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Nous voulons œuvrer pour une auto-transformation radicale de la société et l’instauration d’une démocratie directe capable d’établir l’égalité des revenus pour tous et de provoquer une redéfinition collective des besoins. Nous y voyons un début de solutions aux problèmes politiques, économiques et écologiques qui ravagent notre époque. Nos positions ne sont pas des dogmes et ce site se donne pour vocation de les élaborer, de les diffuser et de les discuter. Les documents divers régulièrement publiés ici ne sont pas forcément de nous. Ils sont tous une invitation au travail de chacun, nullement des produits finis à consommer. Nous préférons "essayer d’activer en chacun ce qui ferait désirer la liberté et la fin de la domination, plutôt que de donner des leçons et des ordres". Vous pouvez lire notre déclaration.

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En guise d’éditorial...
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Nous, immigrés arabes, face à nos choix politiques


Un an après les espoirs suscités par les soulèvements arabes, la carte d’un Maghreb islamiste se des­sine sous nos yeux : à l’exception de l’Algérie, tous les gouvernements des pays d’Afrique du Nord ont à leurs têtes des forma­tions isla­mistes. En France, parallèlement, la xénophobie ne cesse de sourdre, specta­culairement ou en sourdine. Il est grand temps que les immigrés arabes eux-mêmes prennent publique­ment la parole, en tant que tels – ce texte veut en être une contribution.
Contre toutes les extrêmes droites
La percée de cette extrême droite musulmane s’inscrit dans un contexte de crise économique mondiale qui s’annonce durable, et dont l’une des consé­quences politiques est le développement de toutes les ex­trêmes droites, conco­mitant à un accroissement prévisible des flux migratoires vers les pays occi­dentaux. La présence et l’extension en France de tendances et de forces isla­mistes laminent des décennies de coha­bitation pacifique entre les populations eu­ropéennes et les Arabes, dont la pré­sence sur ce sol étranger n’est le fruit ni d’une conquête ni d’une domination – chose inédite, ré­cente et donc fragile. Ces mou­vances vi­sibles ou sournoises n’ont aucune chance de s’imposer ici, mais leurs capacités de nuisance sont telles qu’elles pourront se féliciter d’avoir gran­dement contri­bué à la création d’un climat proprement bel­liqueux non seulement entre immigrés et xénophobes mais surtout entre les musulmans et tous les autres, français ou immigrés. Mais la critique de l’extrême droite musulmane est minée. Ceux qui af­firment leur volonté de vivre dans une société libre, égalitaire et laïque, et donc de combattre toutes les réactions, sont systématique­ment rap­pelés à leur passé colonial, à l’antiracisme culpabilisateur, et immédiatement sus­pectés d’al­liances avec les tendances xénophobes franco-françaises. De leur côté, les Arabes émi­grés semblent ver­rouillés, tantôt par une tolérance peureuse tantôt par un chan­tage aux origines, quant il ne s’agit pas de complai­sance tac­tique. Les extrêmes droites, qu’elles soient religieuses ou nationalistes, se nour­rissent ainsi mutuelle­ment. La seule manière de les contrer est d’affirmer un po­sitionnement clair et explicite face à la montée de la xénophobie mutuelle et des projets de do­minations, d’où qu’ils viennent.
Ce texte invite donc les immigrés Arabes et leur descendants – dont nous sommes – à lutter contre l’is­lamisme, au nom de ce qui nous constitue autant qu’au nom de notre attachement aux va­leurs laïques, et à lutter pour construire une société libre, égalitaire et émancipatrice. Cette lutte ne peut être menée qu’à condition d’adopter un regard juste et clairvoyant sur nous-mêmes, c’est-à-dire de rompre d’abord avec les postures victimaires, angéliques, ou tyran­niques dans lesquelles nombre d’entre nous se complaisent. Pour ce faire, nous avons une précieuse singularité du fait de notre double culture, qui nous met en posi­tion de porter un double regard lucide, donc critique, sur les deux civilisa­tions, occiden­tale et arabo-mu­sulmane, et les sociétés particulières qui les portent. Cette oppor­tunité ne semble que trop rarement saisie, sinon de ma­nière opportu­niste. (.../...)

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Denis De Rougemont, « L’amour et l’Occident », 1938, ed 10/18 – 2004, pp. 126 - 127