; Sociologie de la r&#233;volution ira&#173;nienne &#187;, 1993, Presse de la FNSP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;51 &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?410-pour-des-assemblees-generales' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Cf. notre tract &#171; Pour des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales autonomes &#187;, octobre 2010, disponible sur le site.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La confusion occidentale (1/2)</title>
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		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;19 &#171; Malaise dans l'identit&#233; - D&#233;finir des appartenances individuelles et collectives contre le confusionnisme et les extr&#234;mes droites &#187;. Elle est en vente pour 2&#8364; dans nos librairies. Son achat permet notre auto-financement et constitue un soutien aux librairies ind&#233;pendantes (vous pouvez &#233;galement nous aider &#224; la diffusion). Il est &#233;galement possible de la t&#233;l&#233;charger dans la rubrique brochures. Elle est constitu&#233;e des documents suivants : &#171; Les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/local/cache-vignettes/L62xH95/arton557-26aeb.jpg?1774044779' class='spip_logo spip_logo_right' width='62' height='95' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;19 &#171; &lt;i&gt;Malaise dans l'identit&#233; - D&#233;finir des appartenances individuelles et collectives contre le confusionnisme et les extr&#234;mes droites&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est en vente pour 2&#8364; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?531-Points-de-diffusion-et-de-vente-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans nos librairies&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Son achat permet notre auto-financement et constitue un soutien aux librairies ind&#233;pendantes (vous pouvez &#233;galement &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?626-Nous-aider' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;nous aider &#224; la diffusion&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;galement possible de la t&#233;l&#233;charger &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans la rubrique brochures&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;figure class='spip_document_303 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:100px;&#034; data-w=&#034;100&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:141.33333333333%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/vignette_-_Malaises_dans_l_identite-2.jpg&amp;taille=100&amp;1621969914' alt='' data-src='IMG/jpg/vignette_-_Malaises_dans_l_identite-2.jpg' data-l='150' data-h='212' data-tailles='[\&#034;100\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/vignette_-_Malaises_dans_l_identite-2.jpg&amp;#38;taille=100&amp;#38;1621969914 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/vignette_-_Malaises_dans_l_identite-2.jpg&amp;#38;taille=150&amp;#38;1621969914 2x' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Elle est constitu&#233;e des documents suivants :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?610-les-desherites' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Les d&#233;sh&#233;rit&#233;s &#187;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?359-post-scriptum-sur-l-identite' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Post-scriptum sur l'identit&#233; nationale &#187;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?302-malaise-dans-l-identite' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Malaise dans l'identit&#233; &#187;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?589-Nous-immigres-arabes-face-a-nos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Nous, immigr&#233;s arabes, face &#224; nos choix politiques &#187;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?534-Les-elections-tunisiennes-entre-l' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Les &#233;lections tunisiennes entre l'oligarchie et l'islamo-gauchisme &#187;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; La confusion occidentale &#187;, ci-dessous...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Sa sortie a donn&#233; lieu &#224; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?657-grece-l-impasse-anthropologique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;une r&#233;union publique dont le compte-rendu est en ligne&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, ainsi qu'&#224; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?681-islamisme-islamophobie-islamo' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;une conf&#233;rence-d&#233;bat en avril 2013 &#224; Grenoble sur le th&#232;me &#171; Islamisme, islamophobie, islamo-gauchisme &#187;, &#233;galement en ligne&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il n'existe pas de moyen plus efficace de saper le &#171; complexe &#187; de sup&#233;riorit&#233; occidental, que de remettre en cause sa croyance triomphaliste selon laquelle le d&#233;veloppement historico-&#233;conomique de l'Occident &#233;tait un processus in&#233;vitable et naturel&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E. Meiskins Wood, &lt;i&gt;L'origine du capitalisme&lt;/i&gt;, Qu&#233;bec, Lux Editeur, 2009, p. 50&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On sait que la vulgate marxiste a imbib&#233; durant tout le XXe si&#232;cle la quasi-totalit&#233; des milieux et des cou&#173;rants dits &#171; de gauche &#187;, imposant une conception de l'histoire, de la culture, de la soci&#233;t&#233; et de l'individu qui s'est d&#233;&#173;compos&#233;e au fil du temps &#8211; et n'a aujourd'hui plus grand chose &#224; voir avec la philosophie de Marx... Son effondre&#173;ment th&#233;orique et pratique progressif, toujours d&#233;ni&#233;, provoque une confusion id&#233;ologique sans pr&#233;c&#233;&#173;dent. De&#173;puis des d&#233;cennies, les tenants d'un changement politique radical ne parvenant pas &#224; ignorer compl&#232;te&#173;ment la r&#233;a&#173;lit&#233; se condamnent tant&#244;t &#224; un retour a-critique vers les mentalit&#233;s &#171; traditionnelles &#187; dites &#171; de droite &#187;, tant&#244;t &#224; une course en avant plus ou moins pathologique qui les &#233;loigne de plus en plus des r&#233;alit&#233;s popul&#173;aires les plus tri&#173;viales. Cette situation est sans doute transitoire, et pour plusieurs raisons. Mais elle n'en d&#233;&#173;vaste pas moins tous les domaines de la praxis politique et sociale, au moment m&#234;me o&#249; l'humanit&#233; entre dans une p&#233;riode de grande agi&#173;tation sociale et politique qui n'est pas pr&#232;s de finir. Cet &#233;pais brouillard intellectuel et poli&#173;tique est particuli&#232;re&#173;ment dense sur son versant social et culturel, que l'on pourrait formuler comme &lt;i&gt;la question de l'occident&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'accusation &#171; d'extr&#234;me-droite &#187;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une occasion d'aborder concr&#232;tement le probl&#232;me nous a &#233;t&#233; donn&#233;e par une violente pol&#233;mique lanc&#233;e contre nous. Suite &#224; la publication de notre premi&#232;re brochure sur les soul&#232;vements arabes (1) , au retour d'un voyage dans la Tunisie post-insurrectionnelle, M. Coleman, qui publie la revue &#171; &lt;i&gt;Ni patrie, Ni fronti&#232;res&lt;/i&gt; &#187;, nous a fait part de son irritation &#224; sa lecture, au printemps dernier (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pamphlet a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; f&#233;brile&#173;ment en cinq jours, sans attendre la parution de notre seconde brochure qui pourtant y r&#233;pond de bout en bout (3), et n'in&#173;voque bizarrement qu'un seul de nos textes, le premier, l'&lt;i&gt;Introduction g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; (pp. 3-11). L'au&#173;teur croit pouvoir y d&#233;celer notre suppo&#173;s&#233;e &#171; &lt;i&gt;relation religieuse&lt;/i&gt; &#187; avec le philosophe C. Castoriadis, et, dans nos positions, une &#171; &lt;i&gt;proximit&#233; avec des th&#232;ses r&#233;&#173;actionnaires&lt;/i&gt; &#187;. L'accusation est ambitieuse, autant pour ce dernier, r&#233;volutionnaire jusqu'&#224; la fin de sa vie, que concernant notre collectif, qui affiche claire&#173;ment sa volont&#233; d'&#171; &lt;i&gt; &#339;uvrer pour une auto-trans&#173;formation ra&#173;dicale de la soci&#233;t&#233; et l'instauration d'une d&#233;mocra&#173;tie directe capable d'&#233;tablir l'&#233;galit&#233; des revenus pour tous et de provoquer une red&#233;fini&#173;tion collective des be&#173;soins&lt;/i&gt;. &#187; (4) Le proc&#232;s qui nous est intent&#233; surprend d'autant plus que la culture arabo-musulmane ne nous est en rien exotique, puisque cer&#173;tains d'entre nous sont des deux rives, que les liens et voyages tiss&#233;s avec la Tunisie ne datent pas de janvier dernier, que nous publions depuis des ann&#233;es des textes en arabe de nos camarades outre-Mediterran&#233;e, et que le Maghreb et l'Islam sont, pour nous qui ne parlons pas depuis les quartiers chics mais qui vivons et travaillons dans les quartiers populaires et d'immigration, aussi des voi&#173;sins, des amis, des coll&#232;gues et des parents, des conjoints. C'est de l&#224; que nous r&#233;pondons, nous et nos camarades tunisiens. Bien entendu, les acrobaties affligeantes auxquelles se livre notre petit procureur renseignent moins sur nos th&#232;ses, faites effective&#173;ment de v&#233;ri&#173;tables lieux communs, que sur la d&#233;marche et les lourds pr&#233;suppos&#233;s de M. Coleman, tous deux extr&#234;&#173;mement illustrant de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence des comportements et de la doxa gauchiste, et des d&#233;mons qui le pour&#173;suivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment peut-on &#234;tre tunisien ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, nous &#233;voquions le &#171; &lt;i&gt;fatalisme&lt;/i&gt; &#187; des tunisiens, in&#173;terpr&#233;t&#233; comme le pendant religieux de l'apathie poli&#173;tique des populations europ&#233;ennes (5), qui s'enracine dans une histoire o&#249; se succ&#232;dent dictatures r&#233;centes (Ben Ali, Bourguiba), colonialismes r&#233;p&#233;t&#233;s (fran&#231;ais, italien, turc, arabe), califats et sultanats traditionnels - en France, on dit &#171; &lt;i&gt;c'est comme &#231;a&lt;/i&gt; &#187;, en Tunisie &#171; &lt;i&gt;Al&#173;lah ghelb&lt;/i&gt; &#187; : c'est ainsi que nous serions &#171; &lt;i&gt;d'extr&#234;me-droite&lt;/i&gt; &#187;... Nous poin&#173;tions &#224; propos du soul&#232;vement populaire de d&#233;cembre 2010 - janvier 2011, les &#171; &lt;i&gt;difficult&#233;s &#224; passer de la critique des personnes &#224; celle des struc&#173;tures&lt;/i&gt; &#187; en convoquant la quasi-absence de r&#233;els mouvements d'auto-&#233;manci&#173;pation depuis des si&#232;cles, l'&#233;chec de la d&#233;colonisation et le d&#233;labrement interne du mod&#232;le oc&#173;cidental : nous voil&#224; cou&#173;pables d'&#171; &lt;i&gt;essentialisme&lt;/i&gt; &#187;. En&#173;fin, jugeant jusque dans notre d&#233;claration fondatrice (6) que la &#171; &lt;i&gt;socialit&#233;&lt;/i&gt; &#187; populaire n'&#233;tant pas compl&#232;te&#173;ment d&#233;truite dans ces pays o&#249; le &#171; D&#233;veloppement &#187; et le &#171; Progr&#232;s &#187; n'ont pas encore &#233;radi&#173;qu&#233; la vie so&#173;ciale comme en Europe (7), les insurg&#233;s ont l'insigne avantage de pouvoir s'appuyer sur un tissu social dense, &#224; condition de le critiquer, nous serions les dignes h&#233;ritiers de &#171; &lt;i&gt; l'Etat co&#173;lonial fran&#231;ais&lt;/i&gt; &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, en nous interro&#173;geant sur les obstacles qui emp&#234;chent le soul&#232;vement tunisien de d&#233;passer le niveau an&#173;ti-autoritaire, nous ferions l'&#233;loge de la &#171; &lt;i&gt;sup&#233;riorit&#233; de l'Occident&lt;/i&gt; &#187;, entit&#233; &#171; &lt;i&gt;close&lt;/i&gt; &#187;, et &#171; &lt;i&gt; sans tares&lt;/i&gt; &#187;, oppos&#233;e sans discerne&#173;ments aux &#171; &lt;i&gt;Arabes&lt;/i&gt; &#187; et aux &#171; &lt;i&gt;musulmans&lt;/i&gt; &#187;, dont la culture immuable les rendrait inassimilables en Oc&#173;cident et anthropolo&#173;giquement incapables d'acc&#233;der par eux-m&#234;mes &#224; la &#171; &lt;i&gt;d&#233;mocratie&lt;/i&gt; &#187;. Tout cela, bien enten&#173;du, ne nous emp&#234;cherait pas d'avoir &#171; &lt;i&gt;publi&#233; une ex&#173;cellente brochure&lt;/i&gt; &#187;, contenant des &#171; &lt;i&gt; interviews tr&#232;s int&#233;ressantes de camarades tuni&#173;siens&lt;/i&gt; &#187; (8) tout en &#233;vi&#173;tant les &#171; &lt;i&gt;discours automatiques &#171; gauchistes &#187;&lt;/i&gt; &#187;, &#8211; et l'auteur de juger &#171; &lt;i&gt;sou&#173;haitable&lt;/i&gt; &#187; que nous conti&#173;nuions...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute devrions-nous convaincre, ces m&#234;mes camarades tunisiens, connus ou inconnus, qui se heurtent jour apr&#232;s jour &#224; un lourd h&#233;ritage politico-culturel que ce&#173;lui-ci n'existe pas, et que l'omnipr&#233;sence de l'is&#173;lam ados&#173;s&#233; aux autocraties successives, f&#251;t-ce en s'y opposant, a toujours vis&#233; l'&#233;mancipation des peuples... Et c'est bien ce &#224; quoi notre courageux M. Coleman, rev&#234;tant ses habits de Torquemada d'op&#233;rette, va s'employer, faisant se p&#226;&#173;mer n'importe quel militant islamiste d'&lt;i&gt;Ennahda&lt;/i&gt; ou d'&lt;i&gt;Ettahrir&lt;/i&gt;, d&#233;sormais au pouvoir en Tunisie, &#224; l'Assembl&#233;e ou dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les lueurs dans l'Islam classique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le voici donc chassant l'h&#233;t&#233;rodoxie, nous enseig&#173;nant &#171; &lt;i&gt;Deux ou trois choses utiles &#224; savoir sur l'Is&#173;lam&lt;/i&gt; &#187;, fort des soixante-trois pages du seul livre qu'il semble avoir lu sur le sujet, &#171; &lt;i&gt;D&#233;claration d'insoumission&lt;/i&gt; &#187; de Fethi Benslama (9), psychanalyste musulman (eh oui) appelant &#224; une pratique mod&#233;r&#233;e de l'Islam &#8211; apparem&#173;ment seule perspective possible pour le sujet de culture musulmane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Coleman commence par remonter &#224; l'Islam classique, mais n'&#233;voque, en tout et pour tout, qu'Averro&#232;s (XIIe s.), Avempace (XIe s.), puis les Mu'tazilites (IXe s.), soit deux penseurs et un courant politico-religieux m&#233;&#173;di&#233;vaux &#8211; &#233;tranges exemples pour une d&#233;monstration de mouvements po&#173;pulaires d&#233;mocratiques en terre d'Islam... On trouvera ailleurs et sans peine de tr&#232;s bonnes interpr&#233;tations de leurs doctrines respectives (10) : toutes soulignent les efforts admirables de ces intellectuels hors-normes qui tent&#232;rent de briser les dogmes religieux dont les soci&#233;&#173;t&#233;s arabo-musul&#173;manes ne sortirent pourtant jamais d'elles-m&#234;mes. Car, revendiquant une libert&#233; de pens&#233;e pour l'&#233;lite, aucun d'entre eux ne parvint &#224; s'extraire ni de la conception n&#233;o-platonicienne du &#171; philosophe-roi &#187; actua&#173;lis&#233; par Al-F&#226;r&#226;b&#238; (VIII-IXe s.), ni ne chercha &#224; bri&#173;ser le cercle de fer de la r&#233;v&#233;lation coranique, ni ne put, surtout, sortir de leurs positions d'h&#233;r&#233;tiques de facto pour faire &#233;cole. On ne peut que convenir qu'ils &#171; &lt;i&gt; port&#232;rent tr&#232;s loin l'id&#233;al de la raison et de la ratio&#173;nalit&#233;&lt;/i&gt; &#187; comme nous le rapporte Benslama, mais, outre qu'il est difficile d'y voir, r&#233;tros&#173;pectivement, comme lui &#171; &lt;i&gt;l'&#233;quivalent des Lumi&#232;res&lt;/i&gt; &#187;, on ne peut faire l'&#233;conomie de l'ambigu&#239;t&#233; de la Rai&#173;son, que l'on reconna&#238;t ais&#233;ment pour l'&lt;i&gt;Aufklar&#252;ng&lt;/i&gt; europ&#233;en : le ra&#173;tionalisme musulman aurait tout aussi bien pu ac&#173;coucher d'un capitalisme marchand comme l'Europe en a connu &#224; partir du XIIIe, d'une tendance &#224; la bureaucra&#173;tisation (d&#233;j&#224; tr&#232;s active) voire d'un totalitarisme, dont l'&#233;mergence en pays musulman a toujours &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233; par les attachements religieux populaires (11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etrangement, notre Grand Inquisiteur, si prompt &#224; donner des le&#231;ons, ne semble pas avoir entendu parler d'Ibn al-Rawand&#238; (IXe s.), ath&#233;e v&#233;ritable, ni de l'existence de sectes d'h&#233;r&#233;tiques instaurant en leur sein un embryon de soci&#233;t&#233; &#233;galitaire, ou de certains mystiques soufis qui parvinrent &#224; &#233;br&#233;cher momentan&#233;ment la cl&#244;ture impos&#233;e par la R&#233;v&#233;lation. Il ne para&#238;t pas non plus soup&#231;onner l'existence de la r&#233;volte d'esclaves noirs des zanjs en 869 dans le sud de l'Irak qui affronta les arm&#233;es imp&#233;riales pendant des ann&#233;es, ni les hauts faits de la c&#233;l&#232;bre secte des Assassins (12), ni le r&#232;gne cach&#233; ou officiel de femmes de pouvoir, jaryas (13). Quiconque s'y penche s'aper&#231;oit que rien de tout cela ne se propagea, n'entama le despotisme de droit divin, ou ne permit &#224; la culture arabo-musulmane de comprendre v&#233;ritablement, sinon de traduire, la conception du peuple de la Gr&#232;ce Antique (14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'islam est une n&#233;vrose collective comme une autre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Forc&#233; de se r&#233;soudre &#224; l'honn&#234;tet&#233; de son seul et unique mentor, Fethi Benslama, M. Coleman convient avec lui que &#171; &lt;i&gt;ces exp&#233;riences de pens&#233;es n'ont pas trouv&#233; leur d&#233;bouch&#233; dans une invention politique lib&#233;ratrice&lt;/i&gt; &#187; (15). Et c'est l'&#233;vidence. Il consent, de m&#234;me et &#224; reculons, qu'en &#171; &lt;i&gt;pays arabes&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;la s&#233;&#173;cularisation n'a pas avanc&#233; au m&#234;me pas qu'en Occi&#173;dent.&lt;/i&gt; &#187;, et c'est, l&#224; encore, un lieu commun (16).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est fort dommage que notre contemp&#173;teur ne sache ap&#173;paremment pas lire le seul livre sur lequel il base toute son accu&#173;sation. Car la phrase suivante de Fethi Benslama est &#233;trangement pass&#233;e sous silence : &#171; &lt;i&gt;Quelles que soient les contorsions des isla&#173;mistes pr&#233;tendant que la notion de consensus dans la communaut&#233; musulmane recouvre celle de d&#233;mocratie&lt;/i&gt; [ce qui doit immens&#233;ment d&#233;cevoir M. Coleman (17) ], &lt;i&gt;afin d'&#233;chapper au &#171; dissensus &#187; (selon le mot de Jacques Ran&#173;ci&#232;re) qui en est le fondement, cette invention n'a pas eu lieu ici, mais ailleurs, dans l'Europe moderne, &#224; travers notamment la r&#233;appropriation actualis&#233;e de la chose politique grecque.&lt;/i&gt; &#187;. On com&#173;prend l'oubli - cette simple phrase fait voler en &#233;clats la th&#232;se principale de M. Coleman : non seulement l'&#233;lan d&#233;&#173;mocratique est apparu &#171; &lt;i&gt;dans l'Europe moderne&lt;/i&gt; &#187; et n'a pas exist&#233; dans la civilisation musulmane, mais celle-ci n'a pas su faire sien l'h&#233;ritage grec, dont elle fut pour&#173;tant l'ex&#233;g&#232;te quasi-exclusif pendant cinq si&#232;cles. C'est m&#234;me l'objet de tout le paragraphe de Benslama, absent, et pour cause, de la diatribe colemanienne : &#171; &lt;i&gt;Notons que les penseurs de l'Islam m&#233;di&#233;val, traducteurs et transmet&#173;teurs de l'h&#233;ritage philosophique grec, ont effectu&#233; un tri s&#233;&#173;lectif dans le registre politique, laissant de c&#244;t&#233; la question de la citoyennet&#233; ath&#233;nienne, ce qui n'a probablement pas &#233;t&#233; sans raison ni sans cons&#233;quences.&lt;/i&gt; &#187; Et l'auteur d'incriminer honn&#234;tement l'islam traditionnel, comme le font nombre de ses acolytes qui appellent, c'est le minimum de bon sens, &#224; une r&#233;forme qui n'a jamais eue lieu (18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Scandalis&#233; par ces lieux communs, qu'il semble d&#233;&#173;couvrir, effar&#233;, M. Coleman a donc bel et bien truqu&#233; les pi&#232;ces &#224; charge, tel un bon petit commissaire politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Falsifier l'histoire...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Coleman poursuit ses cuistreries branlantes : enjambant les si&#232;cles sui&#173;vants, la d&#233;cadence interne associ&#233;e &#224; la coloni&#173;sation ottomane (&#171; &lt;i&gt;inhit&#226;t&lt;/i&gt; &#187;) puis la stagnation tranquille ins&#173;taur&#233;e par la Porte Sublime qui st&#233;rilise la r&#233;&#173;gion au moins &#224; partir du XVe si&#232;cle (19), il &#233;voque, toujours &#224; travers la seule voix de ce pauvre F. Benslama, d'autres pen&#173;seurs qui &#171; &lt;i&gt;ont fait preuve d'une radicalit&#233; critique &#224; l'int&#233;&#173;rieur de l'islam et pr&#233;conis&#233; des ruptures avec sa th&#233;ologie politique, sur la base d'un travail r&#233;flexif document&#233;. Entre la fin du XIXe et le d&#233;but du XXe si&#232;cle, on peut citer les noms de Tahar Haddad en Tunisie, de Mansour Fahmi, Kassim Amin, Taha Hussein en Egypte ou de la Syrienne Nadhira Zayn Eddin&lt;/i&gt; &#187;. Et notre &#233;rudit en carton de nous donner une courte biographie de chacun, &#171; &lt;i&gt;tir&#233;es de Wikipedia, donc &#224; prendre avec des pincettes...&lt;/i&gt; [sic] &#187;. Sans doute croit-il avoir d&#233;montr&#233; que la civili&#173;sation arabo-musulmane est l'&#233;quivalent-sud de l'Europe, mais c'est encore au prix de l'oubli de la m&#234;me page du m&#234;me livre de son ma&#238;tre : &#171; &lt;i&gt; C'est ce que les premiers voyageurs musulmans dans la modernit&#233; europ&#233;enne (par exemple l'Egyptien Taht&#226;w&#238; &#224; Paris, entre 1826 et 1830) (20) ont relev&#233; et voulu importer, consid&#233;&#173;rant cette invention poli&#173;tique [la d&#233;mocratie] comme plus prioritaire et portant plus &#224; cons&#233;quence que les inven&#173;tions techniques et scien&#173;tifiques.&lt;/i&gt; &#187;. Ce nouvel &#171; oubli &#187; permet &#224; M. Coleman d'&#171; oublier &#187; de mentionner que tous ces auteurs, et ceux de la m&#234;me p&#233;riode, ont &#233;t&#233; form&#233;s par la pens&#233;e occidentale, et que tous leurs travaux y font explicitement r&#233;f&#233;rence, F. Benslama lui-m&#234;me, qui doit pr&#233;ciser &#224; propos de sa d&#233;marche que &#171; &lt;i&gt;Cet appel &#224; l'insoumission, nous le lan&#231;ons d'Europe, mais cela ne nous donne aucune position de surplomb.&lt;/i&gt; &#187; (p.61)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oubli &#187; singulier en v&#233;rit&#233; que celui de cette Nahda, la &#171; renaissance arabe &#187; pourtant si connue, qu'on peut dater symboliquement du d&#233;barquement de Bonaparte en Egypte en 1798, qui ouvrait l'&#232;re des grandes rivalit&#233;s dans la r&#233;gion du Maghreb, du Ma&#173;krech et du Proche-Orient entre les puissance imp&#233;&#173;rialistes fran&#231;aise, anglaise, allemande et russe. C'est un &#171; &lt;i&gt; choc frontal que subit le monde arabo-mu&#173;sulman avec une civilisation occidentale expansion&#173;niste [qui] suscite dans l'avant-garde politique, cultu&#173;relle et religieuse de diff&#233;rents pays arabo-musul&#173;mans la brusque prise de conscience d'un formidable retard historique &#224; combler. De cette confrontation forc&#233;e avec l'Autre occidental na&#238;t une pens&#233;e arabe moderne. L'exp&#233;rience de la culture occidentale mo&#173;derne et la vo&#173;lont&#233; de progr&#232;s fournissent l'impulsion &#224; un questionnement de fond sur les causes du d&#233;clin, de l'arri&#233;ration du monde arabo-musulman&lt;/i&gt; &#187; (21). C'est &#224; ce moment que l'intelligentsia naissante d&#233;couvre les textes fondamentaux de la p&#233;riode m&#233;di&#233;vale, dont Averro&#232;s (22). Ce &#171; &lt;i&gt;choc de la modernit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Sadmat al&#173;had&#226;ha&lt;/i&gt; &#187;, signe &#171; &lt;i&gt;la fin de la culture musulmane classique, cl&#244;tur&#233;e sur elle-m&#234;me, in&#233;vitablement dogmatique, th&#233;o-centrique et auto-r&#233;f&#233;ren&#173;tielle&lt;/i&gt; &#187;. Bien &#233;trange amn&#233;sie, en v&#233;rit&#233;, pour notre pourfendeur de &#171; &lt;i&gt;culture pure, vierge de toute influence ex&#173;terne&lt;/i&gt; &#187;... On se demande, en tous cas, comment il peut appr&#233;&#173;hender l'&#233;tat g&#233;n&#233;ral du monde sur lequel il s'&#233;panche sans retenue en ignorant son occi&#173;dentalisation massive depuis au moins deux ou trois si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste le travail &#224; effectuer, que d'autres ont for&#173;mul&#233; abruptement : &#171; &lt;i&gt;La trag&#233;die de l'islam g&#238;t quelque part entre l'impossible modernisation de l'is&#173;lam et l'insupportable islamisation de la modernit&#233;. Le destin de l'islam, comme avant lui celui du chris&#173;tianisme, est donc tout simplement, mais non sans douleur, de rendre les armes de&#173;vant la libert&#233; des mo&#173;dernes !&lt;/i&gt; &#187; (23)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;...et faire dispara&#238;tre la modernit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce monde est vraiment trop cruel pour notre sinistre prestidigitateur, qui d&#233;couvre au fil de la plume que les civilisations n'ont pas la m&#234;me histoire et qui se trouve alors oblig&#233; de falsifier ses propres r&#233;f&#233;&#173;rences pour nous d&#233;peindre en ignorants crypto-fascistes... Ces proc&#233;d&#233;s staliniens chimiquement purs ne lui suffisent pas : n'ayant pu montrer que l'histoire de la civilisation arabo-musulmane &#233;tait la m&#234;me que celle de la civilisation occi&#173;dentale, notre Haut Diplomate &#232;s Chocs des Civilisations va tenter de d&#233;montrer l'inverse, soit que l'Occident n'a rien inven&#173;t&#233; (notons qu'il cong&#233;die, pour ce nouveau num&#233;ro de cirque, ce Fethi Benslama bien malmen&#233; et certai&#173;nement en&#173;core trop islamophobe : chacune de ses lignes le contredit honteusement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc M. Coleman sortant de son chapeau la la&#239;cit&#233;, le mouvement ouvrier et l'&#233;mancipation des femmes. Les pays d'Europe n'ont pas totale&#173;ment &#233;radiqu&#233; l'Eglise de la sph&#232;re publique ? La la&#239;cit&#233; n'est qu'un cache-sexe. Le mouvement ouvrier n'a pas pu emp&#234;cher les deux guerres mondiales ? Il n'a &#233;t&#233; qu'une suite de protesta&#173;tions contre de mauvais ma&#238;tres. L'&#233;galit&#233; homme-femme n'aurait &#233;t&#233; effleur&#233;e qu'il y a quelques d&#233;cen&#173;nies (!) ? Alors cela ne re&#173;met rien en cause fondamentalement. Voil&#224;, en quelques lignes, affirm&#233;es les b&#234;tises r&#233;actionnaires les plus caract&#233;ristiques, passant &#224; l'as ce que nous concevons, nous, comme un des plus pr&#233;cieux h&#233;ri&#173;tages de l'es&#173;p&#232;ce humaine : la lutte, &#233;tal&#233;e sur des si&#232;cles depuis le haut Moyen-&#226;ge, d'hommes et de femmes, combattant dans l'ombre contre l'ali&#233;nation religieuse, le principe m&#234;me de l'exploitation par quelques-uns et des formes mill&#233;&#173;naires de domi&#173;nation, dessinant un horizon d'&#233;galit&#233; et de li&#173;bert&#233;, &#233;laborant une myriade de contre-soci&#233;t&#233;s qui ont fini par corroder puis modeler, certes en partie et incompl&#232;tement, l'h&#233;t&#233;ronomie de nos soci&#233;t&#233;s (24). Bien entendu, toutes les critiques concernant cet h&#233;ritage ne sont pas seulement tol&#233;r&#233;es ; elles sont imp&#233;rativement re&#173;quises, au nom m&#234;me de ce qu'exigeaient ces courants radicaux eux-m&#234;mes. Mais ce ne sont pas leurs insuffisances &#233;vi&#173;dentes qui int&#233;ressent M. Coleman, qui prend l'Occi&#173;dent comme une donn&#233;e culturelle, alors qu'il est, aus&#173;si, le r&#233;&#173;sultat de s&#233;dimentation de toutes ces luttes : Tout &#224; sa haine anti-occidentale, il prend d&#233;lib&#233;r&#233;&#173;ment le parti du cur&#233; vend&#233;en en 1789, du patron bedonnant envoyant ses milices contres les gr&#233;vistes de Chicago, et du sexiste le plus caricatural traumatis&#233; par Mai 68, sans doute pour ne pas froisser des Tunisiens, qu'il prive instantan&#233;ment d'un horizon qu'ils sont nom&#173;breux &#224; d&#233;sirer et dont ils s'inspirent pour leur propre &#233;mancipation. La ficelle est &#233;videm&#173;ment un peu grosse pour notre auto-proclam&#233; &#171; ouvri&#233;riste &#187; qui s'empresse aussit&#244;t de d&#233;clarer, n'&#233;tant pas &#224; une contradiction pr&#232;s, que &#171; &lt;i&gt;si l'on cher&#173;che une &#171; tra&#173;di&#173;tion d'&#233;man&#173;ci&#173;pation &#187; com&#173;pa&#173;ra&#173;ble &#224; celle du mou&#173;ve&#173;ment ou&#173;vrier occi&#173;den&#173;tal, on n'en trou&#173;vera pas ni dans l'Am&#233;rique latine catho&#173;li&#173;que, ni dans l'Asie boud&#173;dhiste ou hin&#173;douiste ni dans l'Afrique subsaha&#173;rienne, poly&#173;th&#233;&#173;iste ou ani&#173;miste.&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est bien le mini&#173;mum esp&#233;r&#233; pour quelqu'un qui &#233;dite une revue baptis&#233;e &#171; Ni Pa&#173;trie, Ni Fronti&#232;re &#187;, slogan scandaleux au regard de l'histoire mondiale et issu de la mou&#173;vance ouvri&#232;re europ&#233;enne. Que d'efforts inutiles pour se r&#233;soudre ici en&#173;core, &#224; des lieux communs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voilez cette histoire que je ne saurais voir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais non. C'est d&#233;cid&#233;ment trop injuste, et M. Co&#173;leman ne peut qu'avoir raison des faits, r&#233;solument trop t&#234;tus. Non, les mouvements d&#233;mocratiques ne peuvent &#234;tre n&#233;s quelque part, &#224; un moment donn&#233;, assimilables et trans&#173;formables pour qui veut - ils ne peuvent qu'avoir toujours &#233;t&#233; l&#224; : &#171; &lt;i&gt;il fau&#173;drait avoir une culture his&#173;to&#173;ri&#173;que uni&#173;verselle pour bien si&#173;tuer la pre&#173;mi&#232;re fois o&#249; telle ou telle ques&#173;tion philo&#173;sophique, socio&#173;lo&#173;gi&#173;que ou &#233;co&#173;no&#173;mique s'est po&#173;s&#233;e. Et si l'on se livrait &#224; cet exer&#173;cice n&#233;c&#173;es&#173;sitant des connais&#173;san&#173;ces ency&#173;clop&#233;&#173;diques et la ma&#238;t&#173;rise de tr&#232;s nom&#173;breu&#173;ses lan&#173;gues (un seul exem&#173;ple : la pro&#173;duc&#173;tion his&#173;to&#173;ri&#173;que de la Chine sur elle-m&#234;me avant 1949 d&#233;&#173;passe en volume tout ce que l'Occident a pro&#173;duit sur lui-m&#234;me depuis ses ori&#173;gi&#173;nes), je ne suis pas convain&#173;cu que le r&#233;&#173;sultat de ces recher&#173;ches tita&#173;nes&#173;ques au&#173;rait beau&#173;coup d'int&#233;r&#234;t&#8230; ou qu'il ne serait pas remis en cause, chaque fois que les connais&#173;san&#173;ces progresser&#173;aient.&lt;/i&gt; &#187; Et voil&#224; que notre pal&#233;o-marxiste dissout tranquillement le principe m&#234;me de la connaissance historique. Comme nous ne savons pas tout, nous ne savons rien. Apr&#232;s tout, Fethi Bens&#173;lama ne sait pas de quoi il parle : Averro&#232;s ou Avempace sont les Clisth&#232;nes et les Danton de r&#233;volutions ultra-d&#233;&#173;mocratiques dont personne n'a, malheureuse&#173;ment, gard&#233; trace... Lorsqu'on voit l'usage que M. Coleman fait, ou ne fait pas, des livres d&#233;j&#224; disponibles en fran&#231;ais, on comprend son attente messianique &#8211; qui a de grandes chances d'&#234;tre d&#233;&#231;ue par les traductions de ces chroniques chinoises. Sentant confus&#233;ment que sa position manque l&#233;g&#232;re&#173;ment d'assise, P&#232;re Ubu encha&#238;ne : &#171; &lt;i&gt;D'autre part, cette d&#233;m&#173;arche abou&#173;tit tou&#173;jours &#224; consid&#233;rer qu'une ques&#173;tion phi&#173;lo&#173;so&#173;phi&#173;que ou poli&#173;ti&#173;que est pos&#233;e en dehors de toute influence ext&#233;ri&#173;eure, &#233;trang&#232;re, dans un seul lieu &#224; la fois, et non dans plu&#173;sieurs (on sait pour&#173;tant que pour ce qui concerne les d&#233;&#173;couv&#173;ertes scien&#173;ti&#173;fi&#173;ques, elles sont tr&#232;s sou&#173;vent effec&#173;tu&#233;es dans plu&#173;sieurs pays diff&#233;rents au cours d'un inter&#173;valle de temps rap&#173;pro&#173;ch&#233;. Pourquoi en se&#173;rait-il diff&#233;r&#173;emment en mati&#232;re phi&#173;lo&#173;so&#173;phi&#173;que ou poli&#173;ti&#173;que ?).&lt;/i&gt; &#187; Conviendrait-il que le feu, l'agriculture, la roue, le moulin &#224; vent, le sabre et les satellites g&#233;ostationnaires n'aient pas toujours exist&#233; ? Admettrait-il que l'&#233;criture, la science, les math&#233;matiques, le Dieu unique, cr&#233;ateur et transcendant (25), les classes sociales, l'Etat, la passion amou&#173;reuse (26), la bureaucratie et le totalitarisme ou l'id&#233;e d'un temps lin&#233;aire (27) soient n&#233;s &#224; certains moments et pas &#224; d'autres, &#224; certains endroits et pas ailleurs ? Peut-il concevoir que les principes et la vis&#233;e de l'&#233;galit&#233; des sexes, l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; sans dieu, d'une collectivit&#233; auto-organis&#233;e, d'un savoir jamais achev&#233; et toujours &#224; construire et d'un individu capable de d&#233;cider librement de l'orientation de sa vie ne sont pas tomb&#233;s du ciel, mais ont &#233;t&#233; in&#173;vent&#233; par des gens qui ont v&#233;cu sur cette terre (28) ? L'histoire, et ses lieux communs, emp&#234;che notre petit garde rouge de nous ex&#233;cuter purement et simplement ? Il la cong&#233;die, voil&#224; tout, fid&#232;le &#224; une grande et sombre tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous dira prochainement que la culture n'existe pas (29), puisqu'elle met &#224; bas ses sp&#233;culations maladives, ou que lui-m&#234;me n'est de nulle part et de partout. Donnons-lui d'embl&#233;e ici l'occasion de nous traiter de nazis d'hyper-super-ultra-droite en r&#233;sumant ici nos positions fascistes : les hommes font leur histoire, qu'ils le sachent ou non ; le dressage des personnalit&#233;s (30) impos&#233; par leur soci&#233;t&#233; n'est pas inalt&#233;rable ; chacun peut se r&#233;clamer de l'inven&#173;tion d'un autre et tendre &#224; l'autonomie - ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et Cornelius Castoriadis dans tout &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre McCarthy fait feu de tout bois, temp&#234;te tout seul contre les faits, ment, occulte et trompe &#8211; il rage, rouge de col&#232;re, postillonne et insulte. Les sor&#173;ci&#232;res qu'il traque sont les siennes, et il les pr&#234;te &#224; d'autre pour les exorci&#173;ser. Il lui faut les projeter sur une figure &#224; la hauteur de son malaise : ce sera C. Castoriadis, dont il commente, &#224; grand renfort de r&#233;&#173;flexions indign&#233;es et ricanantes, une demi-douzaine de citations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme notre ghostbuster fal&#173;sifie les textes de son auteur f&#233;&#173;tiche, on peut l&#233;gitimement s'attendre au pire. Et, &#224; l'examen, effectivement, toutes ses citations sont fausses : une simple lecture des phrases dans les&#173;quelles elles prennent place suffit. C'est donc pour tromper son lecteur que M. Coleman ne donne aucune r&#233;f&#233;rence, parmi les trois entretiens de C. Castoriadis qu'il a lus (31). Un seul exemple suffira, la premi&#232;re citation du philosophe : &#171; &lt;i&gt;Je n'ai jamais vu un Arabe ou un mu&#173;sulman quelconque faire son &#8216;&#8216;au&#173;tocritique'', la critique de sa culture &#224; ce point de vue&lt;/i&gt; &#187;. R&#233;action suffoqu&#233;e du procureur du peuple : &#171; &lt;i&gt; les 'arabes' ou les 'musulmans' sont incapables de criti&#173;quer leur &#171; culture &#187; de l'int&#233;&#173;rieur ! Gonfl&#233;, le mec...&lt;/i&gt; &#187; Les yeux pourtant exorbit&#233;s, il fait semblant de ne pas re&#173;marquer ce &#171; &#224; ce point de vue &#187;, qui demande &#224; faire ap&#173;pel au contexte. Questionn&#233; par Pierre Ysmal sur l'impact du colo&#173;nialisme occidental sur les cultures des pays colonis&#233;s, Castoriadis r&#233;pond : &#171; &lt;i&gt;Les Arabes se pr&#233;sentent maintenant comme les &#233;ternelles victimes de l'Occident. C'est une mythologie grotesque. Les Arabes ont &#233;t&#233;, de&#173;puis Maho&#173;met, une Nation conqu&#233;rante, qui s'est &#233;tendue en Asie, en Afrique et en Europe (Espagne, Sicile, Cr&#232;te) en arabi&#173;sant les populations conquises. Combien d' &#171; Arabes &#187; y avait-il en Egypte au d&#233;but du VIIe si&#232;cle ? L'extension actuelle des Arabes (et de l'Islam) est le produit de la conqu&#234;te et de la conversion, plus ou moins forc&#233;e, &#224; l'is&#173;lam des populations soumises. Puis ils ont &#233;t&#233; &#224; leur tour domin&#233;s par les Turcs pendant plus de quatre si&#232;cles. La semi-colonisation occidentale n'a dur&#233;, dans le pire des cas (Alg&#233;rie), que cent trente ans, dans les autres beaucoup moins. Et ceux qui ont introduit les premiers la traite des Noirs en Afrique, trois si&#232;cles avant les Euro&#173;p&#233;ens, ont &#233;t&#233; les Arabes. Tout cela ne diminue pas les crimes coloniaux des Occidentaux. Mais il ne faut pas es&#173;camoter une diff&#233;rence essentielle. Tr&#232;s t&#244;t, depuis Montaigne, a commenc&#233; en Occident une cri&#173;tique interne du colonialisme qui a abouti d&#233;j&#224; au XIXe si&#232;cle &#224; l'abolition de l'esclavage (lequel, en fait, continu d'exister dans certains pays musulmans) et, au XXe si&#232;cle, au refus des populations europ&#233;ennes et am&#233;ricaines de se battre pour conserver les colonies. Je n'ai jamais vu un Arabe ou un musulman quelconque faire son &#8216;&#8216;auto&#173;critique'', la critique de sa culture &#224; ce point de vue. Au contraire : regardez le Soudan actuel ou la Mauritanie&lt;/i&gt; &#187;. Le sens est radicalement diff&#233;rent : le &#171; &#224; ce point de vue &#187; fait r&#233;f&#233;rence &#224; la colonisation s&#233;culaire et la conver&#173;sion massive de populations de quatre continents &#224; la culture arabo-musulmane (32), dont il est effectivement rare&#173;ment fait &#233;tat chez les premiers int&#233;ress&#233;s. L'affirmation honnie devient, une fois comprise, un autre lieu commun. C. Castoria&#173;dis a &#233;videmment dit et &#233;crit des b&#234;tises &#8211; M. Coleman lui en invente, pour &#233;luder, une fois de plus, des r&#233;alit&#233;s qu'il peine &#224; penser . Mais on ne change pas ces derni&#232;res en blasph&#233;mant contre un proph&#232;te que l'on a soi-m&#234;me &#233;rig&#233; tel, ou en jouant sur les mots : on en prend acte et on les combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(... / ...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?558-la-confusion-occidentale-2-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?490-les-soulevements-arabes-face-au' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Les soul&#232;vements arabes face au vide occidental&lt;/i&gt;, Brochure n&#176;17, avril 2011, dis&#173;ponible depuis le 11 mai sur le site www.magma&#173;web.fr rubrique Brochures.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 &lt;a href=&#034;http://www.mondialisme.org/spip.php?article1640&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;''Soul&#232;vements arabes'' : il est temps de dire ''Bye, bye, Castoriadis !'' - ou pourquoi les r&#233;cents soul&#232;vements au Maghreb et au Machrek devraient aider certains libertaires &#224; couper d&#233;finitivement le cordon ombilical qui les rattache &#224; leur Ma&#238;tre &#224; penser&lt;/i&gt; &#187; publi&#233; le 17 mai sur le site internet mon&#173;dialisme.org.&lt;/a&gt;. [L'int&#233;ress&#233; modifiera son texte, &lt;i&gt;en catimini&lt;/i&gt;, pour d&#233;samorcer les critiques ici formul&#233;es... Note ult&#233;rieure]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?491-retours-de-tunisie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Notamment le texte principal &lt;i&gt;Retour de Tunisie&lt;/i&gt;, Bro&#173;chure n&#176;17bis, pp. 23-53, disponible sur le site.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 &lt;a href=&#034;https://www.magma&#173;web.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte d'accueil de la premi&#232;re page de notre site.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?436-notes-sur-le-mouvement-social-d' class=&#034;spip_in&#034;&gt;On lira &#224; ce propos notre brochure &lt;i&gt;Octobre 2010 : une lutte &#224; la crois&#233;e des chemins&lt;/i&gt;, Brochure n&#176;16, janvier 2011, dis&#173;ponible sur le site.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?46-Declaration-s' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Cf. sur le site notre pr&#233;sentation dans la rubrique &lt;i&gt;Qui som&#173;mes-nous ?&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 On lira sur ce sujet le clairvoyant Riesman &lt;i&gt;La foule solitaire&lt;/i&gt;, Arthaud 1964 et sym&#233;triquement Eugen Weber, &lt;i&gt;La Fin des terroirs, la modernisation de la France rurale, 1870 &#8211; 1914&lt;/i&gt;, Fayard, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 Suivies de quatre autres, et r&#233;cemment &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?534-Les-elections-tunisiennes-entre-l' class=&#034;spip_in&#034;&gt;d'une cinqui&#232;me &#171; &lt;i&gt; Elections tunisiennes : entre l'oligarchie et l'islamo-gau&#173;chisme&lt;/i&gt; &#187;&lt;/a&gt;, publi&#233;e dans la revue R&#233;fractions n&#176;27, automne 2011, pp. 113 &#8211; 122, disponible sur le site. On y lira &#233;galement la trentaine d'articles qu'ils y ont publi&#233;, pour les arabophones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 Fethi Benslama &#171; &lt;i&gt;D&#233;claration d'insoumission &#224; l'usage des musulmans et de ceux qui ne le sont pas&lt;/i&gt; &#187;, (Flammarion 2011)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 On lira par exemple Toufic Fahd, &lt;i&gt;L'islam et ses sectes&lt;/i&gt;, Tome 3 de l'Histoire des Religions, Encyclop&#233;die de la Pl&#233;iade, Pa&#173;ris 1976 ; Dominique Urvoy &#171; &lt;i&gt;Pensers d'Al-Andalous &#8211; la vie intellectuelle &#224; Cordoue et S&#233;ville au temps des empires Berb&#232;res (Fin XIIe &#8211; d&#233;but XIIIe si&#232;cle&lt;/i&gt; &#187;, ed. CNRS, Alain de Libera, 1991 ; &#171; &lt;i&gt;Les penseurs libres de l'Islam classique&lt;/i&gt; &#187;, Flammarion, 2003 ; ou encore A. de Libera, 1991, &#171; &lt;i&gt;Penser au Moyen-&#226;ge&lt;/i&gt; &#187;, Seuil. On lira en parall&#232;le J. Le Goff, &lt;i&gt;Les intellectuels au Moyen &#194;ge&lt;/i&gt;, Seuil, 1962&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 La loi divine &#233;tant d&#233;j&#224; une limitation &#224; la toute-puissance du mulk, la royaut&#233; archa&#239;que, d'apr&#232;s Ibn Khaldun. Cf. &#171; &lt;i&gt;Al-Mu&#173;qaddima, Discours sur l'histoire universelle&lt;/i&gt; &#187;, Sindbad, The&#173;saurus, 1968, chap. &#171; &lt;i&gt;Sur les califes et les im&#226;ms&lt;/i&gt; &#187;, pp. 288 sqq. Cf. aussi Fatima Mernissi, &#171; &lt;i&gt;Sultanes oubli&#233;es &#8211; Femmes chefs d'Etat en Islam&lt;/i&gt; &#187;, Albin Michel, 1990, p.18 sqq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 Bernard Lewis &#171; &lt;i&gt;Les Assassins. Terrorisme et politique dans l'Islam m&#233;di&#233;val&lt;/i&gt; &#187;, Berger Levrault, 1982&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 Fatima Mernissi, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 Hamadi Redissi &#171; &lt;i&gt;L'exception islamique&lt;/i&gt; &#187;, Seuil, 2004, pp. 189 sqq. On lira parall&#232;lement la mani&#232;re dont les r&#233;volu&#173;tionnaire fran&#173;&#231;ais de 1789 interpr&#233;t&#232;rent le corpus dans la pr&#233;face de P.-V. Naquet &#171; &lt;i&gt;Tradition de la d&#233;mocratie grecque&lt;/i&gt; &#187; du livre de M.I. Finley &#171; &lt;i&gt;D&#233;mocratie antique et d&#233;mocratie moderne&lt;/i&gt; &#187;, Payot, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 Fethi Benslama, op. cit. p. 54. Les citations de ce paragraphe et du suivant sont toutes tir&#233;es de la m&#234;me page.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 On lira n'importe quel auteur arabisant s&#233;rieux, du pal&#233;o-marxiste Maxime Rodinson au brillant Bernard Lewis, en passant par Jacques Berque l'islamophile, sans parler de ceux cit&#233;s dans les notes pr&#233;c&#233;dentes ou suivantes. M&#234;me les ouvrages les moins rigou&#173;reux et les plus laudateurs reconnaissent que &#171; &lt;i&gt; bon nombre des plus &#233;clatantes r&#233;alisations de [la civilisa&#173;tion &#171; arabe &#187;] se sont pr&#233;&#173;cis&#233;ment effectu&#233;es contre l'Islam orthodoxe.&lt;/i&gt; &#187; in &#171; Le soleil d'Allah brille sur l'Occident &#187; de Sigrid Hunke, Albin Michel 1963, r&#233;ed. 2001, p. 11&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 Il s'&#233;tait ainsi bizarrement d&#233;sol&#233; qu'un Hamid Zanaz dans son livre salubre &#171; &lt;i&gt;L'impasse islamique&lt;/i&gt; &#187; (Editions Liber&#173;taires, 2010) fasse preuve de la m&#234;me intransigeance de base vis-&#224;-vis de la religion musulmane que les courants anticl&#233;ri&#173;caux hexagonaux d'il y a quelques d&#233;cennies &#8211; ou m&#234;me si&#232;cles &#8211; vis-&#224;-vis du christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 On pense &#224; Abdelwahab Meddeb dans &#171; &lt;i&gt; La maladie de l'is&#173;lam&lt;/i&gt; &#187; (Seuil, 2001) - &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?407-la-cloture-religieuse' class=&#034;spip_in&#034;&gt;dont on lira &#171; &lt;i&gt;La cl&#244;ture&lt;/i&gt; &#187; sur notre site&lt;/a&gt; - ou encore &#224; Malek Chebel ou Abdennour Bidar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 On lira une belle synth&#232;se de l'histoire de la civilisation arabo-musulmane jusqu'&#224; nos jours dans &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?499-essai-sur-la-guerre-du-golfe-1-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;Essai sur la guerre du golfe&lt;/i&gt; &#187;, anonyme, juin 1991, disponible sur notre site.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 Note de l'auteur : &#171; Rif&#226;'at-Taht&#226;w&#238;,&lt;i&gt; L'Or de Paris&lt;/i&gt;, trad. fr. d'A. Louca, Paris, Sindbad, 2002. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?495-islam-et-modernite' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Redissi Hamadi, &#171; &lt;i&gt;Islam et modernit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, disponible sur le site. La citation suivante en est &#233;galement issue.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 &lt;i&gt;Le Discours d&#233;cisif vu par les auteurs arabes modernes&lt;/i&gt;, d'Alain de Libera in Averro&#232;s &#171; Discours d&#233;cisif &#187;, ed. Bi&#173;lingue, Flamma&#173;rion, 1996, introduction d'Alain de Libera, trad. Marc Geoffroy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 Redissi Hamadi, &#171; &lt;i&gt;Comment l'islam sectaire est devenu l'is&#173;lam&lt;/i&gt; &#187;, Seuil, 2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24 Pour n'&#233;voquer que le mouvement ouvrier, M. Coleman feint d'ignorer d'o&#249; viennent les droits au travail, le principe du contre-pou&#173;voir syndical, la s&#233;curit&#233; sociale, le principe de l'association, etc, etc. Ignore-t-il &#233;galement que la s&#233;paration de la religion et de l'Etat ne date pas de 1905, mais bien du 2 avril 1871, d&#233;cr&#233;t&#233;e par les communards ? Et le r&#244;le fondamental que jou&#232;rent les femmes dans cette m&#234;me Commune, obtenant, provisoirement, la reconnaissance de l'union libre et le d&#233;but de l'&#233;galit&#233; des salaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 On lira sur l'apparition progressive du monoth&#233;isme l'ex&#173;cellent &#171; Naissance de Dieu &#187; de Jean Bott&#233;ro, 2002, Galli&#173;mard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 Denis de Rougemont, dans &#171; L'amour et l'occident &#187; (1938 - ed. 10 / 18, 2008) enqu&#234;te de mani&#232;re vertigineuse le parcours trans-ci&#173;vilisationnel de la posture passionnelle, dont il distingue bien entendu l'origine... chez les arabes. Cf. sur ce sujet &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?415-Amour-liberte-politique-1-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Amour, libert&#233;, politique &#187; sur notre site&lt;/a&gt;, ainsi que &#171; L'amour fou &#187; de A. Meddeb, in &#171; Contre-pr&#234;ches &#187; (2005, Seuil).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 Sur le sujet, Cf. le classique Mircea Eliade &#171; Le Mythe de l'&#233;ternel retour. Arch&#233;types et r&#233;p&#233;tition &#187; (Paris, Gallimard, &#171; Les Es&#173;sais &#187;, 1949 ; nouvelle &#233;dition revue et augment&#233;e, &#171; Id&#233;es &#187;, 1969.) qui n'&#233;pargne pas, logiquement, l'eschatologie marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 Pour une approche d'anthropologie historique de la p&#233;riode antique, le livre tr&#232;s complet de Jan Assman &#171; La m&#233;moire culturelle &#8211; &#233;criture, souvenir et imaginaire politique dans les civilisations antiques &#187;, Aubier 2002. L'auteur reprend &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?420-La-periode-axiale-de-l-histoire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;la notion de &#171; p&#233;riode axiale &#187; pos&#233;e par Karl Jaspers (Cf. sur le site)&lt;/a&gt; pour &#233;tudier les cr&#233;ations &#233;gyptiennes, hittites, juives et grecques, les diff&#233;rentes transmissions de l'identit&#233; collective, et notamment l'&#233;mergence progressive de la notion d'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 C'est justement ce pr&#233;suppos&#233; qu'abat Hugues Lagrange dans &#171; Le d&#233;ni des cultures &#187; (Seuil 2011), r&#233;voltant pour ceux qui avaient, en leurs temps, rat&#233; le d&#233;sormais classique, hors milieu militant comme il se doit, &#171; La culture du pauvre : &#233;tude sur le style de vie des classes populaires en Angleterre &#187;, de R. Hoggart, Ed. De Minuit, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 Sur les types anthropologiques fa&#231;onn&#233;s par les cultures, on lira les travaux de r&#233;f&#233;rence d&#233;j&#224; anciens d'A. Kardiner, d'E. Sapir et de B. Ruth, ainsi que les tr&#232;s riches r&#233;flexions de Claude Lefort, par exemple &#171; L'id&#233;e de 'personnalit&#233; de base' &#187; in &#171; Les formes de l'his&#173;toire &#187;, Gallimard 1978 ou encore &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?421-Essai-de-psychologie-contemporaine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l'excellent article de M. Gauchet &#171; Essai de psychologie contemporaine I &#187; in &#171; La d&#233;mocra&#173;tie contre elle-m&#234;me &#187;, Seuil, 2002, disponible sur le site&lt;/a&gt;. Concernant la culture occidentale et la formation de l'in&#173;dividu, on citera par exemple C. Lasch &#171; Le moi assi&#233;g&#233; &#187;, Climats, 2008, et, &#224; propos de son homologue arabo-musul&#173;man, les &#233;tudes in&#233;gal&#233;es de Hichem Dja&#239;t, &#171; La personnalit&#233; et le devenir arabo-islamique &#187;, Seuil, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 On v&#233;rifiera facilement : la citation reprise ici est dans Une soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive, (Seuil, f&#233;vrier 2005) p. 224, 228, et les suivantes dans La mont&#233;e de l'insignifiance, (Seuil, mars 1996) p.53, 57, 59 et dans &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?110-politique-democratie-valeurs' class=&#034;spip_in&#034;&gt;D&#233;mocratie et relativisme, D&#233;bat avec le MAUSS, (Mille et une nuits, Janvier 2010) pp. 48, 50 &amp; 61&lt;/a&gt;. De l'&#233;quipe du MAUSS qui reprend largement les th&#232;ses de C. Castoriadis (particuli&#232;re&#173;ment S. Latouche), on lira sur le sujet Jacques Dewitte &#171; L'exception europ&#233;enne &#8211; ces m&#233;rites qui nous distinguent &#187;, Michalon, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32 Sur la Blitzkrieg musulmane, on lira avec int&#233;r&#234;t &#171; L'expan&#173;sion musulmane &#187;, de Robert Mantran, PUF, 1991.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La cl&#244;ture (religieuse)</title>
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		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
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		<dc:subject>Islam</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte radiophonique d'Abdelwahab Meddeb (auteur de &#171; La maladie de l'Islam &#187;, Seuil, 2001), dans &#171; Contre-pr&#234;ches. Chroniques &#187;, Seuil, 2006 Soit trois remarques sous forme de rappel : 1. Une religion qui se dit ultime, porteuse du message divin d&#233;finitif, scellant l'inspiration proph&#233;tique, r&#233;capitulant et rectifiant ce qui lui est ant&#233;rieur, une telle religion, prise &#224; la lettre, annule toute interrogation, tout doute, fonde une v&#233;rit&#233; absolue, sans contestation possible. Elle (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-le-relativisme-" rel="directory"&gt;Le relativisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-143-meddeb-a-+" rel="tag"&gt;Meddeb A.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte radiophonique d'Abdelwahab Meddeb (auteur de &#171; La maladie de l'Islam &#187;, Seuil, 2001), dans &#171; Contre-pr&#234;ches. Chroniques &#187;, Seuil, 2006&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Soit trois remarques sous forme de rappel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.&lt;/strong&gt; Une religion qui se dit ultime, porteuse du message divin d&#233;finitif, scellant l'inspiration proph&#233;tique, r&#233;capitulant et rectifiant ce qui lui est ant&#233;rieur, une telle religion, prise &#224; la lettre, annule toute interrogation, tout doute, fonde une v&#233;rit&#233; absolue, sans contestation possible. Elle s'institue d'embl&#233;e comme &#171; cl&#244;turante &#187; et prive l'esprit humain du sens de la qu&#234;te, de la recherche, de la perplexit&#233;, de l'aventure. Elle instaure la v&#233;rit&#233; de l'Unicit&#233; incontestable. Il suffit que la structure politique transporte le m&#234;me principe dans son champ propre pour que l'espace du politique se trouve, &#224; son tour, domin&#233; par cette v&#233;rit&#233; de l'Unicit&#233; incontestable. R&#233;duit &#224; un tel squelette, l'Islam, religieusement et politiquement, se vit comme une perspective ass&#233;chante, st&#233;rile, ignorante du &#171; vif &#187; des questions, fondant un &#171; monologisme &#187; obsidional et agressif, sourd &#224; tout dialogue, coup&#233; des pr&#233;alables qui ouvrent la relation entre personnes et entre peuples, entre sujets et nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt; Cette disposition - tout autant que les conflits enregistr&#233;s &#224; travers l'histoire - engendre l'anti-occidentalisme. Or, fermons les yeux et imaginons l'Islam et le monde arabe d&#233;pouill&#233;s de toutes les inventions occidentales simplement dans la vie quotidienne : plus d'&#233;lectricit&#233;, plus de gaz, plus de montres, de lunettes, de voitures, d'avions, de t&#233;l&#233;phones, d'ordinateurs ; il ne resterait rien pour assurer l'ordinaire de nos jours si nous persistions &#224; refuser de reconna&#238;tre la dette occidentale qui conforte nos heures ; du seul fait de cette d&#233;sertification du quotidien, que personne ne pourrait accepter, le sentiment anti-occidental est renvoy&#233; &#224; son incontestable ill&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.&lt;/strong&gt; Imaginons maintenant une autre sc&#232;ne. Supposons une rencontre entre repr&#233;sentants de diverses civilisations : europ&#233;enne, am&#233;ricaine, japonaise, chinoise, indienne, africaine, arabe musulmane. On demanderait &#224; chacun ce que sa civilisation aurait &#224; apporter pour le pr&#233;sent et l'avenir de l'humanit&#233;. Que pourrait proposer l'Arabe musulman ? Rien, sinon peut-&#234;tre la m&#233;moire soufie, comme pr&#233;misses de l'interrogation, de la perplexit&#233; pr&#233;sente en l'homme qui, accumulant sa science, continue pourtant d'entretenir l'&#233;nigme qui est comme riv&#233;e au bord de l'ab&#238;me du non-savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telles sont les trois v&#233;rit&#233;s qui &#233;clairent notre peu reluisant pr&#233;sent. S'ils ne r&#233;orientent la perspective, on peut raisonnablement penser que les Arabes, confin&#233;s dans le cadre de la croyance islamique, sont destin&#233;s &#224; rejoindre les grandes civilisations mortes ; ils trouveront place aupr&#232;s des Sum&#233;riens, des anciens &#201;gyptiens, des anciens Grecs... De tels propos sont loin d'&#234;tre originaux. Nombre d'Arabes, de par le monde, se les r&#233;p&#232;tent dans leurs soliloques comme dans leurs discussions intimes. D'autres les proclament publiquement. Ainsi, les trois observations que je viens d'exposer ont &#233;t&#233; rappel&#233;es il y a trois jours par Adonis, devant un amphith&#233;&#226;tre de mille personnes, en langue arabe, dans la biblioth&#232;que Assad, &#224; Damas, &#224; l'ombre du ch&#226;teau pr&#233;sidentiel qui domine la ville, en symbole du pouvoir de l'Un repr&#233;sent&#233; par les portraits du P&#232;re et du Fils qui lui a succ&#233;d&#233; - dans le cadre d'une R&#233;publique ! A l'&#233;coute de ces propos, personne n'a bronch&#233; parmi les personnes qui composaient l'auditoire attentif.
Mais, une fois que de telles v&#233;rit&#233;s ont &#233;t&#233; dites cr&#251;ment, une fois qu'elles ont &#233;t&#233; diffus&#233;es dans le tranchant de leur nudit&#233;, que faire ? Nombre de personnes parmi nous ont propos&#233; des rem&#232;des &#224; cette situation. Je ne les rappellerai pas ici. Je me contenterai de pr&#233;ciser, maintenant, qu'en attendant que ces id&#233;es cheminent au-dedans des consciences, que leur int&#233;riorisation r&#233;oriente l'&#234;tre, la femme et l'homme arabes, structur&#233;s par l'islam, conna&#238;tront le sentiment tragique de la vie, le face-&#224;-face avec l'ab&#238;me du n&#233;ant qui est celui des humains en qu&#234;te d'identit&#233;. La femme et l'homme arabes doivent se faire, en raison de la situation objective que leur a r&#233;serv&#233;e l'histoire, les &#233;mules de Kierkegaard - ce chr&#233;tien danois du XIXe si&#232;cle -, vivant le christianisme sur le mode de la maladie, du Kafka de &lt;i&gt;La M&#233;tamorphose&lt;/i&gt;, jouant la strat&#233;gie de la disparition pour maintenir le noyau o&#249; l'&#234;tre s'av&#232;re imprenable, d'un Unamuno, philosophe espagnol du XXe si&#232;cle, occup&#233; &#224; d&#233;safricaniser l'hispanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'Arabe d'oser entretenir le registre de la question jusqu'&#224; vivre l'islam comme maladie, jusqu'&#224; r&#233;duire &#224; la taille d'un insecte une corpulence aussi vaine qu'envahissante, jusqu'&#224; d&#233;sislamiser son arabit&#233;. Peut-&#234;tre alors les verrous commenceront-ils &#224; sauter et les portes &#224; s'entrouvrir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>R&#233;flexions sur le racisme</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
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&lt;p&gt;Expos&#233; au colloque de L'ARIF &#171; Inconscient et changement social &#187;, le 9 mars 1987. Publi&#233; dans Connexions, n&#176; 48, 1987, puis dans &#171; Les carrefours du Labyrinthe III &#8211; Le monde morcel&#233; &#187;, 1990, Seuil. Nous sommes ici, cela va de soi, parce que nous voulons combattre le racisme, la x&#233;nophobie, le chauvinisme et tout ce qui s'y apparente. Cela au nom d'une position premi&#232;re : nous reconnaissons &#224; tous les &#234;tres humains une valeur &#233;gale en tant qu'&#234;tres humains et nous affirmons le devoir de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Expos&#233; au colloque de L'ARIF &#171; Inconscient et changement social &#187;, le 9 mars 1987. Publi&#233; dans Connexions, n&#176; 48, 1987, puis dans &#171; Les carrefours du Labyrinthe III &#8211; Le monde morcel&#233; &#187;, 1990, Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;figure class='spip_document_153 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:64px;&#034; data-w=&#034;64&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf_ReflexionsRacisme_Castoriadis_.pdf' arial-label=&#034;&#034; type=&#034;application/pdf&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:100%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg&amp;taille=64&amp;1779540165' alt='' data-src='local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg' data-l='64' data-h='64' data-tailles='[\&#034;160\&#034;,\&#034;320\&#034;,\&#034;640\&#034;,\&#034;1280\&#034;,\&#034;1920\&#034;]' data-autorisees='{&#034;64&#034;:{&#034;1&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=local\/cache-vignettes\/L64xH64\/pdf-b8aed.svg&amp;#38;taille=64&amp;#38;1779540165&#034;,&#034;2&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=local\/cache-vignettes\/L64xH64\/pdf-b8aed.svg&amp;#38;taille=64&amp;#38;1779540165&#034;}}' class='image_responsive' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes ici, cela va de soi, parce que nous voulons combattre le racisme, la x&#233;nophobie, le chauvinisme et tout ce qui s'y apparente. Cela au nom d'une position premi&#232;re : nous reconnaissons &#224; tous les &#234;tres humains une valeur &#233;gale en tant qu'&#234;tres humains et nous affirmons le devoir de la collectivit&#233; de leur accorder les m&#234;mes possibilit&#233;s effectives quant au d&#233;veloppement de leurs facult&#233;s. Loin de pouvoir &#234;tre confortablement assise sur une pr&#233;tendue &#233;vidence ou n&#233;cessit&#233; transcendantale des &#171; droits de l'homme &#187;, cette affirmation engendre des paradoxes de premi&#232;re grandeur, et notamment une antinomie que j'ai maintes fois soulign&#233;e et que l'on peut d&#233;finir abstraitement comme l'antinomie entre l'universalisme concernant les &#234;tres humains et l'universalisme concernant les &#171; cultures &#187; (les institutions imaginaires de la soci&#233;t&#233;) des &#234;tres humains. J'y reviendrai &#224; la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce combat, comme tous les autres, a &#233;t&#233; &#224; notre &#233;poque souvent d&#233;tourn&#233; et retourn&#233; de la mani&#232;re la plus incroyablement cynique. Pour ne prendre qu'un exemple, l'&#201;tat russe se proclame antiraciste et antichauvin, alors que l'antis&#233;mitisme encourag&#233; en sous-main par les pouvoirs bat son plein en Russie et que des dizaines de nations et d'ethnies restent toujours de force dans la grande prison des peuples. On parle toujours &#8211; et &#224; juste titre &#8211; de l'extermination des Indiens d'Am&#233;rique. Je n'ai jamais vu personne se poser la question : comment une langue qui n'&#233;tait, il y a cinq si&#232;cles, parl&#233;e que de Moscou &#224; Nijni-Novgorod a-t-elle pu atteindre les rives du Pacifique, et si cela s'est pass&#233; sous les applaudissements enthousiastes des Tatars, des Bouriates, des Samoy&#232;des et autres Toungouzes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; une premi&#232;re raison pour laquelle nous nous devons d'&#234;tre particuli&#232;rement rigoureux et exigeants au plan de la r&#233;flexion. Une deuxi&#232;me, tout aussi importante, est qu'ici, comme dans toutes les questions portant sur une cat&#233;gorie social-historique g&#233;n&#233;rale &#8211; la Nation, le Pouvoir, l'&#201;tat, la Religion, la Famille, etc. &#8211;, le d&#233;rapage est presque in&#233;vitable. &#192; toute th&#232;se que l'on pourrait &#233;noncer, il est d'une facilit&#233; d&#233;concertante de trouver des contre-exemples &#8211; et le p&#233;ch&#233; mignon des auteurs, dans ces domaines, c'est le manque du r&#233;flexe qui pr&#233;vaut dans toutes les autres disciplines : ce que je dis n'est-il pas contredit par un contre-exemple possible ? Tous les six mois, on lit de grandioses th&#233;ories &#233;chafaud&#233;es sur ces th&#232;mes, et l'on se surprend, encore, &#224; s'&#233;tonner : l'auteur n'a-t-il donc jamais entendu parler de la Suisse ou de la Chine ? de Byzance ou des monarchies chr&#233;tiennes ib&#233;riennes ? d'Ath&#232;nes ou de la Nouvelle-Angleterre ? des Esquimaux ou des Kung ? Apr&#232;s quatre, ou vingt-cinq, si&#232;cles d'autocritique de la pens&#233;e, on continue de voir fleurir les g&#233;n&#233;ralisations b&#233;ates &#224; partir d'une id&#233;e survenue &#224; l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une anecdote, peut-&#234;tre amusante, me conduit &#224; un des centres de la question. Comme vous l'avez vu dans l'annonce du colloque, mon pr&#233;nom est Cornelius &#8211; en vieux fran&#231;ais, et pour mes amis, Corneille. J'ai &#233;t&#233; baptis&#233; dans la religion chr&#233;tienne orthodoxe, et pour que je sois baptis&#233;, il fallait qu'il y e&#251;t un saint &#233;ponyme, et en effet il y avait un &lt;i&gt;aghios Korn&#233;lios&lt;/i&gt;, translit&#233;ration grecque du latin Corn&#233;lius &#8211; de la &lt;i&gt;gens Cornelia&lt;/i&gt;, qui avait donn&#233; son nom &#224; des centaines de milliers d'habitants de l'Empire &#8211;, lequel Korn&#233;lios a &#233;t&#233; sanctifi&#233; moyennant une histoire qui est racont&#233;e dans les Actes (10-11) et que je r&#233;sume. Ce Corneille, centurion d'une cohorte italique, vivait &#224; C&#233;sar&#233;e, faisait de larges aum&#244;nes au peuple et craignait Dieu qu'il priait sans cesse. Apr&#232;s la visite d'un ange, il invite chez lui Simon, le surnomm&#233; Pierre. Celui-ci, en route, a aussi une vision dont le sens est qu'il n'y a plus de nourritures pures et impures. Arriv&#233; &#224; C&#233;sar&#233;e, il d&#238;ne chez Corneille &#8211; d&#238;ner chez un goy est, selon la Loi, abomination &#8211; et pendant qu'il y parle, l'Esprit saint tombe sur tous ceux qui &#233;coutaient ses paroles, ce qui surprend au plus haut point les compagnons juifs de Pierre, qui assistent &#224; la sc&#232;ne, puisque l'Esprit saint s'&#233;tait aussi r&#233;pandu sur les non-circoncis, qui s'&#233;taient mis &#224; parler en langues et &#224; magnifier Dieu. Plus tard, revenant &#224; J&#233;rusalem, Pierre a &#224; r&#233;pondre aux amers reproches de ses autres compagnons circoncis ; il s'en explique, apr&#232;s quoi ceux-ci se calment, disant que Dieu a octroy&#233; aussi bien aux &#171; nations &#187; la repentance afin qu'elles vivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire a &#233;videmment de multiples significations. C'est la premi&#232;re fois dans le Nouveau Testament qu'est affirm&#233;e l'&#233;galit&#233; des &#171; nations &#187; devant Dieu, et la non-n&#233;cessit&#233; du passage par le juda&#239;sme pour devenir chr&#233;tien. Ce qui m'importe encore plus, c'est la contrapos&#233;e de ces propositions. Les compagnons de Pierre &#171; s'&#233;tonnent fortement &#187; (&#171; ex&#233;st&#233;san &#187; dit l'original grec des Actes : &lt;i&gt;ex-istamai&lt;/i&gt;, ek-sister, sortir de soi-m&#234;me) que le Saint-Esprit veuille bien se r&#233;pandre sur toutes les &#171; nations &#187;. Pourquoi ? Parce que, &#233;videmment, le Saint-Esprit ne pouvait avoir affaire jusque-l&#224; qu'&#224; des juifs &#8211; et au mieux &#224; cette secte particuli&#232;re de juifs qui se r&#233;clamait de J&#233;sus de Nazareth. Mais aussi, elle nous renvoie par implication n&#233;gative &#224; des sp&#233;cifications de la culture h&#233;bra&#239;que &#8211; ici, je commence &#224; &#234;tre d&#233;sagr&#233;able &#8211; qui pour les autres ne vont pas de soi, c'est le moins qu'on puisse dire. Ne pas accepter de manger chez les go&#239;m, lorsqu'on sait la place que le repas en commun tient dans la socialisation et l'histoire de l'humanit&#233; ? On relit alors l'Ancien Testament attentivement, notamment les livres relatifs &#224; la conqu&#234;te de la Terre promise, et l'on voit que le peuple &#233;lu n'est pas simplement une notion th&#233;ologique, mais &#233;minemment pratique. Les expressions litt&#233;rales de l'Ancien Testament sont du reste tr&#232;s belles si l'on peut dire (malheureusement, je ne puis le lire que dans la version grecque des &lt;i&gt;Septante&lt;/i&gt;, ult&#233;rieure de peu &#224; la conqu&#234;te d'Alexandre. Je sais qu'il y a des probl&#232;mes ; je ne pense pas qu'ils affectent ce que je vais dire). On y voit que tous les peuples habitant le &#171; p&#233;rim&#232;tre &#187; de la Terre promise sont pass&#233;s par &#171; le fil de l'&#233;p&#233;e &#187; (&lt;i&gt;dia stomatos romphaias&lt;/i&gt;) et cela sans discrimination de sexe ou d'&#226;ge, qu'aucune tentative de les &#171; convertir &#187; n'est faite, que leurs temples sont d&#233;truits, leurs bois sacr&#233;s ras&#233;s, tout ceci sur ordre direct de Yahv&#233;. Comme si cela ne suffisait pas, les interdictions abondent concernant l'adoption de leurs coutumes (&lt;i&gt;bdelygma&lt;/i&gt;, abomination, &lt;i&gt;miasma&lt;/i&gt;, souillure) et les relations sexuelles avec eux (&lt;i&gt;porneia&lt;/i&gt;, prostitution ; mot qui revient obsessivement dans les premiers livres de l'Ancien Testament). La simple honn&#234;tet&#233; oblige de dire que l'Ancien Testament est le premier document raciste &#233;crit que l'on poss&#232;de dans l'histoire. Le racisme h&#233;breu est le premier dont nous ayons des traces &#233;crites &#8211; ce qui ne signifie certes pas qu'il soit le premier absolument. Tout laisserait plut&#244;t supposer le contraire. Simplement, et heureusement, si j'ose dire, le Peuple &#233;lu est un peuple comme les autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V. Exode 23, 22-33 ; 33,11-17. L&#233;vitique 18, 24-28. Josu&#233; 6,21-22 ; 8, 24-29 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je trouve n&#233;cessaire de rappeler cela ne serait-ce que parce que l'id&#233;e que le racisme ou simplement la haine de l'autre est une invention sp&#233;cifique de l'Occident est une des &#226;neries qui jouissent actuellement d'une grande circulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans pouvoir m'attarder sur les divers aspects de l'&#233;volution historique et leur &#233;norme complexit&#233;, je noterai simplement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) que parmi les peuples &#224; religion monoth&#233;iste, les H&#233;breux ont quand m&#234;me cette ambigu&#235; sup&#233;riorit&#233; : une fois la Palestine conquise (il y a trois mille ans &#8211; je ne sais rien d'aujourd'hui) et les habitants ant&#233;rieurs &#171; normalis&#233;s &#187; d'une fa&#231;on ou d'une autre, ils laissent le monde tranquille. Ils sont le Peuple &#233;lu, leur croyance est trop bonne pour les autres, il n'y a aucun effort de conversion syst&#233;matique (mais pas de refus de la conversion non plus)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les quelques efforts de pros&#233;lytisme juif sous l'Empire romain sont tardifs, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) les deux autres religions monoth&#233;istes, inspir&#233;es de l'Ancien Testament et &#171; succ&#233;dant &#187; historiquement &#224; l'h&#233;bra&#239;sme, ne sont malheureusement pas aussi aristocratiques : leur Dieu est bon pour tous ; si les autres n'en veulent pas, ils seront oblig&#233;s de l'ingurgiter de force ou bien seront extermin&#233;s. Inutile de s'&#233;tendre, &#224; ce point de vue, sur l'histoire du christianisme &#8211; ou plut&#244;t impossible : au contraire, il serait non seulement utile mais urgent de la refaire car, depuis la fin du XIXi&#232;me si&#232;cle et des grands &#171; critiques &#187;, tout semble oubli&#233;, et des versions &#224; l'eau de rose de la diffusion du christianisme sont propag&#233;es. On oublie que lorsque les chr&#233;tiens s'emparent de l'Empire romain via Constantin, ils sont une minorit&#233;, qu'ils ne deviennent majorit&#233; que par les pers&#233;cutions, le chantage, la destruction massive des temples, des statues, des lieux de culte et des manuscrits anciens &#8211; et finalement par des dispositions l&#233;gales (Th&#233;odose le Grand) interdisant &#224; des non-chr&#233;tiens d'habiter l'Empire. Cette ardeur des vrais chr&#233;tiens &#224; d&#233;fendre le vrai Dieu par le fer, le feu et le sang est constamment pr&#233;sente dans l'histoire du christianisme, oriental comme occidental (h&#233;r&#233;tiques, Saxons, croisades, Juifs, Indiens d'Am&#233;rique, objets de la charit&#233; de la sainte Inquisition, etc.). De m&#234;me, il faudrait restituer face &#224; la flagornerie ambiante la vraie histoire de la propagation &#224; peine croyable de l'islam. Ce n'est certainement pas le charme des paroles du Proph&#232;te qui a islamis&#233; (et la plupart du temps arabis&#233;) des populations allant de l'&#200;bre &#224; Sarawak et de Zanzibar &#224; Tachkent. La sup&#233;riorit&#233;, du point de vue des conquis, de l'islam sur le christianisme &#233;tait que sous le premier on pouvait survivre en acceptant d'&#234;tre exploit&#233; et priv&#233; plus ou moins de droits sans se convertir, alors qu'en terre chr&#233;tienne l'allodoxe, m&#234;me chr&#233;tien (cf. les guerres de religion au XVIe- XVIIe s.), n'&#233;tait pas en g&#233;n&#233;ral tol&#233;rable ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) contrairement &#224; ce qui a pu &#234;tre dit (par un de ces chocs en retour r&#233;pondant &#224; la &#171; renaissance &#187; du monoth&#233;isme), ce n'est pas le polyth&#233;isme en tant que tel qui assure l'&#233;gal respect de l'autre. Il est vrai qu'en Gr&#232;ce, ou &#224; Rome, il y a tol&#233;rance presque parfaite de la religion ou de la &#171; race &#187; des autres ; mais cela concerne la Gr&#232;ce et Rome &#8211; non pas le polyth&#233;isme en tant que tel. Pour ne prendre qu'un exemple, l'hindouisme non seulement est intrins&#232;quement et int&#233;rieurement &#171; raciste &#187; (castes), mais a nourri autant de massacres sanglants au cours de son histoire que n'importe quel monoth&#233;isme, et continue de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e qui me semble centrale est que le racisme participe de quelque chose de beaucoup plus universel que l'on ne veut bien l'admettre d'habitude. Le racisme est un rejeton, ou un avatar, particuli&#232;rement aigu et exacerb&#233;, je serais m&#234;me tent&#233; de dire : une sp&#233;cification monstrueuse, d'un trait empiriquement presque universel des soci&#233;t&#233;s humaines. Il s'agit de l'apparente incapacit&#233; de se constituer comme soi sans exclure l'autre &#8211; et l'apparente incapacit&#233; d'exclure l'autre sans le d&#233;valoriser et, finalement, le ha&#239;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toujours lorsqu'il s'agit de l'institution de la soci&#233;t&#233;, le th&#232;me a n&#233;cessairement deux versants : celui de l'imaginaire social instituant des significations imaginaires et des institutions qu'il cr&#233;e ; et celui du psychisme des &#234;tres humains singuliers et de ce que celui-ci impose comme contraintes &#224; l'institution de la soci&#233;t&#233; et en subit de sa part &#224; elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne m'&#233;tendrai pas sur le cas de l'institution de la soci&#233;t&#233; ; j'en ai souvent parl&#233; ailleurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En dernier lieu, v. dans Domaines de l'homme, Paris, &#201;d. du Seuil, 1986, les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La soci&#233;t&#233; &#8211; chaque soci&#233;t&#233; &#8211; s'institue en cr&#233;ant son propre monde. Cela ne signifie pas seulement des &#171; repr&#233;sentations &#187;, des &#171; valeurs &#187;, etc. &#192; la base de tout cela, il y a un mode du repr&#233;senter, une cat&#233;gorisation du monde, une esth&#233;tique et une logique, comme aussi un mode du valoriser &#8211; et sans doute aussi un mode chaque fois particulier de l'&#234;tre affect&#233;. Dans cette cr&#233;ation du monde trouve toujours place, d'une mani&#232;re ou d'une autre, l'existence d'autres humains, et d'autres soci&#233;t&#233;s. Il faut distinguer entre la constitution d'autres mythiques, totalement ou en partie (les Sauveurs blancs pour les Azt&#232;ques, les &#201;thiopes pour les Grecs hom&#233;riques), qui peuvent &#234;tre &#171; sup&#233;rieurs &#187; ou &#171; inf&#233;rieurs &#187;, voire monstrueux ; et la constitution des autres r&#233;els, des soci&#233;t&#233;s effectivement rencontr&#233;es. Voici un sch&#233;ma tr&#232;s rudimentaire pour penser le deuxi&#232;me cas. Dans un premier temps mythique (ou, ce qui revient au m&#234;me, &#171; logiquement premier &#187;), il n'y a pas d'autres. Puis, ceux-ci sont rencontr&#233;s (le temps mythique ou logiquement premier est celui de l'autoposition de l'institution). Pour ce qui nous importe ici, trois possibilit&#233;s s'ouvrent, trivialement : les institutions de ces autres (et donc, ces autres eux-m&#234;mes !) peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme sup&#233;rieures (aux &#171; n&#244;tres &#187;), comme inf&#233;rieures, ou comme &#171; &#233;quivalentes &#187;. Remarquons tout de suite que le premier cas entra&#238;nerait &#224; la fois une contradiction logique et un suicide r&#233;el. La consid&#233;ration des institutions &#171; &#233;trang&#232;res &#187; comme sup&#233;rieures par l'institution d'une soci&#233;t&#233; (non pas par tel ou tel individu) n'a pas lieu d'&#234;tre : cette institution n'aurait qu'&#224; c&#233;der la place &#224; l'autre. Si la loi fran&#231;aise enjoint aux tribunaux : &#171; Dans tous les cas, appliquez la loi allemande &#187;, elle se supprime comme loi fran&#231;aise. Il se peut que telle ou telle institution, au sens secondaire du terme, soit consid&#233;r&#233;e comme bonne &#224; adopter, et le soit effectivement ; mais l'adoption globale et sans r&#233;serve essentielle des institutions nucl&#233;aires d'une autre soci&#233;t&#233; impliquerait la dissolution de la soci&#233;t&#233; emprunteuse comme telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rencontre ne laisse donc que deux possibilit&#233;s : les autres sont inf&#233;rieurs, les autres sont &#233;gaux &#224; nous. L'exp&#233;rience prouve, comme on dit, que la premi&#232;re voie est suivie presque toujours, la seconde presque jamais. Il y a &#224; cela une apparente &#171; raison &#187;. Dire que les autres sont &#171; &#233;gaux &#224; nous &#187; ne pourrait pas signifier &#233;gaux dans l'indiff&#233;renciation : car cela impliquerait, par exemple, qu'il est &#233;gal que je mange du porc ou que je n'en mange pas, que je coupe les mains des voleurs ou non, etc. Tout deviendrait alors indiff&#232;rent et serait d&#233;sinvesti Cela aurait d&#251; signifier que les autres sont simplement autres ; autrement dit, que non seulement les langues, ou les folklores, ou les mani&#232;res de table, mais les institutions globalement, comme tout et dans le d&#233;tail, sont incomparables. Cela &#8211; qui en un sens, mais en un sens seulement, est la v&#233;rit&#233; &#8211; ne peut appara&#238;tre &#171; naturellement &#187; dans l'histoire, et il ne devrait pas &#234;tre difficile de comprendre pourquoi. Cette &#171; incompatibilit&#233; &#187; reviendrait, pour les sujets de la culture consid&#233;r&#233;e, &#224; tol&#233;rer chez les autres ce qui pour eux est abomination ; et, malgr&#233; les facilit&#233;s que se donnent aujourd'hui les d&#233;fenseurs des droits de l'homme, elle fait surgir des questions th&#233;oriquement insolubles dans le cas des conflits entre cultures, comme le montrent les exemples d&#233;j&#224; cit&#233;s et comme je t&#226;cherai de le montrer encore &#224; la fin de ces notations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;e, en paroles si simple et si vraie : les autres sont tout simplement autres, est une cr&#233;ation historique qui va &#224; contre-pente des tendances &#171; spontan&#233;es &#187; de l'institution de la soci&#233;t&#233;. Les autres ont presque toujours &#233;t&#233; institu&#233;s comme inf&#233;rieurs. Cela n'est pas une fatalit&#233;, ou une n&#233;cessit&#233; logique, c'est simplement l'extr&#234;me probabilit&#233;, la &#171; pente naturelle &#187; des institutions humaines. Le mode le plus simple du valoir des institutions pour leurs propres sujets est &#233;videmment l'affirmation &#8211; qui n'a pas besoin d'&#234;tre explicite &#8211; qu'elles sont les seules &#171; vraies &#187; &#8211; et que donc les dieux, croyances, coutumes, etc., des autres sont faux. En ce sens, l'inf&#233;riorit&#233; des autres n'est que l'autre face de l'affirmation de la v&#233;rit&#233; propre des institutions de la soci&#233;t&#233; &#8211; Ego (au sens o&#249; l'on parle d'Ego dans la description des syst&#232;mes de parent&#233;). V&#233;rit&#233; propre prise comme excluant toute autre, rendant tout le reste erreur positive et, dans les cas les plus beaux, diaboliquement pernicieuse (le cas des monoth&#233;ismes et des marxismes-l&#233;ninismes est obvie, mais non le seul).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi parler de probabilit&#233; extr&#234;me et de pente naturelle ? Parce qu'il ne peut pas y avoir de fondation v&#233;ritable de l'institution (fondation &#171; rationnelle &#187; ou &#171; r&#233;elle &#187;). Son seul fondement &#233;tant la croyance en elle et, plus sp&#233;cifiquement, le fait qu'elle pr&#233;tend rendre le monde et la vie coh&#233;rents (sens&#233;s), elle se trouve en danger mortel d&#232;s que la preuve est administr&#233;e que d'autres mani&#232;res de rendre la vie et le monde coh&#233;rents et sens&#233;s existent. Ici notre question recoupe celle de la religion au sens le plus g&#233;n&#233;ral, que j'ai discut&#233;e ailleurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V. &#171; Institution de la soci&#233;t&#233; et religion &#187;., op. cit&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probabilit&#233; extr&#234;me, mais non pas n&#233;cessit&#233; ou fatalit&#233; : le contraire, bien que hautement improbable &#8211; comme la d&#233;mocratie est hautement improbable dans l'histoire &#8211;, est quand m&#234;me possible. L'indice en est la relative et modeste, mais r&#233;elle quand m&#234;me, transformation &#224; cet &#233;gard de certaines soci&#233;t&#233;s modernes, et le combat qui y est men&#233; contre la misox&#233;nie (et qui est certes loin d'&#234;tre termin&#233;, m&#234;me dans chacun de nous).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela concerne l'exclusion de l'alt&#233;rit&#233; externe en g&#233;n&#233;ral. Mais la question du racisme est beaucoup plus sp&#233;cifique : pourquoi ce qui aurait pu rester simple affirmation de l'&#171; inf&#233;riorit&#233; &#187; des autres devient discrimination, m&#233;pris, confinement pour s'exacerber finalement en rage, haine et folie meurtri&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; toutes les tentatives faites de divers c&#244;t&#233;s, je ne pense pas que nous puissions trouver une &#171; explication &#187; g&#233;n&#233;rale de ce fait, qu'il y ait &#224; la question une r&#233;ponse autre qu'historique au sens fort. L'exclusion de l'autre n'a pas pris partout et toujours, loin s'en faut, la forme du racisme. L'antis&#233;mitisme et son histoire dans les pays chr&#233;tiens sont connus : aucune &#171; loi g&#233;n&#233;rale &#187; ne peut expliquer les localisations spatiales et temporelles des explosions de ce d&#233;lire. Autre exemple, peut-&#234;tre plus parlant encore. L'Empire ottoman, une fois la conqu&#234;te faite, a toujours men&#233; une politique d'assimilation puis d'exploitation et de capitis diminutio des conquis non assimil&#233;s (sans cette assimilation massive, il n'y aurait pas aujourd'hui de nation turque). Puis soudain, &#224; deux reprises &#8211; 1895-1896, 1915-1916 &#8211;, les Arm&#233;niens (soumis toujours, il est vrai, &#224; une r&#233;pression beaucoup plus cruelle que les autres nationalit&#233;s de l'Empire) font l'objet de deux monstrueux massacres en masse, alors que les autres allog&#232;nes de l'Empire (et notamment les Grecs, encore tr&#232;s nombreux en Asie mineure en 1915-1916 et dont l'&#201;tat est pratiquement en guerre avec la Turquie) ne sont pas pers&#233;cut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du moment o&#249; il y a la fixation raciste, on le sait, les &#171; autres &#187; ne sont pas seulement exclus et inf&#233;rieurs ; ils deviennent, comme individus et comme collectivit&#233;, point de support d'une cristallisation imaginaire seconde qui les dote d'une s&#233;rie d'attributs et, derri&#232;re ces attributs, d'une essence mauvaise et perverse qui justifie d'avance tout ce que l'on se propose de leur faire subir. Sur cet imaginaire, notamment antijuif en Europe, la litt&#233;rature est immense et je n'ai rien &#224; y ajouter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut voir, par exemple, les indications abondantes que donne Eug&#232;ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sauf qu'il me para&#238;t plus que superficiel de pr&#233;senter cet imaginaire &#8211; baptis&#233;, de surcro&#238;t, &#171; id&#233;ologie &#187; &#8211; comme fabriqu&#233; de toutes pi&#232;ces par des classes ou des groupes politiques pour assurer leur domination ou pour y parvenir. En Europe, un sentiment antijuif diffus et &#171; rampant &#187; a circul&#233; sans doute tout le temps depuis le XIe si&#232;cle au moins. Il a parfois &#233;t&#233; ranim&#233; et revivifi&#233; aux moments o&#249; le corps social &#233;prouvait avec une intensit&#233; plus forte que d'habitude le besoin de trouver un mauvais objet &#171; interne-externe &#187; (l'&#171; ennemi int&#233;rieur &#187; est tellement commode), un bouc &#233;missaire pr&#233;tendument marqu&#233; d&#233;j&#224; de soi-m&#234;me comme bouc. Mais ces revivifications n'ob&#233;issent pas &#224; des lois et &#224; des r&#232;gles ; impossible, par exemple, de lier les profondes crises &#233;conomiques subies pendant cent cinquante ans par l'Angleterre &#224; une explosion quelconque d'antis&#233;mitisme &#8211; alors que depuis quinze ans de telles explosions, mais dirig&#233;es contre les Noirs, commencent &#224; s'y produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici une parenth&#232;se. L'opinion commune et les auteurs les plus remarquables &#8211; je pense, par exemple, &#224; Hannah Arendt &#8211; semblent trouver intol&#233;rable dans le racisme le fait que l'on ha&#239;sse quelqu'un pour ce dont il n'est pas responsable, sa &#171; naissance &#187; ou sa &#171; race &#187;. Cela est certes abominable, mais les remarques qui pr&#233;c&#232;dent montrent que cette vue est erron&#233;e, ou insuffisante, qu'elle ne saisit pas l'essence et la sp&#233;cificit&#233; du racisme &#8211; tant il est vrai, je crois, que devant l'ensemble des ph&#233;nom&#232;nes dont le racisme est la pointe la plus aigu&#235; une combinaison de vertige et d'horreur de l'horreur fait vaciller les esprits les mieux faits. Tenir quelqu'un pour coupable parce qu'il appartient &#224; une collectivit&#233; &#224; laquelle il n'a pas &#171; choisi &#187; d'appartenir n'est pas le propre du racisme. Tout nationalisme muscl&#233;, en tout cas tout chauvinisme, consid&#232;re toujours les autres (certains autres, et de toute fa&#231;on les &#171; ennemis h&#233;r&#233;ditaires &#187;) comme coupables d'&#234;tre ce qu'ils sont, d'appartenir &#224; une collectivit&#233; &#224; laquelle ils n'ont pas choisi d'appartenir. Ilya Ehrenbourg l'avait formul&#233; avec la brutale clart&#233; de la grande p&#233;riode stalinienne : &#171; Les seuls bons Allemands sont les Allemands morts. &#187; ( = &#202;tre n&#233; allemand, c'est d&#233;j&#224; m&#233;riter la mort.) La m&#234;me chose vaut pour les pers&#233;cutions religieuses ou les guerres &#224; composante religieuse. Parmi tous les conqu&#233;rants qui ont massacr&#233; les infid&#232;les &#224; la gloire du Dieu du jour, je ne vois pas un seul qui ait demand&#233; aux massacr&#233;s s'ils avaient &#171; volontairement &#187; choisi leur foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique nous force ici encore de dire quelque chose de d&#233;sagr&#233;able. La seule v&#233;ritable sp&#233;cificit&#233; du racisme (relativement aux diverses vari&#233;t&#233;s de la haine des autres), la seule qui soit d&#233;cisoire, comme disent les logiciens, est celle-ci : le vrai racisme ne permet pas aux autres d'abjurer (ou les pers&#233;cute, ou les soup&#231;onne, alors qu'ils ont abjur&#233; : marranes). Le d&#233;sagr&#233;able est que nous devons convenir que nous trouverions le racisme moins abominable s'il se contentait d'obtenir des conversions forc&#233;es (comme le christianisme, l'islam, etc.). Mais le racisme ne veut pas la conversion des autres, il veut leur mort. &#192; l'origine de l'expansion de l'islam il y a quelques centaines de milliers d'Arabes ; &#224; l'origine de l'Empire turc, il y a quelques milliers d'Ottomans. Le reste, c'est le produit des conversions des populations conquises (forc&#233;es ou induites, peu importe). Mais pour le racisme, l'autre est inconvertible. On voit aussit&#244;t la quasi-n&#233;cessit&#233; de l'&#233;tayage de l'imaginaire raciste sur des caract&#233;ristiques physiques (donc irr&#233;versibles) constantes ou pr&#233;tendues telles. Un nationaliste fran&#231;ais ou allemand &#171; bien compris &#187;, instrumentalement rationnel (c'est-&#224;-dire pr&#233;cis&#233;ment d&#233;gag&#233; du surcro&#238;t imaginaire du racisme), devrait &#234;tre enchant&#233; si les Allemands ou les Fran&#231;ais demandaient par centaines de milliers leur naturalisation dans le pays d'en face. Parfois d'ailleurs on naturalise &#224; titre posthume les morts glorieux de l'ennemi. Peu apr&#232;s mon arriv&#233;e en France, en 1946, je crois, un grand article dans Le Monde c&#233;l&#233;brait &#171; Bach, g&#233;nie latin &#187;. (Moins raffin&#233;s, les Russes d&#233;m&#233;nageaient les usines de leur zone et, au lieu d'inventer une ascendance russe de Kant, ils l'ont fait na&#238;tre et mourir &#224; Kaliningrad.) Mais Hitler n'avait aucune envie de s'approprier Marx, Einstein ou Freud comme g&#233;nies germaniques, et les juifs les mieux assimil&#233;s ont &#233;t&#233; envoy&#233;s &#224; Auschwitz tout comme les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rejet de l'autre en tant qu'autre : composante, non pas n&#233;cessaire, mais extr&#234;mement probable de l'institution de la soci&#233;t&#233;. &#171; Naturelle &#187; &#8211; au sens o&#249; l'h&#233;t&#233;ronomie de la soci&#233;t&#233; est &#171; naturelle &#187;. Son d&#233;passement exige une cr&#233;ation &#224; contre-pente &#8211; donc improbable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons en trouver la contrepartie &#8211; je ne dis nullement la &#171; cause &#187; &#8211; au plan du psychisme de l'&#234;tre humain singulier. Je serai bref. Une face de la haine de l'autre en tant qu'autre est imm&#233;diatement compr&#233;hensible ; elle est, on peut dire, le simple envers de l'amour de soi, de l'investissement de soi. Peu importe la fallace qu'il contient, le syllogisme du sujet face &#224; l'autre est aussi toujours : si j'affirme la valeur de A, je dois aussi affirmer la non-valeur de non-A. La fallace consiste &#233;videmment en ceci que la valeur de A se pr&#233;sente comme exclusive de toute autre : A (ce que je suis) vaut &#8211; et ce qui vaut est A. Ce qui est, au mieux, inclusion ou appartenance (A appartient &#224; la classe des objets ayant une valeur) devient fallacieusement une &#233;quivalence ou repr&#233;sentativit&#233; : A est le type m&#234;me de ce qui vaut. La fallace appara&#238;t certes sous un autre jour, ne l'oublions pas, dans les situations extr&#234;mes, dans la douleur, face &#224; la mort. Ce n'est pas notre sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pseudo-raisonnement (universellement r&#233;pandu) donnerait lieu seulement aux diff&#233;rentes formes de d&#233;valorisation ou de rejet auxquelles allusion a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faite. Mais une autre face de la haine de soi est plus int&#233;ressante et, je crois, moins &#233;voqu&#233;e d'habitude : la haine de l'autre comme autre face d'une haine de soi inconsciente&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Micheline Manquez (Aux carrefours de la haine, Paris, &#201;d. de l'&#201;pi, 1984) a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Reprenons la question par un autre bout. L'existence de l'autre comme telle peut-elle me mettre en danger, moi ? (Nous parlons &#233;videmment du monde inconscient dans lequel le fait &#233;l&#233;mentaire que &#171; moi &#187; n'existe pas, d'une infinit&#233; de mani&#232;res, en dehors de l'autre et des autres, brille par son absence comme dans les th&#233;ories &#171; individualistes &#187; contemporaines.) Elle le peut, sous une condition : qu'au plus profond de la forteresse &#233;gocentr&#233;e une voix r&#233;p&#232;te, doucement mais inlassablement : nos murailles sont en plastique, notre acropole en papier m&#226;ch&#233;. Et qu'est-ce qui pourrait rendre audibles et cr&#233;dibles ces paroles qui s'opposent &#224; tous les m&#233;canismes qui ont permis &#224; l'&#234;tre humain d'&#234;tre quelque chose (paysan chr&#233;tien fran&#231;ais ou po&#232;te arabe musulman, que sais-je ?) ? Non pas certes un &#171; doute intellectuel &#187; qui n'a gu&#232;re d'existence et en tout cas pas de force propre dans les couches profondes ici en cause, mais un facteur situ&#233; dans la proximit&#233; imm&#233;diate des origines, ce qui subsiste de la monade psychique et de son refus acharn&#233; de la r&#233;alit&#233;, devenu maintenant refus, rejet et d&#233;testation de l'individu en lequel elle a d&#251; se transformer, et qu'elle continue, fantomatiquement, de hanter. Ce qui fait que la face visible, &#171; diurne &#187;, construite, parlante du sujet est toujours l'objet d'un investissement double et contradictoire : positif en tant que le sujet est un substitut de soi pour la monade psychique, n&#233;gatif en tant qu'il est la trace visible et r&#233;elle de son &#233;clatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De sorte que la haine de soi, loin de caract&#233;riser typiquement les juifs, comme on l'a dit, est une composante de tout &#234;tre humain, et, comme tout le reste, objet d'une &#233;laboration psychique ininterrompue. Et je pense que c'est cette haine de soi, habituellement et &#233;videmment intol&#233;rable sous sa forme ouverte, qui nourrit les formes les plus pouss&#233;es de la haine de l'autre et se d&#233;charge dans ses manifestations les plus cruelles et les plus archa&#239;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, l'on peut dire que les expressions extr&#234;mes de la haine de l'autre &#8211; et le racisme en est, sociologiquement, la plus extr&#234;me pour la raison d&#233;j&#224; dite de l'inconvertibilit&#233; &#8211; constituent de monstrueux d&#233;placements psychiques moyennant lesquels le sujet peut garder l'affect en changeant d'objet. C'est pourquoi il ne veut surtout pas se retrouver dans l'objet (il ne veut pas que le juif se convertisse ou connaisse la philosophie allemande mieux que lui), alors que la premi&#232;re forme de rejet, la d&#233;valorisation de l'autre, se satisfait g&#233;n&#233;ralement de la &#171; reconnaissance &#187; par l'autre que constituent sa d&#233;faite ou sa conversion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;passement de la premi&#232;re forme psychique de la haine de l'autre appara&#238;trait ne pas exiger, apr&#232;s tout, beaucoup plus que ce qui est d&#233;j&#224; impliqu&#233; dans la vie en soci&#233;t&#233; : l'existence des menuisiers ne met pas en cause la valeur des plombiers, et l'existence des Japonais ne devrait pas mettre en cause la valeur des Chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;passement de la deuxi&#232;me forme impliquerait sans doute des &#233;laborations psychiques et sociales beaucoup plus profondes. Elle requiert &#8211; comme du reste la d&#233;mocratie, au sens de l'autonomie &#8211; une acceptation de notre mortalit&#233; &#171; r&#233;elle &#187; et totale, de notre deuxi&#232;me mort venant apr&#232;s notre mort &#224; la totalit&#233; imaginaire, &#224; la toute-puissance, &#224; l'inclusion de l'univers en nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en rester l&#224; serait rester dans la schizophr&#233;nie euphorique des boys-scouts intellectuels des derni&#232;res d&#233;cennies, qui pr&#244;nent &#224; la fois les droits de l'homme et la diff&#233;rence radicale des cultures comme interdisant tout jugement de valeur sur des cultures autres. Comment peut-on alors juger (et &#233;ventuellement s'opposer &#224;) la culture nazie, ou stalinienne, les r&#233;gimes de Pinochet, de Menghistu, de Khomeyni ? Ne sont-ce pas l&#224; des &#171; structures &#187; historiques diff&#233;rentes, incomparables, et &#233;galement int&#233;ressantes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours des droits de l'homme s'est, dans les faits, appuy&#233; sur les hypoth&#232;ses tacites du lib&#233;ralisme et du marxisme traditionnels : le rouleau-compresseur du &#171; progr&#232;s &#187; am&#232;nerait tous les peuples &#224; la m&#234;me culture (en fait, la n&#244;tre &#8211; &#233;norme commodit&#233; politique des pseudo-philosophies de l'histoire). Les questions que je posais plus haut seraient alors automatiquement r&#233;solues &#8211; au plus apr&#232;s un ou deux &#171; accidents malheureux &#187; (guerres mondiales, par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le contraire qui s'est, surtout, pass&#233;. Les &#171; autres &#187; ont assimil&#233; tant bien que mal, la plupart du temps, certains instruments de la culture occidentale, une partie de ce qui rel&#232;ve de l'ensembliste-identitaire qu'elle a cr&#233;&#233; &#8211; mais nullement les significations imaginaires de la libert&#233;, de l'&#233;galit&#233;, de la loi, de l'interrogation ind&#233;finie. La victoire plan&#233;taire de l'Occident est victoire des mitraillettes, des jeeps et de la t&#233;l&#233;vision &#8211; non pas du &lt;i&gt;habeas corpus&lt;/i&gt;, de la souverainet&#233; populaire, de la responsabilit&#233; du citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ce qui &#233;tait auparavant le simple probl&#232;me &#171; th&#233;orique &#187;, qui a certes fait couler des oc&#233;ans de sang dans l'histoire, auquel je faisais allusion plus haut : comment une culture pourrait-elle admettre qu'il existe des cultures autres qui lui sont incomparables et pour lesquelles sont aliments ce qui pour elle est souillure ?, devient un des probl&#232;mes politiques pratiques majeurs de notre &#233;poque, porte au paroxysme par l'apparente antinomie au sein de notre propre culture. Nous pr&#233;tendons &#224; la fois que nous sommes une culture parmi d'autres, et que cette culture est unique en tant qu'elle reconna&#238;t l'alt&#233;rit&#233; des autres (ce qui ne s'&#233;tait jamais fait auparavant, et ce que les autres cultures ne lui rendent pas), et en tant qu'elle a pos&#233; des significations imaginaires sociales, et des r&#232;gles qui en d&#233;coulent, qui ont valeur universelle : pour prendre l'exemple le plus facile, les droits de l'homme. Et que faites-vous &#224; l'&#233;gard des cultures qui explicitement rejettent les &#171; droits de l'homme &#187; (cf. l'Iran de Khomeyni) &#8211; sans parler de celles, l'&#233;crasante majorit&#233;, qui les pi&#233;tinent quotidiennement dans les faits tout en souscrivant &#224; des d&#233;clarations hypocrites et cyniques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je termine par un simple exemple. On a longuement parl&#233; il y a quelques ann&#233;es &#8211; moins maintenant, je ne sais pas pourquoi &#8211; de l'excision et de l'infibulation des fillettes pratiqu&#233;es comme r&#232;gle g&#233;n&#233;rale dans une foule de pays musulmans africains (les populations concern&#233;es me semblent beaucoup plus vastes qu'il n'a &#233;t&#233; dit). Tout cela se passe en Afrique, l&#224;-bas, in der Turkei, comme disent les bourgeois philistins de Faust. Vous vous indignez, vous protestez &#8211; vous n'y pouvez rien. Puis un jour, ici, &#224; Paris, vous d&#233;couvrez que votre employ&#233; de maison (ouvrier, collaborateur, confr&#232;re) que vous estimez beaucoup se pr&#233;pare &#224; la c&#233;r&#233;monie d'excision-infibulation de sa fillette. Si vous ne dites rien, vous l&#233;sez les droits de l'homme (le &lt;i&gt;habeas corpus&lt;/i&gt; de cette fillette). Si vous essayez de changer les id&#233;es du p&#232;re, vous le d&#233;culturez, vous transgressez le principe de l'incomparabilit&#233; des cultures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le combat contre le racisme est toujours essentiel. Il ne doit pas servir de pr&#233;texte pour d&#233;missionner devant la d&#233;fense de valeurs qui ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es &#171; chez nous &#187;, que nous pensons &#234;tre valables pour tous, qui n'ont rien &#224; voir avec la race ou la couleur de la peau et auxquelles nous voulons, oui, &lt;i&gt;raisonnablement convertir&lt;/i&gt; toute l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;V. Exode 23, 22-33 ; 33,11-17. L&#233;vitique 18, 24-28. Josu&#233; 6,21-22 ; 8, 24-29 ; 10, 28, 31-32, 36-37, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les quelques efforts de pros&#233;lytisme juif sous l'Empire romain sont tardifs, marginaux et sans lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En dernier lieu, v. dans &lt;i&gt;Domaines de l'homme&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. du Seuil, 1986, les textes &#171; L'imaginaire : la cr&#233;ation dans le domaine social-historique &#187; et &#171; Institution de la soci&#233;t&#233; et religion &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;V. &#171; Institution de la soci&#233;t&#233; et religion &#187;., &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On peut voir, par exemple, les indications abondantes que donne Eug&#232;ne Enriquez dans &lt;i&gt;De la horde &#224; l'&#201;tat&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1983, p. 396-438.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Micheline Manquez (&lt;i&gt;Aux carrefours de la haine&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. de l'&#201;pi, 1984) a r&#233;cemment fourni une importante contribution &#224; la question de la haine en psychanalyse. Du point de vue qui importe ici, v. surtout p. 269-270.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Politique, d&#233;mocratie, valeurs occidentales : Projet de d&#233;mocratie radicale et relativisme culturel (2/2)</title>
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		<dc:creator>administrator</dc:creator>


		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>
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		<dc:subject>Islam</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pour pouvoir imprimer le fichier pdf sous forme d'une brochure (petit livre), il faut recourir &#224; une fonctionnalit&#233; r&#233;serv&#233;e aux derni&#232;res versions d'Acrobat Reader (8 ou 9 ; n&#233;cessitant elle-m&#234;me une version r&#233;cente de Windows) : dans la fen&#234;tre &#171; Impression &#187;, il faut s&#233;lectionner &#171; Livret &#187; et en-dessous &#171; Recto-verso &#187;. La brochure contient les textes suivants : La relativit&#233; du relativisme La d&#233;mocratie - Ci-dessous... Le pr&#233;sent texte est la transcription remise en forme du d&#233;bat qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?-le-relativisme-" rel="directory"&gt;Le relativisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-28-creation-+" rel="tag"&gt;Cr&#233;ation sociale-historique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-34-technoscience-+" rel="tag"&gt;Technoscience&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-38-science-+" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;figure class='spip_document_92 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:104px;&#034; data-w=&#034;104&#034;&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf_PolitiqueDemocratieValeurs_Castoriadis_.pdf' arial-label=&#034;PolitiqueDemocratieValeurs&#034; title=&#034;PolitiqueDemocratieValeurs&#034; type=&#034;application/pdf&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:103.84615384615%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/logopdf-14.png&amp;taille=104&amp;1704547717' alt='PolitiqueDemocratieValeurs' data-src='IMG/png/logopdf-14.png' data-l='104' data-h='108' data-tailles='[\&#034;160\&#034;,\&#034;320\&#034;,\&#034;640\&#034;,\&#034;1280\&#034;,\&#034;1920\&#034;]' data-autorisees='{&#034;104&#034;:{&#034;1&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG\/png\/logopdf-14.png&amp;#38;taille=104&amp;#38;1704547717&#034;,&#034;2&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG\/png\/logopdf-14.png&amp;#38;taille=104&amp;#38;1704547717&#034;}}' class='image_responsive' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;figcaption class='spip_doc_intitules spip_doc_intitules_top'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-92 '&gt;&lt;strong&gt;PolitiqueDemocratieValeurs
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;a class=&#034;telecharger&#034; href='https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf_PolitiqueDemocratieValeurs_Castoriadis_.pdf'&gt;T&#233;l&#233;charger (348.2&#160;kio)&lt;/a&gt; &lt;/figcaption&gt; &lt;/figure&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour pouvoir imprimer le fichier pdf sous forme d'une brochure (petit livre), il faut recourir &#224; une fonctionnalit&#233; r&#233;serv&#233;e aux derni&#232;res versions d'Acrobat Reader (8 ou 9 ; n&#233;cessitant elle-m&#234;me une version r&#233;cente de Windows) : dans la fen&#234;tre &#171; Impression &#187;, il faut s&#233;lectionner &#171; Livret &#187; et en-dessous &#171; Recto-verso &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La brochure contient les textes suivants :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://collectiflieuxcommuns.fr/?110-politique-democratie-valeurs' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;La relativit&#233; du relativisme&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;La d&#233;mocratie&lt;/i&gt; - Ci-dessous...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le pr&#233;sent texte est la transcription remise en forme du d&#233;bat qui a eu lieu dans le cadre des r&#233;unions-d&#233;bats du MAUSS avec Cornelius Castoriadis, qui n'a malheureusement pas eu de son vivant, la possibilit&#233; d'en prendre connaissance. Nos remerciements &#224; ses h&#233;ritiers pour leur autorisation de publication, et &#224; Nicos Iliopoulos, qui s'est charg&#233; de la transcription de la bande et des contacts avec les h&#233;ritiers
Les mots en italique correspondent &#224; des inflexions particuli&#232;res du ton de C. Castoriadis.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie 2 : La d&#233;mocratie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A. C. : Nous allons peut-&#234;tre passer &#224; la deuxi&#232;me question...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : Alors la deuxi&#232;me... (il lit la lettre d'invitation d'Alain Caill&#233;) &#171; Encore une question, celle de la d&#233;mocratie. L&#224; aussi, je vous trouve un peu trop hell&#233;nocentrique. Si la d&#233;mocratie n'a jamais exist&#233; qu'&#224; Ath&#232;nes c'est qu'elle repr&#233;sente un r&#233;gime politique trop improbable pour qu'il vaille la peine qu'on se batte pour lui. Que pensez-vous des th&#232;ses de Baechler sur la naturalit&#233; de la d&#233;mocratie ? Y a-t-il bien une d&#233;mocratie berb&#232;re, iroquoise, etc., ou bien les Grecs en ont-ils le monopole exclusif ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, les Grecs n'en ont pas le monopole exclusif parce qu'il y a aussi les Europ&#233;ens occidentaux et les Am&#233;ricains du Nord. D'abord. Donc, il ne s'agit pas d'hell&#233;nocentrisme. Deuxi&#232;mement, je suis tout &#224; fait en d&#233;saccord avec les th&#232;ses de Baechler que je consid&#232;re comme compl&#232;tement farfelues, mais je ne veux pas en discuter. Je ne crois pas qu'il y a une naturalit&#233; de la d&#233;mocratie, je crois qu'il y a une pente naturelle des soci&#233;t&#233;s humaines vers l'h&#233;t&#233;ronomie. Et pas vers la d&#233;mocratie. Il y a une pente naturelle &#224; rechercher une source et une garantie du sens ailleurs que dans l'activit&#233; des hommes. Donc dans les sources transcendantes ou chez les anc&#234;tres. Ou, version von Hayek, dans le fonctionnement divin du darwinisme &#224; travers le march&#233;, qui fait que les plus forts et les meilleurs pr&#233;valent toujours &#224; la longue, c'est la m&#234;me chose...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'il y a de la d&#233;mocratie chez les Berb&#232;res ? on va soutenir jeudi une th&#232;se que j'ai dirig&#233;e sur les Berb&#232;res ; je ne pense pas qu'on peut parler vraiment de d&#233;mocratie berb&#232;re. &#231;a a &#233;t&#233; un mirage id&#233;ologique fran&#231;ais de la fin du 19e si&#232;cle reli&#233; aux n&#233;cessit&#233;s de la colonisation. On opposait aux Alg&#233;riens les Berb&#232;res comme des vrais Europ&#233;ens. On disait m&#234;me : ils ont la gueule d'Auvergnats, et leurs maisons sont construites &#224; l'auvergnate ; donc il y avait l&#224; une bonne base pour la colonisation fran&#231;aise en Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait sans doute une d&#233;mocratie, enfin pas une d&#233;mocratie, un Pouvoir collectif chez les Iroquois, chez d'autres peuplades indiennes, &#231;a c'est s&#251;r, ou chez les Zuni, si du moins l'on en croit Ruth Benedict 1. Mais quelle est la diff&#233;rence ? Moi, je crois que la diff&#233;rence avec Ath&#232;nes, avec l'Europe occidentale, c'est que, dans le cas par exemple des Indiens, des Iroquois, des Zuni ou de je ne sais pas qui, tout &#231;a, c'est traditionnel, c'est h&#233;rit&#233;, c'est l&#224; parce que c'&#233;tait l&#224;. C'est la loi de la tribu, on n'a pas &#224; la changer. La loi de la tribu, c'est que la collectivit&#233; exerce le pouvoir. Mais il n'y a rien &#224; changer &#224; part &#231;a. Il y a un pouvoir collectif. Ou, dans les tribus d&#233;crites par Clastres, le chef a un r&#244;le d&#233;coratif, un r&#244;le de bande de magn&#233;tophone, qui r&#233;p&#232;te : &#171; Voil&#224; ce que nos anc&#234;tres ont pos&#233; comme loi, c'est la loi de tous, et c'est une bonne loi. &#187; Le chef, son r&#244;le c'est de chanter &#231;a du matin au soir, comme un cacato&#232;s aurait pu le faire si on le lui avait appris. Il n'y a pas de vrai chef 2. Mais il n'y a pas cette mise en question pr&#233;cis&#233;ment. Il n'y a pas l'id&#233;e que la loi vient de la collectivit&#233;. Ce qui vient de la collectivit&#233;, c'est le gouvernement. C'est-&#224;-dire, si on prend les trois fonctions de tout pouvoir - l&#233;gif&#233;rer, juger et gouverner - et pas ex&#233;cuter, qui est une hypocrisie des lois constitutionnelles modernes 3, parce que le gouvernement n'ex&#233;cute pas les lois. Le gouvernement gouverne. D&#233;clarer la guerre, ce n'est pas ex&#233;cuter une loi, c'est gouverner. Pr&#233;senter le budget, ce n'est pas ex&#233;cuter une loi, sauf au sens formel, qui dit que le gouvernement chaque ann&#233;e pr&#233;sente le budget. Mais qu'est-ce qu'il y a dans le budget ? La loi ne dit rien, la constitution ne dit rien. C'est le gouvernement qui d&#233;cide, dans la mesure o&#249; il d&#233;cide... Donc, de ces trois fonctions, la collectivit&#233; en exerce deux chez les Iroquois ; elle juge, probablement, et elle gouverne : elle d&#233;cide de faire ou ne pas faire la guerre avec les tribus voisines. Mais elle ne l&#233;gif&#232;re pas. Elle n'institue pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, pour moi, la d&#233;mocratie - et l&#224; encore on retrouve la discussion, si vous voulez, avec Lefort -, ce n'est pas l'ind&#233;termination, c'est l'auto-institution explicite. C'est le fait de dire, comme le disaient les Ath&#233;niens, &#233;dox&#233; t&#232; boul&#232; kai t&#244; d&#232;m&#244; : &#171; Il est apparu bon &#224; la boul&#232; - au conseil - et &#224; l'eccl&#232;sia - [&#224; l'assembl&#233;e] - du peuple &#187; ou, comme on le dit dans certaines constitutions modernes, &#171; la souverainet&#233; appartient au peuple &#187;. C'est le peuple qui est souverain. Donc le peuple peut changer la loi, peu importe s'il ne la change pas, peu importe si on ajoute apr&#232;s qu'il l'exerce directement ou par le moyen de ses repr&#233;sentants, et que finalement ses repr&#233;sentants accaparent tout, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, je pense que c'est l&#224; la diff&#233;rence, et je ne pense pas qu'il y a une naturalit&#233; de la d&#233;mocratie, je pense que la d&#233;mocratie est un r&#233;gime tr&#232;s improbable, et tr&#232;s fragile, et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui montre qu'il n'est pas naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, si vous voulez bien. je passe &#224; l'autre question qui dit : &#171; Quelle chance y a-t-il aujourd'hui, selon vous, de faire rena&#238;tre des formes de d&#233;mocratie directe et quel rapport pourrait-elle &#234;tre entretenir avec le syst&#232;me repr&#233;sentatif ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. C. : Je voudrais poser quand m&#234;me une question sur ce point encore... parce que, &#233;videmment, si je vous ai pos&#233; cette question, c'est qu'elle m'importe. Je pense que la th&#232;se de Baechler est plus d&#233;fendable que vous ne le dites, mais je crois qu'il faut s'entendre sur les choses. Une grande partie de l'incommunicabilit&#233; totale en la mati&#232;re, dans ce type de d&#233;bat, c'est que vous d&#233;finissez, comme d'ailleurs Lefort, fondamentalement la d&#233;mocratie comme processus d'autonomie, comme processus d'auto-interrogation collective. Et vous dites...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : Et d'auto-institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. C. : Et d'auto-institution. Et vous dites - je cherchais une citation de vous, je ne la trouve pas - : &#224; partir du moment o&#249; il n'y a pas d'auto-institution collective explicite, dans les soci&#233;t&#233;s archa&#239;ques, il n'est pas question de parler de d&#233;mocratie. Et vous dites plus pr&#233;cis&#233;ment que vous n'entendez pas d&#233;finir la d&#233;mocratie comme un r&#233;gime, comme une forme institutionnelle. Je crois que tout le d&#233;bat est l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : &#231;a, ce n'est pas tout &#224; fait exact, mais enfin...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. C. : Je n'ai pas retrouv&#233; la citation... Disons que vous &#234;tes plus attentif, comme Lefort, au mouvement d'interrogation, d'auto-institution, d'auto-cr&#233;ation collective qu'&#224; la forme du r&#233;gime politique. Donc, vous ne voulez pas mener la discussion sur ce terrain de la forme du r&#233;gime politique. &#199;a peut se concevoir. Mais je trouve que &#231;a a quand m&#234;me quelques inconv&#233;nients - qui sont d'ailleurs les m&#234;mes que ceux que j'ai signal&#233;s tout &#224; heure dans votre d&#233;bat sur la place de l'Occident par rapport &#224; l'univers - parce qu'&#224; partir du moment o&#249; vous raisonnez ainsi, mis &#224; part le moment historique d&#233;mocratique hell&#233;no-occidental europ&#233;en, au fond, vous posez que tous les r&#233;gimes politiques grosso modo se valent. En tout cas, vous n'introduisez pas de crit&#232;res de distinction entre eux. Or, il me semble pourtant qu'il y a une diff&#233;rence consid&#233;rable entre les diverses formes de pouvoir non occidentales. Nous sommes bien d'accord, ils ne sont pas fond&#233;s sur l'auto-interrogation collective, l'auto-cr&#233;ation, mais il y a une diff&#233;rence consid&#233;rable entre des pouvoirs fond&#233;s sur la violence physique brute ou sur la violence symbolique - qui n'est pas tr&#232;s facile &#224; d&#233;finir, mais c'est une autre affaire - et un pouvoir fond&#233; sur une forme ou une autre de consentement, et m&#234;me souvent sur une certaine unanimit&#233;. C'est l&#224; le fond de l'argument de Baechler. Vous dites que pour vous la tendance naturelle de l'humanit&#233;, c'est la tendance &#224; l'h&#233;t&#233;ronomie, vous ajouteriez sans doute l'h&#233;t&#233;ronomie politique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : L'h&#233;t&#233;ronomie totale. Pourquoi politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. C. : Parce qu'on parle de politique pour l'instant, on parle de d&#233;mocratie, c'est bien pour &#231;a que je parle d'h&#233;t&#233;ronomie politique. Car ce que vous dites est certainement vrai pour les quelques mill&#233;naires r&#233;cents marqu&#233;s par la prolif&#233;ration des formes de monarchie et d'empire, mais la perspective de Baechler consiste &#224; dire que c'est une p&#233;riode historique finalement relativement courte au regard de l'histoire de l'humanit&#233;. Et il introduit dans son raisonnement toute la consid&#233;ration des r&#233;gimes politiques sauvages, etc. La question que je vous pose, c'est celle-l&#224; : est-ce qu'on peut d&#233;finir la d&#233;mocratie uniquement par une dynamique auto-instituante, explicite, et peut-on se dispenser de poser la question du fondement de l'ob&#233;issance collective et du fondement du pouvoir ? Peut-on se dispenser de distinguer entre des r&#233;gimes fond&#233;s sur la violence pure et simple et des r&#233;gimes fond&#233;s sur une certaine acceptation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : Entendons-nous bien : il y a une diff&#233;rence entre les r&#233;gimes qui sont fond&#233;s sur l'acceptation et les r&#233;gimes fond&#233;s sur la violence pure et simple. En disant ce que je disais tout &#224; l'heure, je n'entendais pas dire que, quand on se place d'un point de vue politique, tout est pareil et tout se vaut. Mais il y a l&#224;-dessus - je reviendrai sur la question4 du r&#233;gime - un malentendu tout &#224; fait fondamental, et l&#224; encore c'est la discussion avec Lefort pr&#233;cis&#233;ment. Qu'est-ce qui se passe dans une d&#233;mocratie consensuelle du type... supposons, mettons entre guillemets - personne n'est all&#233; y voir de tr&#232;s pr&#232;s apr&#232;s tout -, chez les Iroquois. Eh bien, c'est le consensus. Mais le consensus comme tel, contrairement &#224; ce qu'on pense, &#224; ce que l'on a l'air de penser aujourd'hui, n'a aucune valeur. Il peut y avoir tout &#224; fait consensus dans une soci&#233;t&#233; compl&#232;tement hi&#233;rarchique. Compl&#232;tement. Et une bonne f&#233;odalit&#233;, c'est une soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur le consensus, et o&#249; chacun est &#224; sa place4. Et c'est encore la soci&#233;t&#233; de Combray, selon Proust, o&#249; chacun &#233;tait &#224; sa place et o&#249; une bourgeoise qui &#233;pousait un noble d&#233;rogeait autant que le noble qui &#233;pousait une putain. C'&#233;tait une personne tout aussi m&#233;prisable parce qu'elle se mariait hors son statut, hors sa place. C'est une des tr&#232;s belles descriptions de Proust... &#199;a, c'&#233;tait la r&#233;alit&#233; europ&#233;enne, mais dans la f&#233;odalit&#233;, c'est la m&#234;me chose. Alors sans doute, le r&#233;gime qui est &#233;tabli sur le consensus peut nous appara&#238;tre comme pr&#233;f&#233;rable. Moi, je dirais, effectivement, qu'il est plus humain, encore que... Il y a un texte m&#233;morable de Pierre Clastres, sur les rites initiatiques dans les soci&#233;t&#233;s primitives, o&#249; on voit par quelle violence extr&#234;me est pay&#233;e l'entr&#233;e dans cette soci&#233;t&#233; &#233;galitaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. C. : C'&#233;taient des limites...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : Cela se passait dans la jungle avec des nids de fourmis sur la peau, etc. Moi, je veux bien que ce soit plus humain... mais ce n'est pas directement notre probl&#232;me. Notre probl&#232;me, c'est : est-ce qu'on peut avoir une soci&#233;t&#233; qui soit vraiment libre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. C. : C'est au sens de Clastres une soci&#233;t&#233; contre la domination... il y a quand m&#234;me une question...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : Mais l&#224; o&#249; il y a la domination, il y a une h&#233;t&#233;ronomie d'un autre type, et &#231;a, Clastres ne le voyait pas, ce n'&#233;tait pas son probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. C. : Il le dit. Vous venez de le rappeler...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : Non, il ne voit pas le fondement de l'h&#233;t&#233;ronomie, parce que au fondement de l'h&#233;t&#233;ronomie, la soci&#233;t&#233; est contre l'&#201;tat ; mais la soci&#233;t&#233; est en un certain sens pour la transcendance de la source de ses normes. Et l&#224;, dans les soci&#233;t&#233;s primitives dont il parle, cette transcendance n'est pas une transcendance au sens occidental, m&#233;taphysique, chr&#233;tien, jud&#233;o-chr&#233;tien, etc., mais c'est le pass&#233; de la soci&#233;t&#233;. C'est la parole des anc&#234;tres. Et sur cette parole nous n'avons aucun pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, il y a un malentendu radical - et &#231;a m'&#233;tonne puisque visiblement vous avez lu le texte qui s'appelle &#171; Fait et &#224; faire &#187; 5 -, et pr&#233;cis&#233;ment, &#231;a a toujours &#233;t&#233; la source, et finalement peut-&#234;tre la pierre de touche de toutes mes divergences avec Lefort, quand vous dites que pour moi, la d&#233;mocratie n'est pas un r&#233;gime. C'est tout le contraire. La d&#233;mocratie, c'est un r&#233;gime. Il y a une description du r&#233;gime d&#233;mocratique qui tient en cinq pages &#224; la fin de ce texte. La d&#233;mocratie est un r&#233;gime o&#249; il y a des droits, o&#249; il y a un habeas corpus, o&#249; il y a la d&#233;mocratie directe, et o&#249; la transformation des conditions sociales et &#233;conomiques permet la participation des citoyens. Si &#231;a valait la peine... je peux vous sortir une description du r&#233;gime d&#233;mocratique tel que je l'ai toujours pens&#233; et d&#233;crit, depuis Socialisme ou barbarie, dans le texte qui s'appelle &#171; Sur le contenu du socialisme &#187; 6 et &#231;a n'a jamais cess&#233; d'&#234;tre l&#224; ! Pourquoi ? Parce que c'est absurde de parler d'un r&#233;gime, d'une soci&#233;t&#233; qui s'auto-institue, s'il n'y a pas des formes d&#233;j&#224; institu&#233;es qui permettent l'auto-institution. &#231;a ne veut rien dire. C'est pour &#231;a que le discours sur l'ind&#233;termination, &#224; mon avis, est vide. Pour que la soci&#233;t&#233; puisse effectivement &#234;tre libre, &#234;tre autonome, pour qu'elle puisse changer ses institutions, elle a besoin d'institutions qui lui permettent de se faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, qu'est-ce que &#231;a veut dire la libert&#233; ou la possibilit&#233; pour les citoyens de participer, le fait de s'&#233;lever contre l'anonymat d'une d&#233;mocratie des masses, s'il n'y a pas dans la soci&#233;t&#233; dont nous parlons quelque chose - quelque chose qui passe &#224; l'as dans les discussions contemporaines, y compris chez Lefort d'ailleurs - qui est la paideia, l'&#233;ducation du citoyen ? Il ne s'agit pas de leur apprendre l'arithm&#233;tique, il s'agit de leur apprendre &#224; &#234;tre citoyens. Personne ne na&#238;t citoyen - Et comment on devient citoyen ? On devient citoyen en l'apprenant. On l'apprend comment ? Mais on l'apprend en regardant d'abord la cit&#233; dans laquelle on se trouve. Et en ne regardant pas cette t&#233;l&#233;vision qu'on regarde aujourd'hui. Or &#231;a, &#231;a fait partie du r&#233;gime. Il faut un r&#233;gime d'&#233;ducation. Il faut un r&#233;gime &#233;conomique aussi d'ailleurs. Si monsieur Berlusconi l&#224;-bas ou monsieur Bouygues ici poss&#232;de les moyens de communication de masse, on peut se demander ce que c'est que la libert&#233; de l'information. Elle est terriblement r&#233;duite. Elle n'est pas combattue, r&#233;prim&#233;e par la police, mais par des moyens infiniment plus efficaces que la police. &#192; preuve le brusque changement qui est intervenu dans les pays de l'Est &#224; partir du moment o&#249; la dictature formelle a &#233;t&#233; abolie. Avant, il y avait un int&#233;r&#234;t politique, maintenant il n'y en a plus. Pourquoi ? Parce qu'ils se sont occidentalis&#233;s tout de suite. Ils ne se sont occidentalis&#233;s sur aucun autre plan, ils se sont occidentalis&#233;s sur le plan de la cr&#233;tinisation civique. Sur le champ. En quinze jours. Trois mois apr&#232;s la chute du Mur de Berlin, il y a eu des &#233;lections. Les gens qui avaient agi contre le r&#233;gime ont eu 0,4% des voix, les gens qui disposaient des t&#233;l&#233;visions de l'Ouest, et notamment Kohl et les chr&#233;tiens d&#233;mocrates, ont eu la majorit&#233;. Maintenant il y a un retour de balancier, mais c'est pour des raisons tout aussi mauvaises ou presque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, pour moi la d&#233;mocratie est un r&#233;gime. Je viens d'ailleurs d'&#233;crire un texte contre Habermas et les autres qui s'appelle &#171; La d&#233;mocratie comme proc&#233;dure et comme r&#233;gime &#187;, o&#249; je dis que la d&#233;mocratie comme proc&#233;dure, &#231;a ne veut rien dire parce que m&#234;me cette proc&#233;dure ne peut pas exister comme proc&#233;dure d&#233;mocratique s'il n'y a pas des dispositions institutionnelles qui la permettent comme r&#233;gime ; et ces dispositions institutionnelles commencent par la formation des citoyens, continuent par les modalit&#233;s qui permettent de les inciter &#224; une participation maximale &#224; la vie politique, collective, etc. Donc, l&#224; il y a un malentendu radical ; et peut-&#234;tre maintenant vous voyez mieux pourquoi Lefort dans sa conception de l'ind&#233;termination se refuserait effectivement &#224; dire quoi que ce soit sur la d&#233;mocratie comme r&#233;gime. Alors que moi, je dis tout le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. C. : Effectivement, je n'ai pas trouv&#233; la citation que je pensais avoir lue, je me suis tromp&#233;, je vous ai confondu l'espace d'un moment avec Lefort, je vous pr&#233;sente mes excuses... [rires]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : Ne serait-ce que visuellement, c'est quand m&#234;me un peu gros ! [rires] Bien, je crois que donc l&#224;-dessus, nous sommes maintenant au clair. Alors je reprends le fil de vos questions : &#171; Quelle chance y a-t-il aujourd'hui, selon vous, de faire rena&#238;tre des formes de d&#233;mocratie directe et quel rapport pourrait-elle entretenir avec le syst&#232;me repr&#233;sentatif ? &#187; &#192; mes yeux, il n'y a de d&#233;mocratie que directe. Une d&#233;mocratie repr&#233;sentative, ce n'est pas une d&#233;mocratie, et l&#224;-dessus je suis d'accord non pas avec Marx mais avec - pas seulement avec lui - Rousseau : &#171; Les Anglais libres un jour sur cinq ans 7 , etc. &#187; Et m&#234;me pas un jour sur cinq ans8. Parce que, un jour sur cinq ans, les jeux sont d&#233;j&#224; faits. Il va y avoir l'&#233;lection du pr&#233;sident de la R&#233;publique au printemps prochain ; quelle sera la libert&#233; des Fran&#231;ais ? Elle sera de choisir entre Balladur et Chirac, ou Balladur et Delors. C'est tout. Il n'y a pas d'autre libert&#233;. Et les jeux sont d&#233;j&#224; faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gros argument contre la d&#233;mocratie directe dans les soci&#233;t&#233;s modernes, c'est soi-disant la dimension de ces soci&#233;t&#233;s. Or, cet argument est un argument de mauvaise foi. Historiquement, r&#233;ellement et politiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi historiquement ? Le r&#233;gime repr&#233;sentatif en Occident est inconnu dans l'Antiquit&#233; - les Anciens ont des magistrats, il n'y a pas de repr&#233;sentants. Et moi, je veux bien avoir des magistrats, je veux bien &#233;lire des magistrats r&#233;vocables, etc., mais je ne veux pas &#234;tre repr&#233;sent&#233;. Je le consid&#232;re comme une insulte personnelle. Le r&#233;gime repr&#233;sentatif appara&#238;t en Occident - et il y a eu un tr&#232;s bon livre du pauvre Yves Barel, La Ville m&#233;di&#233;vale 9 qui d&#233;crit le sens de la soci&#233;t&#233; m&#233;di&#233;vale ; c'est un peu ancien, mais je ne crois pas qu'on ait chang&#233; l&#224;-dessus. Il appara&#238;t dans des cit&#233;s qui tendent &#224; s'auto-gouverner en Occident d&#232;s les 11e, 12e si&#232;cles. Ces cit&#233;s ont le dixi&#232;me de la population d'Ath&#232;nes dans la p&#233;riode classique - 30 &#224; 40 000 citoyens actifs dont la moiti&#233; sans doute se rassemblent dans l'eccl&#232;sia, et peut-&#234;tre plus quand il y a des grandes d&#233;cisions &#224; prendre. Or, ces cit&#233;s ont peut-&#234;tre 3 000 ou 6 000 personnes. Elles &#233;lisent des repr&#233;sentants, elle n'&#233;lisent pas des magistrats. Elles &#233;lisent des repr&#233;sentants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de la repr&#233;sentation est une id&#233;e moderne, et sa racine dans l'h&#233;t&#233;ronomie politique et l'ali&#233;nation politique est &#233;vidente. C'est quoi les repr&#233;sentants ? Qu'est-ce que &#231;a veut dire les repr&#233;sentants ? Le terme est devenu intransitif avec le temps. Mais au d&#233;part, il est transitif. Les repr&#233;sentants sont des repr&#233;sentants aupr&#232;s du pouvoir. Donc, le fait d'&#233;lire des repr&#233;sentants pr&#233;suppose qu'il y a un roi, et c'est le cas classique en Angleterre par exemple, un roi aupr&#232;s de qui on envoie ses repr&#233;sentants. Et le roi gouverne, King in his parliament, ce n'est pas la monarchie absolue, c'est le roi dans son parlement avec les repr&#233;sentants de ses sujets, de ses populations. Donc, &#231;a n'a rien &#224; faire comme tel avec la dimension de la population, et la preuve que &#231;a n'a rien &#224; faire comme tel c'est qu'on peut poser la question sous un autre angle. Supposons que, dans une nation moderne il ne peut pas y avoir de d&#233;mocratie directe. Pourquoi il ne peut pas y avoir de d&#233;mocratie directe dans une ville de 100 000 habitants, c'est-&#224;-dire de 50 000 citoyens actifs ? ce n'est pas la dimension puisqu'&#224; Ath&#232;nes, elle &#233;tait possible alors qu'il y avait 40 000 habitants, citoyens actifs. Alors, &#233;tablissons la d&#233;mocratie directe dans les cit&#233;s de 40 000 habitants actifs, citoyens actifs. Mais, non. Personne ne soul&#232;ve la question sous cet angle... Donc, l'argument est tout &#224; fait sophistique et il est m&#234;me de mauvaise foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas faire la critique du r&#233;gime repr&#233;sentatif, parce qu'elle a &#233;t&#233; faite cinquante mille fois, il n'y a rien &#224; ajouter. Mais le vrai argument pour la d&#233;mocratie repr&#233;sentative - il ne faut pas l'oublier -, c'est l'argument de Benjamin Constant dans &#171; Libert&#233; des modernes, libert&#233; des anciens &#187;, qui date de 1820 &#224; peu pr&#232;s 10, et qui est d&#233;j&#224; esquiss&#233; par Ferguson dans An Essay on the History of Civil Society, en 1770 11. C'est quoi cet argument ? Ces gens-l&#224;, ce n'&#233;taient pas des id&#233;ologues et des th&#233;oriciens de mauvaise foi ; c'&#233;taient des politiques, qui avaient les pieds sur terre. C'est quoi ? C'est que, dans les soci&#233;t&#233;s modernes, ce qui int&#233;resse les gens, ce n'est pas la gestion des affaires communes, c'est la protection de leurs jouissances. &#199;a, c'est les termes de Constant ; mais Ferguson disait d&#233;j&#224; &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me chose. Constant ajoute d'ailleurs que, comme la majorit&#233; - c'est un argument tout &#224; fait aristot&#233;licien - comme la majorit&#233; des gens dans la soci&#233;t&#233; moderne occupent des m&#233;tiers... banausiques, aurait-il dit, s'il parlait grec, des m&#233;tiers abrutissants, comme les ouvriers de l'industrie, il est tout &#224; fait normal qu'il y ait un suffrage censitaire et que seules votent les personnes qui, par leur mode de vie, ont le loisir de r&#233;fl&#233;chir aux affaires publiques et de s'en occuper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la question r&#233;elle d'une d&#233;mocratie directe effectivement &#224; l'&#233;chelle des soci&#233;t&#233;s modernes, des nations, peut-&#234;tre des continents, peut-&#234;tre de l'humanit&#233; enti&#232;re. Or, je n'ai pas la r&#233;ponse sur les formes institutionnelles l&#224;-dessus. La seule chose que je dis c'est que, dans les cr&#233;ations des grands mouvements politiques et sociaux de l'&#233;poque moderne, on peut encore trouver des germes de formes de r&#233;gimes qui permettent une d&#233;mocratie directe. Par exemple, dans la forme de la Commune de Paris ou des soviets - les vrais, avant qu'ils soient domestiqu&#233;s par les bolcheviques -, ou des conseils ouvriers. Avec effectivement un pouvoir, le plus grand possible, des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, c'est-&#224;-dire de la d&#233;mocratie directe pour les d&#233;cisions ultimes et, subsidiairement comme on dirait maintenant, un pouvoir de d&#233;l&#233;gu&#233;s, mais des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;videmment &#233;lus et r&#233;vocables, r&#233;vocables &#224; tout instant, c'est-&#224;-dire ne pouvant pas exproprier la collectivit&#233; de son pouvoir pour se l'arroger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, l&#224;-dessus, encore une fois, je pense que s'il doit y avoir une d&#233;mocratie, elle ne peut &#234;tre que d&#233;mocratie directe ; mais que, s'il doit y avoir une d&#233;mocratie, elle ne pourra sortir que d'un &#233;norme mouvement populaire de la soci&#233;t&#233;, de la grande majorit&#233; de la soci&#233;t&#233;. Il y a une cr&#233;ativit&#233; de la soci&#233;t&#233; qui seule est &#224; la mesure d'un probl&#232;me de ce type. Alors si la soci&#233;t&#233; n'est pas capable de trouver des formes d'exercice du pouvoir qui soient vraiment d&#233;mocratiques, que ce soit celles que j'ai esquiss&#233;es ou d'autres, peut-&#234;tre plus efficaces, alors il n'y aura rien &#224; faire, il y aura &#224; nouveau un r&#233;gime repr&#233;sentatif, et il y aura &#224; nouveau ce que Marx a appel&#233; la rechute dans tout le fatras ant&#233;rieur, c'est-&#224;-dire la rechute dans l'expropriation du pouvoir par les repr&#233;sentants, par les poss&#233;dants, par les gens des m&#233;dias actuellement, etc. Voil&#224; pour cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. D. : Je reconnais dans ce qui vient d'&#234;tre dit vos positions, que je connais bien depuis tr&#232;s longtemps. Mais je suis toujours &#233;tonn&#233; par ce qui m'appara&#238;t &#234;tre de plus en plus la radicalit&#233; - enfin vous inscrivez les choses dans une alternative tranch&#233;e -, la forme extr&#234;me que vous donnez &#224; l'id&#233;e d'autonomie au point que, &#224; ce moment-l&#224;, on en arrive &#224; ne plus pouvoir reconna&#238;tre comme ayant une valeur propre aucune institution, aucune repr&#233;sentation, ne serait-ce que provisoire. Il y a d'une part une pure autonomie, et de l'autre toute forme d'institutionnalisation ou de repr&#233;sentation. Or &#231;a fait tout de m&#234;me aussi partie de l'histoire politique. Toute ext&#233;riorit&#233; est &#224; ce moment-l&#224; discr&#233;dit&#233;e. J'en reviens &#224; un propos un peu ant&#233;rieur dans la discussion qui concernait les lois, avec l'exemple des Iroquois. Vous avez rappel&#233; votre concept fondamental, votre position philosophique fondamentale, l'auto-institution explicite, et je me dis - enfin, c'est peut-&#234;tre trivial de le dire, je m'en excuse : mais est-ce qu'on ne peut pas concevoir qu'on puisse reconna&#238;tre librement des lois comme bonnes ? Est-ce que cette id&#233;e d'autonomie doit n&#233;cessairement conduire &#224; une sorte de compulsion du changement ? C'est l&#224; qu'il risque d'y avoir un glissement entre l'exigence de libert&#233; et d'autonomie, et quelque chose d'autre peut-&#234;tre. Il me semble qu'il faudrait creuser de ce c&#244;t&#233;-l&#224;. Vous reconnaissez vous-m&#234;me qu'il n'y a pas de pur acte d'auto-institution, vous avez reconnu tout &#224; l'heure qu'il y a une limite de notre pouvoir d'actions, donc c'est aussi li&#233; &#224; notre finitude. Nous nous inscrivons dans une tradition, nous reconnaissons que le monde existait d&#233;j&#224; avant nous ; alors, est-ce qu'il n'y a pas une possibilit&#233;, c'est que nous reconnaissions comme bonnes certaines lois sans avoir le besoin absolu de les changer, m&#234;me si nous nous r&#233;servons cette &#233;ventualit&#233;, et si c'est n&#233;cessaire 12 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : Je crois qu'il y a encore un malentendu. Je ne sais pas... sans doute, je suis tr&#232;s mauvais dans l'explication de mes positions, parce que tr&#232;s souvent, je ne me reconnais pas dans les critiques qui me sont faites. Ou alors je suis aveugle sur moi-m&#234;me. Je crois que je suis autant que faire se peut autonome dans le domaine de la pens&#233;e. Je parle de moi, Castoriadis. Qu'est-ce que je veux dire par l&#224; ? Je ne veux certainement pas dire que j'ai une compulsion de changement et que chaque journ&#233;e, chaque matin, je me l&#232;ve, je prends tout ce que j'ai &#233;crit, je le feuillette, et je me dis : je l'ai &#233;crit, donc &#231;a ne peut plus &#234;tre vrai, il faut le changer.. Non. Absolument pas. Etre autonome pour moi, &#231;a veut dire que je continue &#224; fonctionner, que je continue &#224; penser, que j'ai de temps en temps des id&#233;es nouvelles, et que j'esp&#232;re que je continuerai &#224; en avoir - sauf si l'Alzheimer me rattrape - et que je me donne le droit d'&#233;crire, comme il m'est arriv&#233; de l'&#233;crire, que ce que j'ai &#233;crit &#224; tel endroit &#233;tait faux, ou &#233;tait insuffisant, qu'il faut le revoir, et qu'il faut aller plus loin. &#199;a, je l'ai fait. Vous connaissez ma carri&#232;re. J'ai commenc&#233; comme marxiste. J'ai commenc&#233; par refuser l'&#233;conomie de Marx, puis sa th&#233;orie du travail et de la technique, puis sa sociologie, puis sa conception de l'histoire, sa philosophie, puis je me suis mis &#224; reprendre l'histoire de la philosophie, &#224; refuser des tas de choses que jusqu'alors j'avais accept&#233;es, etc., et je continue. Et la m&#234;me chose par rapport &#224; Freud, par exemple, pour qui j'ai un &#233;norme respect. Je suis psychanalyste pratiquant ; mais au point o&#249; j'en suis maintenant, il y a tr&#232;s peu de chose qui soit litt&#233;ralement du Freud dans ce que je pense, dans ce que je fais, dans ce que je dis, dans le domaine de la psychanalyse. C'est &#231;a. Il n'y a pas de compulsion de changement. Et je ne pense pas une soci&#233;t&#233; autonome comme domin&#233;e par une compulsion de changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est-ce que c'est l'autonomie ? L'autonomie, c'est que l'on puisse &#224; chaque moment dire : est-ce que cette loi est juste ? Qu'est-ce que c'est l'h&#233;t&#233;ronomie ? L'h&#233;t&#233;ronomie, c'est que la question ne sera pas soulev&#233;e, comme on dit dans les tribunaux. La question ne sera pas pos&#233;e. C'est interdit. Si vous &#234;tes un vrai juif, vous ne pouvez pas poser la question : est-ce que les prescriptions qu'il y a dans l'Exode et le Deut&#233;ronome sont justes ou ne sont pas justes ? La question n &#8216;a pas de sens. N'a pas de sens, parce que le nom de Dieu est Justice et que ces lois sont la parole de Dieu. Alors, dire que c'est injuste, c'est dire que le cercle est carr&#233;. Voil&#224;. L&#224; c'est la forme la plus extr&#234;me et la plus &#233;volu&#233;e, et la plus subtile, et la plus grandiose de la chose ; mais la m&#234;me chose vaut pour tout ce que j'appelle les soci&#233;t&#233;s h&#233;t&#233;ronomes. Donc, il ne s'agit pas de remettre chaque jour &#224; l'ordre du jour de l'assembl&#233;e la totalit&#233; des dispositions l&#233;gislatives existantes et d'inviter la population &#224; les r&#233;approuver ou &#224; les changer. Il s'agit simplement de m&#233;nager la possibilit&#233; - mais la possibilit&#233; effective - que les institutions puissent &#234;tre alt&#233;r&#233;es, et sans que, pour cela, il faille des barricades, des torrents de sang, des bouleversements, des morts et tout le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, vous dites : toute institutionnalisation est exclue. Mais je disais pr&#233;cis&#233;ment : pas du tout ! Une soci&#233;t&#233; autonome est une soci&#233;t&#233; qui a des institutions d'autonomie, par exemple des magistrats. Je disais tout &#224; l'heure que ces magistrats, je les accepte ; non seulement je les accepte, mais je d&#233;fends leur n&#233;cessit&#233; ; il faut seulement qu'ils soient r&#233;vocables. Dans ce able de r&#233;vocable g&#238;t toute la question, et l&#224; on voit la mesure &#233;norme dans laquelle l'histoire effective d&#233;passe toutes nos discussions. Parce que, bien entendu, on doit r&#233;inscrire dans la constitution la clause : &#171; Tout magistrat est r&#233;vocable par ses mandants &#187;. Et on l'inscrira dans ma soci&#233;t&#233;. Mais cette clause en elle-m&#234;me ne veut rien dire. Si les gens... D'abord, il se peut que les magistrats soient impeccables, ou en tout cas tr&#232;s, tr&#232;s bons, et que donc, on les laisse accomplir leurs mandats et qu'on les r&#233;&#233;lise, etc. Mais il se peut aussi que les gens commencent &#224; s'en foutre ; et que donc, comme on l'a vu tant de fois, dans les gr&#232;ves, dans les mouvements &#233;tudiants, etc., les magistrats, les d&#233;l&#233;gu&#233;s, les repr&#233;sentants, les secr&#233;taires s'incrustent - pas forc&#233;ment parce qu'ils veulent s'incruster, mais parce que les autres disent : il y a Dewitte, il y a Caill&#233;, il y a Latouche, ils se d&#233;merderont ; nous, on va au cinoche !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la v&#233;rit&#233; &#233;vidente ! or, contre &#231;a, qu'est-ce que vous voulez prendre comme mesure institutionnelle ? Bien s&#251;r, vous pouvez prendre des mesures institutionnelles comme certaines qui existent d&#233;j&#224; - mais on voit ce qu'elles donnent. C'est-&#224;-dire que, m&#234;me si les magistrats s'incrustaient parce que les mandants n'exercent pas leur droit &#224; les r&#233;voquer, ces magistrats ne peuvent pas faire n'importe quoi - parce qu'il y a des tribunaux, parce qu'il y a le Conseil d'&#201;tat, parce qu'il y a la Cour des comptes, etc. Nous pouvons suivre tous les jours, dans les journaux, les faibles moyens d'un tel syst&#232;me... Il faut maintenir de tels garde-fous, bien s&#251;r, mais ce ne sont pas eux qui vont r&#233;soudre le probl&#232;me. Le seul probl&#232;me, c'est l'activit&#233; des gens. La diff&#233;rence est qu'on ne peut pas prendre cette activit&#233; des gens comme un miracle qui se produira ou ne se produira pas... Le d&#233;sir et la capacit&#233; des citoyens &#224; participer aux activit&#233;s politiques sont eux-m&#234;mes un probl&#232;me et une t&#226;che politiques. Et pour une part, ils rel&#232;vent d'institutions qui les induisent, les prescrivent et cr&#233;ent des citoyens port&#233;s vers cela et non pas vers la protection de leurs jouissances. Voil&#224; ! Et &#231;a, c'est &#224; institutionnaliser !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. C. : (&#224; l'assistance) Pas d'autres questions... ? Moi, je voudrais revenir sur une question... Je suis d&#233;sol&#233;, mais il y a des questions que je voulais vous poser depuis tr&#232;s longtemps... Tant que je vous ai sous la main, j'en profite honteusement... Chantal... ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. M. : Oui, je voudrais revenir sur cette question. Parce que c'est vraiment l&#224; o&#249;... J'ai beaucoup de sympathie pour beaucoup de vos positions mais c'est vraiment l&#224; o&#249; &#231;a coince...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je serais dispos&#233;e &#224; accepter avec vous qu'il ne peut y avoir d&#233;mocratie que directe. Admettons - mais je vais tout de suite dire o&#249; sont les limites... Je suis tout &#224; fait d'accord que l'argument de dimension est un argument de mauvaise foi. Mais je ferai malgr&#233; tout une d&#233;fense de ce que j'appellerais le syst&#232;me repr&#233;sentatif, pas du tout sur des arguments de dimension, pas non plus sur les arguments de Benjamin Constant. Je crois qu'au fond on n'a pas encore v&#233;ritablement &#233;labor&#233; la philosophie politique qui justifierait ce syst&#232;me - le r&#233;gime repr&#233;sentatif - et qu'il faudrait justement chercher des arguments d'un autre c&#244;t&#233; et qui auraient plut&#244;t &#224; voir avec la d&#233;fense de la libert&#233; individuelle. Je m'explique : il n'y a de d&#233;mocratie que directe, d'accord ; mais est-ce que la d&#233;mocratie garantit la libert&#233; individuelle ? Est-ce que justement, pour pouvoir la garantir, il n'est pas n&#233;cessaire d'avoir, &#224; c&#244;t&#233; des institutions d&#233;mocratiques, d'autres institutions qui auraient plut&#244;t &#224; voir avec ce que j'appellerais la question du pluralisme. Et donc, au fond, c'est pour &#231;a que, pour moi, le meilleur r&#233;gime, c'est toujours un r&#233;gime mixte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans votre position, dans la position de Rousseau, il y a tout de m&#234;me quelque chose qui me pr&#233;occupe. Est-ce qu'elle ne repose pas sur l'id&#233;e qu'au fond le peuple &#171; un &#187;, quand il va d&#233;cider directement dans cette d&#233;mocratie repr&#233;sentative, va n&#233;cessairement choisir des politiques et prendre des d&#233;cisions qui vont garantir la libert&#233; de tous ? Est-ce que telle n'est pas la question qu'au fond des gens comme Stuart Mill ont pos&#233;e ? C'est l&#224;, dans ce que j'appelle le lib&#233;ralisme politique, qu'il y a tout m&#234;me quelque chose d'important pour penser la d&#233;mocratie aujourd'hui ; c'est la d&#233;fense des minorit&#233;s. Apr&#232;s tout, la Suisse est un r&#233;gime beaucoup plus d&#233;mocratique que beaucoup d'autres, mais cela ne l'emp&#234;che pas de prendre des d&#233;cisions qui, par exemple en ce qui concerne les immigr&#233;s, sont tout de m&#234;me tr&#232;s probl&#233;matiques. Est-ce que votre position ne suppose pas justement une esp&#232;ce d'unit&#233; bonne qui fait que, si on peut d&#233;cider tous ensemble, on va n&#233;cessairement prendre de bonnes d&#233;cisions ? Mais je ne le crois pas ; et c'est pourquoi, &#224; c&#244;t&#233; de cette d&#233;mocratie, il faut des institutions qui ne sont pas d&#233;mocratiques - d'accord, elles ne sont pas d&#233;mocratiques -, mais qui vont permettre justement de garantir, dans certaines conditions, la libert&#233; individuelle et un certain pluralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : Je vais r&#233;pondre l&#224;-dessus, mais d'autres questions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. C. : Tout &#224; l'heure, j'&#233;tais sur la m&#234;me lanc&#233;e que Chantal Mouffe. Personnellement, je suis tout &#224; fait attach&#233; &#224; cette exigence de d&#233;mocratie directe. Elle a totalement disparu du paysage intellectuel fran&#231;ais depuis tr&#232;s longtemps ; on n'en entend plus parler - sauf par vous. Or je crois qu'elle est tout &#224; fait fondamentale. Mais, moi aussi, je bute sur votre formulation car je ne pense pas que la d&#233;mocratie directe puisse se substituer &#224; un r&#233;gime de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative. Il me semble qu'on doit la r&#233;tablir non &#224; la place mais en compl&#233;ment d'un r&#233;gime de d&#233;mocratie repr&#233;sentative, &#224; peu pr&#232;s pour les raisons que vient de dire Chantal Mouffe. Pourquoi un r&#233;gime de d&#233;mocratie repr&#233;sentative, dont on peut dire qu'il n'est pas d&#233;mocratique, est-il malgr&#233; tout n&#233;cessaire ? On voit bien d&#233;j&#224;, pour des raisons de faits. Vous avez fait allusion aux exp&#233;riences des soviets. Elles n'ont pas dur&#233; tr&#232;s longtemps. Pour des raisons qu'il faut analyser, et qui ne sont pas un grand myst&#232;re. Quelle est la raison fondamentale ? Sur quoi reposait la d&#233;mocratie directe &#224; l'ancienne ? Elle reposait fondamentalement sur l'autochtonie. Sur le fait que les gens &#233;taient issus d'une m&#234;me souche, d'une m&#234;me race, d'une m&#234;me culture, d'un m&#234;me sol, qu'ils partaient de valeurs communes, et que cela permettait l'unit&#233; de la d&#233;cision politique. Le probl&#232;me qui se pose aux d&#233;mocraties modernes, depuis la perte d'une relative homog&#233;n&#233;it&#233; sociale - qui est &#233;galement celle que postule Rousseau d'ailleurs, dont la d&#233;mocratie est une d&#233;mocratie de petits producteurs -, la question des d&#233;mocraties modernes est simple : elle survient lorsque justement il n'y a plus d'autochtonie, qu'il n'y a plus d'unit&#233;, d'homog&#233;n&#233;it&#233; &#233;conomique, culturelle, sociale, et qu'il faut mettre en rapport des groupes qui sont tout autre. La question se pose &#224; un m&#233;ta-niveau, et elle n'est apparemment plus soluble seulement par la d&#233;mocratie directe. Il faut une autre dimension - &#231;a pourrait &#234;tre le r&#233;gime mixte -, il faut une autre instance. Et vous disiez vous-m&#234;me : de toute fa&#231;on, il faut des institutions qui cr&#233;ent la d&#233;mocratie directe. Bien entendu, mais cela veut dire que cette institution-l&#224;, elle n'est pas fond&#233;e par la d&#233;mocratie directe...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : D'abord, la d&#233;mocratie directe, le r&#233;gime d&#233;mocratique auquel je pense, n'est pas le paradis sur terre. Ce n'est pas le r&#233;gime parfait, et je ne sais pas ce que r&#233;gime parfait veut dire. Ce n'est pas un r&#233;gime qui est immunis&#233;, par construction, contre toute erreur, aberration, folie ou crime 13. Les Ath&#233;niens en ont commis, les Fran&#231;ais en 1793... en ont commis ; en Am&#233;rique du Nord &#231;a a &#233;t&#233; un peu moins extr&#234;me, mais enfin... Donc, ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Mais si on &#233;voque ce point, il ne faut pas oublier que des erreurs, des aberrations, des folies et des crimes ont &#233;t&#233; commis en surabondance par les autres r&#233;gimes, y compris par le r&#233;gime repr&#233;sentatif. Les lois anti-rouges aux &#201;tats-Unis par exemple ont &#233;t&#233; vot&#233;es en toute r&#233;gularit&#233; par la Chambre des repr&#233;sentants et le S&#233;nat. J'ai &#233;crit une fois une phrase qui est peut-&#234;tre parmi tout ce que j'ai &#233;crit la phrase que je pr&#233;f&#232;re : c'est que personne ne peut prot&#233;ger l'humanit&#233; contre sa propre folies. Ni la d&#233;mocratie, encore moins la monarchie - parce que la monarchie, c'est la folie du monarque, c'est Louis XV, c'est la Cabale...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, la d&#233;fense des individus et des minorit&#233;s ? Mais je suis tout &#224; fait d'accord, je renvoie encore &#224; &#171; Fait et &#224; faire &#187;. Il faut des dispositions renforc&#233;es, constitutionnelles en ce sens que leur r&#233;vision est soumise par exemple &#224; des conditions plus restrictives, &#224; des majorit&#233;s qualifi&#233;es, si vous voulez, &#224; des d&#233;lais de r&#233;flexion plus longs, qui garantissent les libert&#233;s individuelles - ce que nous appelons aujourd'hui les droits, qui garantissent, comportent un habeas corpus, qui comportent des r&#232;gles - comme d&#233;j&#224; depuis les Romains : il n'y a pas de crime, ni de peine sans loi pr&#233;alable. Et tout &#231;a peut &#234;tre enrichi et doit &#234;tre enrichi. Parce que tout &#231;a, c'est insuffisant. On peut &#233;galement formuler des dispositions d&#233;fendant les minorit&#233;s, diff&#233;rentes cat&#233;gories de minorit&#233;s. Ces dispositions feront partie de la constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que vous proposez qu'on ait une constitution radicalement non r&#233;visable ? qui ne pourrait sous aucune condition &#234;tre r&#233;vis&#233;e ? Vous ne pouvez pas. Si vous disiez oui, ce serait une aberration. Parce que la constitution, m&#234;me si elle ne le pr&#233;voit pas, sera r&#233;vis&#233;e par la force des armes. On en est &#224; la cinqui&#232;me constitution fran&#231;aise r&#233;publicaine, sans parler des constitutions monarchiques qu'il y a eu entre-temps. Je ne sais pas combien de pays ont eu quarante constitutions, et elles sont toutes devenues des torchons de papier. L'id&#233;e d'une constitution non r&#233;visable est &#224; la fois r&#233;ellement fausse et logiquement absurde. Mais vous ne pourrez jamais emp&#234;cher - comme vous ne pouvez pas emp&#234;cher les Suisses de restreindre par r&#233;f&#233;rendum l'entr&#233;e des &#233;migrants -, vous ne pourrez jamais emp&#234;cher que le peuple un jour - je vais dire quelque chose de provocant - ne dise : &#171; Tous les individus qui ont une taille inf&#233;rieure &#224; l,60 m ou sup&#233;rieure &#224; 1,90 m sont priv&#233;s de droit de vote &#187;. Comme les autres sont la majorit&#233; &#233;crasante, ils pourront tr&#232;s bien prendre cette disposition. Qu'est-ce que vous allez faire ? Moi, je serai contre, je me battrai jusqu'&#224; la mort contre une telle disposition, j'essayerai d'ameuter les gens contre. Si vous admettez une r&#232;gle de la majorit&#233;, vous admettez n&#233;cessairement que, malgr&#233; toutes les garanties, il y a toujours la possibilit&#233; que les gens deviennent fous, et qu'ils fassent ceci, cela. Hitler n'a pas &#233;t&#233; amen&#233; au pouvoir par une majorit&#233;, mais c'&#233;tait tout comme. Alors, qu'est-ce qu'il fallait faire ? Priver les Allemands du droit de vote ou quoi ? C'est le mouvement de l'histoire. On peut se battre contre, mais on ne peut pas se garantir par des dispositions juridiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce que je ne vois absolument pas, et qui me para&#238;t vraiment comme une fallace dans votre raisonnement et dans le raisonnement de Caill&#233;, c'est en quel sens le fait que la d&#233;mocratie est repr&#233;sentative, et non pas directe, constitue une garantie suppl&#233;mentaire. Je ne vois absolument pas pourquoi une Chambre des repr&#233;sentants &#224; un Congr&#232;s... On a maintenant aux &#201;tats-Unis un Congr&#232;s qui se pr&#233;pare &#224; faire - s'il le fait, s'il ose le faire - des monstruosit&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que ce que vous dites rel&#232;ve d'une tradition id&#233;ologique de r&#233;interpr&#233;tation de l'Antiquit&#233;, qui a &#233;t&#233; l'une des deux r&#233;interpr&#233;tations entre lesquelles l'Occident a oscill&#233;, et qui consistait &#224; repr&#233;senter le d&#232;mos ath&#233;nien dans des moments de folie, condamnant les g&#233;n&#233;raux des Arginuses 14 ou prenant telle autre d&#233;cision monstrueuse, en oubliant toutes les autres d&#233;cisions que le d&#232;mos des Ath&#233;niens avait prises pendant cent ans et qui ont abouti &#224; un certain nombre de merveilles que nous connaissons quand m&#234;me. Mais le d&#232;mos des Ath&#233;niens a eu des moments de folie, mais il y a eu des chambres &#233;lues repr&#233;sentatives qui ont eu &#233;galement des moment de folie et qui ont pris de mauvaises d&#233;cisions... Je ne vois pas en quoi, je vous prie de r&#233;fl&#233;chir l&#224;-dessus, le fait qu'il y ait un r&#233;gime repr&#233;sentatif garantit davantage les libert&#233;s individuelles. Ce ne sont pas les repr&#233;sentants qui garantissent les libert&#233;s individuelles, ce sont les dispositions constitutionnelles. Et si la constitution vaut, si nous avons la certitude, que, par exemple, aux &#201;tats-Unis ou en France la restauration de l'esclavage est impossible ou - il n'y a rien d'impossible ! - extr&#234;mement improbable, ce n'est pas parce que la constitution le dit - l&#224;, on serait des cr&#233;tins ; c'est parce qu'on sait que s'il y avait une proposition de restauration de l'esclavage, il y aura une &#233;crasante majorit&#233; du peuple qui sera pr&#234;te &#224; se battre pour qu'elle n'ait pas lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous m'associez &#224; Rousseau et Caill&#233; aussi. Mais, moi, je n'ai rien &#224; faire avec Rousseau dans l'histoire ; j'ai mentionn&#233; Rousseau uniquement dans la critique de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative, je ne suis absolument pas d'accord avec les conceptions de Rousseau sur la volont&#233; g&#233;n&#233;rale, sur l'interdiction des factions, etc. Je n'ai rien &#224; voir avec tout cela...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je crois qu'il y a quand m&#234;me quelque chose dans ce que vous dites qui est tr&#232;s important et qu'il vaut la peine d'expliciter - et l&#224;, il y a une diff&#233;rence entre la d&#233;mocratie moderne, entre les r&#233;gimes modernes et le r&#233;gime ancien. C'est la conception des repr&#233;sentants comme repr&#233;sentants d &#8216;int&#233;r&#234;ts particuliers. Et c'est effectivement moderne, et &#231;a, en un sens, je suis contre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, ce serait une tr&#232;s longue discussion, mais je reprendrai un exemple que j'aime beaucoup. Il y avait une disposition dans les lois ath&#233;niennes, mentionn&#233;e par Aristote, dans la Politique 15, je crois, qui disait que, lorsque l'assembl&#233;e du peuple doit d&#233;cider d'une guerre &#224; faire ou &#224; ne pas faire contre une autre cit&#233; limitrophe, les citoyens habitant les r&#233;gions frontali&#232;res n'ont pas le droit de participer au vote. Pourquoi ? Parce qu'ils ne peuvent pas voter honn&#234;tement, ou alors on les met dans le double bind qui conduit &#224; la psychose. Ou bien ils votent en tant que citoyens en oubliant le fait que leurs oliviers vont &#234;tre d&#233;truits, leurs maisons br&#251;l&#233;es, etc., et c'est une chose qui fait mal ; ou bien ils votent en tant que propri&#233;taires de maisons, d'oliviers, etc., et ils se foutent des int&#233;r&#234;ts de la cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, c'est ce deuxi&#232;me cas qui se r&#233;alise constamment dans la soci&#233;t&#233; contemporaine. Les repr&#233;sentants, on dit qu'ils sont des repr&#233;sentants du peuple... mais ce ne sont pas des repr&#233;sentants du peuple ! Voyez ce qui se passe dans la r&#233;alit&#233;, il faut faire quand m&#234;me un peu de sociologie politique r&#233;elle. Qu'est-ce que les congressistes am&#233;ricains, qu'est-ce que les d&#233;put&#233;s fran&#231;ais ? Qu'est-ce qu'ils d&#233;fendent d &#8216;abord ? Ils d&#233;fendent les int&#233;r&#234;ts sectoriels de leurs &#233;lecteurs. Le Congr&#232;s am&#233;ricain, le pork et tout &#231;a, les mesures pour les r&#233;gions - il faut maintenir les cr&#233;dits &#224; Boeing parce que c'est Seattle, l'&#201;tat de Washington, il faut telle base dans le Texas, il faut la maintenir parce qu'elle donne du travail &#224; dix mille personnes dans la r&#233;gion, etc. Et plus g&#233;n&#233;ralement - l&#224;, c'est le populo, mais il y a aussi des int&#233;r&#234;ts plus consistants - c'est &#231;a la base, enfin... une des substances de la repr&#233;sentation actuellement... C'est la reconnaissance d'int&#233;r&#234;ts conflictuels dans la soci&#233;t&#233; et l'id&#233;e que par la repr&#233;sentation, par ce r&#233;gime de d&#233;mocratie indirecte, les int&#233;r&#234;ts peuvent n&#233;gocier entre eux des solutions de compromis. Le r&#233;sultat, c'est quoi ? C'est la situation actuelle dans laquelle il y a en effet des compromis ou des give and take - &#171; oui, d'accord, on vous accorde telle augmentation des subventions &#224; l'agriculture &#224; condition que vous accordiez cela &#187; ; et c'est l'impuissance politique totale des parlementaires, c'est la raison pour laquelle aucune d&#233;cision n'est prise, que tous les politiciens discourent sur les r&#233;formes n&#233;cessaires et que &#231;a ne se fait jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, je suis d'accord avec vous pour dire qu'on ne peut pas ignorer l'existence de particularit&#233;s dans la soci&#233;t&#233;, on ne peut pas parler en termes de soci&#233;t&#233; unifi&#233;e, qu'il faut trouver un moyen pour que ces droits-l&#224; soient sauvegard&#233;s autant qu'il est raisonnable ; mais il faut maintenir, et l&#224;-dessus, je suis absolument intransigeant, l'unit&#233; du corps politique en tant que corps politique qui a en vue l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233; et non pas les viticulteurs du Midi. Les viticulteurs du Midi sont tr&#232;s respectables, il faut les prot&#233;ger, mais on ne peut pas les mettre au-dessus des int&#233;r&#234;ts de la collectivit&#233; dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. M. : Rapidement... Je voudrais pr&#233;ciser ce que je voulais dire parce que je suis tout &#224; fait d'accord avec ce que vous venez de dire. Je ne veux pas du tout d&#233;fendre le syst&#232;me repr&#233;sentatif tel qu'il existe aujourd'hui, parce qu'il est certain que ce qui est en jeu, ce sont des int&#233;r&#234;ts particuliers. Mais je pensais &#224; une d&#233;mocratie repr&#233;sentative &#224; venir. Et donc, quel serait justement ce r&#233;gime d&#233;mocratique &#224; venir, pour lequel on veut lutter ? Moi, je crois que ce ne serait justement pas un r&#233;gime de d&#233;mocratie directe, mais un r&#233;gime de d&#233;mocratie repr&#233;sentative o&#249; la question sur laquelle se jouerait le conflit ne serait pas le conflit des int&#233;r&#234;ts, mais le conflit sur les diff&#233;rentes interpr&#233;tations du bien commun. Parce que je crois, et c'est ce que disait Alain aussi, la grande diff&#233;rence, &#224; mon avis, entre la situation d'aujourd'hui et la situation grecque, c'est la question de l'homog&#233;n&#233;it&#233;, la question du pluralisme, et on ne peut pas donner pour &#233;vident - self-evident comme on dit en anglais - qu'il y a une seule ou m&#234;me une interpr&#233;tation de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral plus juste qu'une autre. Je suis tout &#224; fait d'accord avec vous en ce qui concerne la critique de la soci&#233;t&#233; actuelle. Mais je crois que la soci&#233;t&#233; pour laquelle on veut lutter, &#231;a serait une soci&#233;t&#233; o&#249; justement les partis joueraient un r&#244;le diff&#233;rent, ne seraient pas les repr&#233;sentants des int&#233;r&#234;ts particuliers, mais o&#249; la question se jouerait sur des interpr&#233;tations diff&#233;rentes de ce qu'est le bien commun. Il n'y a pas une seule id&#233;e juste de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, et il faut faire place justement au conflit en ce qui concerne ces interpr&#233;tations diff&#233;rentes. Donc, ce serait une d&#233;mocratie repr&#233;sentative qui n'existe pas, bien entendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. C. : Une d&#233;mocratie repr&#233;sentative qui n'existe pas, une d&#233;mocratie directe qui n'existe pas...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C.C. : Voil&#224; ! Nous sommes dans la bonne direction puisque nous parlons de ce qui doit exister et non pas de la mis&#233;rable r&#233;alit&#233; ! Juste un mot l&#224;-dessus. Parce qu'il y a ou il n'y a pas quelque chose qui est l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, qui est le bien commun ou le bien du corps politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. M. : Ce n'est pas d&#233;finissable. C'est un horizon...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : Ce n'est pas d&#233;finissable par un philosophe, par un Platon, ou par Niklas Luhmann &#233;crivant une th&#233;orie des syst&#232;mes, ou par un ordinateur, nous sommes tout &#224; fait d'accord. Mais il est discutable par les citoyens. D'accord ? Est-ce qu'il y a quelqu'un d'autre que le citoyen qui peut trancher ? Non ! Alors, nous arrivons donc &#224; la situation suivante : il faut d&#233;limiter les questions qui sont des questions politiques au sens fort du terme, c'est-&#224;-dire des questions qui concernent l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Et les questions qui ne sont pas politiques au sens fort du terme. Qui ne concernent pas l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Par exemple, la question qui va soulever encore sans doute des probl&#232;mes aux &#201;tats-Unis, celle des minorit&#233;s sexuelles. Est-ce que &#231;a concerne la marche g&#233;n&#233;rale de la soci&#233;t&#233; qu'on continue &#224; appliquer la disposition qui est dans le Deut&#233;ronome, 13, 26, je crois 16, et qui est &#224; la base de la l&#233;gislation am&#233;ricaine, de plusieurs &#201;tats, comme quoi celui qui se couche dans le m&#234;me lit qu'une personne du m&#234;me sexe, pour agir comme avec des personnes de l'autre sexe, c'est de la souillure, et qu'il faut qu'il soit mis &#224; mort ? Il en &#233;tait ainsi parce que la loi divine intervenait m&#234;me dans la vie priv&#233;e des gens... Nous disons que c'est une question de vie priv&#233;e. Napol&#233;on le disait d&#233;j&#224; : &#231;a concerne le code moral et pas le code p&#233;nal ! Il y a un tas d'autres questions de ce genre. Est-ce que la question de l'&#233;galit&#233; des femmes est une question d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral ? Moi, je dis incontestablement : oui ! Donc, c'est une question politique, c'est une question &#224; trancher par une d&#233;cision politique. Et comment on tranche une question politique ? Il y a des d&#233;cisions &#224; prendre. Vous avez beau r&#233;p&#233;ter le mot pluralisme, il vous faudra d'abord dire : dans ce domaine vaut le pluralisme ; &#224; partir de celui-l&#224;, il ne vaut plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je prendrai encore une fois des exemples caricaturaux - &#224; mon habitude et &#224; l'habitude de mon anc&#234;tre Socrate. Est-ce que la question de savoir si on a le droit de tuer ceux qui ne vous plaisent pas est une question de diff&#233;rence culturelle ? Est-ce que la soci&#233;t&#233; dans laquelle nous vivons admet comme honorable l'activit&#233; des chasseurs de t&#234;tes, tr&#232;s honorable dans certaines tribus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UNE VOIX :... chez les Dayaks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : chez les Dayaks. Bien, nous dirons : non, ce n'est pas une diff&#233;rence culturelle, ou c'est une diff&#233;rence culturelle qui n'est pas tol&#233;rable. C'est une question politique. Et nous disons : il est interdit de tuer, et comme je l'ai dit en plaisantant une fois, si on a une soci&#233;t&#233; universelle et qu'elle est assez riche, elle peut d&#233;dier un certain nombre d'&#238;les inhabit&#233;es du Pacifique aux gens qui veulent vivre comme des chasseurs de t&#234;tes ou qui veulent vivre comme dans Les Cent Vingt Journ&#233;es de Sodome et de Gomorrhe 17, ou tout ce que vous voudrez. On dira : cette minorit&#233;, on ne va pas l'opprimer, on est assez riche, on l'exp&#233;die l&#224;-bas. S'ils sont d'accord...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. C. : Vous fournissez des victimes en m&#234;me temps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : Ceux qui veulent. Relisez la pr&#233;face de Paulhan &#224; Histoire d'O, l'esclavage volontaire, etc. Il y a des gens qui veulent vivre comme &#231;a. Alors s'il y en a, ils iront vivre l&#224;-bas ; s'il n'y en a pas... les bourreaux se victimiseront entre eux. Mais, donc, il faut d&#233;cider de ce qui est d&#233;cidable par la collectivit&#233; et de ce qui n'est pas d&#233;cidable. Et une fois que vous avez dit : il y a ne serait-ce que quatre questions qui sont d&#233;cidables par la collectivit&#233;, il vous faut une fa&#231;on de trancher. Et qu'est-ce qu'elle peut &#234;tre d'autre, dans une optique d&#233;mocratique, c'est-&#224;-dire dans l'optique de ceux qui..., contrairement &#224; Platon, parce qu'il n'y a pas d'&#233;pist&#232;m&#232; politique, comme nous le pensons, il n'y a que des doxai - ce qui est le seul fondement, ce que l'on ne dit pas, &#224; la r&#232;gle de la majorit&#233;. Parce que le fondement de la r&#232;gle de la majorit&#233;, c'est qu'il y a des doxai en politique qui sont toutes &#233;quivalentes. Si l'argument &#233;tait l'argument proc&#233;dural, c'est-&#224;-dire qu'il faut qu'&#224; un moment donn&#233; la discussion s'arr&#234;te, on s'arr&#234;te et on tire au sort. On met toutes les options dans le chapeau, on en tire une. La discussion s'arr&#234;te. Non ! Le nombre des opinions a un poids, cr&#233;e une pr&#233;somption de rectitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, il faudra trancher. Que vous tranchiez par r&#233;f&#233;rendum ou que vous tranchiez par vote des repr&#233;sentants, je ne vois pas o&#249; est la diff&#233;rence. Les repr&#233;sentants diront : &#171; Les chasseurs de t&#234;tes ont tort, ils ne peuvent pas exister ici. &#187; Et la majorit&#233; du peuple dira la m&#234;me chose. Donc, je ne vois pas comment vous pouvez tirer argument de cela pour la d&#233;mocratie repr&#233;sentative contre la d&#233;mocratie directe. Il faut des dispositions pour la protection des individus plus fortes que celles qui existent actuellement. Il faut des dispositions de protection des minorit&#233;s. Mais il faut aussi d&#233;finir - et on ne peut le d&#233;finir que majoritairement - quelles sont les majorit&#233;s qui peuvent l&#233;gitimement pr&#233;tendre &#224; une protection. Les femmes ne sont pas une minorit&#233;. Le probl&#232;me se pose ailleurs... Mais autrement il faudra une d&#233;cision. Voil&#224;, le temps avance et je crois que si on veut...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. C. : On n'est pas forc&#233; de tenir tout le programme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : On n'est pas forc&#233; de tenir tout le programme mais il y a quand m&#234;me... on va s'arr&#234;ter l&#224;. Oui ? Allez-y...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ANNE-MARIE FIXOT : Vous dites que ce qui est &#224; mettre au-dessus, c'est le seul int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et qu'il est discutable par les citoyens. Mais le probl&#232;me, c'est qu'il faut placer les citoyens en position, ou tout au moins en relation de discussion. Et c'est ce qui me pose probl&#232;me aujourd'hui, parce que je m'aper&#231;ois que, comme vous le disiez tout &#224; l'heure, que beaucoup s'en d&#233;sint&#233;ressent, sont indiff&#233;rents ; mais aussi que certains, par leurs conditions socio-&#233;conomiques, n'arrivent pas &#224; assumer leur place dans le sens de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Que faire ? Comment penser cette d&#233;mocratie &#224; venir ? Quel est le r&#244;le de l'information, de l'&#233;ducation de tous les jours.... pas simplement pour les enfants, mais &#233;galement pour nous-m&#234;mes ? Et surtout, &#224; quels types de relations de citoyennet&#233; on peut penser pour arriver &#224; ce que l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral soit effectivement pris en compte par la totalit&#233; du corps de citoyens et pas simplement par quelques-uns, m&#234;me dans le cas de la d&#233;mocratie directe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : Je suis tout &#224; fait d'accord avec vous, c'est l&#224; le probl&#232;me fondamental. Comme je le disais tout &#224; l'heure, comme je l'ai toujours pens&#233;, la participation des citoyens ou des membres d'une collectivit&#233;, d'un syndicat, des &#233;tudiants dans les syndicats &#233;tudiants, ce n'est pas une affaire qu'on peut confier aux miracles... Il faut travailler pour cela, il faut inscrire des dispositions institutionnelles qui la facilitent, qui poussent les gens &#224; participer ; et la pi&#232;ce centrale l&#224;-dedans, c'est la paideia - et l&#224;-dessus aussi, je me dresse contre la quasi-totalit&#233; de ce qui passe actuellement pour philosophie politique - c'est l'&#233;ducation. Et cette &#233;ducation, ce n'est pas seulement l'affaire de l'&#233;cole. L'&#233;cole. c'est une petite partie. M&#234;me Platon le savait. Il disait que &#171; les murs de la cit&#233; &#233;duquent les citoyens &#187;, et &#231;a, c'est vrai. Donc, tout ce que fait la soci&#233;t&#233; est &#233;ducatif aussi. Et &#231;a on ne le voit pas. Donc, nous sommes tout &#224; fait d'accord l&#224;-dessus...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand vous parlez aussi des conditions socio-&#233;conomiques, je le crains, il faudra faire une autre discussion, parce qu'on n'arrivera pas &#224; terminer aujourd'hui. Les conditions socio-&#233;conomiques posent l'&#233;norme probl&#232;me de la structure &#233;conomique et productive de la soci&#233;t&#233;. Et des objectifs de l'activit&#233; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A.-M. F. : Beaucoup d'entre eux disent aujourd'hui : comment penser &#224; l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral ? Nous, on n'a pas de projet, parce que justement on est dans une telle situation d'exclusion... qu'on ne peut pas d'abord penser &#224; l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : Mais bien s&#251;r, il y a l'exclusion et m&#234;me en dehors de l'exclusion, il y a la situation r&#233;elle des gens qui fait qu'ils n'ont effectivement pas d'int&#233;r&#234;t pour cela ; mais m&#234;me, s'ils en avaient, ils n'ont pas vraiment le temps de s'en occuper activement. Il y a le fait que toute la structure de la soci&#233;t&#233; emp&#234;che les gens de participer, et &#231;a va de la structure du travail jusqu'&#224; ce qu'on appelle le droit. Est-ce que vous avez r&#233;fl&#233;chi &#224; l'amusant paradoxe qu'il y a dans le fait que, si on vous am&#232;ne devant un tribunal, on vous dira : Madame, Mademoiselle, nul n'est cens&#233; ignorer la loi ? Vous &#234;tes suppos&#233;e conna&#238;tre tout cela, et, en m&#234;me temps, si vous avez une affaire tant soit peu subtile, vous prendrez un avocat qui, en plus de quatre ou cinq ann&#233;es de droit, aura pass&#233; encore trois ou quatre ann&#233;es &#224; se sp&#233;cialiser en droit maritime, en droit de ceci ou de cela... C'est une situation absurde &#224; laquelle on peut opposer le syst&#232;me ancien o&#249; toutes les lois &#233;taient &#233;crites sur le marbre, expos&#233;es ; tout le monde &#233;tait lettr&#233;, tout le monde pouvait les lire. Nous avons une soci&#233;t&#233; trop complexe pour qu'il puisse en &#234;tre ainsi... Mais pourquoi doit-on subir la complexit&#233; de la soci&#233;t&#233; comme une fatalit&#233; ? Qu'est-ce qui nous importe ? ce que l'&#233;volution historique a donn&#233; comme produit, disons spontan&#233;, c'est-&#224;-dire cette soci&#233;t&#233; capitaliste du 20e si&#232;cle finissant ? avec l'&#233;norme complexit&#233; l&#233;gislative, les avocats qui, aux &#201;tats-Unis, gagnent plus que les industriels qui les payent parce que tout arrive devant les tribunaux ? avec la complexit&#233; de la production, les murs couverts de publicit&#233;, la t&#233;l&#233;vision telle qu'elle est, etc. ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que tout cela est une fatalit&#233; n&#233;cessaire ? Est-ce que tout cela ne doit jamais &#234;tre mis en question ? ou est-ce que nous inversons les choses et disons - c'est une approche tentative, comme on dit en anglais, mais inversons le probl&#232;me pour voir : nous voulons un syst&#232;me de droit tel que n'importe quel citoyen puisse le comprendre et se d&#233;brouiller avec ; nous voulons un syst&#232;me &#233;conomique et productif tel que tous les producteurs puissent participer d'une fa&#231;on ou d'une autre &#224; la gestion de la production. Vous voyez ce que je veux dire ? On part en disant : il y a un d&#233;cret de Dieu qui dit qu'il doit y avoir des usines de ce type avec 50 000 travailleurs et qui produiront tel type de produits ; donc, les ouvriers ne peuvent &#234;tre, comme le disait Benjamin Constant, qu'abrutis par le travail qu'ils font. Pour que le march&#233; fonctionne &#224; plein, il faut qu'il y ait la concurrence ; et donc, au niveau macro-&#233;conomique, le ch&#244;mage, qui peut aller jusqu'&#224; 12 ou 15% de la population, est in&#233;vitable, etc. Pourquoi ? Pourquoi on n'inverse pas la question en disant : nous voulons une soci&#233;t&#233; dans laquelle tous les citoyens peuvent participer aux affaires communes. Et devant cette exigence, tr&#232;s peu de choses sont des donn&#233;es irr&#233;cusables. Par exemple le syst&#232;me du droit, dans sa structure, est contestable de ce fait m&#234;me, qu'il est antid&#233;mocratique parce qu'il est ce qu'il est ; ou l'&#233;conomie est contestable, la production est contestable dans sa structure, parce qu'elle impose l'abrutissement pendant quarante heures ar semaine, etc. et que, sur cinq ou six jours d'esclavage, on ne peut pas instaurer des dimanches de libert&#233; politique. Ce serait une connerie - &#224; laquelle L&#233;nine croyait, mais est-ce qu'il y croyait de bonne foi ? Le dimanche sovi&#233;tique, &#231;a n'existe pas. Il faut peut-&#234;tre inverser le probl&#232;me, il faut le radicaliser. Il faut se demander quelle soci&#233;t&#233; on veut vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. L. : Il est clair que la question : nous voulons une soci&#233;t&#233; qui..., etc., il est clair que... nous ne le voulons pas ! &#192; une immense majorit&#233; ! Parce que nous voulons des voitures, des machines &#224; laver, des r&#233;frig&#233;rateurs, etc. Donc il n'en est pas question - comme disait le pr&#233;sident Bush : le niveau de vie am&#233;ricain n'est pas n&#233;gociable ; p&#233;risse la nature, mais le niveau de vie des Am&#233;ricains restera ce qu'il est... Et par cons&#233;quent, nous voulons que le syst&#232;me continue tel qu'il est, et au fond, nous nous en foutons pas mal qu'il soit d&#233;mocratique ou pas d&#233;mocratique. Nous ne nous en foutons pas compl&#232;tement quand m&#234;me, c'est-&#224;-dire que nous voulons &#224; la fois le beurre et l'argent du beurre... Nous voulons les r&#233;frig&#233;rateurs, les machines &#224; laver, le syst&#232;me automobile avec tout ce qu'il implique de d&#233;possession du citoyen de la vie politique par la m&#233;gamachine techno-&#233;conomique. Mais est-ce qu'on ne peut pas quand m&#234;me, en restant aristot&#233;licien, recourir au principe du moindre mal ? ce n'est pas la m&#234;me chose que ce syst&#232;me soit g&#233;r&#233; par une bureaucratie totalitaire ou qu'il soit g&#233;r&#233; par des repr&#233;sentants corrompus dans un parlement tel qu'il est. Il y a quand m&#234;me encore un bien relatif...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : Je suis tout &#224; fait d'accord avec vous. Si on me met au pied du mur et qu'il faut choisir, peut-&#234;tre m&#234;me se battre, entre l'extension du pouvoir sovi&#233;tique tel qu'il &#233;tait en Europe et le maintien de ces d&#233;mocraties pourries, il faudrait s&#251;rement se battre pour le maintien de ces d&#233;mocraties pourries. Je suis tout &#224; fait d'accord avec vous, mais je croyais qu'on parlait maintenant un peu de ce que devrait &#234;tre la vis&#233;e de la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au mois de mai, il y aura une &#233;lection pr&#233;sidentielle. Je ne crois pas que je voterai... mais si je devais voter, je ne voterais pas Balladur, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. C. : Chirac ? [rires]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : Non plus. Et pas Arlette non plus d'ailleurs ! [rires] Mais enfin, l&#224;, vraiment j'agis dans le relatif ; c'est comme quand je prends la route la plus courte pour aller &#224; la campagne...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. L. : Il y a dans toute cette discussion une hypoth&#232;que qu'avait essay&#233; de lever Alain au d&#233;but, mais qu'ensuite on n'a pas reprise dans le d&#233;bat et qui a tendance &#224; s'estomper. C'est qu'on remettait en question toute l'&#233;conomicisation de la soci&#233;t&#233;, et qu'en fait tout votre raisonnement pr&#233;suppose que l'imaginaire &#233;conomique ait &#233;t&#233; compl&#232;tement d&#233;colonis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : Vous avez ici &#171; Fait et &#224; faire &#187; ? Vous permettez que je termine cette partie de la discussion par une citation ? Je sais que c'est tr&#232;s grossier de se citer, mais pour vous dire simplement que ce n'est pas pour les besoins de la cause que je vous lis ce passage : &#171; Nous arrivons ainsi au n&#339;ud gordien de la question politique aujourd'hui. Une soci&#233;t&#233; autonome ne peut &#234;tre instaur&#233;e que par l'activit&#233; autonome de la collectivit&#233;. Une telle activit&#233; pr&#233;suppose que les hommes investissent fortement autre chose que la possibilit&#233; d'acheter un nouveau t&#233;l&#233;viseur en couleurs. Plus profond&#233;ment, elle pr&#233;suppose que la passion pour la d&#233;mocratie et pour la libert&#233;, pour les affaires communes, prend la place de la distraction, du cynisme, du conformisme, de la course &#224; la consommation. Bref : elle pr&#233;suppose, entre autres, que l'&#233;conomique cesse d'&#234;tre la valeur dominante ou exclusive. C'est cela, pour r&#233;pondre &#224; F. Feher, le &#171; prix &#224; payer &#187; pour une transformation de la soci&#233;t&#233;. Disons-le plus clairement encore : le prix &#224; payer pour la libert&#233;, c'est la destruction de l'&#233;conomique comme valeur centrale et, en fait, unique. Est-ce un prix tellement &#233;lev&#233; ? Pour moi, certes, non : je pr&#233;f&#232;re infiniment avoir un nouvel ami qu'une nouvelle voiture. Pr&#233;f&#233;rence subjective, sans doute. Mais &#171; objectivement &#187; ? J'abandonne volontiers aux philosophes politiques la tache de &#171; fonder &#187; la (pseudo-) consommation comme valeur supr&#234;me. Mais il y a plus important. Si les choses continuent leur course pr&#233;sente, ce prix devra &#234;tre pay&#233; de toute fa&#231;on. Qui peut croire que la destruction de la Terre pourra continuer encore un si&#232;cle au rythme actuel ? Qui ne voit pas qu'elle s'acc&#233;l&#233;rerait encore si les pays pauvres s'industrialisaient ? Et que fera le r&#233;gime, lorsqu'il ne pourra plus tenir les populations en leur fournissant constamment de nouveaux gadgets ? &#187; 18&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passe sur le reste, mais je crois que ce texte r&#233;pond &#224; votre remarque. Ou plut&#244;t : il va dans le sens de votre remarque. Je propose qu'on s'arr&#234;te l&#224; parce que tout le monde doit &#234;tre fatigu&#233; ; moi en tout cas je le suis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. D. : Une petite remarque quand m&#234;me, que je voulais faire tout &#224; l'heure... Il y a un texte de vous que j'ai toujours beaucoup appr&#233;ci&#233;, qui est pour moi un tr&#232;s beau texte - &#171; D&#233;veloppement et rationalit&#233; &#187; 19, paru dans Esprit, je crois - et m&#234;me un passage tr&#232;s particulier o&#249; vous &#233;voquez le geste du Grec qui a plant&#233; un olivier...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : Un cypr&#232;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. D. : &#231;a m'a &#233;chapp&#233;. Oui... parce qu'en plus dans l'olivier, &#233;videmment, il y a quelque chose...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : C'&#233;tait la dot de la fille. Parce que le m&#226;t du petit bateau sera le cypr&#232;s quand elle aura vingt ans, on pourra abattre le cypr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. D. : Ce qui m'&#233;tonne, c'est que, dans une rencontre entre Castoriadis et le MAUSS, cet aspect-l&#224; n'ait pas &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;... parce que l&#224;, il y a justement quelque chose comme une &#233;conomie qui est autre que rationnelle, qui est un pari pour l'avenir : la fondation d'une temporalit&#233; qui n'est pas la rentabilit&#233; imm&#233;diate. Or, c'est de cette fa&#231;on-l&#224; que je comprends aussi la r&#233;flexion qu'Alain m&#232;ne justement, l'interpr&#233;tation de l'id&#233;e de don... Cela implique quelque chose comme une transcendance, quelque chose qui d&#233;passe aussi l'int&#233;r&#234;t imm&#233;diat. Mais alors, on s'engage dans une discussion plus &#233;thique... ou m&#234;me m&#233;taphysique qui serait un autre d&#233;bat que celui-ci, auquel je suis peut-&#234;tre personnellement davantage sensible...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : On s'engage dans une discussion sur les fins de la vie humaine. Je suis tout &#224; fait d'accord, je ne crois pas qu'il y ait de politique qui ne prenne pas une position sur les fins de la vie humaine. Et &#231;a, c'est sur la question du pluralisme ; nous y sommes au pied du mur aujourd'hui, on ne peut pas continuer &#224; parler d'ind&#233;termination, ou tout simplement de la divergence des opinions, parce que les fins de la vie humaine se posent, sont r&#233;alis&#233;es, par la soci&#233;t&#233; contemporaine sous une certaine forme. Et les fins de la vie humaine, c'est le nouveau t&#233;l&#233;viseur l'ann&#233;e prochaine. Termin&#233;. Voil&#224;. C'est &#231;a la r&#233;alit&#233;. Alors, est-ce que c'est &#231;a que nous voulons ? Mais, comme le disait Serge, c'est effectivement ce que veut la majorit&#233; pour l'instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. L. : L'immense majorit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. C. : L'immense majorit&#233;. Et m&#234;me ceux qui n'y sont pas courent pour y arriver... L'Europe de l'Est, les pays sous-d&#233;velopp&#233;s, etc. Et &#231;a, c'est incompatible avec une vraie d&#233;mocratie et, &#224; mon avis, de moins en moins compatible m&#234;me avec la d&#233;mocratie tronqu&#233;e qu'on a actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce que vous dites &#224; partir des &#238;les grecques, je citais moi-m&#234;me le village vivant presque en autarcie &#224; Tinos ; je suis tout &#224; fait d'accord que c'est une fa&#231;on d'exprimer le noyau du probl&#232;me, &#233;tant entendu qu'il ne peut pas s'agir d'un pur et simple retour en arri&#232;re. Moi, je me permettrais de vous renvoyer &#224; un autre texte que j'ai &#233;crit, qui est dans Le Monde morcel&#233; et qui s'appelle &#171; Voie sans issue ? &#187; 20 - avec un point d'interrogation -, o&#249; il s'agit surtout de cette course autonomis&#233;e de la techno-science avec son c&#244;t&#233;, sa dimension industrielle et consum&#233;riste bien s&#251;r, mais aussi l'aspect purement techno-science et science-technique. C'est proche de ce que disait Testart, le m&#233;decin, dans Lib&#233;ration 21. On lui posait la question suivante : est-ce que vous pensez que, suivant les v&#339;ux de madame Badinter, on arrivera un jour &#224; voir les hommes en train de faire la gestation des embryons ? Et Testart r&#233;pondait - apr&#232;s avoir d&#233;missionn&#233; de ce truc : &#171; Je sais qu'il y a des labos &#224; Chicago qui travaillent l&#224;-dessus, je ne peux pas vous dire si &#231;a pourra se faire ou pas, mais je peux vous dire une chose : si &#231;a peut se faire, &#231;a se fera. &#187; Et c'est &#231;a la techno-science contemporaine. On ne se demande pas si on en a besoin, si on en veut. On demande : est-ce qu'on peut le faire ? Et si on peut le faire, on le fait ; et ensuite on trouve un besoin, ou on en cr&#233;e un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, c'est s&#251;r qu'on ne peut pas continuer comme &#231;a. C'est s&#251;r, en m&#234;me temps, qu'on ne peut pas purement et simplement dire : on d&#233;truit tout &#231;a, et on repart &#224; z&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes la premi&#232;re soci&#233;t&#233; dans laquelle la question d'une autolimitation de l'avancement des techniques et des connaissances se pose non pas pour des raisons religieuses ou autres, ou politiques au sens totalitaire - Staline d&#233;cr&#233;tant que la th&#233;orie de la relativit&#233; est anti-prol&#233;tarienne... -, mais pour des questions de phron&#232;sis - au sens d'Aristote, pour des questions de prudence au sens profond du terme. Et je dis bien, pas seulement la technique, parce qu'encore une fois, c'est la science qui montre si &#231;a peut se faire - ce qui a permis aux Russes de faire la bombe atomique, ce n'est pas l'espionnage, c'est le fait que les Am&#233;ricains l'ont faite. C'est-&#224;-dire l'id&#233;e de la faisabilit&#233;. C'est tout. Donc, pas seulement dans le domaine de la technique mais m&#234;me dans le domaine de la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; que la question devient vraiment extr&#234;mement difficile, y compris pour moi. Parce que moi, je voudrais bien qu'il y ait un Hubble encore plus puissant pour que la question de savoir s'il y avait des protogalaxies il y a 15 milliards d'ann&#233;es puisse &#234;tre r&#233;solue, dans un sens ou dans un autre... Moi, &#231;a me passionne. Or, les Hubble et les satellites impliquent la totalit&#233; de la science et la technique moderne. Et o&#249; on trace la limite et qui la trace et &#224; partir de quoi ? Ca, c'est une vraie question.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Cf. L'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, p. 36 (et note 23).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Cf. Pierre Clastres : La soci&#233;t&#233; contre l'Etat, Paris 1973, mais aussi les articles publi&#233;s dans &#171; Libre &#187; &#224; la fin des ann&#233;es 70, qui ont &#233;t&#233; repris, avec d'autres textes, dans Recherches d'anthropologie politique, Paris 1980. Il faut certainement regretter que ce dernier ouvrage soit &#233;puis&#233; depuis longtemps, alors que La soci&#233;t&#233; contre l'Etat est r&#233;guli&#232;rement r&#233;&#233;dit&#233; : si les deux ouvrages &#233;taient disponibles, les lecteurs seraient moins expos&#233;s au risque de confondre la recherche anthropologique de Clastres avec &#171; le retour du bon sauvage &#187;, une interpr&#233;tation qu'il a clairement r&#233;cus&#233;e, dans sa r&#233;ponse &#224; Pierre Birnbaum, &#171; Le retour des Lumi&#232;res &#187; ...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Voir les textes &#171; Pouvoir, politique, autonomie &#187;, in Le Monde morcel&#233;, Seuil, 1990 ; &#171; Imaginaire politique grec et moderne &#187; et &#171; La d&#233;mocratie comme proc&#233;dure et comme r&#233;gime &#187;, in La Mont&#233;e de l'insignifiance, Seuil, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Cette critique du consensus peut &#234;tre rapproch&#233;e d'un article de George Orwell, o&#249; celui-ci commentait l'&#339;uvre de Swift, cet &#171; anarchiste tory &#187; qu'il admirait beaucoup, mais qu'il jugeait sans complaisance : &#171; De mani&#232;re intermittente, au moins, Swift &#233;tait une esp&#232;ce d'anarchiste, et la quatri&#232;me partie des Voyages de Gulliver donne la description d'une soci&#233;t&#233; anarchique gouvern&#233;e non pas par la loi, au sens normal du mot, mais par les pr&#233;ceptes de la Raison, qui sont accept&#233;s volontairement par tout le monde. L'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des Houyhnhms exhorte le ma&#238;tre de Gulliver &#224; se d&#233;barrasser de celui-ci, et ses voisins l'encouragent &#224; se conformer &#224; cet avis. On justifie cette d&#233;cision par deux raisons. La premi&#232;re est que la pr&#233;sence de ce Yahoo peu ordinaire pourrait troubler l'ordre public, et la deuxi&#232;me que les rapports amicaux entre un Houyhnhnm et un Yahoo sont peu conformes &#224; la raison et chose inconnue dans leur pays. Le ma&#238;tre de Gulliver n'ob&#233;it qu'&#224; contrec&#339;ur, mais ne peut pas r&#233;sister &#224; cette exhortation. (On nous dit qu'un Houyhnhnm n'est jamais oblig&#233; de faire quoi que ce soit, mais tout simplement encourag&#233; ou conseill&#233;). Cela implique tr&#232;s clairement la tendance totalitaire implicite dans la vision anarchiste ou pacifiste de la soci&#233;t&#233;. Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; il n'y a pas de lois, et, en principe, pas de contrainte, le seul juge du comportement est l'opinion publique. Mais celle-ci, &#224; cause de l'&#233;norme instinct qui porte les animaux gr&#233;gaires &#224; se conformer &#224; la norme sociale, est moins tol&#233;rante que n'importe quel code l&#233;gal. Lorsque les hommes sont gouvern&#233;s par des d&#233;fenses explicites, l'individu peut pratiquer une certaine excentricit&#233; : l&#224; o&#249; r&#232;gnent, en principe, l'Amour ou la Raison, il est sans cesse oblig&#233; d'agir et de penser exactement de la m&#234;me fa&#231;on que les autres. Les Houyhnhms, nous dit Swift, &#233;taient unanimes sur presque tous les sujets. La seule question qu'ils eussent jamais discut&#233;e &#233;tait l'attitude &#224; adopter envers les Yahoos. A part cela, il n'y avait rien &#224; discuter, car ou bien la v&#233;rit&#233; se pr&#233;sentait comme une &#233;vidence, ou bien elle n'avait aucune importance et &#233;tait impossible &#224; d&#233;couvrir. Le langage des Houyhnhms, para&#238;t-il, n'avait aucun mot pour opinion, et, dans leur conversation, il n'y avait pas de diff&#233;rence de sentiments. En fait, ils avaient atteint ce niveau sup&#233;rieur de l'organisation totalitaire o&#249; le conformisme est si g&#233;n&#233;ral qu'il n'y a m&#234;me pas besoin d'une police... &#187; (cf. Collected Essays, IV).]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Premi&#232;re publication dans Autonomie et auto-transformation de la soci&#233;t&#233;. La philosophie militante de Cornelius Castoriadis, &#233;ditions Droz, Gen&#232;ve, 1989, repris dans le livre homonyme, Seuil, f&#233;vrier 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 1957. Repris dans Le Contenu du socialisme, 10-18, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 &#171; Le peuple Anglois pense &#234;tre libre ; il se trompe fort, i] ne l'est que durant l'&#233;lection des membres du Parlement : sit&#244;t qu'ils sont &#233;lus, il est esclave, il n'est rien &#187; [Du contrat social, livre III, chap. XV, Gallimard, Folio/essais, p. 252.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 Rousseau le dit avec insistance dans la suite de son texte : &#171; [... ] &#224; l'instant qu'un peuple se donne des repr&#233;sentants. il n'est plus libre, il n'est plus &#187; [ibid., p. 253].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 Yves Barel, La Ville m&#233;di&#233;vale, Presses universitaires de Grenoble, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 C. Castoriadis, dans son dernier article &#171; La &#8216;rationalit&#233;' du capitalisme &#187;, Revue internationale de psychosociologie n&#176; 8, automne 1997, cite ce texte : De la libert&#233; des Anciens, compar&#233;e &#224; celle des Modernes, et donne la date exacte : 1819.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 Dans son dernier texte cit&#233; ci-dessus, Cornelius Castoriadis &#233;voque cet ouvrage et donne pour date 1759.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 La question de Jacques Dewitte s'explique davantage par le d&#233;veloppement de sa propre pens&#233;e, sous l'influence de Kolakowski, Levinas, ou Shmuel Trigano, que par sa compr&#233;hension des id&#233;es de Castoriadis. Comme on peut le constater dans un texte qu'il consacre &#224; la pens&#233;e de L&#233;vinas, il comprend l'autonomie comme une &#171; forme de libert&#233; d&#233;gag&#233;e de toute responsabilit&#233;, (...) une tentation permanente de l'Occident dans sa conception de la libert&#233; comme pure autonomie, d&#233;tach&#233;e de tout lien, d&#233;li&#233;e de toute responsabilit&#233;. (...) Gyg&#232;s appara&#238;t comme un objet de m&#233;fiance et de r&#233;probation : il est l'incarnation m&#234;me d'une pure libert&#233; d&#233;tach&#233;e de tout lien, d'une attitude de fuite devant ses responsabilit&#233;s. &#187; (Cahiers d'Etudes L&#233;vinassiennes, n&#176;2, 2003, pages 110 et 112). Comme Ferry et Renaut dans le livre qu'ils ont d&#233;di&#233; &#224; Castoriadis, 68-86, Itin&#233;raires de l'individu (Paris 1987), il comprend l'autonomie comme un &#171; processus d'&#233;mancipation de l'individu &#224; l'&#233;gard des traditions &#187;, il n'envisage pas l'autonomie collective d'une communaut&#233; qui institue son nomos, sa loi, au lieu de la recevoir d'une autorit&#233; transcendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 &#171; Personne ne peut prot&#233;ger l'humanit&#233; contre la folie ou le suicide &#187;, in &#171; La polis grecque et la cr&#233;ation de la d&#233;mocratie &#187;, in Domaines de l'homme, Seuil, 1986, p. 297.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 Cornelius Castoriadis se r&#233;f&#232;re &#224; cet &#233;v&#233;nement dans son texte &#171; Les intellectuels et l'histoire &#187;, repris in Le Monde morcel&#233;, cep. cit., p. 106.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 Aristote, Les Politiques, livre VII, chapitre 10,1330a, 20. Dans la traduction de Pellegrin, p. 482. Dans la traduction de Tricot, p. 509. Dans la traduction d'Aubonnet, p. 240. Castoriadis &#233;voque cette disposition dans son grand texte &#171; La polis grecque et la cr&#233;ation de la d&#233;mocratie &#187;, p. 293 : &#171; Une disposition ath&#233;nienne [mais est-elle ath&#233;nienne ? &#201;tant donn&#233; que Aristote &#233;crit &#171; [... ] chez certains peuples, existe une loi interdisant aux citoyens des zones frontali&#232;res de prendre part aux d&#233;lib&#233;rations sur des conflits avec les voisins, parce que, pense-t-on, leur int&#233;r&#234;t personnel les rendrait incapables de d&#233;lib&#233;rer sagement &#187;, d'apr&#232;s la traduction d'Aubonnet. Je souligne.] des plus frappantes t&#233;moigne du m&#234;me esprit (Aristote, Politique, 1330 a 20) : lorsque l'eccl&#232;sia d&#233;lib&#232;re sur des questions entra&#238;nant la possibilit&#233; d'un conflit (d'une guerre) avec une polis voisine, les citoyens habitant au voisinage des fronti&#232;res n'ont pas le droit de prendre part au vote. car ils ne pourraient voter sans que leurs int&#233;r&#234;ts particuliers dominent leurs motifs - alors que la d&#233;cision doit &#234;tre prise en vertu des consid&#233;rations g&#233;n&#233;rales. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 Il s'agit probablement du L&#233;vitique, 18, 22 : &#171; Tu ne coucheras point avec un homme comme on couche avec une femme. C'est une abomination. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 Castoriadis fait allusion &#224; un livre de Sade, Les Cent Vingt Journ&#233;es de Sodome, mais il en d&#233;forme le titre, en l'associant peut-&#234;tre &#224; celui d'un volume de la Recherche du temps perdu, Sodome et Gomorrhe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 Le passage lu est &#224; la page 76.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 Le texte en question est le suivant : &#171; R&#233;flexions sur le &#8216;d&#233;veloppement' et la &#8216;rationalit&#233;' &#187;, publi&#233; dans Esprit (mai 1976) et repris dans Domaines de l'homme, Seuil, avril 1986, p. 131-174. Le passage auquel fait r&#233;f&#233;rence Jacques Dewitte est le suivant : &#171; Dans le pays d'o&#249; je viens, la g&#233;n&#233;ration de mes grands-p&#232;res n'avait jamais entendu parler de planification &#224; long terme, d'externalit&#233;s, de d&#233;rive des continents ou d'expansion de l'univers. Mais, encore pendant leur vieillesse, ils continuaient &#224; planter des oliviers et des cypr&#232;s, sans se poser de questions sur les co&#251;ts et les rendements. Ils savaient qu'ils auraient &#224; mourir, et qu'il fallait laisser la terre en bon &#233;tat pour ceux qui viendraient apr&#232;s eux, peut-&#234;tre rien que pour la terre elle-m&#234;me &#187; [p. 151].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 &#171; Voie sans issue ? &#187;, publi&#233; dans Les Scientifiques parlent..., &#233;d. Albert Jacquard, Paris, Hachette, 1987. repris dans Le Monde morcel&#233;, Seuil, octobre 1990, p. 71-100.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 Cf. le texte cit&#233; ci-dessus, note 1.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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